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Famille : Révèlations poètiques.
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Auteur
Sujet : J'ai ouï dire , michel deguy par epsilon
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-grimalkin- |
Date du message : novembre 13, 2011 03:02 |
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Epsilon (transcription de "Poésie d'aujourd'hui) "Je suis vraiment rentré dans la poèsie contemporaine , seulement avec Michel Deguy, bon le clash s'est vraiment fait en lisant un de ses poèmes d'amour,un poème qui s'appelle Prose et qu'on peut lire plus bas, un magnifique poème d'amour et de soumission ,mais tous les poèmes ne sont ils pas d'amour et de haine?Je suis toujours très content que la poèsie ne soit pas facile d'accès, qu'il y ait une barrière à franchir, un effort à faire mais quelle joie de la mériter et de s'en satisfaire longtemps après encore ? Prose Tu me manques mais maintenant Pas plus que ceux que je ne connais pas Je les invente criblant de tes faces La terre qui fut riche en mondes (Quand chaque roi guidait une île A l’estime de ses biens (cendre d’ Oiseaux, manganèse et salamandre) Et que des naufragés fédéraient les bords) Maintenant tu me manques mais Comme ceux que je ne connais pas Dont j’imagine avec ton visage l’impatience J’ai jeté tes dents aux rêveries Je t’ai traité par-dessus l’épaule (Il y a des vestales qui reconduisent au Pacifique Son eau fume C’est après le départ des fidèles L’océan bave comme un mongol aux oreillers du lit Charogne en boule et poils au caniveau de sel Un éléphant blasphème Poséidon) Tu ne me manques pas plus que ceux Que je ne connais pas maintenant Orphique tu l’es devenu J’ai jeté Ton absence démembrée en plusieurs vals Tu m’as changé en hôte Je sais Ou j’invente MICHEL DEGUY ** Qui Quoi Il y a longtemps que tu n’existes pas Visage quelquefois célèbre et suffisant Comment je t’aime Je ne sais Depuis longtemps Je t’aime avec indifférence Je t’aime à haine Par omission par murmure par lâcheté Avec obstination Contre toute vraisemblance Je t’aime en te perdant pour perdre Ce moi qui refuse d’être des nôtres entraîné De poupe (ce balcon chantourné sur le sel) Ex-qui de dos traîné entre deux eaux Maintenant quoi Bouche punie Bouche punie cœur arpentant l’orbite Une question à tout frayant en vain le tiers MICHEL DEGUY ** Terre Tu rentres. Tu quittes le rivage. Tu retournes en terre. Les amers quittent la mer. Soudain cette moitié du monde qui était en mer redevient terre – forêts, champs, campagne. A son tour celle-ci devient l’océan. Tu reviens au monde des vivants comme un Grec débarqué tournait le dos à l’inféconde. L’immensité se fait solide, moissonneuse, verte et blonde, guéable. Les nuages sont utile. Tu écartes les buissons de la lisière, rentres dans le bois, retournes à l’épais – l’impénétrable. La forêt de chênes chante. En même temps c’est le temps, le double régime chaque moitié est le tout, dans l’indivsion. Celle de la sérénité hölderlinienne: l’oubli de la menace, le vaste, la pérennité, le pour- toujours du s’entr’aimer multiple, pareil au spectacle quand le monde se donne en spectacle, l’oisiveté léopardienne; c’est quand les champs et les eaux, les forêts et les fleurs, les nuages et les neiges assonent dans le zèle des saisons. Avec celle-ci: repoussé, pressenti, ulcérant, le contre-courant funèbre, le complot du destin, affliction et nuisance, la conspiration de la perte, voici la morition des proches, la contagion des maux, l’acerbe érosion, la calomnie générale, l’abréviation de la vie, l’encombre, la terre périmée, l’extermination du passé, le périr. © 2001, Michel Deguy MICHEL DEGUY ** Epsilon Date du message : avril 17, 2009 L'ORAGE MENACE Quand les nuages épais tirent la nuit Bien avant son heure Quand le chemin rencontre un horizon de brume Avant l'horizon Quand les saules se tassent et frissonnent silencieusement Avant la venue du vent Quand l'humidité éparse blesse doucement les yeux Avant la tombée de la pluie Quand l'énigme enfume le terrier Michel Deguy, Donnant Donnant, poèmes 1960-1980, Poésie/Gallimard ** Les jours ne sont pas comptés Sachons former un convoi de déportés qui chantent Arbres à flancs de prières Ophélie au flottage du temps Assonances guidant un sens vers le lit du poème Comment appellerons-nous ce qui donne le ton? La poésie comme l'amour risque tout sur des signes Michel DEGUY, Donnant Donnant, Poèmes 1960-1980, Poésie/Gallimard ** Songe aux grands des palais Où la première forme avait mesure Des pas du tigre sur la pierre L'herbe était pour les paons lucides Les vases pour le cygne Le marbre pour les chiens On se taisait près du cheval Ils chassaient le griffon pour l'amener aux pierres Et pouvoir habiter à leur tour Michel Deguy, Donnant Donnant, poésie/Gallimard ** L'arbre éclaire les tempes du ciel Le cheval engloutit la source La couleur prend sur les animaux Laissant l'homme Ma vie Le mystère du comme Puis l'ombre se fait lumière Michel Deguy, Donnant Donnant, Poésie/Gallimard ** L'air la prend par la taille Le reste amoureux lui souffle les joues Un tourneur peu visible achève ses bras L'entour règle sa ronde sur ses hanches Elle transpose la douceur dont les murs sont capables Les choses s'arrangent comme ses femmes de chambre Elle resserre la douceur dont sont capables les couleurs Sa taille est l'horizon ses jambes les chemins ses bras le ciel Sa taille la lisière ses bras la perspective Le vide lui fait des ailes Les couleurs ses habits préparés sur les chaises son corset attentif Le monde est son danseur Michel Deguy, Donnant donnant, Poésie/Gallimard ** -grimalkin- Date du message : avril 18, 2009 CARDIOGRAMME (MAI) La Seine était verte à ton bras Plus loin que le pont Mirabeau sous les collines comme une respiration La banlieue nous prisait J'aurais voulu j'aurais tant besoin que tu penses du bien Mais le courage maintenant d' un coeur comme un prisonnier furieux comme un coeur chassera du lyrique le remords de soi ! L'allongement du jour nous a privé de jours Le jusant de la nuit nous détourne les nuits Ô mon amour pardoxal ! Nous nous privions de poésie Mais le courage sera de priver le poème du goût de rien sur le goût de tout. _________________ CONTE Un soir où nous avions mis une seule ceinture Tu me chuchotais un conte à l'oreille de neige Et me disais je suis émue Et nous avions enjambé déjà plusieurs grand inter- valles Fait des arches d'absence plus grandes que celles d'Avi- gnon Et nous sommes revenus à nous par des gués en crue Michel Deguy Anthologie de la poésie française du XXème siècle Poésie/Gallimard ** Epsilon Date du message : avril 19, 2009 Bord Pourquoi revient cette formule aimée "Au bord du monde encore une fois" Qu'est ce bord, qu'est-ce "bord", être-au-bord La bordure chez Baudelaire et La terrasse des princes de Rimbaud Avec vue sur le monde et le tout comme Ayant passé par ici qui passera par là Michel Deguy.Gisants Poésie/Gallimard ** Ne me laisse pas ignorer où tu seras Lis-moi le brouillon planétaire Est-ce que je te connais connaissant tes objets Les pétales de flamme de ta flamme et de son omphalos Ton odeur ton nom ton âge tes commissures Par tes capillaires, je bats, les tiges, faisceau de pouls, verge Ton élégance tes récits tes bas tes couleurs J'alanguis la rose de quelqu'une le roman Tes bijoux tes bleus tes cils ta montre La proximité est notre dimension Tes lobes ta voix tes lèvres tes lettres Ne me laisse pas ignorer où tu es Le rouleau gris ensable notre baie Michel Deguy, Gisants Poèmes III, 1980-1995, Poésie/Gallimard ** Je ne cesse de te perdre depuis cette chambre d'hôtel Où nue et détournée tu m'as crié va-t'en Je ne me rappelle plus notre querelle, ma faute Mais le papier, ton dos courbe, La nature morte du jour et de l'armoire, Et ma croyance indolore debout que j'allais te revoir Michel Deguy, Gisants, Poèmes III 1980-1995, Poésie/Gallimard ** tout emporte le présent l'emporte A telle force d'heure en heure Que d'heure en heure il n'y a plus Que la déferlante de l'immense Léthé Michel Deguy, Gisants Poèmes III, 1980-1995, Poésie/Gallimard ** Celyes Date du message : avril 19, 2009 THRENE Te survivre ne va pas de soi. Je ne crois à aucune survie hors celle qui est la mienne pour aujourd’hui et qui reprend la peine au réveil. Je ne crois à aucun commerce avec les morts hormis celui que j’entretiens avec ton empreinte en moi. Je ne crois à aucune vie éternelle, nous ne nous retrouverons jamais nulle part, et c’est précisément ce défoncement du futur qu’aucun travail de deuil ne remblaiera en quoi consiste la tristesse, cette tristesse qui disparaîtra à son tour avec « moi ». Il y a un mois mourait ma femme. Je ne peux dire tu mourais, d’un tu affolant, sans destinataire ; et je dis bien « mourait », non pas dépérissait ou lisait ou voyageait ou dormait ou riait, mais « mourait », comme si c’était un verbe, comme s’il y avait un sujet à ce verbe parmi d’autres. Le livre sera non paginé – parce que chaque page, ou presque, pourrait être la première, ou la nième. Tout recommence à chaque page ; tout finit à chaque page. Attendez d’être porté par un ange Au lieu où la vue s’offre sans magie Terre fragile sous le faîte des mains Tout est marche où s’exhausse non Babel Ni le colombier même vu de Jacob Mais où monte la terre sur l’autel du sol Jusqu’à ce point d’elle-même si nous savons Où l’*****ogie de ses pistes nous guide vers Ses monts ses fentes ses lisières ses eaux Lézardes entre les heures où pareil au mulet Son chemin me partage entre tout et tout Michel Deguy, Ouï dire, in Donnant Donnant, Poésie / Gallimard, 2006, ** Encre de Chine Montagnes célestes le plus loin devient le plus haut le très loin le très haut L'en-même-temps du haut et bas égalise le bas le haut de bas en haut : étapes sages de la montée du Mont Une passerelle très légère d'une seule phalange ajointe les monts très séparés voisins d'abîme Les branches les mousses même font idéogrammes Michel Deguy, Encre de Chine in Le sens de la visite, L'autre pensée Stock ** Yaelle- Date du message : septembre 28, 2009 20:23 papier, ton dos courbe, La nature morte du jour et de l'armoire, Aide mémoire Ce qui a lieu d'être Na va pas sans dire Ce qu'on ne peut pas dire... Il faut l'écrire. La partie donne sur le tout Qui donne la partie Savoir à quoi ça ressemble C'est notre savoir - non absolu Il faut de la semblance Pour faire de la contiguïté Le poème est des choses prochaines Qu'il faut aller chercher Michel Deguy ** -grimalkin- Date du message : septembre 29, 2009 Chant royal Le poète de profil Le poète à l’équerre de corps et d’ombre sur les seuils Le poète Gulliver qui retrace un roncier d’hiver avec la pointe de Hopkins Ou décroît pour accorder l’herbe au zodiaque avec compas de Gongora Génie des contes perses car il refuse l’indifférence Il entretient la lymphe bleue dans le réseau des ormes Veille zêta epsilon delta d’Orion sur la branche basse Œil triple posé de witch 1 witch 2 witch 3 qui s’envole constellation subtile de corbeaux Il est ici pour inventer quelque chose d’aussi beau qu’un mot saxifrage inventé par personne S’il cherche un trésor il le trouve (Imagine un poisson cherchant un poisson dans l’obscurité des mers…) Quand il revient parmi nous dans la transparence d’hiver où les choses sont des lignes Quand il rouvre le filon des couleurs à ciel ouvert Quant il revient sur l’étroite digue hospitalière et Victoire fendant le sol figé sachant Que la vie déserte à quelques mètres de hauteur Quand il retrouve son totem en boules couleur d’excrément Dans les petits pommiers français près d’où on range les araires Et quand poussé aux épaules par Comme un transféré Il longe la rivière invitée au moulin Le coq sa crête de lilas son cri à travers ? l’aveugle Il se gante de saule Il endosse la rivière Et voici tâtonnant Sa main prolongée S’avance dans un monde étrange Il se hâte vers le désert Un plateau où la flèche est gnomon Le vide est sa force Le soleil passe comme un anneau nuptial Entre les arbres généreux il appartient à la déception Émigré que scalpe un âge il travaille pour une absente sous ses pieds qui dort quand il se lève Pour regagner l’absente de son pays qui veille quand il dort Le temps est celui qu’il n’a pas de penser à elle [...] Michel Deguy, Ouï dire, in Donnant Donnant, Poèmes 1960-1980, Poésie/Gallimard n° 4 ** -grimalkin- Date du message : février 2, 2011 Les merveilleux nuages Les oiseaux sont dans l’air, les poissons dans l’eau. Où sommes-nous ? En plan. Nous sommes les seuls à tomber. Poissons et oiseaux, verticaux, montent et descendent, arpentant le trièdre avec douceur, comme on se penche ou se glisse. J’aime les mouettes, les merveilleux oiseaux. Le poisson, dragon chimérique, ondule des bords. Nous n’avons pas la verticale. À nous la chute. Nous les plats. C’est nous les animaux machines, bien sûr, qui reconquérons la verticale, à contre-chute. Notre milieu est psychique. Il est à traverser, lui aussi. Les choses sont dans la psyché. La mer est bleue, disons couleur mer. Pour tous. C’est ça la réalité. Les rives. Michel Deguy ** -grimalkin- Date du message : février 4, 2011 Il est besoin d'un lecteur d'un geste d'un papier D'un miroir Tu es visage ma feuille mon échancrure Je suis le tissu pour que tu sois ton vide La surface Pour que froisse la main L'aber où l'eau s'aiguise Racine où le sol tressaille Ton blanc mon noir Le creux pour ma difficulté le blanc pour que je sois Ce dessin que je ne serais pas Tu es peau pour Mon alphabet J'étais l'air pour que tu n'engorges Alvéole pour que tu fusses arcade. Michel Deguy , Donnant Donnant »
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-grimalkin- |
Date du message : novembre 9, 2011 03:31 |
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DE LA MORTALITÉ DE L’ÂME La donne des dés passe par ma main Cette main d’un dieu qui ferait de même ???Nul ne sait Quelle saccade dès la paume qui ne dépend de rien jouant ???« Un peu de temps à l’état pur » Perle en lobes sur la servante ou la maîtresse ???O Simmias et Cébès C’est plutôt notre vie qui use plusieurs âmes L’espièglerie du monde brille ce matin Tu regretteras les heures de tes seins dans mes mains Celles de mon visage accouché sous tes yeux II n’y a pas que dans les livres qu’on parle comme un livre Je regretterai l’anabase depuis ton sein Remontant Eurydice tout le long d’Eurydice Du chiasme ténébreux des lèvres au double sein A l’horizon des yeux accouchés de tes lèvres ??II n’y a pas que dans les livres ??Qu’on n’aime pas que dans les livres Michel Deguy
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Marie-elisabeth |
Date du message : novembre 11, 2011 11:15 |
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La Seine était verte à ton bras.. La Seine était verte à ton bras Plus loin que le pont Mirabeau sous les collines comme une respiration La banlieue nous prisait J'aurais voulu j'aurais Tant besoin que tu penses du bien Mais le courage maintenant d' un coeur comme un prisonnier furieux comme un coeur chassera du lyrique le remords de soi ! L'allongement du jour nous a privés de jours Le jusant de la nuit nous détoure les nuits Ô mon amour paradoxal ! Nous nous privions de poésie Mais le courage sera de priver le poème du goût de rien sur le goût de tout Michel Deguy. extrait de "la Seine était verte à ton bras".
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-grimalkin- |
Date du message : novembre 12, 2011 11:57 |
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L’île paysanne, l’originale coxalgique à bracelets de langoustes, la veuve à colliers d’hortensias ôte et remet en caprice la mantille des pluies Coulées de lave des hauts chemins jusqu’aux grèves ponce alors la foule des pierres en deuil, à genoux, prostrées, dressées vers le large Comme une vieille fleuriste les cheveux pleins de liserons descend chaque matin des couronnes mauves à la mer tombale La mer prend la moitié de tout Les éperviers chaulent le ciel ou vérifient au fil à plomb les bâtis d’eucalyptus et les cryptomérias La salive des pics féconde les ignames et les conteiras ; l’eau transchtonienne porte à la bouche des rhizomes les sels en fusion L’immense métairie paît son bétail d’écumes Le paysan d’une épaule à l’autre revêt lentement la chasuble de mer et son petit cheval de justice ouvre une vallée obtuse : ses pas inventent le thalweg dont un versant est toujours bleu Taureaux humides et monstrueux mis à mort dans la place océane deviennent murs de cendre où les enfants graffitent Des vaches belles comme Europe, les cornes chargées d’hortensias, les vaches nycthémères hivernent les quatre saisons quotidiennes Les cerne la mer clairvoyante Michel Deguy (Procès verbaux, p.58/59)
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