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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
novembre 5, 2011 04:05
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(transcription de "Poètes d'aujourd'hui)
- Le Cri
Parfois, la nuit renferme un cri Dans le silence que nul ne devine.
La nuit tombe quand on entend un cri Du fond d’une cave silencieuses.
Le bien et le mal vivent ensemble au cœur De la nuit où quelqu’un a crié.
Mais on n’ignore si le cri existe Ou si c’est la nuit qui l’a inventé
* **
- L'île d'Ovide
Ici, le vent et la pluie
parlent avec la mer. Je les écoute,
sans entendre ce
qu’ils disent. Mais au fond
où les éclairs ne
parviennent pas à éclairer
l’horizon, ta voix converse
avec les ombres, comme au jour
de ton arrivée.
Nuno Judice, carnets de poésie de Guess who
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
octobre 29, 2011 04:03
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(suite de la transcription)
Une seule fois l’amour a suspendu sa phrase ; une seule fois le fleuve a débordé sur la berge ; une seule fois les astres se sont éteints ; une seule fois j’ai entendu le silence des vents.
***
Le hasard ne conjugue pas les coïncidences : Ii les résout dans un échange de regards que les amants avaient cru éternel
Et je descend cette page jusqu’au bout de la rue - en vain.
Le bureau de tabac A fermé ce soir, Seulement une fois - la dernière fois.
Nuno Judice
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ETHIQUE
j'arrive devant la mer, ses vagues, les marées que septembre courrouce, les gris et les bleus qui alternent avec d'étranges verts; une voix traite de la folie , ou du regard vide des poissons ou d'un thème aussi desséché que les algues à marée basse; un vent a parcouru la plage. dans le silence du soir, restituant au corps des eaux une unité ancienne. la mer , cependant , suppose qu'on l'oublie. Dans ses profondeurs dorment les images que le sommeil ne conserve plus ; des bras qui s'agrippent aux mâts du naufrage. Un navire abstrait est passé lentement sur l'horizon que le matin n'a pas vu, pénétrant de l'autre côté de la terrre, par instants oublié par la musique des ports. Le poème, m'a-t-on dit, a ignoré cette distraction: il a traversé la limite de l'éternité, s'est vêtu de mots nocturnes, a laissé la mort le contaminer. En bord de mer, je ne m'aperçois de rien; et je le dis, lentement, répétant à voix basse toutes vos contradictions;
Nuno Judice, traduction Michel Chandeigne Poésie/Gallimard
***
A Florence
Comme si la bataille était gagnée aux Uffizi, Paolo avance avec son armée ‹les chevaux noirs, guerriers aux écus symétriques, lances comme des crayons taillés pour l'exercice ‹dans le couloir. Je l'attends au bar du musée, qui est le meilleur endroit qui existe dans n'importe quel musée pour attendre (non, parfois il y a des canapés qui sont placés au milieu de la salle, d'où l'on peut voir les tableaux majeurs, ceux qui montrent des scènes de tempête, des naufrages, des bateaux perdus comme des morceaux de bois dans la furie des eaux) ; et je prends un jus de pomme, chaud, parce que le réfrigérateur du comptoir est en panne. Cela arrive parfois en été et dans la chaleur de la bataille : les armées placées face à face, et Paolo prêt à donner l'ordre d'attaque comme si en dépendait la chance du monde. Il est vrai que c'est lui le peintre ; et c'est donc à lui d'expliquer pourquoi cette scène a un ton si géométrique qui ne se remarque presque pas à cause du sang, de la poussière et de la boue, quand le sang et la poussière se confondent. Ce qui domine pourtant, ce ne sont pas les lois de la guerre mais les règles de la couleur et de la proportion ; tout leur obéit comme si maintenant la seule bataille à gagner était celle de la lumière. Ce qui n'est pas rien, dit Paolo, en avançant dans le couloir avec les pinceaux et les tubes d'encre avec lesquels il va corriger la scène : "Les chevaux ne sont pas réussis, me dit-il, ils sont noirs et ils devraient être bleus parce que dans une bataille seuls les chevaux bleus sont invincibles." Je lui demande pourquoi ; et il me répond que c'est parce qu'ils se confondent avec la couleur du ciel. Nous sommes donc dans une bataille d'anges et d'hommes ; et les guerriers qui montent des chevaux bleus semblent vêtus de feu et portent sur la tête les rayons qui fulmineront les ennemis et brûleront l'herbe des champs. "Ici rien ne repoussera plus." Si ce n'est l'amour. Une plante brusque comme le désir qui existe entre la terre sèche et le ciel chargé de nuages prêts à se défaire en eau. Un amour sans limites au centre de l'hiver. Je peux alors sortir des Uffizi. Les travaux sur la place continuent, ce qui est normal sur ces places anciennes. Une grève d'autocars m'oblige à aller à pied jusqu'à la gare. Derrière moi, courent les chevaux bleus de Paolo Uccello : et leurs sabots me battent dans les oreilles jusqu'à ce que j'entre dans le wagon, m'assois et laisse Florence en arrière, à mesure que le roulement des essieux ne se substitue au rythme monotone des cavaliers qui courent vers les autres, dans la symétrie exacte des secondes qui précèdent la bataille.
Nuno Judice traduction du portugais Jean-Pierre Léger site "Caligraphias -iberes" ***
EPIGRAMME AVEC NATURE MORTE
Ils ne se rendent pas à la nuit; n'entendent pas les avertissements; ne rencontrent pas les loups qui guettent parfois aux carrefours. la nuit était claire. L'air sentait encore le printemps. Mais et la lune, tachée de sang ? Et lesmurmures qui sortent de terre, comme si quzlqu'un vivait dessous ?
On ne doit pas confondre l'arbre avec la forêt, ni cueillir les fleurs qui n'ont pas encore donné de fruit. Il vaut mieux attendre l'hiver: et alors voir surgir le monde derrière des branches sans feuilles, dans sa réalité la plus exacte.
Nuno Jüdice, traduction Michel Chandeigne Poésie/Gallimard
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
octobre 29, 2011 04:21
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<<ULYSSE UNE PAGE>>
Ayant écrit les mots qui, pensait-il, searaient les derniers, il revint au début du poème; et ainsi, il s'obligea à poursuivre jusqu'à la fin de la strophe, sans interruption. La grammaire le forçait à suivre les règles anciennes, l'esprit ne parvint pas à fuir la contingence de la forme----et l'attachant à la matière verbale du poème, il le libéra de la pensée, de l'abstraction, de la propre idée qui le gouvernait----navigateur du sublime. Mais ce ne fut pas cela qu'il rêva, un jour, quand il s'aperçut que le langage pouvait exprimer son trouble; et il ne trouva pas d'autres manières de traduire le doute qui l'empêchait désormais de classer comme<<poétique>> ou <<lyrique>>ce qu'il écrivait. <<Le chant ne me satisfait pas, je cherche la totalité>> Cependant, cette voix n'est pas la sienne. En elle, il entendait l'écho que l'humifité étouffe en automne; et le cri lointain d'un oiseau inquiet; et le murmure des lèvres qui répètent le commandement incomplet : <<dieu....qui est dieu ?>> Lui, s'il savait, occuperait le vide de cette voix. Aucune certitude ne remplace la conviction du néant; nul ressac ne blanchit les cheveux de l'aube.<<Croyez au rythme>>. disaient-ils , comme si quelqu'un l'entendait. La mort est une femme nue à cheval sur une machine à écrire; le sexe d'algues que la marée découvre, entre les derniers mots du poème et le corps, qui les entend, enchaîné à la mâture du vers.
Nuno Judice, Un chant dans l'épaisseur du temps Poésie/Gallimard
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
octobre 30, 2011 05:22
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Il est des nuits..
Il est des nuits où la poésie entre par la fenêtre de l’âme – la plus petite des fenêtres de l’âme, qui ne laisse filtrer qu’un rai de lumière et, avec lui, le poème. Alors, je la recueille dans cette coupe abstraite, dont la transparence me révèle la couleur minérale de la nuit ; et mes doigts effleurent la surface d’une eau limpide, un clair de lune de mots. Puis, je verse sur le papier l’encre de la nuit, avec son rai de lumière et cette ligne de musique où le poème s’inscrit ; et les vers s’imprègnent de ce liquide, devenant humides comme tes cheveux après l’amour, quand les fenêtres de l’âme s’ouvrent pour laisser entrer la pluie de la vie.
Nuno Judice "Poésies complètes"..( site Anthologie Permanente)
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
octobre 30, 2011 05:42
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Ce poème a été placé cet été, par Doublesix, et je l'avais tant apprécié.. que je ne résiste pas au plaisir de le remettre dans ce post.. si vous permettez..
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
octobre 30, 2011 06:18
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Remords.
Ce sont des choses infimes : les fenêtres qui battent au vent, des suspensions de phrases dans le souvenir d'un désir, les cheveux dénoués avec l'interrupteur qui rétablit la lumière. Mais c'est cela dont tu te souviens quand il semble ne plus rien avoir alentour de toi ; et la nuit, qui pourrait t'envelopper dans le linceul froid du silence ultime, oublie que tu existes; Alors, tu déroules les images à l'intérieur de toi, comme si tu pouvais encore vivre chacune d'elles. Tu ne dors pas : mais ce n'est que lorsque la lumière de l'aube te rappellera qu'il fait jour, et que tes paupières seront lourdes comme le plomb, que tu pleureras les heures blanches, le goût acide du ressac, et l'amour que tu as perdu dans l'hésitation d'une étreinte.
Nuno Judice.
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
octobre 30, 2011 06:26
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Le poids du monde.
Je pourrais me libérer du poids du monde dans tes bras, je pourrais l'ôter de mon crâne, le jeter dans un coin au fin fond de l'appartement ; je pourrais rester près de toi, dans la légèreté de ton corps, à l'écoute de la chute du temps dans une clepsydre invisible.
Le monde, cependant, insiste, auprès de moi. Il est là, au fond de l'appartement, avec sa pesanteur. Il attend que quelqu'un le prenne et redescende l'escalier, courbé, comme si tout ce que nous avions à faire était de le porter en haut, en bas, dans ces escaliers sans ascenseur.
Et moi, près de toi, en t'enlaçant, j'espère que le monde ne bougera pas de son coin, au fond de l'appartement. Je t'étreins comme si ton corps me délivrait de ce poids, qu'il n'était pas là, ne m'attendait pas pour que je le descende et le remonte dans ces escaliers d'un immeuble sans ascenseur.
Mais l'amour se charge lui aussi du poids du monde. Et les mots avec lesquels nous nous séparons, avant que je le soulève à nouveau et t'abandonne à ta légèreté, apportent déjà l'écho des choses que j'ai jetées au fond de l'appartement, où je ne veux pas que tu ailles pour que tu n'aies pas à porter, toi aussi, le poids du monde
Nuno Judice. "Oeuvre complète".
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Verlaine 
France
Messages : 349 
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Date du message :
novembre 3, 2011 04:50
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La nuit nous habille De ces rêves qui brillent D'une lueur vagabonde Hors de ce monde....
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