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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
aout 3, 2011 23:38
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Merci Summertime c'est en effet très poètique mais il est vrai que les bons poètes sont souvent de très bons psych*****istes ,du moins savent très bien cerner ce qu'ils observent ou ressentent alors pourquoi pas le contraire,d'autant que Bachelard s'est lui aussi beaucoup interressé à la poèsie?
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Un feu distinct...
Un feu distinct m’habite, et je vois froidement La violente vie illuminée entière... Je ne puis plus aimer seulement qu’en dormant Ses actes gracieux mélangés de lumière.
Mes jours viennent la nuit me rendre des regards, Après le premier temps de sommeil malheureux ; Quand le malheur lui-même est dans le noir épars Ils reviennent me vivre et me donner des yeux.
Que si leur joie éclate, un écho qui m’éveille N’a rejeté qu’un mort sur ma rive de chair, Et mon rire étranger suspend à mon oreille,
Comme à la vide conque un murmure de mer, Le doute — sur le bord d’une extrême merveille, Si je suis, si je fus, si je dors ou je veille ?
Album de vers anciens — Paul Valéry
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doublesix 
Modérateur
France 
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Date du message :
aout 3, 2011 23:41
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J’habite une douleur Ne laisse pas le soin de gouverner ton cœur à ces tendresses parentes de l'automne auquel elles empruntent sa placide allure et son affable agonie. L'œil est précoce à se plisser. La souffrance connaît peu de mots. Préfère te coucher sans fardeau ; tu rêveras du lendemain et ton lit te sera léger. Tu rêveras que ta maison n'a plus de vitres. Tu es impatient de t'unir au vent, au vent qui parcourt une année en une nuit. D'autres chanteront l'incorporation mélodieuse, les chairs qui ne personnifient plus que la sorcellerie du sablier. Tu con*****eras la gratitude qui se répète. Plus tard, on t'identifiera à quelque géant désagrégé, seigneur de l'impossible. Pourtant. Tu n'as fait qu'augmenter le poids de ta nuit. Tu es retourné à la pêche aux murailles, à la canicule sans été. Tu es furieux contre ton amour au centre d'une entente qui s'affole. Songe à la maison parfaite que tu ne verras jamais monter. À quand la récolte de l'abîme ? Mais tu as crevé les yeux du lion. Tu crois voir passer la beauté au-dessus des lavandes noires… Qu'est-ce qui t'a hissé une fois encore, un peu plus haut, sans te convaincre ? Il n'y a pas de siège pur. René Char, « Le Poème pulvérisé », in « Fureur et Mystère », Œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, 1983, p. 253 J’habite une douleur " C’est là, je crois, l’un de mes poèmes les plus « achevés » ; l’aliment qui le compose ne se détériora pas, ne toucha la moelle de l’air que complètement « enveloppé ». J’étais à cet instant lourd de mille ans de poésie et de détresse antérieure. Il fallait que je l’exprime. J’ai pris ma tête comme on saisit une motte de sel et je l’ai littéralement pulvérisée…. De cette illusion atroce est né J’habite une douleur, plus quelque calme. René Char, « Arrière-histoire du Poème pulvérisé », in Textes complémentaires, Œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, 1983..
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doublesix 
Modérateur
France 
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Date du message :
aout 3, 2011 23:53
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Le bruit de l'allumette
J’ai été élevé parmi les feux de bois, au bord de braises qui ne finissaient pas cendres. Dans mon dos l’horizon tournant d’une vitre safranée réconciliait le plumet brun des roseaux avec le marais placide. L’hiver favorisait mon sort. Les bûches tombaient sur cet ordre fragile maintenu en suspens par l’alliance de l’absurde et de l’amour. Tantôt m’était soufflé au visage l’embrasement, tantôt une âcre fumée. Le héros malade me souriait de son lit lorsqu’il ne tenait pas clos ses yeux pour souffrir. Auprès de lui, ai-je appris à rester silencieux ? À ne pas barrer la route à la chaleur grise ? À confier le bois de mon cœur à la flamme qui le conduirait à des étincelles ignorées des enclaves de l’avenir ? Les dates sont effacées et je ne connais pas les convulsions du compromis.
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N'ayant que le souffle , je me dis qu'il serait aussi malaisé et incertain de se retrouver plus tard au coin d'un feu de bois, parmi les étincelles, qu'en cette nuit de gelée blanche, sur un sentier ossu d'étoiles infortunées.
René Char
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doublesix 
Modérateur
France 
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Date du message :
aout 3, 2011 23:57
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Vivante demain
Par la grande échappée du mur Je t'ai reçue votive de la main de l'hiver
Je te regardais traversant les anneaux de sable des cuirasses Comme la génération des mélancoliques le préau des jeux
Sur l'herbe de plomb Sur l'herbe de mâchefer Sur l'herbe jamais essoufflée Hors de laquelle la ressemblance des brûlures avec leur fatalité n'est jamais parfaite Faisons l'amour.
René Char, " Le marteau sans maître ", Poésie/Gallimard
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doublesix 
Modérateur
France 
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Date du message :
aout 4, 2011 00:05
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René Char a décrit ses émotions devant les tableaux du peintre George de la Tour dont :
LE PRISONNIER
La reproduction en couleur du Prisonnier de Georges de La Tour que j'ai piquée sur le mur de chaux de la pièce où je travaille, semble, avec le temps, réfléchir son sens dans notre condition. Elle serre le cœur mais combien désaltère ! Depuis deux ans, pas un réfractaire qui n'ait, passant la porte, brûlé ses yeux aux preuves de cette chandelle. La femme explique, l'emmuré écoute. Les mots qui tombent de cette terrestre silhouette d'ange rouge sont des mots essentiels, des mots qui portent immédiatement secours. Au fond du cachot, les minutes de suif de la clarté tirent et diluent les traits de l'homme assis. Sa maigreur d'ortie sèche, je ne vois pas un souvenir pour la faire frissonner. L'écuelle est une ruine. Mais la robe gonflée emplit soudain tout le cachot. Le Verbe de la femme donne naissance à l'inespéré mieux que n'importe quelle aurore. Reconnaissance à Georges de La Tour qui maîtrisa les ténèbres hitlériennes avec un dialogue d'êtres humains.
René Char
*Ce message a été édité le 4-Aug-2011 12:06 AM par doublesix*
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
aout 4, 2011 03:51
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comme toi, doublesix, j'ai une tendresse particulière pour René Char...Tans d'autre poètes hélas me laissent de glace.
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
aout 5, 2011 10:58
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En vrac, un poème d'un auteur israélien.. qui ne parle pas de guerrre.. de paix.. de liberté mais de séduction... un clin d'oeil.. à Nathan Zach..
Veuve.
J'ai acheté un parfum turc Don du ciel il s'appelle, je l'ai mis au lobe de mes oreilles pour trouver grace aux yeux des hommes.
Aux yeux des hommes pas de parfum, leurs yeux sexe rasé, le musc n'attire personne, mes seins attirent les hommes.
Moi aussi je suis lasse des parfums, me maquille quand cela me prend, me coiffe par habitude, mets du rouge à lèvres, à joues, déjà démodé.
Quand je viendrai vers toi le Sabbat je t'apporterai un gâteau je ne l'ai pas fait, aussi je ne garantis rien.
Tu m'ouvriras la porte, tu apprécieras le parfum, me regarderas au fond des yeux caresseras mes cheveux sur un tapis persan;
Viens alors entre mes seins, Mon coeur déborde d'astres vieillis, Mais ne viens pas trop vite, nous devons encore attendre.
Nathan Zach. (traduction Charlotte Wardi).
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
aout 5, 2011 13:31
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Les oiseaux déguisés
Tous ceux qui parlent des merveilles Leurs fables cachent des sanglots Et les couleurs de leur oreille Toujours à des plaintes pareilles Donnent leurs larmes pour de l'eau
Le peintre assis devant sa toile A-t-il jamais peint ce qu'il voit Ce qu'il voit son histoire voile Et ses ténèbres sont étoiles Comme chanter change la voix
Ses secrets partout qu'il expose Ce sont des oiseaux déguisés Son regard embellit les choses Et les gens prennent pour des roses La douleur dont il est brisé
Ma vie au loin mon étrangère Ce que je fus je l'ai quitté Et les teintes d'aimer changèrent Comme roussit dans les fougères Le songe d'une nuit d'été
Automne automne long automne Comme le cri du vitrier De rue en rue et je chantonne Un air dont lentement s'étonne Celui qui ne sait plus prier
Louis Aragon / Les Adieux et autres poèmes
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Summertime 
Suisse
Messages : 4692
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Date du message :
aout 5, 2011 13:38
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À la question pourquoi écrire ? le poète Vahé Godel a répondu « D'où que l'on vienne, où que l'on soit, hybride ou non, déraciné ou non, on n'écrit jamais que pour se prouver qu'on existe - pour se situer, pour prendre corps». J'aime beaucoup son écriture qui me fait passer derrière un miroir où se téléscopent des images troublantes...
L'épouse du voisin
L'épouse du voisin a revêtu son lit de sable chaud elle entrouvre des temples d'érable et d'acajou elle recueille sous sa robe les troupeaux aveuglés tous les lacs de finlande la voici dentellière semeuse de libellules l'oreille collée contre une armoire secrète pour entendre gargouiller l'enfant-roi elle affûte la proue brise le joug elle tourne son pubis imberbe vers la lumière puis se laisse couler dans le donjon de ciment frais la voici messagère en émoi fuyant les arbres morts saluant l'autobus bosanna l'épouse du voisin déroule nuit et jour une échelle de soie de table en table elle traverse l'étendue les bras chargés de jouets transparents.
Vahé Godel ("Signes particuliers" Ed. Grasset, 1969)
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
aout 6, 2011 02:06
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Très beau poèmeSummertine que j'ai failli mettre récemment moi-aussi, lol, et j'aime aussi beaucoup Vahé Godel , poète assez peu connu parmi les poètes suisses, du grand public s'entend?
.... Poète si tu pouvais
Poète si tu pouvais D'un seul mot transformer La bombe à hydrogène En bulle de savon Si tu pouvais poète D'un seul mot d'un seul pied Terrasser le dragon Changer les généraux En tigres de papier Poète si d'un seul mot Tu pouvais mettre fin A la guerre de Troie Poète si tu pouvais Mais tu n'es Bon à rien Brise ta plume d'oie Brûle tes alexandrins Il n'y a pas de salut Périssent les Troyens Poète prends ton luth Et le jette aux orties Crie Crie Crie Ou tais-toi Il n'y a pas de milieu Il n'y a pas d'autre voie Poète ouvre les yeux N'attends pas l'an deux mille Lève-toi prends ton lit Et marche ¿ marche ou crève (mais tu ne bouges pas tu n'entends pas tu rêves assis devant la table la main sur le poème que tu viens d'achever)
Vahé GODEL / Signes particuliers
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
janvier 1, 2012 03:41
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