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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : Poèmes en vrac mais pas en frac

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : janvier 4, 2012  06:15


Guy Cabanel - à qui André Breton a pu écrire : « Ce langage, le vôtre, est celui
pour lequel je garde à jamais le cœur de mon oreille »

Calme des eaux et de la lune,
un point rouge, deux accents
sur l'ovale blanc intrus presque,
Murasaki écrit.

Face aux vagues de la nuit
que brutalisent deux flambeaux,
lanterne avide et lisse
se gardant de frémir.

Ah ! le sang bondit,
dieu dans la tasse fermée,
ah ! sur une tige
l'oiseau se tient encore !

L'encre d'une chevelure
s'est répandue sur le brocart,
un jonc de jade blanc
demain le nouera-t-il ?

Demain de grises nuées
auront chassé monts et rivières,
seul un arbuste sera là
avec une flamme éteinte dans les feuilles.

Guy Cabanel (« Lac Biwa »)

....................................................................................................


Une porte claque, le voyage.
      Voyez le port sans âge dans le lac.

Le matin dans l'œil s'accroche
      aux plaies du jour,
      saccageons cette lumière des visages
      qui rient dans l'eau.

Les filles d'Égypte, aux lèvres cruelles,
      par les tempêtes et les vins, hirondelles.

La nuit blanche d'armes,
      au galop couvert de puces,
      près des berges flambées, le loup,
      le hibou, tard dans la boue, crevés,
      c'est la fleur du pommier ou un regret,
      le lys dans le pavé, sous le manteau
      la nuit, épaisse comme une peau.

Guy Cabanel / Fêtes sévères , aux éditions Les Hauts-Fonds, d'Alain Le Saux.

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : juillet 28, 2011  00:46



Le poète se souvient de l'avenir. Jean Cocteau

.....................


Batterie

Soleil, je t'adore comme les sauvages,
à plat ventre sur le rivage

Soleil, tu vernis tes chromos,
tes paniers de fruits, tes animaux.

Fais-moi le corps tanné, salé ;
fais ma grande douleur s'en aller.

Le nègre, dont brillent les dents,
est noir dehors, rose dedans.

Moi je suis noir dedans et rose
dehors, fais la métamorphose.

Change-moi d'odeur, de couleur,
comme tu as changé Hyacinthe en fleur.

Fais braire la cigale en haut du pin,
fais-moi sentir le four à pain.

L'arbre à midi rempli de nuit
la répand le soir à côté de lui.

Fais-moi répandre mes mauvais rêves,
soleil, boa d'Adam et d'Eve.

Fais-moi un peu m'habituer,
à ce que mon pauvre ami Jean soit tué.

Loterie, étage tes lots
de vases, de boules, de couteaux.

Tu déballes ta pacotille
sur les fauves, sur les Antilles.

Chez nous, sors ce que tu as de mieux,
pour ne pas abîmer nos yeux.

Baraque de la Goulue, manège
en velours, en miroirs, en arpèges.

Arrache mon mal, tire fort,
charlatan au carrosse d'or.

Ce que j'ai chaud ! C'est qu'il est midi.
Je ne sais plus bien ce que je dis.

Je n'ai plus mon ombre autour de moi
soleil ! ménagerie des mois.

Soleil, Buffalo Bill, Barnum,
tu grises mieux que l'opium.

Tu es un clown, un toréador,
tu as des chaînes de montre en or.

Tu es un nègre bleu qui boxe
les équateurs, les équinoxes.

Soleil, je supporte tes coups ;
tes gros coups de poing sur mon cou.

C'est encore toi que je préfère,
soleil, délicieux enfer.

Jean Cocteau (1889-1963)


Epsilon
Modérateur
France

Date du message : juillet 28, 2011  01:32

J'aimais cet homme simple et sublime. Je l'admire par-delà la mort, lui le dernier
représentant de la grande littérature qui semble ne plus exister. Je dis grande
littérature comme on dit grande musique. »
Max Jacob.

..................................

oraison

Ô les mots, tous les mots blancs, verts, bleus, jaunes, rouges, noirs, du gouffre et de
la cime, tous les mots semblables et contraires, unissez-vous en frères de la
primitive famille de la phrase originelle. Laissez-vous cueillir comme on fait pour
les fleurs, laissez-vous récolter comme on fait pour les fruits. Acceptez que de tous
on compose une gerbe d’amour évoquant le sonore serpent aux longs anneaux
d’éternité, que par vous il remonte entre les lèvres demeurées au seuil de l’Aurore
Première.

Parmi la misère farouche du siècle en folie, ô mots de la Nature, du Mystère, de
l’Humanité, mots émanés du Verbe qui fit la Lumière Physique, mots depuis en
refuge dans les gorges des êtres et failles des choses, reconstituez-vous dans une
équivalente énergie, capable d’extraire cette fois, du fond de la Ténèbre
envahissante, une Lumière Morale aux rayons tout fleuris de la fraternité.
Condensez-vous, Mots redivinisés, dans la bouche d’un Être unique fait de tout et
de tous, et, par Lui, nous tous ensemble, parmi cette heure sombre où nos âmes
s’égarent aveugles, clamons, pour un magique éveil de l’entière Beauté, clamons
en retour, éperdument, nous les infiniment petits de l’infiniment grand, nous les
atomes, nous les hommes, nous les monstres, nous les efforts et les génies épars de
l’Univers, clamons à notre tour dans les oreilles d’Or de l’Avenir par cette bouche
formidable de l’espoir qui deviendra la nôtre, la phrase initiale du Semeur
universel :

- « Que la Lumière soit !!! »

Saint-Pol-Roux, La Besace du Solitaire, Rougerie, 2000.

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : juillet 28, 2011  11:32

J'aime beaucoup Guy Cabanel


Le vent

Acharnés à mourir

La crête lourde où le volcan rutile, combat démesuré de la nuit, vrille aux yeux des
combattants, nus dans la neige ardente.
La mer amie qui berce, eau des fous, clapotis du sang.
Sauvagerie des corps griffés des rages de la lune, course des zèbres bleus.
Murmure des berges criminelles, appel acéré des nerfs, lèvres mouvantes des
poignards !
La rauque lumière du matin, flamme noire qui fuse des ongles, les yeux de pourpre,
dents creusées dans la chair calcinée des sexes.
Crachés du flanc des chèvres à tête de poisson, dans les ruisseaux argentés où
frémissent les sorts, des cris glacés, rapaces longs, fouillent les bouches qu'exaspère la
soif du sacre.

**
dans les eaux du repos,

Bleu quand la lumière émerge des sables, le soleil coule entre les cils le musc étoilé
des courses immobiles.
O visage ogival, paix dans l'eau qui se calme pour toi, les bêtes ambiguës du soir
paissent sur tes lèvres ondulées.
Mais quel est ce vent court, bourrasque dans ta gorge menacée ?
Quel effroi perçois-tu dans ces yeux d'orignal, fichés dans la peau de tes joues ?
Noyée d'eau blonde, enlacée par les doigts fanatiques, veille et dors, caresse.
Le fleuve s'écroule lent dans les fentes des terres qui s'ouvrent pour lui, dans les visages
de la lune, acier noir des rivages saturniens.
Rose suspendue, miel des diamants, sommeil de gazelle contre le front qui rêve, frange.
**
exaltés pour la vie

Baiser de thym, lèvre écaillée, rire jasmin - sous le couteau, la plaie.
Aigu comme la plainte des élaps, c'est un cheveu mangé !
Qui est la mer où plongent les vertiges ?
Sur cette tige, je bâtirai, cascade, coulant du vent, entre les muscles, entre les dents !
Là-bas le triple feu, fusion du temps, tout est lancé, qui se retient ?
L'envol des plaines où sont couchés les cavaliers.
Claquant des crocs, doutant du dos, va titubant, bronze géant !
Pousse-la, mare de soufre, cette vie qui passe là t'emporte.
Près du grillon, grille cassée, ménétrier.
Plane en riant sous l'horizon, double marin !
malgré l'arrachement,

Dans la terre ouverte, indiscernable couple, sommeil enseveli, cimes constellées.
Brume légère, torride brume de l'arrachement.
Le froid dans le torrent, perles sucrées, c'est chaviré.
La forêt fondue sur les plages mortes, tout est lié, écartelé.
C'est le noir du feu, le blanc de la terre, pays de fumée.
À tâtons maintenant, du nord au sud, qui pourra vivre ?
Incolore et parfait dans la malédiction, aux quatre vents disséminé, qui aborde ?
Le sel du cuivre sèche avec la lenteur et la misère du crachin.
Sans ogive, plus d'architecture, plus de passage sans baiser de lune.
Rivé aux lumières d'orient, le vert désert du double coeur, cloche d'un sang dur comme
les fours de la colère, t'égorge, futile muezzin.
**
météore stable.

L'absolu de la nuit.
Où courent les fourmis, rire exsangue des copulations.
À cheval sur la roue, fortune !
Brises, foncez ! La mer, c'est moi. Sait-on qui je porte ?
L'énorme joie du poulpe, la furie sereine de l'orage, allègrement, des pieds des poings,
l'or des corbeaux !
Va riant, mon nez, tranche les poutres de l'ombre, maître des espaces éclatés !


Extrait des Fêtes sévères (1964).

Les Hauts-Fonds Éditions



Felipe
France
Messages : 1659

Date du message : juillet 28, 2011  14:36

bordel c'est beau




Epsilon
Modérateur
France

Date du message : juillet 29, 2011  00:19

N'oublions pas, nous peuples qui devenons obèses qu'il y a en ce moment une
grande famine dans une partie de l'Afrique et que l'on ne trouve pas et la volonté
et l'argent , et les vivres avec la célérité qu'on trouverait pour aller guerroyer??

.............................................


J’entends l’an marteler sur tes pistes son cri atone
J’entends le tambour lent des terres qu’on dessouche entends
La terre dans la bouche et le vocable dessillé
Comme un ban de tribus qui vont rouvrir la guerre, et c’est
Le chaud du sel aux mains païennes d’adversaires.
Sens

L’ardue nécessité en vain tordre ton corps, famine
Où poussent vents sagaies mers et fureurs, forêts surprises
La maille du vent lèche le brasier, des enfants crient
Une case brûle, un guerrier meurt, des herbages fument
Au ciel brûlé famine, et famine dans ta verdeur

Et dans le mot scellé monotone j’entends famine
Oho mots de nos sangs que voici marteler le temps
De jours quatorze fois balancés dans le feu terrible
Je vois ce cœur tressé de fer, les jours crépus, le sang
Et au butin ce rien de sel à goût d’herbe brûlée

Edouard Glissant, Afrique / Le sel noir

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : juillet 29, 2011  12:36

Arrêter les frais.

Quand l'ennui me choisit, j'ai l'assurance de ma
misère.
   Elle déferle d'un puits sans fond. Et sans que je le
repousse, le clignotant de la mort commence à s'agiter.
Une âme de chacal m'habite. Je suis une boue même pas
volcanique. Dérive et lassitude. Souhait d'arrêter les frais.
Rien ne vaut que me dissoudre. Je me tasse sur une
chaise. Mais impossible de vomir. La querelle avec le
passsé reste abstraite ;
   Je vois les tonnes d'heures offertes à l'inutilité - cette
graisse d'une vie. Tous ces actes de cruauté des mâles,
dont sans doute la femme se dispense. En parade, cette
faim de baisers, ce désir d'autres terres, chairs neuves au
matin du monde. Seul, autrefois, le soleil m'a caressé sans
rien n'exiger en échange. Même la contradiction ne me
gêne plus. Je mens, je m'enlise.
   Doucement, se remettent en marche quelques
lampes : le sourire d'Alain, la complicité bon marché d'un
Requiem, à l'orgue ; les chants si nuancés de maman au
jour noir ; les vers de certains poèmes ( oh ! pas les
miens ! ) se battant au couteau avec le désespoir. Je n'ai
rien fait. Rien de ce qui était à ma portée. Et, le plus grave,
je m'en fiche.
   Ainsi, en ce moment...
   Le bruit d'une porte, d'un moteur, la buée cajolant la
vitre, le profil intact d'une pierre, l'envie de couper du
bois, on repart. Notre légèreté devant l'essentiel est à
considérer.

Jean Breton. "L'Equilibre en flammes"



Epsilon
Modérateur
France

Date du message : juillet 29, 2011  14:32

Jean Breton, critique mais surtout un poète formidable sur le quel on a fait un post
dans Poèsie d'aujourd'hui mais ses poèmes méritent vraiment d'être plus connus, mais
sont comme beaucoup pas faciles à trouver non plus,merci Marie-Elisabeth !

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : juillet 30, 2011  03:57


CONTRE MA JOUE

Quand le froid laisse errer ses vitres, je me réfugie auprès des feux d’autrefois. Pas chez
moi, où rien n’était intime. Dans la Drôme, chez des fermiers que nous aimions.
Des tas de fumier hirsutes, des coqs pas bêcheurs dessus, des cochons dans la boue
enthousiastes. Grâce à quoi on évita la disette sous l’Occupation.
Deux feux de cheminées se superposent dans mon souvenir : celui d’une exploitation, à
côté de l’église de Livron, qui produisait des pommes de terre, et dont j’ai mutilé les
visages – pourquoi ? Et celui de madame Monnier, à l’Etoile, avec les bancs, le lait, des
châtaignes.
Le puits prenait son ombre au fond d’un haut carmel de dalles. Nous tirions l’eau
secrète… pour un usage bien modeste ! Voici la maison de mère Origine, des fées, des
nains, des lapins-miracle, de la poussière qui ne salit pas. Les chiens – même format,
mêmes abois – se réincarnaient sans souffrance. Le Fantôme du Bengale, bague au
poing, rendait la justice. Je croyais que les choses dont on faisait le tour et qu’on pouvait
blottir dans un regard étaient capables de fraternité.
Mémoire fantasque ! Je revois chaque pièce, les greniers, les trappes, les trois frères
querelleurs, le cheval mort debout, la déclivité de certains champs quand nous portions
les hottes. Les aînés pêchaient l’écrevisse à la lanterne, malgré la loi : nous revenions
trempés, dans la peur exquise du garde. Les cerises étaient géantes, le blé hors cote
comme le dollar. J’aidais. Je suis encore sur les batteuses : mon premier jazz, ce bruit.
La sueur des hommes tombait dans le vin. Je revois ma maladresse pour planter un
arbuste. Aucun progrès depuis.
Quand je suis triste, je mets la ferme de l’Etoile contre ma joue et j’entends s’arrêter de
cogner le temps.
(Je dis toujours adieu, et je reste, 1973)

Jean Breton, revue "Les hommes sans épaules"

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : juillet 30, 2011  08:43

Le lac de l'air.

Le lac de l'air je le franchis.
Tes genoux crient dans le lait de l'espace.
Je monte, je monte avec la cheminée de toile
Vers la déchirure du silence
Où le soleil a neigé sur la nuit
je m'agenouille dans les fougères et dans l'oubli
je bois l'eau vitrée du désir
je noie la rive du plaisir
je broie toute insolence occulte.

Le vent enquête en vain dans le gargouillis des morales.
Tes robes brûlent dans le lait de l'espace;

Le lac de l'air, je m'y arrête et j'y trébuche.
L'éternité sur nos bouches ricoche.
Tes genoux crient dans le lit de l'espace.

Jean Breton "Vacarme au secret"



Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : juillet 30, 2011  08:58

Jupe qui vise.

Pas pour toi, cette jupe tendue aux genoux (qui te vise). Cette voix
qui savonne. Le chuchotement de la lumière sur la botte, noire comme
d'acier. L'écume entrevue sur la langue, et ça replonge et disparaît. Un
trésor dans le gosier, dans l'estomac ? Mais le poursuivre ? Où loge l'âme,
qu'on réponde ! Il ne me reste qu'un ventre dans la main. On sabote la
vie - les grenades de l'amiral B***** - dès que j'ai tourné le dos.

   Pas pour toi ce double coups de grisou des seins, ô chemisier à précoces
marsouins. Et je te plante dans le front le clair regard de l'amitié, quand
mon trouble s'épaissit autour des yeux lourds de ton torse. Et je te porte
à distance le message du " désir intercepté, reçu OK, j'enregistre " au
premier qui passe - ce suédois chien fade et qui n'en demandait pas
tant !

   Comment résister, trop souvent, à dénoncer les femmes ? Elles sont
totales ou marchandes. Ou - pour attentat à ma pudeur - je porterais
plainte chez les flics ?
   Certains jours mon désarroi, mon désespoir sont si profonds, si
répugnants que je fane la joie à dix mètres à la ronde.

Jean Breton ."Vacarme au secret"

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : juillet 30, 2011  09:09

Le cap.

Elle exigeait de tenir la barre de ma liberté; Une casquette de captain
au bas du ventre, la visière vous fouille, ohé, matelotes à la sauce
gloutonne, chics fuseaux de marbre sous une peau qui glisse et reluit,
torpille l'âme du gorille. Alleluia..!

   Autour de nous, l'air flambait d'iode et de romarin. La mer avait bu
trop d'acétylène.
   Je demandais : " Quel cap ? ", elle désignait la casquette, ma foi
comestible.

   Pont ou cabine, je ne sus jamais l'épuiser. Elle court les mâles
minces et m'écrit ses exploits avec des timbres tropicaux à la boite
postale.

Jean Breton. "Vacarme au secret"



-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : juillet 30, 2011  11:39





VIVRE ENCORE

Ce qu’il faut de nuit
Au-dessus des arbres,
Ce qu’il faut de fruits
Aux tables de marbre,
Ce qu’il faut d’obscur
Pour que le sang batte,
Ce qu’il faut de pur
Au cœur écarlate,
Ce qu’il faut de jour
Sur la page blanche,
Ce qu’il faut d’amour
Au fond du silence.
Et l’ame sans gloire
Qui demande à boire,
Le fil de nos jours
Chaque jour plus mince,
Et le cœur plus sourd
Les ans qui le pincent.
Nul n’entend que nous
La poulie qui grince,
Le seau est si lourd.

Jules Supervielle

(ah oui ! ce qu'il faut..."le seau est si lourd !)



Epsilon
Modérateur
France

Date du message : juillet 30, 2011  14:37

Derrière la grande ombre poètique de Fernando Pessoa ,plane d'autres ombres
poètiques dont celle de Vitorino Nemèsio (1901-1978)

.....

Âpre vie

Âpre vie,
Humble sentier,
Dieux lointains,
Hommes perdus.

Tant d’énergie
Solitaire en rêve,
Et le vent chaste mutiné,
La douce pluie qui tombe sur la terre ouverte,
S’offrant à notre esprit !

Triste poème
De l’heure où l’on attend,
Docile et prompt dans la pensée,
Rends-moi tout entier à ce temps vierge
Auquel une parole pure atteint,
Et qui, rallié déjà par l’âme et la pensée,
Suspend un éternel retour.

Toi seul émeus la haute énigme :
Nous ne saurions la déchiffrer.

Vitorino Nemésio

.........

Madrigal


je te porte en moi-même comme le jour
Porte la nuit dans son cercle,
La nuit, pleines d'étoiles
Comme toi de ta chevelure:
Une même couleur, une même distance

Tes yeux reposent dans le lac
De mon coeur. Et la lune
Y veille tes chimères,
Fixant avec une broche d'or
La complainte de ma mémoire,
La braise ternie de cendre,
Le rouge baiser de givre,
Dans la nuit, comme un signal.

Vitorino Nemésio

....

Vitorino Nemésio (19 décembre 1901-20 février 1978) est un écrivain portugais né
sur l'île de Terceira, dans l'archipel des Açores. Son premier recueil de poèmes a
été écrit en français (La Voyelle promise publié en 1935), le reste de son œuvre en
portugais.

Considéré comme l'un des meilleurs poètes portugais du XXe siècle, il fut
également romancier, critique, professeur puis directeur de l'université de
Lisbonne, et le fondateur de la revue littéraire la Revista de Portugal. Il fut même
animateur d'une émission de télévision dans les années 1970.

Sa première publication est un recueil de nouvelles en 1924. Son chef d'œuvre, le
roman Mau Tempo no C***** (Gros temps sur l'Archipel, initialement traduit sous le
titre Le Serpent aveugle), date de 1944.

1. Bibliographie
Gros temps sur l'archipel, La Différence, 1988
L'animal harmonieux et autres poèmes. Traduction de Violante Picon. Paris: La
Différence, "Orphée", 1994.
La Voyelle promise et autres poèmes, Édition Escampette, 2000
WAPEDIA

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : juillet 30, 2011  14:45

Superbes ces poèmes de Jean Breton, on y sent un tel foisonnement de vie,tout
en restant très poètiques, j'aime beaucoup celui-là avec son petit côté surréaliste
et les autres bien sûr!
Merci-Marie-elisabeth de ces découvertes poètiques!

Le lac de l'air.

Le lac de l'air je le franchis.
Tes genoux crient dans le lait de l'espace.
Je monte, je monte avec la cheminée de toile
Vers la déchirure du silence
Où le soleil a neigé sur la nuit
je m'agenouille dans les fougères et dans l'oubli
je bois l'eau vitrée du désir
je noie la rive du plaisir
je broie toute insolence occulte.

Le vent enquête en vain dans le gargouillis des morales.
Tes robes brûlent dans le lait de l'espace;

Le lac de l'air, je m'y arrête et j'y trébuche.
L'éternité sur nos bouches ricoche.
Tes genoux crient dans le lit de l'espace.

Jean Breton "Vacarme au secret"

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