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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : Baudelaire sous toutes les coutures

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : janvier 2, 2012  03:27

Baudelaire fut orphelin de père à 6 ans et enfant solitaire aima désesperément sa
mère qui ne le lui rendit pas toute l'affection qu'il demandait, et en se
remariant,les choses se compliquèrent encore plus entre eux.

L'étranger


- Qui aimes-tu le mieux, homme enigmatique, dis? ton père, ta mère, ta soeur ou
ton frère?
- Je n'ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
- Tes amis?
-Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.
- Ta patrie?
- J'ignore sous quelle latitude elle est située.
- La beauté?
- Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle.
- L'or?
- Je le hais comme vous haïssez Dieu.
- Eh! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger?
- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux
nuages!

Baudelaire: Petits poèmes en prose, I (1869)

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : juillet 27, 2011  00:06

Baudelaire habita principalement à Paris, où il occupa une quarantaine de
domiciles.

..

Les Fenêtres

Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de
choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n'est pas d'objet plus profond,
plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu'une fenêtre
éclairée d'une chandelle. Ce qu'on peut voir au soleil est toujours moins intéressant
que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve
la vie, souffre la vie.

Par-delà des vagues de toits, j'aperçois une femme mûre, ridée déjà, pauvre,
toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. Avec son visage, avec
son vêtement, avec son geste, avec presque rien, j'ai refait l'histoire de cette
femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même en
pleurant.

Si c'eût été un pauvre vieux homme, j'aurais refait la sienne tout aussi aisément.

Et je me couche, fier d'avoir vécu et souffert dans d'autres que moi-même.

Peut-être me direz-vous: "Es-tu sûr que cette légende soit la vraie?" Qu'importe ce
que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m'a aidé à vivre, à sentir que je
suis et ce que je suis?

Charles Baudelaire (1821- 1867)

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : juillet 27, 2011  00:16

On sait que Baudelaire fut un fervent admirateur de Wagner, la lettre passionnée
qu'il lui écrivit après avoir assisté à une représentation de Tanhauser reste une des
plus belle lettre écrite sur la musique et peut être la mettrons-nous ici d'ailleurs
mais écoutons d'abord ce poème magnifique sur la musique,en avant maestro!



La musique

La musique souvent me prend comme une mer !
Vers ma pâle étoile,
Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther,
Je mets à la voile
La poitrine en avant et les poumons gonflés
Comme de la toile,
J'escalade le dos des flots amoncelés
Que la nuit me voile ;
Je sens vibrer en moi toutes les passions
D'un vaisseau qui souffre ;
Le bon vent, la tempête et ses convulsions
Sur l'immense gouffre
Me bercent. D'autres fois, calme plat, grand miroir
De mon désespoir !

Charles Baudelaire (1821- 1867)

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : juillet 27, 2011  03:35

Epsilon ! tu esl'unique ! les poètes parlent par tes écrits, et nous frissonnons du frisson
sacré, que les mystères d'Eleusis devaient suscités chez les disciples

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : juillet 27, 2011  12:21

toujours tirés des petits poèmes en prose


UN HÉMISPHÈRE DANS UNE CHEVELURE

Laisse-moi respirer longtemps, longtemps, l’odeur de tes cheveux, y plonger tout mon
visage, comme un homme altéré dans l’eau d’une source, et les agiter avec ma main
comme un mouchoir odorant, pour secouer des souvenirs dans l’air.

Si tu pouvais savoir tout ce que je vois ! tout ce que je sens ! tout ce que j’entends dans
tes cheveux ! Mon âme voyage sur le parfum comme l’âme des autres hommes sur la
musique.

Tes cheveux contiennent tout un rêve, plein de voilures et de mâtures ; ils contiennent de
grandes mers dont les moussons me portent vers de charmants climats, où l’espace est
plus bleu et plus profond, où l’atmosphère est parfumée par les fruits, par les feuilles et
par la peau humaine.

Dans l’océan de ta chevelure, j’entrevois un port fourmillant de chants mélancoliques,
d’hommes vigoureux de toutes nations et de navires de toutes formes découpant leurs
architectures fines et compliquées sur un ciel immense où se prélasse l’éternelle
chaleur.


Dans les caresses de ta chevelure, je retrouve les langueurs des longues heures
passées sur un divan, dans la chambre d’un beau navire, bercées par le roulis
imperceptible du port, entre les pots de fleurs et les gargoulettes rafraîchissantes.

Dans l’ardent foyer de ta chevelure, je respire l’odeur du tabac mêlé à l’opium et au
sucre ; dans la nuit de ta chevelure, je vois resplendir l’infini de l’azur tropical ; sur les
rivages duvetés de ta chevelure je m’enivre des odeurs combinées du goudron, du musc
et de l’huile de coco.

Laisse-moi mordre longtemps tes tresses lourdes et noires. Quand je mordille tes
cheveux élastiques et rebelles, il me semble que je mange des souvenirs.

Charles Baudelaire

Summertime
Suisse
Messages : 4692

Date du message : juillet 27, 2011  15:08

Tiré encore des "Petits poèmes en prose", j'aime particulièrement...
"LE CONFITEOR DE L'ARTISTE" (une certaine résonance...)
Le confiteor, dans la liturgie catholique,
est la prière de l'homme qui avoue ses péchés. Quels "péchés"
l'artiste confesse-t-il ? (La Presse, 26 août 1862)

Que les fins de journées d'automne sont pénétrantes !
Ah ! pénétrantes jusqu'à la douleur ! car il est de certaines
sensations délicieuses dont la vague n'exclut pas l'intensité;
et il n'est pas de pointe plus acérée que celle de l'Infini.

Grand délice que celui de noyer son regard dans l'immensité du ciel et de la mer !
Solitude, silence, incomparable chasteté de l'azur ! une petite voile frissonnante
à l'horizon, et qui par sa petitesse et son isolement imite mon irrémédiable existence,
mélodie monotone de la houle, toutes ces choses pensent par moi, ou je pense par elles
(car dans la grandeur de la rêverie, le "moi" se perd vite !); elles pensent, dis-je,
mais musicalement et pittoresquement, sans arguties, sans syllogismes,
sans déductions.

Toutefois, ces pensées, qu'elles sortent de moi ou s'élancent des choses,
deviennent trop intenses. L'énergie dans la volupté crée un malaise et une souffrance
positive. Mes nerfs trop tendus ne donnent plus que dans des vibrations criardes
et douloureuses.

Et maintenant, la profondeur du ciel me consterne; sa limpidité m'exaspère.
L'insensibilité de la mer, l'immuabilité du spectacle, me révoltent...
Ah ! faut-il éternellement souffrir, ou fuir éternellement le beau ? Nature,
enchanteresse sans pitié, rivale toujours victorieuse, laisse-moi ! Cesse de tenter
mes désirs et mon orgueil ! L'étude du beau est un duel où l'artiste crie de frayeur
avant d'être vaincu.


*Ce message a été édité le 27-Jul-2011 3:09 PM par Summertime*

doublesix
Modérateur
France

Date du message : juillet 28, 2011  00:25


Hommage de Baudelaire à Liszt

C'est dans Le Spleen de Paris (ou Petits Poèmes en prose) que Baudelaire livre un
hommage exceptionnel de Liszt. Le 32e poème, "Le Thyrse", lui est dédié. Il s'agit en
réalité d'une description métaphorique du musicien, fine et prophétique, dans laquelle on
lit toute l'admiration de Baudelaire, qui a réussi dès 1861, et peut-être mieux que tout
biographe, à saisir la nature et la complexité du génie de Liszt.

(extrait)

Cher Liszt,
à travers les brumes, par delà les fleuves, par-dessus les villes où les pianos chantent
votre gloire, où l’imprimerie traduit votre sagesse, en quelque lieu que vous soyez, dans
les splendeurs de la ville éternelle ou dans les brumes des pays rêveurs que console
Cambrinus, improvisant des chants de délectation ou d’ineffable douleur, ou confiant au
papier vos méditations abstruses, chantre de la Volupté et de l’Angoisse éternelles,
philosophe, poëte et artiste, je vous salue en l’immortalité !

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : juillet 28, 2011  00:29

Les Fleurs du mal eut trois titres successifs :
    - "Les Lesbiennes" en 1845 => référence à Sapho, poétesse grecque qui
enseignait les arts à des jeunes filles sur l'île de Lesbos, dans la mer Egée.
    - "Les Limbes" en 1848 => lieu où se retrouvent les âmes des innocents qui sont
morts sans avoir reçu le sacrement du baptême.
    - "Les Fleurs du mal" => projet poétique de Baudelaire : extraire la beauté du
mal, transfigurer par le travail poétique l'expérience douloureuse de l'âme
humaine en proie aux malheurs de l'existence (Baudelaire dit : " tu m'as donné ta
boue, j'en fais de l'or ").(le bac français)

Dieu merci, on en est resté aux Fleurs du mal, faut dire que Baudelaire avait
vraiment beaucoup à dire sur les femmes en général, ces créatures du mal quand
elles ne sont pas des saintes évidemment, peut être une revanche sur sa vie
affective malmenée?

Femmes *****ées (1)

Comme un bétail pensif sur le sable couchées,
Elles tournent leurs yeux vers l'horizon des mers,
Et leurs pieds se cherchant et leurs mains rapprochées
Ont de douces langueurs et des frissons amers.

Les unes, coeurs épris des longues confidences,
Dans le fond des bosquets où jasent les ruisseaux,
Vont épelant l'amour des craintives enfances
Et creusent le bois vert des jeunes arbrisseaux ;

D'autres, comme des soeurs, marchent lentes et graves
A travers les rochers pleins d'apparitions,
Où saint Antoine a vu surgir comme des laves
Les seins nus et pourprés de ses tentations ;

Il en est, aux lueurs des résines croulantes,
Qui dans le creux muet des vieux antres païens
T'appellent au secours de leurs fièvres hurlantes,
Ô Bacchus, endormeur des remords anciens !

Et d'autres, dont la gorge aime les scapulaires,
Qui, recélant un fouet sous leurs longs vêtements,
Mêlent, dans le bois sombre et les nuits solitaires,
L'écume du plaisir aux larmes des tourments.

Ô vierges, ô démons, ô monstres, ô martyres,
De la réalité grands esprits contempteurs,
Chercheuses d'infini, dévotes et satyres,
Tantôt pleines de cris, tantôt pleines de pleurs,

Vous que dans votre enfer mon âme a poursuivies,
Pauvres soeurs, je vous aime autant que je vous plains,
Pour vos mornes douleurs, vos soifs inassouvies,
Et les urnes d'amour dont vos grands coeurs sont pleins !

Charles Baudelaire

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : juillet 30, 2011  01:29

Grâce à son ami Louis Ménard, Baudelaire découvre en 1843 les « paradis
artificiels » dans le grenier de l'appartement familial des Ménard : il y goûte la
confiture verte. Même s'il contracte la colique à cette occasion, cette expérience
semble décupler sa créativité (il fait son autoportrait en pied, très démesuré), aussi
va-t-il renouveler cette expérience occasionnellement sous contrôle médical en
participant aux réunions du "club des Haschischins". En revanche, sa pratique de
l'opium est plus longue : il fait d'abord un usage thérapeutique du laudanum8 dès
1847, prescrit pour combattre ses maux de tête et comme *****gésique (suite aux
douleurs intestinales consécutives à une syphilis, probablement contractée durant
sa relation avec la prostituée Sarah la Louchette vers 1840). Comme De Quincey
avant lui, l’accoutumance le fait augmenter progressivement les doses. Croyant y
trouver un adjuvant créatif, il en décrira les enchantements et tortures9.(wikipedia)

Le vin sait revêtir le plus sordide bouge
             D'un luxe miraculeux,
Et fait surgir plus d'un portique fabuleux
             Dans l'or de sa vapeur rouge,
Comme un soleil couchant dans un ciel nébuleux.

L'opium agrandit ce qui nà pas de bornes,
             Allonge l'illimité,
Approfondit le temps, creuse la volupté,
             Et de plaisirs noirs et mornes
Remplit l'âme au delà de sa capacité.

Tout cela ne vaut pas le poison qui découle
             De tes yeux, de tes yeux verts,
Lacs où mon âme tremble et se voit à l'envers...
             Mes songes viennent en foule
Pour se désaltérer à ces gouffres amers.

Tout cela ne vaut pas le terrible prodige
             De ta salive qui mord,
Qui plonge dans l'oubli mon âme sans remord,
               Et, charriant le vertige,
La roule défaillante aux rives de la mort!




Epsilon
Modérateur
France

Date du message : juillet 30, 2011  01:37


Le Poéme du Haschisch — ou “LE GOÛT DE L'INFINI”

        
Ceux qui savent s'observer eux-mêmes et qui gardent la mémoire de leurs
impressions, ceux-là qui ont su, comme Hoffmann, construire leur baromètre
spirituel, ont eu parfois à noter, dans l'observatoire de leur pensée, de belles
saisons, d'heureuses journées, de délicieuses minutes. Il est des jours où l'homme
s'éveille avec un génie jeune et vigoureux. ses paupières à peine déchargées du
sommeil qui les scellait, le monde extérieur s'offre à lui avec un relief puissant, une
netteté de contours, une richesse de couleurs admirables. Le monde moral ouvre
ses vastes perspectives, pleines de clartés nouvelles. L'homme gratifié de cette
béatitude, malheureusement rare et passagère, se sent à la fois plus artiste et plus
juste, plus noble, pour tout dire en un mot. Mais ce qu'il y a de plus singulier dans
cet état exceptionnel de l'esprit et des sens, que je puis sans exagération appeler
paradisiaque, si je le compare aux lourdes ténèbres de l'existence commune et
journalière, c'est qu'il n'a été créé par aucune cause bien visible et facile à définir.

Est-il le résultat d'une bonne hygiène et d'un régime de sage? Telle est la
première explication qui s'offre à l'esprit ; mais nous sommes obligés de reconnaître
que souvent cette merveille, cette espèce de prodige, se produit comme si elle
était l'effet d'une puissance supérieure et invisible, extérieure à l'homme, après une
période où celui-ci a fait abus de ses facultés physiques. Dirons nous qu'elle est la
récompense de la prière assidue et des ardeurs spirituelles? Il est certain qu'une
élévation constante du désir, une tension des forces spirituelles vers le ciel, serait le
régime le plus propre à créer cette santé morale, si éclatante et si glorieuse; mais
en vertu de quelle loi absurde se manifeste-t-elle parfois après de coupables orgies
de l'imagination, après un abus sophistique de la raison, qui est à son usage
honnête et raisonnable ce que les tours de dislocation sont à la saine
gymnastique? C'est pourquoi je préfère considérer cette condition anormale de
l'esprit comme une véritable grâce, comme un miroir magique où l'homme est
invité à se voir en beau, c'est-à-dire tel qu'il devrait et pourrait être; une espèce
d'excitation angélique, un rappel à l'ordre sous une forme complimenteuse. De
même une certaine école spiritualiste, qui a ses représentants en Angleterre et en
Amérique, considère les phénomènes surnaturels, tels que les apparitions de
fantômes, les revenants, etc., comme des manifestations de la volonté divine,
attentive à réveiller dans l'esprit de l'homme le souvenir des réalités invisibles.

Charles Baudelaire

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : juillet 30, 2011  03:51


L’HÉAUTONTIMOROUMÉNOS



À J. G. F

——

Je te frapperai sans colère
Et sans haine, comme un boucher,
Comme Moïse le rocher !
Et je ferai de ta paupière,

Pour abreuver mon Saharah,
Jaillir les eaux de la souffrance.
Mon désir gonflé d’espérance
Sur tes pleurs salés nagera

Comme un vaisseau qui prend le large,
Et dans mon cœur qu’ils soûleront
Tes chers sanglots retentiront
Comme un tambour qui bat la charge !

Ne suis-je pas un faux accord
Dans la divine symphonie,
Grâce à la vorace Ironie
Qui me secoue et qui me mord ?

Elle est dans ma voix, la criarde !
C’est tout mon sang, ce poison noir !
Je suis le sinistre miroir
Où la mégère se regarde.

Je suis la plaie et le couteau !
Je suis le soufflet et la joue !
Je suis les membres et la roue,
Et la victime et le bourreau !

Je suis de mon cœur le vampire,
— Un de ces grands abandonnés
Au rire éternel con*****és,
Et qui ne peuvent plus sourire !

   |Charles Baudelaire

doublesix
Modérateur
France

Date du message : juillet 31, 2011  02:00


Tristesses de la lune

Ce soir, la lune rêve avec plus de paresse ;
Ainsi qu'une beauté, sur de nombreux coussins,
Qui d'une main distraite et légère caresse
Avant de s'endormir le contour de ses seins,

Sur le dos satiné des molles avalanches,
Mourante, elle se livre aux longues pâmoisons,
Et promène ses yeux sur les visions blanches
Qui montent dans l'azur comme des floraisons.

Quand parfois sur ce globe, en sa langueur oisive,
Elle laisse filer une larme furtive,
Un poète pieux, ennemi du sommeil,

Dans le creux de sa main prend cette larme pâle,
Aux reflets irisés comme un fragment d'opale,
Et la met dans son coeur loin des yeux du soleil.

Charles Baudelaire

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : aout 3, 2011  03:23

L'ENNEMI



Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils ;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.

Voilà que j'ai touché l'automne des idées,
Et qu'il faut employer la pelle et les râteaux
Pour rassembler à neuf les terres inondées,
Où l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux.

Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve
Trouveront dans ce sol lavé comme une grève
Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?

– Ô douleur ! ô douleur ! Le Temps mange la vie,
Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le coeur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie !

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : aout 3, 2011  12:46

Maurice Rollinat a été l'un des premiers à mettre des poèmes de Charles
Baudelaire en musique : L'Invitation au voyage, Le Jet d'eau, Les Hiboux.


Claude Debussy a mis en musique cinq poèmes de Baudelaire en 1890 : Le
Balcon, Harmonie du soir, Le Jet d'eau, Recueillement et La mort des amants.

Léo Ferré lui a consacré trois albums : Les fleurs du mal en 1957 (12 poèmes), Léo
Ferré chante Baudelaire en 1967 (22 poèmes), et Les Fleurs du mal (suite et fin)
(21 poèmes) en 1977.

Serge Gainsbourg a mis en musique Le Serpent qui danse en 1962. La chanson a
été reprise par François Feldman sur l'album Magic' boul'vard en 1991.Wikipedia

.....
LE SERPENT QUI DANSE

Que j'aime voir, chère indolente, De ton corps si beau, Comme une étoffe
vacillante, Miroiter la peau!
Sur ta chevelure profonde Aux acres parfums, Mer odorante et vagabonde Aux flots
bleus et bruns,
Comme un navire qui s'éveille Au vent du matin, Mon âme rêveuse appareille
Pour un ciel lointain.
Tes yeux où rien ne se révèle De doux ni d'amer, Sont deux bijoux froids où se
mêlent L’or avec le fer.
A te voir marcher en cadence, Belle d'abandon, On dirait un serpent qui danse Au
bout d'un bâton.
Sous le fardeau de ta paresse Ta tête d'enfant Se balance avec la mollesse D’un
jeune éléphant,
Et ton corps se penche et s'allonge Comme un fin vaisseau Qui roule bord sur bord
et plonge Ses vergues dans l'eau.
Comme un flot grossi par la fonte Des glaciers grondants, Quand l'eau de ta
bouche remonte Au bord de tes dents,
Je crois boire un vin de Bohême, Amer et vainqueur, Un ciel liquide qui parsème
D’étoiles mon coeur!

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : aout 7, 2011  02:03

Moins de deux mois après leur parution, Les Fleurs du mal sont poursuivies pour «
offense à la morale religieuse » et « outrage à la morale publique et aux bonnes
mœurs ». Seul ce dernier chef d'inculpation condam ne Baudelaire à une forte
amende de trois cents francs, réduite à cinquante, suite à une intervention de
l'impératrice Eugénie. L'éditeur, Auguste Poulet-Malassis, s'acquitte pour sa part
d'une amende de cent francs, et doit retrancher six poèmes dont le procureur
général Ernest Pinard a demandé l'interdiction (Les bijoux ; Le Léthé ; À celle qui
est trop gaie ; Lesbos ; Femmes dam nées [le premier poème] ; Les métamorphoses
du vampire). Malgré la relative clémence des jurés, eu égard au réquisitoire qui
vise onze poèmes, ce jugement touche profondément le poète, qui réalisera,
contraint et forcé, une nouvelle édition en 1861, enrichie de trente-deux poèmes.

.......

Les métamorphoses du vampire

La femme cependant, de sa bouche de fraise,
En se tordant ainsi qu'un serpent sur la braise,
Et pétrissant ses seins sur le fer de son busc,
Laissait couler ces mots tout imprégnés de musc :
" Moi, j'ai la lèvre humide, et je sais la science
De perdre au fond d'un lit l'antique conscience.
Je sèche tous les pleurs sur mes seins triomphants,
Et fais rire les vieux du rire des enfants.
Je remplace, pour qui me voit nue et sans voiles,
La lune, le soleil, le ciel et les étoiles !
Je suis, mon cher savant, si docte aux Voluptés,
Lorsque j'étouffe un homme en mes bras redoutés,
Ou lorsque j'abandonne aux morsures mon buste,
Timide et libertine, et fragile et robuste,
Que sur ces matelas qui se pâment d'émoi,
Les anges impuissants se dam neraient pour moi ! "

Quand elle eut de mes os sucé toute la moelle,
Et que languissamment je me tournai vers elle
Pour lui rendre un baiser d'amour, je ne vis plus
Qu'une outre aux flancs gluants, toute pleine de pus !
Je fermai les deux yeux, dans ma froide épouvante,
Et quand je les rouvris à la clarté vivante,
A mes côtés, au lieu du mannequin puissant
Qui semblait avoir fait provision de sang,
Tremblaient confusément des débris de squelette,
Qui d'eux-mêmes rendaient le cri d'une girouette
Ou d'une enseigne, au bout d'une tringle de fer,
Que balance le vent pendant les nuits d'hiver.

Charles Baudelaire

*Ce message a été édité le 7-Aug-2011 2:05 AM par Epsilon*