Amicalien - Pour créer des liens et des amitiés

Présentement sur Amicalien
Les membres en ligne : 71
Les nouveaux membres : 13
Anniversaires aujourd'hui : 29


Le forum des familles Amicaliennes



  Famille : Révèlations poètiques.


Ce sujet fait partie de la famille Révèlations poètiques.. Cette famille est semi-privée. Vous pouvez lire le contenu de cette famille mais vous devez vous y inscrire pour échanger.



Auteur

Sujet : Une étoile c'est l'invention d'une flammev.khoury-ghata

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : décembre 22, 2011  04:13

dans l'anthologie personnelle de Venus Khoury-Ghata, dédiée à Alain Bosquet, on peut
lire sur la première page :

"Une étoile
c'est l'invention d'une flamme
La lubie d'une étincelle
l'opinion d'une lampe en mal d'éternité
une manoeuvre clandestine de Dieu révélée par les dictionnaires

                                                *

Nos cris disait-elle
rayaient les vitres de la lune
et éraflaient les angles des tombes qui tirent leur lait de la lune

Ma mère nous opposait la pente longue de son dos
pour interroger l'humidité des murs
déchiffrer l'alphabet émietté du salpêtre
traduire les signes inscrits sur l'envers de la ville
qu'elle connaissait de profil
ne s'y risquant jamais plus loin que son cabas
franchissant rarement le périmètre indécis de sa lampe
Ville qui nous envoyait le rebut de ses pluies
et parfois une neige poussive qui accrochait ses flocons                  
                                                       aux oreilles du grenadier

Il faut nettoyer la planète
nettoyer Dieu
criait ma mère en nouant son tablier

V.Khoury-Ghata, Anthologie personnelle
chez Actes Sud

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : avril 16, 2011  06:34


Donne-moi une étoile pour allumer ma lampe
du sel pour conserver les larmes des volets
de l'huile pour adoucir les plaies des portes
deux bras pour enterrer le pain transi ta voix mère s'adressant à Dieu par la lucarne
faisait mordre le sol au grenadier

ma mère s'aventurait si loin dans ses rêves
que nous retrouvions vide son lit
même des draps qu'elle emportait dans ces lieux foulés de ses pieds endormis
où elle perdait ses bracelets et son âme
retrouvés sous so n oreiller avec l'itinéraire invisible de son sommeil

Ma mère qui se perdait avec le feu
cédait la maison à l'affliction de l'hiver
et à l'ombre du réverbère qui jouait au sextant

Nous devions la chercher dans la terre où elle se terrait
crier son nom dans les pierres
effrayer nos voix et l'écho qui avait vu ma mère et le feu...passer.

Venus Khouri-Ghata, anthologie personnelle
Actes Sud

(quel beau chant d'amour et de regrets ! heureuse mère ! heureuse fille !)

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : avril 16, 2011  11:29

                                                   A may Ménassa


On nous apprit à nous méfier des voix qui perçaient la neige à date fixe
pour nous parler de gauche à droite
comme si nous venions du côté sombre de la terre
de l'envers de l'alphabet

comme si nos murs devaient abriter le dehors
défendre les intérêts du froid
protéger l'espace nu de celui vêtu de salpêtre.

Méconnaissables étaient les visages des saisons qui se pressaient sur nos vitres
Elles se disaient captives de nos miroirs                                                                                       
spectatrices de notre théatre muet.

Nous leur lancions nos vieux vêtements
nous leur cédions les restes de nos repas évaporés.

Tout n'était que panache et faux-semblant
la maison était en trompe l'oeil
ses poutres reflets des réverbères
et le marronnier rabâchait le même texte face au vent
ce souffleur.
Impression de déchéance qui seyait au linge blême de notre mère
au discours exalté du père qui dialoguait avec Dieu par la lucarne.

Théatre de leurre et d'engouement feint
seule était vrai la douleur du Crucifié
qui descendait du mur à heures fixes
laissant sur le plâtre la marque indélébile de ses bras écartelés

V.Khoury-Ghata., Anthologie personnelle
Actes Sud

(méfions-nous des douleurs inutiles...)

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : avril 17, 2011  11:35



Nous volions des baisers aux images saintes
des étreintes hâtives au cerisier
des crinières au brouillard assis sur notre seuil

Nous étions détrousseurs en saison sèche
chapardeurs par temps de pluie et de fleuves qui grimpaient dans nos chambres
nous avons commis maints larcins avec la complicité des anges
volé des bâtons d'encens au cyprès
La craie à l'aube
les larmes aux murs du cimetière

Nous étions fabulateurs grandiloquents
nous arrachions des minutes à l'horloge
et récitions notre âge à l'envers.


V. Khoury-Ghata, Anthologie personnelle
Actes Sud

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : avril 18, 2011  05:22

à jean Rousselot

Tu appelles midi les soleils inertes
minuit les soleils prohibés
et eclipses les lunes qui se repaissent de ta peur

Il t'arrive de ramer dans ton sommeil
ignorant que les terres que tu poursuis viendront d'elles-mêmes à ta rencontre

Tu te trompes continuellement de rêve et de continent
confondant tes arbres dans les deux sens

La forêt a déménagé sous ton toit
depuis qu'un merle moqueur a humilié tes ancêtres
raillant ce peuple aux maisons nues
aux serpents vêtus de houpelandes
qui nomme le soleil la tête entre les jambes
humant jusqu'à l'ivresse sa toison nattée


V.Khoury-Ghata
fables pour un peuple d'argile, Anthologie Personnelle
Actes Sud




-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : avril 21, 2011  04:13


Il était prévu de tout temps que nous hériterions du lopin
d'azur qui surplombait nos maisons
nous avions planifié le ramassage des pluies
la répartition de la lumière
et le transfert de la lune en un lieu plus exposé

Nous apprîmes à épeler le nom de Dieu dans les ténèbres
à le malaxer avec le sel des lèvres
à le faire fondre en prières comestibles
en chants
en fumées
ignorant qu'il suffit de souffler sa lampe pour accéder à
                                             son arpent d'éther et d'éternité.

V.Khoury-Ghata, Anthologie personnelle
Chez Actes Sud

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : décembre 20, 2011  12:49


Demain l'hiver disait ma mère
ses mains happaient les enfants et les feuilles mortes posées sur le seuil
pour les abriter entre les fruites et la lampe
Le temps s'était renversé comme un sablier
Nous connaissions le poids exact des nuages sur nos paupières
la teneur de l'air en cris et en larmes
la minute d'affolement de la lumière

personne n'était dupe des manoeuvres de la saison
nous guettions les migrateurs
les incitions à piétiner le ciel qui n'avait pas tenu ses promesses
à signer leurs méfaits d'une aile rageuse en bas de l'horizon

V houry-Ghata, Anthologie personnelle
Actes Sud