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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : Poésie japonaise

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : novembre 30, 2011  03:59


Quelques poèmes japonais..(nos coeurs et nos pensées sont au Japon)

Ariwara no Narihara (825-879)

La lune? Ce n'est plus la même
Le printemps? Ce n'est plus
Le printemps d'autrefois.
Moi seul
N'ai pas changé.

Ô fleurs du ciel!
Tombez en obscures nuées
Au point que la vieillesse
En perde son chemin

------------------------------------

Moine Saigyô (1118-1190)

-----------------------------------

Jien (1155-1225)

Dans leur science du temps les fleurs des
Champs d'automne
Ont toutes le parfum des rayons de la lune


-----------------------------------------

Dôgen (1200-1253)

Dans la plaine enneigée où toute l'herbe s'abolit
Le héron blanc s'est enfoui
Dans sa propre apparence.

---------------------------------------------

Arakida Moritake (1473-1549)

Saules verts
Sourcils peints
Au front de la colline

-----------------------------------------------

Matsuo Bashô (1644-1694)

-----------------------------------------------

Konishi Raizan (1654-1716)

Les petits poissons blancs
Ne dirait-on pas tout à fait
L'esprit de l'eau qui court?

--------------------------------------------------

Kami no Mabuchi (1697-1769)

Les herbes mortes sont si calmes
Quand le givre murmure encore
Dans les bambous nains.

---------------------------------------------------

Yosa Buson (1715-1783)

Au coeur du silence
Escargot de rivière dans l'eau pure
Montant jusqu'au ciel

L'odeur des fleurs de prunier-
Halo de la lune.

<-- ume ga ka no tachi no bo ri te ya tsuki no kasa -->


(Kanji sent by Tomoko Cho)

---------------------------------------------

Oshima Ryôta (1718-1787

Pourchassées
Les lucioles se cachent
Dans les rayons de la lune.

Lune claire
Si je renais je voudrais être
Un pin sur un pic.




Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : mars 13, 2011  14:37

Ce poème parle d'un autre évènement vécu pendant la seconde guerre mondiale..
Il donne la dimension du courage, de la détermination du peuple japonais.


L'accoucheuse.

La nuit dans le sous-sol
d'un immeuble détruit
s'entasse une foule de blessés
meurtris par la bombe atomique
Pas même une bougie
L'odeur de sang se mêle
à celles des cadavres
On étouffe, l'air est imprégné
de sueur et vibrant de gémissements
Une voix au ton étrange, s'élève
tout à coup : "Un bébé va naître"
Dans ce sous-sol pareil
aux fins fonds de l'enfer
une jeune-femme commence
à sentir les douleurs
Que faire dans un tel noir
sans une seule allumette
Tout le monde s'inquiète pour elle
Chacun oubliant sa propre souffrance
Alors une blessée gravement atteinte
se met à dire : "Je suis sage-femme
j'ai l'habitude d'accoucher "
C'est ainsi que vint au monde
une vie nouvelle dans
les ténèbres de l'enfer
et ainsi que mourut
la sage-femme, couverte de sang,
sans atteindre l'aube
" Je ferai naître cet enfant
oui je ferai naître cet enfant
même au sacrifice de ma vie ".

Sadako Kurihara (1913)

traduction de Makoto Kenmoru, Patrice Blanche et Miho Shimma.



-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : mars 14, 2011  05:58

très beau très émouvant. merci Marie-Elisabeth

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : mars 16, 2011  09:57

Dans ce même état d'esprit, un poème de kondo Azuma..
Le Japon et l'atome nucléaire, un long passé en commun..

Cette nation civilisée.

Ce mois-là, ce jour-là,
Sur cet atoll de Bikini,
Qu'est-il advenu, je l'ignore,
Je sais bien que quelque chose a eu lieu.
Je sais que sont venues, à cause de cela, des cendres et
   de la pluie radio-actives ;
Que des pêcheurs aussi ont perdu leurs globules sanguins.
Et je sais qu'à cause de cela encore, il n'y a point pour
   eux d'espoir de guérison.
Je sais que le Courant Noir qui passe, nuit à l'humanité.
Je connais le nom de cette nation civilisée qui le créa.
Ce qui est survenu sur cet atoll de Bikini, je l'ignore.
Que cela ait privé de leur commerce les pêcheurs;
Que cela ait privé de leur baignade les enfants ;
Que cela ait supprimé poissons, légumes et eaux de nos
   tables...
Tout cela je le sais...
Que ceux qui en souffrirent ne furent pas ceux de cette
   nation civilisée,
Ni leurs enfants, je le sais.
Ce qui s'est passé sur cet atoll de Bikini, je l'ignore.
Toutefois, je sais qu'il est survenu quelque chose.
Je sais que, finalement, cela privera de la vie ceux qui
   désirent la paix.
Réalisé par elle,
Elle a été calmement indifférente comme si de rien
n'était...
Je connais le nom de cette nation civilisée.


Kondo Azuma. (Japon). Traduction de karl Petit.

A propos de l'atoll de Bikini.
cet atoll est situé dans les îles Marshall

Le 7 mars 1946, la population indigène de l'île avait été évacuée et déplacée sur l'atoll de
Rongerik. Plus de vingt explosions de bombes A et de bombes H ont été effectuées entre
1946 et 1958.

À la fin des années 1960 et aux débuts des années 1970, quelques habitants originaires
de l'île revinrent s'y installer mais furent à nouveau évacués du fait du fort taux de
radioactivité enregistré. En 1998, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a
recommandé de ne pas repeupler l'île, les produits locaux et l'eau des nappes étant
impropres à la consommation.

En 2010, l'atoll de Bikini est inscrit sur la liste du patrimoine mondial en tant que «
symbole de l'entrée dans l'âge nucléaire » de l'Humanité.

Triste réalité..

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : mars 16, 2011  14:01

superbe ! je vais le prendre pour notre autre famille ! ce qui ne m'empêchera pas de le
mettre aussi ici en page d'accueil. Merci Marie-Elisabeth !

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : novembre 26, 2011  09:36

Une femme qui ne viendra jamais

Un jour que souffle un vent d'automne
Devant le jardin et l'ombre des kakis
Je regarde un ciel clair comme de l'eau
Et vais à mon bureau
Oh, coups d'oeil joyeux !
Voir les volubilis fanés
Chanter les merveilleuses rose de Chine
Et puis t'attendre en silence
Avec un beau et grand sourire
T'attendre, ma colombe !
L'ombre des kakis se déplace
Dans un doux crépuscule
J'allume, reviens
Et la nuit comme toujours
Est un vrai clair de lune
Je nettoie le jardin comme on nettoie un bijou
J'en aime les fleurs qui sont des bijoux
Je célèbre les insectes, petite flûtes,

Je marche, je pense,
Penser, regarder le ciel,
Et puis encore nettoyer,
Oh ! sans laisser de poussière !
Et dans cette solitude innocente
T'attendre, toi qui ne viendras jamais !
Joyeusement
Tristement
Corps et coeur
Aujourd'hui encore je suis prêt
Ah ! A la fin de cette vie d'attente
Je ne sais quand, mais que je sois béni !
Je ne sais quand, mais que je sois récompensé !
Qu'enfin vienne un être véritable !

Saisei Murô (1889-192)

Né dans le préfecture de Ishikawa. Ses poèmes furent écrits au cours d'une vie
d'errance. Il utilise avec talent la langue parlée, comme son ami Sakutarô Hagiwara... qui
constitue l'un des sommets de la poésie lyrique moderne du Japon.

Je l'avais déjà posé, dans une autre famille.. mais je remets ce petit poème qui chante la
solitude et le désenchantement d'une âme qui n'attend personne..

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : novembre 26, 2011  09:40

   Horreurs d'une rue d'été.

Sous le soleil ardent de l'été
La peur et l'éclat sont dans le coeur des rails.
Un petit garçon de trois ans
Glisse des genoux d'une mère endormie
Et trotte vers la voix du tranway.

Etalages aux légumes défraîchis,
Hôpital aux rideaux immobiles.
Devant le portail clos du jardin d'enfants
Un chien blanc aux oreilles trainantes se couche,
Et dans la lumière sans limite
Une fleur de pavot est morte
Un cercueil de bois vert se fendille : langueur dans l'air de
   l'été !

Avec son bac la femme du marchand de glace
Sort malade sous une ombrelle cassée,
Et dans la ruelle s'ébranle
Le convoi d'un homme mort de béribéri : silence dans l'horreur
   de l'été !
L'agent au carrefour ravale son bâillement,
Le chien blanc s'étire
Et cherche les ordures.

Sous le soleil ardent de l'été
La peur et l'éclat sont dans le coeur des rails
Un petit garçon de trois ans
Glisse des genoux d'une mère assoupie
Et trotte vers la voie du tramway.

Takuboku Ishikawa. (1886-1912)

Auteur de romans qui ne rencontrèrent pas la faveur du public de son vivant.
il connut une notoriété incontestée, en composant des tankas (haikus), dont les
thèmes reflètent la gravité de son caractère et l'austérité de son mode de vie..
Ceux- ci sont les plus appréciés et les plus souvent cités de notre siècle..



               

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : novembre 26, 2011  09:44

Contre.

Déjà, enfant
J'étais contre l'école
Et maintenant
Je suis contre le travail.

Moi, d'abord, la santé
La droiture me répugnent.
Rien de tel que la santé, être droit
Pour rendre l'homme insensible.

Bien sûr, "l'âme japonaise", je suis contre.
Devoir, charité : je vomis.
Tous les gouvernements, je suis contre.
Les hommes de lettres, les artistes, je leur montre le cul.

Si on me demande pourquoi je suis né,
Je réponds sans hésiter : pour être contre.
Quand je suis à l'est,
Je veux aller à l'ouest,

Mon kimono est sens dessus dessous, ma chaussure droite à gauche,
Mes pantalons devant derrière, et je monte à cheval à l'envers.
Ce qui dégoute les gens, voilà ce que je préfère.
Ce que surtout je hais : les coeurs à l'unisson.

Ce que je crois : être contre, c'est dans la vie
La seule chose magnifique.
Être contre, c'est vivre.
Être contre, c'est se trouver soi-même.

Mitsuharu Kaneko. 1895-1975).

Né dans la préfecture de Aichi, il fut adopté par un entrepreneur dont
il hérita de sa fortune et qu'il dilapida en quelques années.
En belgique il découvrit Baudelaire et Verhaeren, mena une vie difficile
et errante en Europe; de retour au Japon il exprima une passion violente, une
révolte marquée d'un certain nihilisme et s'opposa vivement à l'impérialisme militaire
japonais.



Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : novembre 26, 2011  10:17

Suitchuka.

On les appelle suitchuka et on les vend l'été aux enfants
dans les baraques des foires. On les fabrique avec des copeaux de
bois très fins qu'on fronce délicatement avec une presse. Telles
quelles on les trouverait ordinaires, mais, les plonge-t-on dans l'eau,
elles s'épanouissent sous formes de fleurs variées avec de belles
couleurs, rouges, bleues, violettes, et se figent, charmantes et
brillantes, au fond d'un verre. Parmi ceux qui ont été élevés à la
ville, je crois qu'il en est qui ne peuvent jamais oublier l'impression
que laissent ces fleurs artificielles illuminées par les réverbères.

Pourquoi cette année la sixième lune est-elle si belle?
Au bord des toits, en un souffle,
Une frondaison de fougères a poussé.
Moi mon coeur est sans frondes
De quoi me lamenterais-je ?
Entre le jour et la nuit du sixième mois lunaire
Voici l'instant splendide où chaque chose brille de sa propre clarté.
Toi que je n'ai pu rencontrer
Dresse-toi, ombre, devant la rose trémière.
J'ai trop fait patience et vous lance dans le ciel, suitchuka.
Là aussi a brillé l'ombre des poissons d'or.
Devant moi tout me dit :
Meurs !
Pourquoi ma sixième lune est elle si belle ?



Shizuo Itô. (1906-1953)

Né dans la préfecture de Nagasaki, il entre dans le corps enseignant. Ses recueils
lyriques furent couronnés de prix importants. il collabora à la revue littéraire Shiki.

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : novembre 26, 2011  10:30

Mer du soir.

Un soir calme et certain, sur la crête blanche des vagues
Mouvantes, arrive de la mer grise.
En haut du phare, furtive, une lumière verte s'est mise à briller.

Il faudra beaucoup de temps. Mais cette lumière sans avenir,
Inutile comme un ressentiment
Resplendira peu à peu dans la nuit...

Pourtant, devant cette lumière verte qui tourne si normalement,
Et qui éclaire inlassablement, dans un imense ennui
La mer sera là tout le long de la nuit.

Shizuo Itô.

Traduction d'Yves-Marie Allioux "Anthologie de poésie japonaise contemporaine"



-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : novembre 26, 2011  10:41

quel bel univers poétique tu nous ouvres là Marie-Elisabeth !

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : novembre 26, 2011  10:49

Bord de mer.

Qand la guerre s'est terminée
Les jeunes gens sont revenus des champs de bataille
Il y en avait qui ne sont pas encore revenus

Il y en avait qui étaient revenus rien qu'en cheveux ou en os
   brûlés
Ceux-là sont enfouis dans les dunes à l'ombre des bois de pins.

Les jeunes gens qui étaient revenus dès le jour suivant
Assignés chacun à une rame ils partaient au large
Un peu abattus cependant -

Les parents leur avaient dessiné dans la tête la fillette
   qui serait leur épouse.
Les écailles bleues des poissons dansaient du navire à la plage
De-ci de-là les enfants s'amusaient à plonger dans les vagues.

Mais les poissons après un bref moment font disparaître leurs
   contours nul ne sait où
Après comme si de rien n'était on s'en retourne aux villages
   solitaires des pêcheurs.


Comme si de rien n'était
Dix ans ainsi comme si rien n'était
Des dunes à l'ombre des bois de pins
   Les tombes blanches
Regardent au bas paisiblement le paysage.

Azuma Kondô 1904

Né à Tokyo. Après avoir pratiqué le tanka traditionnel, il devint un
poète moderniste, traitant des problèmes sociaux et la guerre..

J'avais posté plus haut sur ce thème le poème ; "Cette nation civilisée"
Traduction Jeanne Sigée

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : novembre 26, 2011  10:58

merci Grim.. lorsque j'ai acheté cetta anthologie, à la FNAc, j'ai trouvé que cette poésie
était bien difficile à lire.. comprendre l'esprit japonais.. pas chose facile..
Quelques mois après je reprends le recueil, en voyant le post.."Poesie japonaise" et là
une nouvelle relecture
me plonge dans leur univers si particulier.. et j'entrevois toute la poésie sous les mots..

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : novembre 27, 2011  03:39

il en est des poètes comme des musiciens...il y a des jours avec et des jours
sans....suivant l'humeur du temps.