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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : Je m'émerveille ..mort d'andrée chedid

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : novembre 10, 2011  03:44



«Je m'émerveille du rêve qui sonde l'avenir,/ Des soifs que rien ne désaltère./ Que nous
soyons chasseurs et gibiers à la fois,/ Gladiateurs d'infini et captifs d'un mirage./ Les dés
étant formels et la mort souveraine,/ Je m'émerveille de croire en notre saison». C’est par
ces quelques verres de la poétesse que Frédéric Mitterrand lui a rendu hommage., à
l'occasion de l'ouverture du Printemps des Poètes.

Andrée Chedid s'est éteinte dimanche soir à Paris, à l'âge de 90ans



Je m'émerveille du rêve qui sonde l'avenir,
Des soifs que rien ne désaltère.
Que nous soyons chasseurs et gibiers à la fois,
Gladiateurs d'infini et captifs d'un mirage.

Les dés étant formels et la mort souveraine,
Je m'émerveille de croire en notre saison.

Extrait de "Textes pour un poème"


Avec mon sang aux mille oiseaux
J'ai marché tout au long de la terre
J'ai renié le temps
J'ai su parler à l'étranger

andrée Chedid



Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : février 8, 2011  09:12

    Terres chaleureuses.

Moi, altéré de vie, enfant des impatiences,
Je chanterai les noces de l'ombre et de l'ardent.

Avec mon peu de souffle, jusqu'au temps sans lisière,
Je tiendrai promesse envers l'unique mort.

Aux chemins divisés, l'horizon est le même
Nos jours furent ce miracle pareil aux moissons.

Songe à l'oiseau délié en nos arbres meurtris ;
Nous avons eu l'herbe et l'eau du seul amour.

Songe à l'espérance, sa tige doublée de terre ;
Songe au coeur dénoué par la voix de l'ami.

Un champ raidi prête naissance au pavot ;
Et le grain fut, chaque fois, le contraire de la nuit.

Mon amertume se noie, si légère est sa trame ;
Si vaste est l'univers où tout s'accomplira.

Oui, je te chante ô mort, jusqu'à l'ultime absence,
Gardienne de l'inconnu, douce prairie des errants !

Je chante, car ici-bas l'épi échappe aux cendres ;
La parole délivre, l'aile trouve sa raison.

Un soir, je m'en irai loin des terres chaleureuses ;
Le masque, couleur d'aube, sur ma face de vivant.

Un soir je m'en irai, ayant pour seule peine
De quitter tout amour enlacé aux saison.

Ô mort, tu me viendras, et je le veux ainsi.


Andrée Chedid. "Terre regardée" 1957.



Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : février 8, 2011  09:29

   Brève invitée.

Ma lande mon enfant ma bruyère
Ma réelle mon flocon mon genêt
Je te regarde demain t'emporte
Où je ne saurais aller.

Ma bleue mon avril ma filante
Ma vie s'éloigne à reculons
A toi les oiseaus et la lampe
A toi les torches et le vent.

Mon cygne mon amande ma vermeille
A toi l'impossible que j'aimais
A toi la vie, sel et soleil,
A toi brève invitée.

Andrée Chedid. "Double pays" 1965.

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : février 8, 2011  09:34

   La saison des herbes.

L'air est libre

Les chemins sentent l'orange
Le soleil s'allonge en robe de safran

C'est la saison du rire et des herbes
Ô mon amour aux cent patiences
Ce soir tout est une première fois.

André Chedid. "Double pays". 1965

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : février 8, 2011  09:46

Le coeur naviguant.

Loin des cultes
qui nous réduisent en cendres
Des temples
où le ciel se force en vain une entrée,
Loin des puissances d'airain
   que d'autres puissances culbutent,

   Elisons encore la vie
   Au sommet du jour blessé.

Plutôt le fruit hasardeux
Que la lettre de marbre,
Plutôt toujours chercher
Et ne jamais savoir :
Arc à travers buissons,
Ailes à travers pièges,
Que la sinistre fresque
d'une vérité bouclée.

Le temps fond comme cire,
Et les verrous ne cèdent
   qu'au coeur naviguant

Andrée Chedid. "Contre-chant" 1968



Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : février 8, 2011  09:53

Quand l'homme échappe

Herbes des mots tranquilles
Au jour où l'on sait nommer.

Aveuglante la rencontre,
Ingénu l'accord,
Au jour où l'écho se lève,
Au jour où l'âme se connaît.

Accents en pente douce,
Mots en astres qui délivrent,

Au jour d'entre les jours
Où l'homme échappe
A ce qui le dit.

Andrée Chedid. "Contre-chant " 1968

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : février 8, 2011  10:01

Regarder l'enfance

Jusqu'aux bords de ta vie
Tu porteras ton enfance
Ses fables et ses larmes
Ses grelots et ses peurs

Tout au long de tes jours
Te précède ton enfance
Entravant ta marche
Ou te frayant chemin

Singulier et magique
L'oeil de ton enfance
Qui détient à sa source
L'univers des regards.

Andrée Chedid ."Epreuves du vivant" 1983.

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : février 8, 2011  10:30

J'ai gardé ce poème datant de 1976..et vous le pose..
extrait du recueil "Cérémonial de la violence", je ne reconnais pas vraiment l'élégance et
la légèreté des mots d'Andrée Chedid, et pourtant cette générosité c'est bien elle... mais
la guerre au Liban fait rage. et la touche émotionnelle perce entre les lignes et hausse
d'un ton..


La souche de demain.

C'était en plein midi

Le soleil fleurissait
sur un camp comme sur l'autre
quand cet homme sans frontières
se fit abattre sur la ligne de démarcation

Ce fut en temps de paix
que cette ville quitta les maisons d'abondance
pour la table du pain rassis
les ornières de l'exil
le campement des humiliès

Au village ce vieillard
ensemença le champ
de l'ennemi provisoire
qu'il savait son ami

Cete femme arrête le bras vengeur d'un fils
Celui-ci donne asile aux pourchassés
L'autre abrite de son corps le corps d'un otage
Sous l'étau des peurs celui-là panse les blessés

Après le carnage de sa ville
ce prêtre écrivait :
"Nous n'avons rancune envers personne
la cause de toute victime restera la nôtre"

Après la destruction de sa bourgade
ce cheik redisait :
"...continuons de penser
que nous demeurons frères"

C'était en plein combat

Soudain les foules en lutte
se joignent au même refus

Déchirant les pièces d'identité
qui scellent leurs différences,
ils se déclarent :
semblables et réunis

Vous êtes ma seule famille
adversaires de la haine !
Partisans des victimes
en tous lieux menacés !

Mais quelles sont vos armes
en ce monde en armes ?
En ce monde de cloisons
quel est votre sentier ?

Pourtant vos voix porteront semence

Votre chemin surgira
d'entre les sols pilonnés

Acharnés d'espérance,
parmi les herbes de la fureur
Vous êtes la souche de demain.

Andrée Chedid. "Cérémonial de la violence" 1976.






-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : février 8, 2011  11:12

le texte en son entier :



« Rien, en Poésie, ne s'achève. Tout est en route, à jamais. En d'autres temps, d'autres
termes, d'autres élans, la Poésie, comme l'amour, se réinvente par-delà toute
prescription. Ne sommes-nous pas, en premier lieu, des créatures éminemment
poétiques ? Venues on ne sait d'où, tendues vers quelle extrémité ? Pétries par le
mystère d'un insaisissable destin ? Situées sur un parcours qui ne cesse de déboucher
sur l'imaginaire ? Animées d'une existence qui nous maintient — comme l'arbre — entre
terre et ciel, entre racines et créations, mémoires et fictions ? La Poésie demeurera
éternellement présente, à l'écoute de l'incommensurable Vie. »

Andrée Chedid
Source : Terres de femmes

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : février 10, 2011  06:02

L'escapade des saisons.

Je t'aimais
Dans l'orage des sèves
Je t'aime
Sous l'ombrage des ans

Je t'aimais
Aus jardins de l'aube
Je t'aime
Au déclin des jours

Je t'aimais
Dans l'impatience solaire
Je t'aime
Dans la clémence du soir

Je t'aimais
Dans les foucades du printemps
Je t'aime
Dans l'escapade des saisons

Je t'aimais
Aux entrailles de la vie
Je t'aime
Aux portails du temps

Andrée Chédid. "Rythmes" Gallimard 2003

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : février 10, 2011  06:06

Les crépuscules.

Somptueux ou tourmentés
Les jours s'achèvent
Le temps fuit

La mélodie des couleurs
Succombe
A l'outrage des puits

Plongeant
Dans les profondeurs nocturnes
La vie cède
Aux scénarios de la nuit.

André Chedid. "Rythmes".

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : février 10, 2011  11:50



A propos de la mort d'Andrée Chedid, extrait d'un très bel article du Monde par Monique
petillon :
   "des cendres jetées d'une falaise surplombant "sous les feux de midi"une
méditerranée tant aimée : ultime élan, ultime envol, ultime curiosité. tel était
l'incandescent voyage, voulu par le le héros du dernier roman d'Andrée Chedid, publié à
l'automne 2010 chez Flammarion ; "Les Quatre Morts de Jean de Dieu". Dans le recueil
de poèmes qui l'accompagnait, "L'étoffe de l'univers" , cette grande dame de la littérature,
passionément curieuse, scrutait lucidement les menaces de l'âge. Ainsi dans Vieillir IV
septembre 2005" elle notait :" Cette vitalité durable/ Qui s'efface/ D'un seul coup/Cette
demeure/Où l'univers subsiste/ Cette longue/ Cette trop longue vie/ Cette existence
soufflée..."   Et, malgré cet affaiblissement, elle s'imposait cette fière injonction :" Dresser
son âme/Sur la plus haute montagne."

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : novembre 7, 2011  03:49

sur terre de femmes j'ai retrouvé un poème de André Chedid: "L'autre", Nous l'avons déjà
édité je ne sais où. Alors je le remets.

***


L'AUTRE


« Mon autre
Mon semblable
En cette chair
Qui nous compose
En ce cœur
Qui se démène
En ce sang
Qui cavalcade
En ce complot
Du temps
En cette mort
Qui nous guette
En cette fraternité
De nos fugaces vies
Mon semblable
Mon autre
Là où tu es
Je suis. »


Andrée Chedid, « La Poursuite »