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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : Ceux que l'on récite, encore et encore

Dauphin42
France
Messages : 523

Date du message : décembre 9, 2011  12:11

Merci de nous rappeler ce si joli poème.

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : décembre 9, 2011  12:48

En voilà un joli retour.. Dauphin!!.. viens tu nous épauler ?...
on aurait besoin de ton sens poétique.. la mer... la mer.. ne te rappelle rien?..

Navigation.

   Seul absolument seul.
   Tous, ils dorment. Je veille. Je suis responsable du navire et de la
marche. Je sors de la bourrasque ; j'échappe à la gueule du catalysme :
derrière moi encore, le ciel et la mer se mordent jusqu'aux dents,
l'émail vole, et en leur rage flou haineux, le vent, les excite. Tel j'ai été
dans la tempête au plein mol des grands calmes : Seul, irréparablement
seul.
   A présent, je vais dans le vent. Je me laisse porter au point mort
du cyclone.
   Je ne vois que devant moi. Je laisse le brouillard à l'horizon qui
ceinture la poupe et de tous bords les mornes flots.. du passé. mais
je sens ma trace battre, comme si la mer... mon flanc : un sillage de
temps ! L'éternité est un sillage, et le voyage, et la pensée.

   Seul. Absolument seul.
   Le cercle du monde est pour moi ce qu'il est : c'est un.. de nuit, en
vain, je suis au centre. Il marche avec moi.. crois marcher. Une lueur
brûle au contour : le coucher de la lune, ou le premier regard de telle
étoile, ou l'aube ; l'éternel devoir la réveille insupportablement.
   N'étais-je pas un voyageur comme tous, que j'ai, ici, ce..de la
route et de l'équipage ?
   Seul. Absolument seul.

André Suarès. "Bouclier du zodiaque"

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : décembre 19, 2011  11:18


Va dire à ma chère Ile,là-bas,tout là-bas,
Près de cet obscur marais de Foulc, dans la lande,
Que je viendrai vers elle ce soir, qu'elle attende,
Qu'au lever de la lune elle entendra mon pas.

Tu la trouveras baignant ses pieds sous les rouches,
Les cheveux dénoués, les yeux clos à demi,
Et naive, tenant une main sur sa bouche
Pour ne pas réveiller les oiseaux endormis.

Car les marais sont tout embués de légende,
Comme le ciel que l'on découvre dans ses yeux,
Quand ils boivent la bonne lune sur la lande
Ou les vents tristes qui dévalent des Hauts-Lieux.

Dis-lui que j'ai passé des aubes merveilleuses
A guetter les oiseaux qui revenaient du Nord,
Si près d'elle, étendue à mes pieds et frileuse
Comme une petite sauvagine qui dort.

Dis-lui que nous voici vers la fin de septembre,
Que les hivers sont durs dans ces pays perdus,
Que devant la croisée ouverte de ma chambre,
De grands fouillis de fleurs sont toujours répandus.

Annonce-moi comme un poète, comme un prince,
Comme le fils d'un roi d'au-delà des mers;
Dis-lui que les parfums inondent mes provinces
Et que les Hauts-Pays ne souffrent pas l'hiver.

Dis-lui que les balcons ici seront fleuris,
Qu'elle se baignera dans des étangs sans fièvre,
Mais que je voudai voir dans ses yeux assombris
Le sauvage secret qui se meurt sur ses lèvres,

L'énigme d'un regard de pure connaissance
Et qui brille parfois du fascinant éclair
Des grands initiés aux jeux de onnaissance
Et des coureurs du large, sous les cieux déserts...


Patrice de la Tour du Pin (Il y a cinq ans)

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : décembre 20, 2011  11:22

je trouve un poème de Jose valente : nous avons certainement édité ce grand poète : en
attendant de le retrouver voici un de ses poèmes :

Paysage avec des oiseaux jaunes (1991)



Paysage englouti. Je suis entré en toi. En toi je suis entré lentement. Je suis entré pieds
nus et je ne t'ai pas trouvé. Tu étais là, pourtant. Tu ne m'as pas vu. Nous n'avions plus
aucun signe pour nous dire notre mutuelle présence. Se croiser ainsi, seuls, sans se
voir. Oiseaux jaunes. Transparence absolue de la proximité.



LENTES LES LUNES suivent les lunes, comme à la lumière cède la lumière, et aux jours
les jours, la paupière tenace au même rêve. Vivre est facile. Difficile survivre à ce qu'on a
vécu.



LE CORPS de l'amour devient transparent, usé qu'il fut par les mains. Il porte des
couches de temps et d'humides, d'attardés dépôts de lumière. Son miroir est la mémoire
où il brûlait. Venir à toi, corps, mon corps, où mon corps repose dans toutes ses salives.
En cette nuit, mon corps, illuminée vers le centre de toi, il ne cherche pas l'aube, il
n'apparaît pas le chanteur.



NE LAISSEZ PAS MOURIR les vieux prophètes car ils dressent leur voix contre l'usure qui
aveugle nos yeux d'obscurs oxydes, la voix qui vient du désert, la nudité de l'animal qui
sort des eaux pour fonder un royaume d'innocence, la colère qui en ailes déploie le
monde, l'oiseau embrasé des apocalypses, les anciennes paroles, les cités perdues,
l'éveil du soleil comme la certitude d'une offrande dans la main de l'homme.

LES CUISSES de la femme étaient longues et humides. Le fin duvet brillait doré au soleil
Interminable profondeur sans fond de la peau Quand elle riait son rire paraissait lui faire
frissonner le sexe et lâcher dans l'air des bandes d'indéclinables oiseaux. Elle poussait
là, me suis-je dit, comme tant d'autres choses de la nature. (Jardin botanique)



SI PEU nous a servi de vivre. Si court le temps qui fut le nôtre pour savoir que nous étions
le même. Pendant que le subtil oiseau de l'air incube tes cendres, à peine sur la limite
suis-je le mince rebord d'une ombre inexistante.


José Valente

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