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-grimalkin- 
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Date du message :
janvier 7, 2012 04:22
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des poèmes simples, que l'on se dit et redit, qui forment comme un fond musical de mots dans notre vie de chaque jour : en voici un :
Heure d'automne
C'est bien mon deuil, le tien, ô l'automne dernière ! Râles que roule, au vent du nord, la sapinière, Feuillaison d'or à terre et feuillaison de sang, Sur des mousses d'orée ou des mares d'étang, Pleurs des arbres, mes pleurs, mes pauvres pleurs de sang.
C'est bien mon deuil, le tien, ô l'automne dernière ! Secousses de colère et rages de crinière, Buissons battus, mordus, hachés, buissons crevés, Au double bord des longs chemins, sur les pavés, Bras des buissons, mes bras, mes pauvres bras levés.
C'est bien mon deuil, le tien, ô l'automne dernière ? Quelque chose, là-bas, broyé dans une ornière, Qui grince immensément ses désespoirs ardus Et qui se plaint, ainsi que des arbres tordus, Cris des lointains, mes cris, mes pauvres cris perdus.
Emile Verhaeren
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-grimalkin- 
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Date du message :
novembre 5, 2010 06:40
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Le Lotus
Sur le lac pâle inondé de lueurs,
Sur le lac triste où l'eau froide frissonne,
Bien loin des bords où le chant monotone
Des grillons noirs, égrène sa douceur,
Seul et divin, planant sur l'eau dormante,
Eblouissant, pur, et mystérieux,
Un lotus blanc, magique , radieux,
Etale au ciel brumeux sa splendeur languissante.
Tu t'ouvriras peut-être ainsi, une nuit sombre,
Ô Fleur de mon amour suprême et désolé !
Et tu endormiras mon coeur désespéré
Dans un rêve alangui de volupté et d'ombre.
Edmond Bahut ( alias Catherine Pozzi )
(toujours sur le site "le bonheur de lire, avec une jolie musique qui accompagne" à lire à haute voix)
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-grimalkin- 
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Date du message :
novembre 5, 2010 12:30
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Béni soit le jour...
Béni soit le jour, bénis le mois, l'année Et la saison, et le moment et l'heure, et la minute Béni soit le pays, et la place où j'ai fait rencontre De ces deux yeux si beaux qu'ils m'ont ensorcelé.
Et béni soit le premier doux tourment Que je sentis pour être captif d'Amour Et bénis soient l'arc, le trait dont il me transperça Et bénie soit la plaie que je porte en mon coeur
Bénies soient toutes les paroles semées A proclamer le nom de celle qui est ma Dame Bénis soient les soupirs, les pleurs et le désir.
Et bénis soient les poèmes De quoi je sculpte sa gloire, et ma pensée Tendue vers elle seule, étrangère à nulle autre.
Francesco Petrarca (1304-1374)
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-grimalkin- 
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Date du message :
novembre 5, 2010 12:33
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Mon navire d’oubli...
Mon navire d’oubli passe comme un fantôme dans une mer atroce, hivernale, à minuit; de Charybde en Scylla son cap, au gouvernail mon maître, mon seigneur - hélas, mon ennemi.
Alerte, une pensée pousse chaque aviron, rebelle, défiant la mort et la tempête; la voile est déchirée par un vent éternel, humide, de soupirs, d’espoirs et de désir.
Les haubans fatigués, mouillés et alourdis par le dédain brumeux et la pluie de mes larmes, sont un tressage épais d’ignorance et d’erreur;
les deux signes d’amour, mes guides, ont disparu, dans les flots ont sombré mon art et ma raison; et déjà de toucher mon port je désespère.
Francesco Petrarca (1304-1374), Canzoniere, 189. traduit par Paola Musarra
doux Pétrarque, qui sans effort, trouve le chemin de notre coeur *Ce message a été édité le 5-Nov-2010 12:34 PM par -grimalkin-*
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-grimalkin- 
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Date du message :
novembre 12, 2010 03:39
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toujours Paul Celan
Avec toutes les pensées je suis sorti hors du monde : tu étais là, toi, ma silencieuse, mon ouverte, et — tu nous reçus.
Qui dit que tout est mort pour nous quand notre œil s’éteignit ? Tout s’éveilla, tout commença.
Grand, un soleil est venu à la nage, claires, âme et âme lui ont fait face, nettes, impératives, elles lui ont tu son orbe.
Sans peine, ton sein s’est ouvert, paisible, un souffle est monté dans l’éther, et ce qui s’est nué, n’était-ce pas, n’était-ce pas forme, et sortie de nous, n’était-ce pas pour ainsi dire un nom ?
***
Paul Celan (1920-1970) – La Rose de personne (Die Niemandsrose, 1963) – Traduction de Martine Broda
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-grimalkin- 
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Date du message :
novembre 13, 2010 04:51
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ce fameux poème de Robert Desnos....que je me répète encore et encore....
J'ai tant rêvé de toi
J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité. Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant Et de baiser sur cette bouche la naissance De la voix qui m'est chère? J'ai tant rêvé de toi que mes bras habitués En étreignant ton ombre A se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas Au contour de ton corps, peut-être. Et que, devant l'apparence réelle de ce qui me hante Et me gouverne depuis des jours et des années, Je deviendrais une ombre sans doute. O balances sentimentales. J'ai tant rêvé de toi qu'il n'est plus temps Sans doute que je m'éveille. Je dors debout, le corps exposé A toutes les apparences de la vie Et de l'amour et toi, la seule qui compte aujourd'hui pour moi, Je pourrais moins toucher ton front Et tes lèvres que les premières lèvres et le premier front venu. J'ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, Couché avec ton fantôme Qu'il ne me reste plus peut-être, Et pourtant, qu'a être fantôme Parmi les fantômes et plus ombre Cent fois que l'ombre qui se promène Et se promènera allègrement Sur le cadran solaire de ta vie.
Robert Desnos
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-grimalkin- 
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Date du message :
novembre 23, 2010 04:12
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- Chanson de la vague
Le rivage puissant est mon bien-aimé, et je suis son amante. Nous sommes enfin réunis par l'amour, et ensuite la lune me sépare de lui. Je vais à lui en hâte et repars à contrecoeur avec plein de petits adieux. Je pars rapidement de derrière l'horizon bleu pour répandre l'argent de mon écume sur l'or de son sable, et nous nous mêlons dans l'éclat en fusion. J'apaise sa soif et submerge son coeur ; il adoucit ma voix et soumet mon tempérament. A l'aube, je récite les règles de l'amour dans ses oreilles, et il m'embrasse avec ardeur. Le soir, je lui chante la chanson de l'espoir puis je dépose de doux baisers sur son visage ; Je suis prompte et craintive, mais il est calme, patient et rêveur. Sa large poitrine apaise mon agitation. Quand la marée arrive, nous nous caressons ; Quand elle se retire, je me laisse tomber à ses pieds en prière. Maintes fois, j'ai dansé autour des sirènes, quand elles sortaient des profondeurs pour se reposer sur ma crête afin de contempler les étoiles. Maintes fois, j'ai entendu les amants se plaindre de leur petitesse, et je les ai aidés à soupirer. Maintes fois, j'ai taquiné les grands rochers et les ai caressés d'un sourire, mais je n'ai jamais reçu de rires de leur part. Maintes fois, j'ai soulevé des âmes qui se noyaient et les ai portées tendrement vers mon rivage bien-aimé. Il leur donne sa force comme il prend la mienne. Maintes fois, j'ai volé des gemmes aux profondeurs, et les ai présentées à mon rivage bien-aimé. Il prend en silence, mais je donne encore, car il m'accueille toujours. Dans la lourdeur de la nuit, quand toutes les créatures recherchent le fantôme du sommeil, je me redresse, chantant un moment et soupirant l'instant d'après. Je suis toujours en éveil. Hélas, l'insomnie m'a affaiblie ! Mais je suis une amante, et la vérité de l'amour est forte. Je suis lasse, mais je ne mourrai jamais...
Khalil Gibran
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-grimalkin- 
Admin famille
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Date du message :
novembre 30, 2010 04:01
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victor Hugo, un de nos poètes familiers mais où il reste toujours à découvrir, ou alors....qu'on a peut-être oublié....
Demain, dès l'aube...
Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne, Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends. J'irai par la forêt, j'irai par la montagne. Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées, Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit, Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées, Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe, Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur, Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
Victor Hugo
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Marie-elisabeth 
Modérateur
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Date du message :
décembre 2, 2010 13:33
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On dirait que l'hiver tombe..
On dirait que l'hiver tombe ; Tous les toits sont déjà gris ; Il pleut deux ou trois colombes, Et c'est aussitôt la nuit;
Un seul arbre, comme un clou, Tient le jardin bien au sol. Les ombres font sur les joues Comme des oiseaux qui volent.
L'air est plein d'étoiles blanches, La Noël est pour lundi. Qu'il sera long, le dimanche Que nous passerons ici !
Maurice Carême "En sourdine".
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-grimalkin- 
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Date du message :
décembre 3, 2010 04:00
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Merci à la vie
Merci à la vie qui m'a tant donné. Elle m'a donné deux yeux et quand je les ouvre Je distingue parfaitement le noir du blanc Et là-haut dans le ciel, un fond étoilé Et parmi les multitudes, l'homme que j'aime.
Merci à la vie qui m'a tant donné. Elle m'a donné d'entendre, oreilles grandes ouvertes Enregistrer nuit et jour grillons et canaris, Marteaux, turbines, aboiements, orages, Et la voix si tendre de mon bien-aimé.
Merci à la vie qui m'a tant donné. Elle m'a donné la voix et des lettres Avec lesquelles je pense les mots, et je dis Mère, ami, frère, lumière qui éclaire Le chemin de l'âme que j'aime.
Merci à la vie qui m'a tant donné. Elle m'a donné de marcher de mes pieds fatigués Et j'ai ainsi parcouru villes et marécages, Plages et déserts, montagnes et plaines Jusqu'à ta maison, ta rue, ta cour.
Merci à la vie qui m'a tant donné. Elle m'a donné un coeur qui devient débordant Quand je vois le fruit du cerveau humain ; Quand je vois la distance qu'il y a entre le bien et le mal Quand je vois le fond de tes yeux clairs.
Merci à la vie qui m'a tant donné. Elle m'a donné le rire, elle m'a donné les pleurs. Ainsi, je distingue le bonheur du désespoir Ces deux éléments qui forment mon chant, Et votre chant qui est le même chant, Et le chant de tous, qui est encore mon chant.
Violeta Parra (Chili)
(oui...merci à la vie...)
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
décembre 3, 2010 11:49
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neige
La neige nous met en rêve
sur de vastes plaines,
sans trace ni couleur.
Veille mon coeur,
la neige nous met en selle
sur des coursiers d'écume.
Sonne l'enfance couronnée,
la neige nous sacre en haute - mer,
plein songe,
toutes voiles dehors.
La neige nous met en magie,
blancheur étale ,
plumes gonflées,
où perce l'oeil rouge de cet oiseau.
Mon coeur ,
trait de feu sous des palmes de gel,
file le sang qui s'émerveille.
Anne Hébert ( 1916 - 2000 )
(puisqu'il neige sur la France...)
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
décembre 10, 2010 03:58
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La mallette était brune
À coup de pourquoi
L’ombre essaie de ressembler À celui qu’elle accompagne, Mais c’est toujours à refaire, Toujours à recommencer. Métier d’ombre, métier d’ombre, C’est un vrai métier de chien, On s’échine, se déchire, Se fatigue, se détruit. Métier d’ombre, route d’ombre, La vie est dure à gagner.
Si contente était mon ombre De marcher au bord de mer. Mais quand je plonge dans l’eau Elle est perdue aussitôt, Elle se débat et pleure Comme un enfant égaré. Reviens, reviens sur le sable, Me crie mon ombre fidèle, Reviens vite à mes côtés, Ne me laisse jamais seule.
Elle est plus faible que moi, Elle se perd en chemin, Elle s’accroche aux buissons Perdant ses flocons de laine, Et s’écorche les genoux, Et se noie dans les ruisseaux Grelottant le soir venu, Redoutant les nuages gris, Métier d’ombre, chemin d’ombre, Mon ombre est bien fatiguée.
(Claude Roy, Poésies)
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
décembre 12, 2010 09:29
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Ligne de flottaison.
Dégoût;
Dégoût de tout Et de toi-même.
Et de l'amour Et de ses gestes.
Et de ses poèmes Où ma vanité Bourdonne comme un insecte Qui se croit tout l'été;
Ah ! me retrouver Sur les genoux de ma mère, A sept ans, un soir d'hiver...
Maurice Carême "Chansons pour Caprine";
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
décembre 12, 2010 09:34
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L'image.
J'ai de toi une image Qui ne vit qu'en mon coeur. Là, tes traits sont si purs Que tu n'as aucun âge.
Là, tu peux me parler Sans remuer les lèvres, Tu peux me regarder Sans ouvrir les paupières.
Et lorsque le malheur M'attend sur le chemin, Je le sais par ton coeur Qui bat contre le mien.
Maurice Carême. " Mère".
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
décembre 14, 2010 11:11
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Ô ÉTOILE DE FRANCE 1870-1871
Ô Étoile de France Le rayonnement de ta foi, de ta puissance, de ta gloire, Comme quelque orgueilleux vaisseau qui si longtemps mena toute l'escadre, Tu es aujourd'hui, désastre poussé par la tourmente, une carcasse démâtée ; Et au milieu de ton équipage affolé, demi-submergé, Ni timon, ni timonier. Étoile sinistrement frappée, Astre, non de la seule France, symbole de mon âme ses plus précieuses espérances, Lutte et audace, divine furie de liberté, Astres d'aspirations vers l'idéal lointain, rêves enthousiastes de fraternité, Astre de terreur pour le tyran et le prêtre. Étoile crucifiée, vendue, par des traîtres, Étoile palpitante sur un pays de mort, héroïque pays, Étrange, passionné, railleur, frivole pays ! Malheureuse ! Mais je ne veux pas te blâmer, maintenant, pour tes erreurs, tes vanités, tes péchés ; Ton infortune et tes souffrances sans exemple ont tout racheté, Et t'ont laissé sacrée. Parce que, dans toutes tes fautes, ton but fut toujours haut placé, Parce que tu ne te serais jamais vendue quelque grand que fût le prix, Parce que certainement tu te réveilles de ta mauvaise ivresse et pleurante, Parce que seule parmi tes sœurs, toi géante, tu déchiras ceux qui te déshonoraient, Parce que tu ne pourrais pas, tu ne voudrais pas porter les chaînes traditionnelles, Pour cela cette crucifixion, ta face livide, tes pieds et tes mains cloués, La lance enfoncée dans ton flanc.
Ô Étoile ! Ô vaisseau de France, mis en fuite et bafoué ! Soutiens-toi astre frappé ! Ô vaisseau, repars ! Aussi sûrement que le vaisseau de tout, la Terre elle-même, Produit d'un incendie de mort et du tumultueux chaos, Se dégageant de ses spasmes de rage et de ses déjections, Et apparaissant enfin, tout en puissance et beauté, Et se mettant à suivre son cours sous le soleil, Ainsi toi, ô vaisseau de France !
Finis les jours, chassés les nuages, Accomplis l'œuvre de peine et la métamorphose longtemps cherchée. Voyez! ressuscitée, haut au-dessus du monde européen, (Et répondant en allégresse, et comme face à face de loin, à nos Etats-Unis) De nouveau, ton étoile, ô France, belle resplendissante étoile, Dans la paix céleste, plus pure, plus radieuse que jamais, Rayonnera immortelle.
Walt Whitman (Traduction de Jules Laforgue)
(à lire en ce moment....toujours actuelle...du moins en espérance...)
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