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Auteur

Sujet : Poèmes de suisse romande, d’hier et d’aujourd’hui…

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : avril 10, 2011  14:04

merci pour ce renseignement Grim..j'ai posé ce commentaire, parce que moi aussi j'ai
des envies de filer à l'anglaise ..en douceur.. et de me détourner de la poésie..il y a si peu
d'amateurs.. mais tu dois bien savoir ce que c'est.. nulle mieux que toi ne sait.;..

Summertime
Suisse
Messages : 4692

Date du message : avril 13, 2011  13:46

Marie-Elisabeth... tout comme dans "Poésie d'aujourd'hui",
regrets de ne pas découvrir de temps en temps,
les "coups de coeur" et les découvertes d'autres inscrits
dans ces deux familles consacrées à la poésie.
J'ai bien souvent eu envie de "décrocher",
mais j'ai toujours trouvé une fois ou l'autre,
et au hasard d'un poème encore inconnu,versifié ou non,
cette résonance émotionnelle si particulière à la poésie.
Elle m'est indispensable, et elle se renouvelle encore et toujours pour moi,
que ce soit par les merveilles que je découvre ici ou
en furetant dans les librairies ou à la médiathèque....


De Werner Renfer, un jurassien mort prématurément (1898-1936),
deux beaux poèmes :

les jours peuvent s'ouvrir comme des fruits,
la ritournelle des mots s'oublie,
une grande saveur m'humilie
aux centres qui traînent aux replis des enclos.

Une barre bleue infinie
prolonge au-delà du mur de l'été
les secrets de ma vie,
enveloppante pluie.

Ecrire du fond d'un tunnel feuillu
la luminosité des herbes lisses,
écrire d'un seul vol suspendu
les mots d'ailes des hirondelles.
_____


Partir n'est rien si on ne laisse aussi
la boue du chemin et les longs piétinements,
les jours sans pain, les vieux compas
et tout le train de la bricole humaine ;
partir n'est rien si on n'a pas la force
de partir tout à fait.
Je pars, je pars, la vie m'appelle et je lui jette
ce long regard qui ne veut plus revenir !
Nous avons pris l'escalier de pierre
celui qui tourne et monte et s'insère aux sommets,
et nous avons vu la lumière
nous saluer par-dessus les toits de la vieille cité.
La cathédrale des siècles de foi
nous étreignaient dans notre chair.
Des masques chargés de trous sombres
passaient et repassaient sous les ardentes voûtes
et ils n'avaient plus rien des fièvres salutaires.
Nous étions seuls dans le mystère reconquis,
la joie tournait en nous, quel flamboiement !
Que nos yeux étaient clairs puisqu'ils comprenaient !

Werner Renfer

(Né dans le vallon de Saint-Imier (Jura bernois).
Renfer, après des études d'agronomie et un séjour à Paris,
travaillera comme journaliste à Saint-Imier. Il luttera
jusqu'à sa mort pour maintenir vivante la poésie dans
une existence dévorée par les tâches de directeur
d'un quotidien de province. Au début des années trente,
son oeuvre étonne par son accent de révolte et la
liberté rhapsodique des images et des rythmes.
Un premier récit, "Hannebarde", affirme avec fougue et délicatesse
la nécessité vitale de la beauté eet de l'imagination dans le gris des jours).

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : avril 14, 2011  13:08

oui, fidèles amies de la poésie...moi aussi je serai persévérante pour nos lecteurs
mais...je dois bien l'avouer surtout pour moi....Car la poésie me nourrit tous les jours.

Summertime
Suisse
Messages : 4692

Date du message : avril 15, 2011  09:52

Deux poèmes forts de Blaise Cendrars...

AUX 5 COINS

Oser et faire du bruit
Tout est couleur mouvement explosion lumière
La vie fleurit aux fenêtres du soleil
Qui se fond dans ma bouche
Je suis mûr
Et je tombe translucide dans la rue

Tu parles, mon vieux

Je ne sais pas ouvrir les yeux ?
Bouche d'or
La poésie est en jeu

(Dix-Neuf Poèmes élastiques, 1919)



LES GRANDS FETICHES

I.
Une gangue de bois dur
Deux bras d'embryon
L'homme déchire son ventre
Et adore son membre dressé

II
Qui menaces-tu
Toi qui t'en vas
Poings sur les hanches
À peine d'aplomb
Juste hors de grossir ?

III
Noeud de bois
Tête en forme de gland
Dur et réfractaire
Visage dépouillé
Jeune dieu insexué et cyniquement hilare

IV
L'envie t'a rongé le menton
La convoitise te pipe
Tu te dresses
Ce qui te manque du visage
Te rend géométrique
Arborescent
Adolescent

V
Voici l'homme et la femme
Egalement laids également nus
Lui moins gras qu'elle mais plus fort
Les mains sur le ventre et la bouche en tire-lire

VI
Elle
Le pain de son sexe qu'elle fait cuire trois fois par jour
et la pleine outre du ventre
Tirent
sur le cou et les épaules

VII
Je suis laid !
Dans ma solitude à force de renifler l'odeur des filles
Ma tête enfle et mon nez va bientôt tomber

VIII
J'ai voulu fuir les femmes du chef
J'ai eu la tête fracassée par la pierre du soleil
Dans le sable
Il ne reste plus que ma bouche
Ouverte comme le vagin de ma mère
Et qui crie

IX
Lui
Chauve
N'a qu'une bouche
Un membre qui descend aux genoux
Et les pieds coupés

X
Voici la femme que j'aime le plus
Deux rides aiguës autour d'une bouche en entonnoir
Un front bleu
Du blanc sur les temps
Et le regard astiqué comme un cuivre.

                                        British Museum, Londres, février 1916

Blaise Cendrars
In "Le Disque vert", 1922


-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : avril 24, 2011  11:40

en consultant mes fiches, je vois que nous avons peu de poèmes de Blaise cendrars.
J'aimerais bien qu'on fasse ou refasse un post sur ce grand poète.

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : mai 10, 2011  10:41

   Tombe la nuit.

Tombe la nuit
qu'elle fasse son oeuvre
entre arve et rhône seine et marne
Indre et loire meurthe et moselle
qu'importe la couleur du ciel
le prochain bus ne part qu'au point du jour
et vous n'avez plus rien à perdre
errant seul dans le noir
souvenez-vous de la douceur du sable
retrouvez le goût de la langue
abandonnez au temps qui passe
le peu d'espace qui vous reste
le bruit court que les hirondelles
sont de retour - n'oubliez pas d'éteindre
votre portable.

Vahé Godel "Entre deux".

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : mai 10, 2011  10:56

   Rase campagne;

Debout tout en noir au bord d'une route en rase
campagne une femme aux longs cils
aux vastes yeux pervenche et dont la bouche est une
minuscule blessure (difficile
de lui donner un âge) elle porte une gerbe
de glaïeuls couleur chair
dans le berceau fragile de ses bras
- à l'évidence elle attend quelque chose
quelqu'un mais nul ne passe rien
ne se passe la route reste infiniment
déserte (seuls sans bruit
quelques oiseaux traversent le ciel blanc
glissent en ordre dispersé très haut
à contre-jour - si bien
qu'ils semblent noirs
presque immobiles).

Vahé Godel. "Entre deux".

Summertime
Suisse
Messages : 4692

Date du message : mai 10, 2011  12:02

Beaux poèmes de Vahé Godel Marie-Elisabeth...Merci...
Un prénom particulier pour ce poète, mais il me semble
avoir lu qu'il est né d'une mère arménienne et d'un père suisse...


*Ce message a été édité le 10-May-2011 12:06 PM par Summertime*

Summertime
Suisse
Messages : 4692

Date du message : mai 10, 2011  12:15

Avec ces poèmes de Jean-Pierre Schlunegger,
j'adresse un petit coucou amical à Epsilon,
- s'il passe encore ici parfois... -
qui aime beaucoup ce poète je crois...

CAVATINE

Toujours plus murmuré, toujours plus habité,
Toujours plus envahi par les jours et les nuits,

Ce corps que e retrouve ua long de mon sommeil
Ebloui par la lampe ou noirci par les ombres

Que lisse un vent léger, un murmure d'abeille,
Ce corps tout près de moi songeant quand je m'éveille,

Je ne sais plus si c'est un rêve ou si c'est toi,
Tellement sa douceur et son ombre sont miennes.


NUIT
Le lac où trempent les lumières.
Chemins de vignes dans la nuit
Séparés des lueurs par ce pays immense
Plein de replis et de douceur comme le corps
D'une femme bien-aimée qui vous offre son ombre
Et ses tendres collines pur effacer le mal
Qui vous ronge comme le cancer un vieux cheval.


-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : mai 11, 2011  11:01

Summertime, si Epsilon passe, il ne manquera pas de te lire, bien qu'il passe en coup
de vent pour voir si enfin l'administration a fait le nécessaire. Il n'a plus de temps pour
Amicalien, c'est pourquoi il tient à me passer le flambeau, sachant que j'entretiendrai la
flamme et ne fermerai pas.

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