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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : Poèmes de la page d'accueil

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : juin 27, 2011  04:02


LE JARDIN

Arrête-toi au fond de ce jardin

Pour l’air et pour le peu de roses

Arrête-toi, je te rejoins

Tu es plus belle que mon attente

Plus terrible encore quand le temps cesse

Car tu as cessé de vivre dans le temps

Mémoire

Poussant le grillage de fer

Pas à pas sur les terres humides

De la rosée plus que le jour

Je te rejoins

Il n’y a plus personne dans ce jardin

Les quelques pas avaient gravé la terre

C’était mon pas

Ô disparue derrière les ronces.

Béatrice Douvre,
Poème isolé, écrit en 1989 et 1993,


-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : juin 30, 2011  04:33


L'ARBRE   


Perdu au milieu de la ville,
L'arbre tout seul, à quoi sert-il ?

Les parkings, c'est pour stationner,
Les camions pour embouteiller,
Les motos pour pétarader,
Les vélos pour se faufiler.

L'arbre tout seul, à quoi sert-il ?

Les télés, c'est pour regarder,
Les transistors pour écouter,
Les murs pour la publicité,
Les magasins pour acheter.

L'arbre tout seul, à quoi sert-il ?

Les maisons, c'est pour habiter,
Les bétons pour embétonner,
Les néons pour illuminer,
Les feux rouges pour traverser.

L'arbre tout seul, à quoi sert-il ?

Les ascenseurs, c'est pour grimper,
Les Présidents, pour présider,
Les montres pour se dépêcher,
Les mercredis pour s'amuser.

L'arbre tout seul, à quoi sert-il ?

Il suffit de le demander
A l'oiseau qui chante à la cime.


Jacques Charpentreau

   

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : juillet 3, 2011  03:38


LE FACE-A-FACE

Toute droite, la violette,
Avec ses oreilles de faon,
Ecoute le chant triomphant
De la source qui la reflète.

Ah ! Quelle passion me pousse
A saisir ce gibier subtil,
Ce frais petit fauve d'avril,
Entre mon index et mon pouce ?

je te hausserai vers la nue
Et je renverserai le front
Et face-à-face nous serons,
Moi le géant, toi la menue.

Si claire figure foncée,
Lueur montant du fond du noir,
Mon espoir et mon désespoir,
L'infini dans une pincée,

Fleur enfant, très ancien sourire,
Eternel museau d'un instant,
Qu'avons-nous donc tous les printemps
De si pathétique à nous dire ?

LUCIENNE DESNOUES

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : juillet 8, 2011  03:57


Comptine du quai aux fleurs.

C'est ici que la légende
A mûri comme un grain lourd
Et que l'univers m'entende
Quans je chante mes amours

C'est le peuple qui commence
Son histoire à Roncevaux
Roland l'ancienne romance
Et Fabien le chant nouveau

Comme on tresse avec la paille
Des paniers de deux couleurs
Je mêle aux noms des batailles
Les brins noirs de nos douleurs

La Bastille et la Commune
Les Bouvines les Valmy
Jeanne et Péri ce n'est qu'une
Longue histoire mes amis

Chateaubriand Timbaut tombe
Brûlez enfant d'Oradour
Au soleil des hécatombes
Sur la France il fait grand jour

Paris sonne la revanche
Que de roses dans Paris
Dans Paris que de pervenches
Et le Luxembourg est pris

Pour achever ma comptine
Je marie en un bouquet
Au romarin l'églantine
La marguerite au muguet

De l'Etoile à la Villette
Et de Montrouge aux Lilas
Violettes violettes
Je vous donne à ces gens-là.

Louis Aragon . "Le nouveau crève-coeur"

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : juillet 12, 2011  03:51


DESSEINS ANIMÉS

C'est sûr, dans la ronde sans fin
de l'offre et de la demande
tu as dû m'emprunter quelques sentiments.
C'est sûr, toutes ces années de tabagie, un jour,
tu as dû être à court de tabac.

Si maintenant tu pouvais en échange
pour deux-trois jours me prêter un amour.
On m'invite à une comédie circulaire
et l'invitation précise bien
tenue opaque — il ne faut pas
que transparaisse l'insupportable.

Je te le rendrai intact.
Même si je me soûle, si je me salis,
ne crains rien, l'éternel sur l'amour
ne laisse jamais de taches.

Ne serait-ce qu'un ou deux jours. Je veux y aller
dans de beaux habits d'emprunt
craie ostensiblement cassante
orgueilleusement pendue
au bras de l'éponge qui m'accompagne.
Ne serait-ce qu'un jour.
Non, pas celui-là, je n'en veux pas, non
pas l'amour charitable que reprend
ta main dès qu'elle tombe dans la mienne.
C'est l'autre que je veux, l'autre
la passion folle que tu éprouves pour quelqu'un
toi encore et tu le supplies
de te prêter son amour
ne serait-ce que deux-trois jours non pas celui-là,
non pas l'amour charitable que reprend
sa main dès qu'elle tombe dans la tienne,
mais l'autre que tu demandes l'autre
la passion folle qu'il éprouve
pour quelqu'un d'autre lui encore
et à son tour le supplie
de lui prêter un amour
ne serait-ce qu'un jour, non pas le charitable
et ainsi va sans gloire notre sauvagerie.

Ce qui prêteurs nous rehausse
est ce qui nous rabaisse devenus ses mendiants.

Toujours le décalage amoureux d'un autre
et nous toujours amoureux de lui.
Et les coïncidences meurent sans être aimées.

(Je te salue jamais)
Kiki Dimoula

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : juillet 16, 2011  04:19


Si vous portez une pierre bleue à l'oreille...


Si vous portez une pierre bleue à l'oreille,
vous entendrez la rivière ancienne
qui l'a prise pour coeur,
le vent sec qui l'a prise pour langue
et la terre qui lui a promis une bouche de feu.

Un caillou tacheté est le fruit du rêve
d'un appaloosa galopant.
Les chevaux chantent la Cérémonie de la Prairie
et les pierres-de-rêve giclent sous leurs sabots,
éclaboussent le ciel.

Une pierre noire contient l'âme de l'ours
saisi dans son dernier sommeil. Son chant entoure
la pierre, lui donnant l'apparence
de la fourrure.

Toutes les pierres jaunes détiennent le secret des
Hiboux.
Toutes les pierres vertes sont les souffles des plantes
qui chantent dans les nuits d'allégresse.

Une pierre rouge de petite taille est l'amour
d'un homme et d'une femme lorsque leurs corps
chantent sur l'herbe.

Une pierre grise est naturellement triste.
Elle est un mot du langage ordinaire de la mort.
Prenez-la. Un jour vous comprendrez.

Anita Endrezze    "extrait. "Pourquoi la pierre ne chante pas d'elle-même"


   

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : juillet 19, 2011  03:33

Une saison de neige avec thé (Extrait)

C’est une saison de neige
dans la blessure
c’est une saison blanche
dans ses voilures
de vent pur
C’est une saison du siècle
abouchée
à la peur


Et la lampe vacille
faseille
sur la dormition du feu
sur la mort partagée
de l’âme
Le temps
est devenu liquide
D’ans l’or brun du thé
Le souffle s’est figé

   
Il neige
Tu défais
tous les signes
maintiens
la transparence
roules l’amour
vers ce qui est


Voici les lèvres du corps
ouvertes sur le vide
sur le bruit blanc de rien
Paupières figées de nacre
l’œil dans l’aventure fixe
tu veux

   
C’est une saison de neige
dans l’envergure des bras
dans les limites du soleil
Le vent
toujours en deçà
toujours en retard
sur ton souffle
la nuit versée
dans une autre nuit

   
Il est une parole perdue
qui te traverse
qui bouge dans tes os
qui te retrouve
qui te brise éblouie
qui te détourne
qui te précède
dans l’ignorance
Il est une parole du sacre
Où mute le vertige

Claudine Bohi
mars 2010

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : juillet 22, 2011  03:20

Les gisants-( extraits -)

veilleuse indivisible au chevet des gisants

                homme et femme parallèles                couple endormi d'amants unis dans la
pierre

                                                          les pleureuses ont suivi

                                                          leurs larmes s'évaporèrent


viens chère épouse

       amour grain de splendeur au coeur noir de mon oeil


je dors

    la face grande offerte au grand vent

    les lèvres qui sourient à la plus haute pluie

    le front veiné sans effort

                tel un ciel par les branches bleues

                                                                d'un éclair pris de gel
(...)
maintenant

                   galop de bronze dans la crypte

je me relèverai

    ma langue fiancée à ton volubilis

je me recueillerai

    visage contre tes mains ému

                fruit parfait du silence à la pulpe vierge
(...)
il neige amour il neige en mariage
par le soleil au milieu des étoiles
nos coeurs sont reçus

                                 récipiendaires de la paix

ô amour éternel dans la Maison du Monde


Henri Pichette

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : juillet 25, 2011  03:24

Noir et blanc.

Mesdames, mesdemoiselles et messieurs musique !

Intro
Oh Non, Non, Non,Non, Oh, Oh, Oh, Oh, Oh, Oh
Le noir allume les lumières la nuit
Le blanc éteint le sombre de nos tristes nuits
Que te dire sinon faut qu'on soit Ami
Noir , Blanc c'est la même je te l'ai déjà dit

Laisse-moi te dire hier moi j'étais ce Blanc, sang rouge
   si différent
Je vivais si loin de l'autre dès que j'ai vécu cette scène
Un couteau sale petit-bourgeois donne-moi tout ce que
   tu as sur toi
La peur, la rage m'ont cloisonné dans la haine
Sème comme cette graine, entraîne le malheur
Tant de vicissitude égrenée par la rancoeur
Et la haine se multiplie d'elle je suis prisonnier
De part et d'autre voyons tout cela n'entraîne que la
   peine
Tout cela est commun comme phénomène
Je veux dire c'est juste un épiphénomène
L'addition de ce genre d'évènement mène toujours vers
La soustraction des nobles sentiments d'hier
Sale "bip" espèce de gros "bip", allez vous faire "bip"
Retournez d'où vous êtes venus si vous êtes décus
Ce hier, c'est hier de tant de gens, au sang rouge si
   différent

Refrain

Oh Non, Non, Non, Non, Oh, Oh Oh Oh Oh Oh
Le Noir et le Blanc ne s'unissent-ils pas
S'il te plait aime-moi, si tu veux que je t'aime moi

Hier ce Noir, c'était moi le type un certain genre de
   voyou
Y avait une fosse, un mur, un univers entre moi § vous
Hier je voulais tout cramer, le bourgeois je détestais
Ce Fabien j'ai dépouillé j'ai kiffé de voir le bab flipper
Donne-moi ce que t'as sur toi ou bien je te plante "brèle"
Pour toi ça change quoi t'es qu'un sale petit-bourgeois
Hier sa vie je ne l'ai pas comprise mais après cette scène
J'ai gardé ma haine pourquoi nous on est pauvres et puis
   pas vous
Hier c'était ça nous comme beaucoup le savent
On était jaloux on haïssait le Blanc on était paumés
Esclaves en Amérique on chanta la soul
Et puis y a eu le colonialisme maintenant on est dans la
   zone
Vous allez payer pour ce qu'a subi l'Afrique
Ce hier, c'est le hier de tant de gens que la haine brise
Ce hier, c'est le hier de tant de Malik que la haine brise

Refrain

Aujourd'hui la couleur de ma peau n'est plus un
   drapeau
Juste un arc-en-ciel où se reflète l'universel
Aujourd'hui grâce à l'Amour et le spirituel
Le Noir, le Blanc d'hier sont devenus des frères
On est tous or couleur miel quand on va vers le haut
La poésie de la vie a su me faire écrire ces mots
Aujourd'hui Fabien , Malik se donnent la main

Si la bêtise divise, la sagesse rend un
Aujourd'hui je sais que les fleurs n'ont pas toutes la
   même teinte
Du choix de la nature nous ne pouvons porter atteinte
Dieu a fait les différences non pas pour qu'on s'affronte
Les cultures sont des richesses pour que l'on se
   rencontre
En somme, ensemble on plane sur un tapis volant
Le monde est devenu dune et sent le musc blanc
Fabien et moi avons pris ce même tapis volant
Où le sang n'a qu'une couleur rouge couleur de l'Amour

Refrain

Outro
Oh non, Non, Non, Non, Oh, Oh, Oh, Oh, Oh, Oh
Le Noir allume les lumières de la nuit
Le Blanc éteint le sombre de nos tristes nuits
Que te dire sinon faut qu'on soit Ami
Noir , Blanc c'est la même je te l'ai déjà dit.

Abd Al Malik.   "Qu'allah bénisse la France" Albin Michel 2007;
(

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : juillet 28, 2011  03:20

LE RIVAGE

Ni eau ni sable
n'est le rivage.

Cette eau sonore
d'écume simple,
cette eau ne peut
être rivage.

Pour reposer
en lieu moelleux,
ni eau ni sable
n'est le rivage.

Les choses aimables,
discrètes,simples,
se joignent
comme font les rivages.

Aussi les lèvres
pour le baiser.
Ni eau ni sable
n'est le rivage.

Chose de mort
je me regarde;
seul,désolé
comme au désert.

Viennent mes larmes:
je dois souffrir.
Ni eau ni sable
n'est le rivage.

José Gorostiza (traduction claude Couffon)

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : aout 10, 2011  11:19

Sonnet d'amour

L’amour-matière est une option pour vide
Ou pour fumée, l’abîme est son terrain ;
L’encre l’éprend de sa nature avide,
Sur le papier où se courbent ses reins.

L’amour-esprit, les émois s’en déplissent,
Qu’il soit d’hommage ou de cœur démotté.
Le verbe accroît ses maraudes complices,
Le long de vers inverses de beauté.

L’amour-silence ensemble nous façonne.
Nos corps fouillant l’un vers l’autre jetés
Créent le désir où l’autre à l’un se donne.

L’amour-silence est notre éternité,
Tel ce géant, près du rouet d’Omphale,
Toujours penché vers l’ombre conjugale.

Claude Albarède né à Sète en 1937



Mon amour je te prends comme une plage ouverte
où t'inventent les vagues

Dur noyau d'olivier

Nous allons nous étendre

La nuit penche
La hache est tombée

Nous sommes alliés Voici l'heure
La mort ne cueillera que des restes éteints

Tes mains serrent tout ce qui passe au fond de mes yeux
nous savons
que le vent ne plie pas les arbres des chemins le soir
quand nous rentrons

Et que très simplement notre marche s'allonge.

cette chose sans nom

Georges Jean (1928)

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : aout 12, 2011  01:02

A toutes mers de l'univers.

Contre son dos - serré contre elle
les bras passés sous ses aisselles
il ouvre sous la pluie sa robe sous le ciel

exalte en les serrant ses seins face à la mer
pour que plus excessifs ils défient le ciel noir

et force contre force - combat contre le vent
et femme contre mer en figure de proue
s'opposent proclamés au vieux monde maudit

les pointes pointent l'horizon
les cerisiers lancent leurs fleurs
et des rafales de pétales strient la tempête sur la mer

dans un temps pulvérisé
l'enlacement est immobile
tandis que sur elle il regarde rouler

des larmes qui se mêlent aux gouttes qui la cinglent
union liquide qui dévale
union mystique qui s'enfonce
entre les seins qu'il tient offerts
par défi - par amour - par humaine misère
à toutes mers de l'univers.

Jean Pérol (inédits).

J'ai soif.

J'ai soif
Soif de tout
Tout me manque
Dans ma prison sevrée
Abrutie de travail
Le beau désir assassiné
Sous l'effort
Je crève et j'ai soif
De visages neufs
Nouveaux comme un air pur
Du matin qui branvire hors du vasistas
Celui des toilettes, pétrifroissé
Des amochures bavasses de la nuit
Sur la Seine
Et la tour de fer, Eiffel, je voudrais toucher
Entre mes mains une peau douce
Celle de toi qui m'échappa
Celle de toi qui s'africa
Celle de toi mort glacé en piscine,
Idiot blond, voleur tu m'as volée !
Celles de vous tous acoquinés, enbourgeoisées, empédégés,
Extrapolés du circuit, en routine-conflits !
J'ai soif oui, mais de vous non.
C'est les autres que je veux, si je vaux,
Les neufs,
Les neufs, sans besoin de parler, s'ils me veulent ?
Jusqu'à quand les neufs me voudront-ils ?
Ma soif !
Les neufs !
Ma mort à quand ?

Qui sera le dernier ?

Victoria Thérame. "Trans-viscère-express" 1970

Tour à tour infirmière puis chaufeur de taxi . Elle publie des poèmes et des romans
dont le plus connu est "Hosto-blues" 1974. ..journal d'une infirmière minute par
minute
avec en flash back le vécu de 9 ans de service en milieu hospitalier..
un vrai cri de femmes..
Merci Marie-Elisabeth pour ces poèmes!

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : aout 13, 2011  13:13

La chambre dans l'espace.

Tel le chant du ramier quand l'averse est
prochaine - l'air se poudre de pluie, de soleil
revenant - , je m'éveille lavé, je fonds en
m'élevant ; je vendange le ciel novice.

Allongé contre toi, je meus ta liberté. Je
suis un bloc de terre qui réclame sa fleur.

Est-il gorge menuisée plus radieuse que la
tienne ? Demander c'est mourir !

L'aile de ton soupir met un duvet aux
feuilles. Le trait de mon amour ferme ton
fruit, le boit.

Je suis dans la grâce de ton visage que mes
ténèbres couvrent de joie.

Comme il est beau ton cri qui me donne
ton silence !

René Char "La Parole en archipel" 1962



Jeu de hanches

Nous lirons dans un même lit
Au livre de ton corps lui-même
- C'est un livre qu'on lit au lit-
Nous lirons le charmant poème
Des grâces de ton corps joli

Nous passerons de doux dimanches
Plus doux que n’est le chocolat,
jouant tous deux au jeu de hanches…

Apollinaire

Merci Doublesix et Marie-Elisabeth pour ces cadeaux!

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : aout 16, 2011  00:53

De Lorca, un si beau poème…

Si mes mains pouvaient effeuiller

Je prononce ton nom
Au cœur des nuits obscures,
Lorsque viennent les astres
Boire à l’eau de la lune
Et que dorment les feuilles
Des secrètes ramures.
Je me sens tout sonore
De passion, de musique,
Folle horloge qui chante
Les heures de jadis.
Je prononce ton nom
En cette nuit obscure
Et je l’entends sonner
Plus lointain que jamais,
Plus lointain que toutes les étoiles,
Et plus plaintif que le bruit de la pluie.
Pourrai-je un jour t’aimer
Comme je fis naguère?
Mon cœur, où est la faute?
Si le brouillard s’éclaire,
Aurai-je une nouvelle
Passion, tranquille et pure?
Ah, si mes doigts pouvaient
vous effeuiller, ô lune



Soleil cigales..

Soleil cigales
le lézard du souvenir bondit
et c'est furtif entre tes ombres
le passé perdu des provences pauvres

tu écrivais sous le figuier
sur la table usée de rotin bancal
dans la campagne abandonnée
et l'importance de parler
dans le bleu hébété tentait de t'emporter
à brides lâchées à encrier ouvert

où une mouche
finissait toujours par tomber
et noire sur noir vibrionnait
comme confus tes jeunes mots
dans l'ouverture d'un monde plein
mais maintenant que la table
et le jardin sont un peu mieux
mais maintenant que tu peux
en lui en toi ailleurs
presque tout lire à livre ouvert

seule t'affronte amère et sûre
jour après jour en son contraire
et jusqu'au noir plus noir que l'encre
l'autre importance de se taire.

Se taire.

Jean Pérol. ( dans Autre Sud n° 28)

Merci à Summertime et Marie-Elisabeth pour ces deux beaux poèmes!

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : aout 16, 2011  03:29

De Lorca, un si beau poème…

Si mes mains pouvaient effeuiller

Je prononce ton nom
Au cœur des nuits obscures,
Lorsque viennent les astres
Boire à l’eau de la lune
Et que dorment les feuilles
Des secrètes ramures.
Je me sens tout sonore
De passion, de musique,
Folle horloge qui chante
Les heures de jadis.
Je prononce ton nom
En cette nuit obscure
Et je l’entends sonner
Plus lointain que jamais,
Plus lointain que toutes les étoiles,
Et plus plaintif que le bruit de la pluie.
Pourrai-je un jour t’aimer
Comme je fis naguère?
Mon cœur, où est la faute?
Si le brouillard s’éclaire,
Aurai-je une nouvelle
Passion, tranquille et pure?
Ah, si mes doigts pouvaient
vous effeuiller, ô lune



Soleil    cigales..

Soleil    cigales
le lézard du souvenir bondit
et c'est furtif entre tes ombres
le passé perdu des provences pauvres

tu écrivais sous le figuier
sur la table usée de rotin bancal
dans la campagne abandonnée
et l'importance de parler
dans le bleu hébété tentait de t'emporter
à brides lâchées   à encrier ouvert

où une mouche
finissait toujours par tomber
et noire sur noir vibrionnait
comme confus tes jeunes mots
dans l'ouverture d'un monde plein
mais maintenant que la table
et le jardin sont un peu mieux
mais maintenant que tu peux
en lui   en toi   ailleurs
presque tout lire à livre ouvert

seule t'affronte amère et sûre
jour après jour en son contraire
et jusqu'au noir plus noir que l'encre
l'autre importance de se taire.
                           
                               Se taire.

Jean Pérol. ( dans Autre Sud n° 28)

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