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Date du message :
décembre 23, 2011 03:55
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Va dire à ma chère Ile,là-bas,tout là-bas, Près de cet obscur marais de Foulc, dans la lande, Que je viendrai vers elle ce soir, qu'elle attende, Qu'au lever de la lune elle entendra mon pas.
Tu la trouveras baignant ses pieds sous les rouches, Les cheveux dénoués, les yeux clos à demi, Et naive, tenant une main sur sa bouche Pour ne pas réveiller les oiseaux endormis.
Car les marais sont tout embués de légende, Comme le ciel que l'on découvre dans ses yeux, Quand ils boivent la bonne lune sur la lande Ou les vents tristes qui dévalent des Hauts-Lieux.
Dis-lui que j'ai passé des aubes merveilleuses A guetter les oiseaux qui revenaient du Nord, Si près d'elle, étendue à mes pieds et frileuse Comme une petite sauvagine qui dort.
Dis-lui que nous voici vers la fin de septembre, Que les hivers sont durs dans ces pays perdus, Que devant la croisée ouverte de ma chambre, De grands fouillis de fleurs sont toujours répandus.
Annonce-moi comme un poète, comme un prince, Comme le fils d'un roi d'au-delà des mers; Dis-lui que les parfums inondent mes provinces Et que les Hauts-Pays ne souffrent pas l'hiver.
Dis-lui que les balcons ici seront fleuris, Qu'elle se baignera dans des étangs sans fièvre, Mais que je voudai voir dans ses yeux assombris Le sauvage secret qui se meurt sur ses lèvres,
L'énigme d'un regard de pure connaissance Et qui brille parfois du fascinant éclair Des grands initiés aux jeux de onnaissance Et des coureurs du large, sous les cieux déserts...
Patrice de la Tour du Pin (Il y a cinq ans
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Date du message :
décembre 26, 2011 04:34
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Les sapins
Les sapins en bonnets pointus De longues robes revêtus Comme des astrologues Saluent leurs frères abattus Les bateaux qui sur le Rhin voguent
Dans les sept arts endoctrinés Par les vieux sapins leurs aînés Qui sont de grands poètes Ils se savent prédestinés A briller plus que des planètes
A briller doucement changés En étoiles et enneigés Aux Noëls bienheureuses Fêtes des sapins ensongés Aux longues branches langoureuses
Les sapins beaux musiciens Chantent des noëls anciens Au vent des soirs d'automne Ou bien graves magiciens , Incantent le ciel quand il tonne
Des rangées de blancs chérubins Remplacent l'hiver les sapins Et balancent leurs ailes L'été ce sont de grands rabbins Ou bien de vieilles demoiselles
Guillaume Apollinaire
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décembre 31, 2011 01:56
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Je ne sais si la nuit
Je ne sais si la nuit vient plus douce que toi, Douceur plus épaisse que toi, Et blanche ainsi que toi, douceur. Les cerisiers sont transparents, La nuit lointaine. On ne meurt pas dans la lumière. Ses périodes viennent de loin, Durent toujours car il n’est pas de différence Entre l’instant et quelque éternité. Aujourd’hui nulle différence. J’ai vécu pour aboutir A ce bonheur.
Jean Tortel
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janvier 2, 2012 03:30
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RAVAGES DÉLICATS
Le citadin est imbu de sa supériorité Et le paysan est persuadé de sa supériorité. Le bourreau est tout sacré de sa supériorité Et la victime est toute sainte de sa supériorité. Et l’individu vertueux se rengorge de sa supériorité. L’artiste est convaincu de sa supériorité Et le boutiquier se félicite de sa supériorité. L’ouvrier se barricade de supériorité, L’intellectuel s’électrise de supériorité …
Et tous, de cette façon Dans une fraternité surprenante Celle qu’on chercherait en vain A réaliser par des moyens pacifiques Pillent, pillent, dépècent, écorchent Et convoient à sa fin malheureuse Ce monde humain.
Et tous de cette façon Avec un ensemble touchant Rendent impossible Toujours plus divisé, plus morcelé, Inégalisé, et comme concassé Ce monde humain.
Un poète, toujours doublé d’un haïsseur Médisant de tous sauf de lui-même Ou de ce qu’il pense aimer N’est pas d’une essence plus pure Ni plus amène. Je ne sais s’il vaut mieux quand il déclare qu’il est Délibérément, décidément Et définitivement inhumain.
Car ce n’est là qu’une supériorité comme une autre Très loin de la véritable supériorité. Indicible mérite qui ne s’encense pas.
Adrian Miatlev (extrait de « Quand le dormeur s’éveille » -Éditions Rencontre-)
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Date du message :
janvier 5, 2012 03:46
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Royaltie
Eloigne-toi du derrick Les troupes d'élite Montent la garde Les satellites t'observent
Pasteur du puit de bois Ne succombe pas A la nostalgie Des richesses trop faciles
Qualificatifs tyranniques Eblouissent-ils ? Interroge l'inachevé
Pierre sédiment Marchent en cavalcade Brisent l'échine des puits
Le tumulte mécanique Doute de sa tiédeur Lève les bras au ciel
Tout feu tout flamme Donneur d'ordres Gouverneur de banque Accrédite A 15h15 Temps universel !
Chekib Abdessalam, Bleuir les doigts du monde pétrole puis soudain le désert chez L'Harmattan
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janvier 8, 2012 04:00
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Le tendre et dangereux visage de l'amour
Le tendre et dangereux visage de l'amour m'est apparu un soir après un trop long jour C'était peut-être un archer avec son arc ou bien un musicien avec sa harpe Je ne sais plus Je ne sais rien Tout ce que je sais c'est qu'il m'a blessée peut-être avec une flèche peut-être avec une chanson Tout ce que je sais c'est qu'il m'a blessée blessée au coeur et pour toujours Brûlante trop brûlante blessure de l'amour.
Jacques Prévert
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janvier 11, 2012 04:32
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Cœur (Extraits)
Cœur qui a tant saigné d'amour, de haine Oh cœur mal résigné de tant de peine
Cœur tant de fois flétri au dur labeur Cœur tant de fois flétri au mois de mai
Cœur qui a fait le brave assez longtemps Vieux seigneur, vieux burgrave, cœur de vingt ans
Cœur inaccoutumé, toujours déçu Oh cœur inanimé, toujours naissant
Cœur tant de fois failli, cœur frauduleux Cœur tant de fois jailli, cœur scrupuleux
Oh cœur sept fois perdu, cœur gracieux Oh cœur sept fois sauvé, oh cœur ingrat
Cœur tant de fois mené, tambour battant Oh cœur une fois né, cœur inconstant
Cœur qui a tant rêvé, oh cœur charnel Oh cœur inachevé, cœur éternel
Cœur qui a tant battu, d'amour, d'espoir Oh cœur trouveras-tu la paix du soir.
Charles Péguy
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janvier 15, 2012 03:35
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Dame Lazare (Lady Lazarus, 1962)
Et j’ai recommencé Tous les dix ans J’y reviens –
Un miracle vivant, ma peau Luisante comme un abat-jour nazi; Mon pied droit, c’est
Un presse-papier, Mon visage, une fine Toile juive,
Arrache ce linge O mon ennemi. Suis-je bien terrifiante? –
Le nez, les orbites, la denture parfaite? L’haleine en un jour Perdra toute son aigreur.
Bientôt, bientôt la chair Sera Chez elle chez moi
En moi, jeune femme souriante. Je n’ai que trente ans Et comme les chats, j’ai neuf fois pour mourir.
C’est la troisième fois. Quelle dérision Que de vouloir abolir chaque décade.
Ces millions de filaments! La foule croquant des noisettes Se bouscule pour les voir
Me déballer pieds et poings – C’est le grand strip-tease. Messieurs, mesdames
Voilà mes mains Mes genoux. Je n’ai que la peau sur les os
Et pourtant, je suis la même femme identique à moi-même. La première fois, j’avais dix ans. C’était un accident.
La seconde fois, je voulais vraiment en finir Ne plus jamais en revenir. Je me suis refermée
Comme un coquillage. On a dû appeler, appeler Et m’arracher les vers comme des perles gluantes.
Mourir Est un art, comme tout le reste. Je le fais exceptionnellement bien.
Je le fais et c’est l’enfer. Je le fais et c’est la vérité. C’est le retour
Le retour théâtral en plein jour Au même endroit, au même visage, au même cri Amusé et brutal :
« Un miracle! » Qui me terrasse. Il faut payer
Pour scruter mes cicatrices, payer Pour entendre mon cœur – Il bat vraiment bien.
Il faut payer et payer gros Pour un mot, un contact Ou un peu de sang
Une mèche de cheveux, un bout de ma robe. Tiens tiens Herr Doktor Ah tiens, Herr ennemi.
Je suis votre grand’œuvre, Je suis votre trésor, Le beau bébé d’or pur
Qui fond en un seul cri. Je roule et je brûle. Mais bien sûr que j’y crois à votre grand tourment.
Cendres, cendres – Vous fouillez et vous remuez. De la chair, de l’os, rien de rien –
Si! Un morceau de savon, Une alliance, Une dent en or.
Herr Dieu, Herr Lucifer Prenez garde. Oui, prenez garde.
Je sors de mes cendres Avec mes cheveux rouges Et je dévore les hommes comme l’air.
23-29 Octobre 1962 Sylvia Plath (1932-1963) –
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Date du message :
janvier 19, 2012 03:42
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JE T'ATTENDAIS
Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires Dans les années de sécheresse quand le blé Ne monte pas plus haut qu'une oreille dans l'herbe Qui écoute apeurée la grande voix du temps Je t'attendais et tous les quais toutes les routes Ont retenti du pas brûlant qui s'en allait Vers toi que je portais déjà sur mes épaules Comme une douce pluie qui ne sèche jamais Tu ne remuais encore que par quelques paupières Quelques pattes d'oiseaux dans les vitres gelées Je ne voyais en toi que cette solitude Qui posait ses deux mains de feuille sur mon cou Et pourtant c'était toi dans le clair de ma vie Ce grand tapage matinal qui m'éveillait Tous mes oiseaux tous mes vaisseaux tous mes pays Ces astres ces millions d'astres qui se levaient Ah que tu parlais bien quand toutes les fenêtres Pétillaient dans le soir ainsi qu'un vin nouveau Quand les portes s'ouvraient sur des villes légères Où nous allions tous deux enlacés par les rues Tu venais de si loin derrière ton visage Que je ne savais plus à chaque battement Si mon cœur durerait jusqu'au temps de toi-même Où tu serais en moi plus forte que mon sang.
Hélène ou le règne végétal (Seghers 1952)
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Date du message :
janvier 23, 2012 03:11
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La traversée.
Lac noir, barque noire, deux silhouettes de papier découpé, noires. Jusqu'où s'étendent les arbres noirs qui s'abreuvent ici ? Leurs ombres doivent couvrir le Canada.
Une petite lumière filtre des fleurs aquatiques. Leurs feuilles ne souhaitent pas que nous nous dépêchions : Elles sont rondes et plates et pleines d'obscurs conseils.
Des mondes glacés tremblent sous la rame. L'esprit de noirceur est en nous, il est dans les poissons. Une souche lève en signe d'adieu une main blême ;
Des étoiles s'ouvrent parmi les lys. N'es-tu pas aveuglé par de telles sirènes sans regard ? C'est le silence des âmes interdites.
Silvia Plath.
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Tout au bord
La femme s'est accomplie son corps mort porte le sourire de l'accomplissement l'illusion d'une obligation grecque coule dans les rouleaux de sa toge
Ses nus pieds semblent vouloir dire: Nous sommes arrivés si loin, tout est fini. Chaque enfant mort est enroulé, un serpent blanc, Près de chacun une cruche de lait maintenant vide.
Elle les a repliés contre son corps comme les pétales d'une rose refermée quand le jardin se fige et que les parfums saignent des douces, profondes, gorges de la fleur de la nuit.
La lune n'a pas à s'en désoler, fixant le tout de sa cagoule d'os. Elle a tant l'habitude de cela. Sa noirceur crépite et se traîne.
Sylvia Plath, 5 février 1963
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Date du message :
janvier 26, 2012 03:27
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CELLE QUI
je ne chanterai pas Amaryllis et les Amadriades, toutes celles qui rient mollement dans les lis. Les fleurs de miel pour elles et tous les dieux , armées invisibles, sont leurs chevaliers féaux, c'est la vérité antique, ni tempête ni bise, certainement la joie à deux pas
Mais avec des flammes de coeur je chanterai celle qui, mâchant du sable autour des esquifs du bassin, sous le ciel périlleux de Paris, repousse des deux épaules l'angoisse et jure qu'elle n'est point là... La fanfare des rires d'exténués elle n'entend pas, elle croit comme Sainte Thérèse d'ardeur comme Saint jean candide, mais elle ne rit pas dans les lis la voici, la voici levée dans les flammes dans l'amour ici
Jean de Boschère, Dressé, actif, j'attends Orphée, La Différence
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Date du message :
janvier 29, 2012 05:57
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Wuthering Heights
Les horizons m'encerclent comme des fagots Qui penchent, disparates, et pour toujours instables. Il suffirait d'une allumette pour qu'ils me réchauffent Et que leurs lignes fines Rougissent l'air Lestant le ciel pâle d'une couleur plus sûre, Avant que les lointains qu'elles fixent ne s'évaporent. Mais ils ne font que se dissoudre et se dissoudre Comme une succession de promesses, à mesure que j'avance.
Nulle vie ne s'élève au-dessus de l'herbe Ou du coeur des moutons, et le vent Vient se déverser comme la destinée, courbant Chaque chose dans une seule direction. Je sens bien qu'il s'efforce D'aspirer ma chaleur pour l'emporter. Si j'accorde aux racines de la bruyère Une trop grande attention, elles finiront par m'inviter A blanchir mes os parmi elles.
Les moutons eux savent où ils sont, Ils paissent dans leurs nuages de laine sale, Aussi gris que le temps. Les fentes noires de leurs pupilles m'absorbent. C'est comme d'être expédiée dans l'espace par la poste, Message stupide, insignifiant. Ils restent là dans leur costume de grand-mère, Boucles postiches et dents jaunes Et bêlements de marbre, durs.
Je rencontre des ornières, et de l'eau Limpide comme les solitudes Qui fuient entre mes doigts. Des seuils creux tour à tour apparaissent dans l'herbe ; Linteaux et perrons se sont désassemblés. Des gens, l'air ne se souvient que De quelques étranges syllabes. Il les répète en gémissant : Pierre noire, pierre noire.
Le ciel s'appuie sur moi, moi, la seule à être debout Parmi les horizontales. Les herbes affolées battent et se cognent. Elles sont trop délicates Pour vivre en telle compagnie ; L'obscurité les terrifie. Maintenant, dans des vallées aussi étroites Et sombres que des poches, les lumières des maisons Luisent comme de la petite monnaie.
Sylvia Plath. (traduction Françoise Morvan et Valérie Rouzeau).
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Date du message :
février 2, 2012 11:52
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UNE FEMME M'ATTEND!
Une femme m'attend Une femme m'attend, elle contient tout, rien n'y manque ; Mais tout manquerait, si le sexe n'y était pas, et si pas la sève de l'homme qu'il faut. Le sexe contient tout, corps, âmes, Idées, preuves, puretés, délicatesses, fins, diffusions, Chants, commandements, santé, orgueil, le mystère de la maternité, le lait séminal, Tous espoirs, bienfaisances, dispensations, toutes passions, amours, beautés, délices de la terre, Tous gouvernements, juges, dieux, conducteurs de la terre, C'est dans le sexe, comme autant de facultés du sexe, et toutes ses raisons d'être. Sans douté, l'homme, tel que je l'aime, sait et avoue les délices de son sexe, Sans doute, la femme, telle que je l'aime, sait et avoue les délices du sien. Ainsi, je n'ai que faire des femmes insensibles, Je veux aller avec celle qui m'attend, avec ces femmes qui ont le sang chaud et peuvent me faire face, Je vois qu'elles me comprennent et ne se détournent pas. Je vois qu'elles sont dignes de moi. C'est de ces femmes que je veux être le solide époux. Elles ne sont pas moins que moi, en rien ; Elles ont la face tannée par les soleils radieux et les vents qui passent, Leur chair a la vieille souplesse divine, le bon vieux ressort divin ; Elles savent nager, ramer, monter à cheval, lutter, chasser, courir, frapper, fuir et attaquer, résister, se défendre. Elles sont extrêmes dans leur légitimité, - elles sont calmes, limpides, en parfaite possession d'elles-mêmes. Je t'attire à moi, femme. Je ne puis te laisser passer, je voudrais te faire un bien ; Je suis pour toi et tu es pour moi, non seulement pour l'amour de nous, mais pour l'amour d'autres encore, En toi dorment de plus grands héros, de plus grands bardes, Et ils refusent d'être éveillés par un autre homme que moi. C'est moi, femme, je vois mon chemin ; Je suis austère, âpre, immense, inébranlable, mais je t'aime ; Allons, je ne te blesse pas plus qu'il ne te faut, Je verse l'essence qui engendrera des garçons et des filles dignes de ces Etats-Unis ; j'y vais d'un muscle rude et attentionné, Et je m'enlace bien efficacement, et je n'écoute nulles supplications, Et je ne puis me retirer avant d'avoir déposé ce qui s'est accumulé si longuement en moi, A travers toi je lâche les fleuves endigués de mon être, En toi je dépose un millier d'ans en avant, Sur toi je greffe le plus cher de moi et de l'Amérique, Les gouttes que je distille en toi grandiront en chaudes et puissantes filles, en artistes de demain, musiciens, bardes ; Les enfants que j'engendre en toi engendreront à leur tour, Je demande que des hommes parfaits, des femmes parfaites sortent de mes frais amoureux ; Je les attends, qu'ils s'accouplent un jour avec d'autres, comme nous accouplons à cette heure, Je compte sur les fruits de leurs arrosements jaillissants, comme je compte sur les fruits des arrosements jaillissants que je donne en cette heure. Et je surveillerai les moissons d'amour, naissance, vie, mort, immortalité, que je sème en cette heure, si amoureusement.
Walt Whitman
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-grimalkin- 
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Date du message :
février 6, 2012 03:10
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Coup de foudre.
Ils sont tous deux convaincus d’être unis par un sentiment inattendu. C’est beau, une telle certitude mais l’incertitude est plus belle encore.
Ils ne se connaissaient pas avant, et ils croient qu’il ne s’est jamais rien passé entre eux. Mais qu’en pensent les routes, les marches, les couloirs, où depuis longtemps ils pouvaient se croiser?
Je voudrais leur demander s’ils se souviennent - d’un face à face, un jour peut-être dans une porte à tambour? un “excusez-moi” dans la foule? un “vous avez fait un faux numéro” dans le combiné? - mais je connais la réponse. Non, ils ne se souviennent pas.
Ils seraient très surpris d’apprendre que depuis longtemps déjà le hasard jouait avec eux.
Pas encore tout à fait prêt à se changer en destin, il les rapprochait, les éloignait, leur coupait la route et, étouffant un petit rire, s’écartait d’un bond.
Il y eut des signes, des signaux, indéchiffrables, mais peu importe. Il y a trois ans peut-être ou bien mardi dernier une feuille morte s’envola d’une épaule à l’autre? Quelque chose fut perdu et quelque chose ramassé. Qui sait, peut-être était-ce la balle Dans les buissons de l’enfance?
Il y eut des poignées et des clochettes sur lesquelles avant l’heure le contact recouvrait le contact. Valises voisines à la consigne Une nuit, peut-être, le même rêve, aussitôt confus au réveil. Chaque début n’est de fait qu’une suite et le livre des événements est toujours ouvert au milieu.
Wislawa Szymborska. " Vue avec un grain de sable" 1996.
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-grimalkin- 
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Date du message :
février 11, 2012 04:30
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MON PAYS
Mon pays ce n'est pas un pays c'est l'hiver Mon jardin ce n'est pas un jardin c'est la plaine Mon chemin ce n'est pas un chemin c'est la neige Mon pays ce n'est pas un pays c'est l'hiver
Dans la blanche cérémonie Où la neige au vent se marie Dans ce pays de poudrerie Mon père a fait bâtir une maison Et je m'en vais être fidèle A sa manière à son modèle La chambre d'amis sera telle Q'on viendra des autres saisons Pour se bâtir à côté d'elle
Mon pays ce n'est pas un pays c'est l'hiver Mon refrain ce n'est pas un refrain c'est rafale Ma maison ce n'est pas ma maison c'est froidure Mon pays ce n'est pas un pays c'est l'hiver
De mon grand pays solidaire je crie avant que de me taire A tous les hommes de la terre Ma maison c'est votre maison Entre mes quatre murs de glace je mets mon temps et mon espace A préparer le feu la place Pour les humains de l'horizon Et les humains sont de ma race
Mon pays ce n'est pas un pays c'est l'hiver Mon jardin ce n'est pas un jardin c'est la plaine mon chemin ce n'est pas un chemin c'est la neige Mon pays ce n'est pas un pays c'est l'hiver
Mon pays ce n'est pas un pays c'est l'envers D'un pays qui n'était ni pays ni patrie Ma chanson ce n'est pas ma chanson c'est ma vie C'est pour toi que je veux posséder mes hivers...
Gilles Vigneault
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