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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : Poèmes de la page d'accueil

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : aout 4, 2010  04:45



Si tu veux nous nous aimerons.

Si tu veux nous nous aimerons
Avec tes lèvres sans le dire
Cette rose ne l'interromps
Qu'à verser un silence pire

Jamais de chants ne lancent prompts
Le scintillement du sourire
Si tu veux nous nous aimerons
Avec tes lèvres sans le dire

Muet muet entre les ronds
Sylphe dans la pourpre d'empire
Un baiser flambant se déchire
Jusqu'aux pointes des ailerons
Si tu veux nous nous aimerons.

Stéphane Mallarme. "Autres poèmes".

***
   Larme.
                   (A ma soeur)

Oh ! je voudrais pleurer ! pleurer sous la feuillée
Loin des rires humains, loin du chant des oiseaux !
Pleurer... sur qui ? sur ceux dont la vie effeuillée,
Comme une fleur au vent, vola vers les tombeaux ?..

Non : sur moi. - Car c'est moi qui suis le mort, mon ange,
C'est moi dont le coeur froid se revêt d'un linceul !
Moi... qui rêve à l'azur, les deux pieds dans la fange.
J'ai tout perdu, ma pauvre, ... - Oh ! je voudrais pleurer !

Stéphane Mallarmé Messe des morts, 1859
"Rêveries" in " Poésies".

(édité par Marie-Elisabeth)

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : aout 6, 2010  05:34

par Summertime

"Connaissez-vous Eugène Godin (1856-1916) ?
Etudiant au lycée Saint-Louis,
carrière à la Bibliothèque Nationale. Inspiration diverse : du pessimisme
le plus noir (Chants du Belluaire, 1882) à la satire sociale la plus enflammée$
(La Populace, 1886). Il réserve au Chat Noir ses tentatives les moins convenues...
Dommage... je n'ai rien trouvé de lui sur le Net... Les deux poèmes ci-dessous
sont tirés d'un bon gros recueil: "Les Poètes du Chat Noir" (Poésie Gallimard, 1996,
présentation et choix d'André Velter). J'ai bien envie d'en faire un post ?"

ANATOMIE

L'oeil. - Je louche.
La bouche. - Je mens.
Une dent. - Je mords.
Le cerveau. - Je me vide.
Le ventre. - Je m'emplis.
L'échine. - Je plie.
Le sein. - Je m'offre.
Les jambes. - Idem.
Le coeur. - Je ne bats plus.
Le poing. - Je bats encore.
Le front. - Je m'abaisse.
L'intestin. - Je m'élève.
La chevelure. - Je pars.
Le squelette. - Je reste

(Le Chat Noir, 23 avril 1887)
_______________

ILLE, ILLA, ILLUD

ILLE, c'est Lui : LUI. Vous savez bien, LUI !
L'amant de Colette ou de Phidilé :
L'amant d'autrefois, l'amant d'aujourd'hui,
                      LUI !...
                      ILLE.

ILLA, c'est Elle : ELLE, ELLE, toujours ELLE !
L'amante d'Oscar comme de Sylla.
La Blonde ! L'Amour ! La Brune ! La Belle !
                      ELLE !
                      ILLA.

ILLUD, c'est Cela, çA : c'est ce qu'ils font,
De l'Est à l'Ouest et du Nord au Sud !
Mystère joyeux, pas neutre, profond...
                        ILLUD !
                        çA.

(Le Chat Noir , 20 mars 1886)


-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : aout 8, 2010  04:38



par Marie-Elisabeth
Petru Romosan. (contemporain )


C'est moi le gosse qui écrit des vers dans les vécés
à la craie
Dans les vécés du quartier que j'ai appelé Ithaque
   j'écris à la craie rouge
Dans les vécés du quartier que j'ai appelé Ithaque
   j'écris à la craie verte
Dans les vécés du quartier que j'ai appelé Ithaque
   j'écris à la craie blanche
la nuit j'entends par la ville des femmes et des hommes
   clamant mes poèmes
il y en a un qu'ils ont chanté à l'église à ce qu'on dit
un poème à la craie blanche
un acteur célèbre l'a récité à la télévision
la milice me recherche
mais moi je vais d'un vécé à l'autre
j'écris un poème rouge
un poème vert
j'attends que ma photo paraisse dans les journaux
" 100000 lei
à celui qui attrapera
le poète des vécés "
salut ! je m'en vais de ce pas écrire un poème à la craie
   verte

Petru Romosan "Un portrait" publié dans les" Cahiers de l'Est"
             traduction Sanda Stolojan.

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : aout 14, 2010  09:54

SCOUARNEC*

Le poète est celui
qui écoute le bruit
que la neige en tombant
se garde bien de faire :
ce que seul il entend,
il ne peut plus le taire.

Le poète est celui
qui guette dans la nuit
l’improbable lueur
dont la seule présence
éloignerait sa peur
et noierait sa souffrance.

Le poète est celui
qui, fuyant l’aujourd’hui,
le passé, le présent,
escalade les rives
d’un horizon changeant
qui part à la dérive.

Le poète est celui
qui, penché sur le puits
où dort la vérité,
se veut son homme-lige ;
mais son rêve brisé
l’entraîne en son vertige.

Le poète est celui
que la page séduit,
mais sa plume, en courant
vers de pures images,
n’inscrit que ses tourments
enfermés dans leur cage.

* En breton : « celui qui écoute ».


POESIE M’A FAIT AUTRE

Poésie m’a fait source
de larmes et de sang
qui fécondent les songes,
mais le jaillissement de mes fontaines vives
ont des douceurs de pluies.
Poésie m’a fait source.

Poésie m’a fait œil,
transperceur de brouillards,
complice de la nuit.
Ecarquilleur ravi, j’invente des nuages
pour nyctalope heureux.
Poésie m’a fait œil.

Poésie m’a fait voix,
cri de veilleur de hune
par-delà le silence.
Interpeller l’espoir qui chevauche les mythes
c’est croire en son écho.
Poésie m’a fait voix

Poésie m’a fait autre,
allumeur de symboles
et briseur de barreaux.
Interroger le rêve est nature seconde,
alchimie de mutant.
Poésie m’a fait autre.

Yves La Prairie

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : aout 17, 2010  04:11

À une passagère.

En fumée elle est donc chassée
L'éternité, la traversée
Qui fit de Vous ma soeur d'un jour,
Ma soeur d'amour !...

Là-bas : cette mer incolore
Où ce qui fut Toi flotte encore...
Ici : la terre, ton écueil,
Tertre de deuil !

On t'espère là.... Va légère !
Qui te bercera, Passagère ?...
Ô passagère [de] mon coeur,
Ton remorqueur !...

Quel ménélas, sur son rivage,
Fait le pied ?... – Va, j'ai ton sillage...
J'ai, – quand il est là voir venir, –
Ton souvenir !


Il n'aura pas, lui, ma Peureuse,
Les sauts de ta gorge houleuse !...
Tes sourcils salés de poudrain
Pendant un grain !

Il ne t'aura pas : effrontée !
Par tes cheveux au vent fouettée !...
Ni, durant les longs quarts de nuit,
Ton doux ennui...

Ni ma poésie où : – Posée,
Tu seras la mouette blessée,
Et moi le flot qu'elle rasa...
Et cætera.

– Le large, bête sans limite,
Me paraîtra bien grand, Petite,
Sans Toi !... Rien n'est plus l'horizon
Qu'une cloison.

Qu'elle va me sembler étroite !
Tout seul, la boîte à deux !... la boîte
Où nous n'avions qu'un oreiller
Pour sommeiller.


Déjà le soleil se fait sombre
Qui ne balance plus ton ombre,
Et la houle a fait un grand pli...
– Comme l'oubli ! –

Ainsi déchantait sa fortune,
En vigie, au sec, dans la hune,
Par un soir frais, vers le matin,
Un pilotin.

10' long. O.
40' lat. N.

Tristan Corbière
   

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : aout 20, 2010  01:19

rides

CHÈRE tête, te souviens-tu de nos jeunes soirées?
Nous rêvions, la fenêtre ouverte.
Sur la route, grinçaient les brouettes
Des paysannes qui rentraient.
La chaîne du puits sonnait.
Et, du vieux mur, fleuri de valérianes roses,
Montaient, dans la lumière orange,
Le chant du merle et le cri des mésanges.

Nous la tenions dans nos paumes,
L 'heure immobile, le sublime Présent,
Dans nos paumes moites de printemps tiède,
Et dans nos doigts entrelacés.

Mais je pensais :
Pauvre amie, ses cheveux vieillissent;
Toi, regardant un fil blanc sur ma joue,
Tu te disais : un jour, sa barbe sera blanche;
Moi, dans ta fossette pleine d'ombre,
Je voyais le pli invisible
Qui devait se creuser en ride.

Chère tête, Par la fenêtre ouverte,
Monte le bruit des pas des paysans qui rentrent;
La chaîne du puits sonne comme tous les soirs;
Et, du vieux mur, fleuri de valérianes roses,
Montent dans la lumière orange,
Le chant du merle et le cri des mésanges.

Chère tête blanche,
Que je tiens ce soir dans mes mains plus lentes,
Je songe à tes cheveux dorés...
Tu songes à mon jeune visage...
Tes rides, je ne les vois plus.


André Spire (sur la page qui lui est consacrée sur Google)
(Le secret, 1919)

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : aout 23, 2010  01:30

ROMANCE EN ROUE LIBRE

La nuit dernière, dans mon rêve
tu étais une paire de skis tout neufs
(dans la neige impubère des Balkans)
je t'étrennais, je t'étrennais
à la folie Milena !

La nuit dernière, dans mon rêve
tu étais une mercedes
(une belle mercedes à l'espagnole)
je t'accélérais, je t'accélérais
à la folie, Mercedes !

La nuit dernère, dans mon rêve
tu étais un cerf-volant d'Islande
(un cerf-volant de légende nordique),
face au vent, je te tirais
je te tirais à perte de vie, Svavita !

La nuit dernière, dans mon rêve
Marie-Christine, Milena, Mercedes
(et la forte Svavita du Grand Nord)
à la fois bicyclette, skis, mercedès :
un cerf-volant de feu a conduit mes courbes
jusqu'au grand dehors du paradis.
_______________________________

LA TROISIEME RIVE DE LA RIVIERE (à Lili Lemoine Oriol)

Ma main droite fait la roue du midi,
seulement le soir ma main gauche et guéable.
La rivière de l'enfance emmène mes travaux
vers la troisième rive où personne n'attend
son cours sans consolation ni gué de passage.
Je descend les eaux des âges et des rêves :
mon aviron droit et mon aviron gauche ont
cessé d'aller l'amble au clair de lune.
La vieille terreur blanche des années 30
rejoint en loup du soir mon ombre du matin,
je suis l'aigle de ma propre mort d'homme,
j'habite en roi vaincu le temps du baobab,
un rap du tonnerre impose sa loi à ma vie
qui change brusquement de cirque et de cheval
dans le courant aux crues rapides de mes poèmes.

René Depestre .(Deux poèmes tirés du recueil préfacé par Michel Onfray
"Non-assistance à poète en danger" ( 2005, Edit. "Autour du Monde Seghers)

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : aout 27, 2010  06:18

A Lautréamont

N'importe où je me mettais à creuser le sol espérant que tu en sortirais,
j'écartais les maisons et les forêts pour voir derrière.
J'étais capable de rester toute une nuit à t'attendre, portes et fenêtres ouvertes
en face de deux verres d'alcool auxquels je ne voulais pas toucher.
Mais tu ne venais pas
Lautréamont.
Autour de moi des vaches mouraient de faim devant des précipices
et tournaient obstinément le dos aux plus herbeuses prairies,
les agneaux regagnaient en silence le ventre de leurs mères qui en mouraient,
les chiens désertaient l'Amérique en regardant derrière eux
parce qu'ils auraient voulu parler avant de partir.
Resté seul sur le continent,
je te cherchais dans le sommeil où les rencontres sont plus faciles.
On se poste au coin d'une rue, l'autre arrive rapidement.
Mais tu ne venais même pas,
Lautréamont,
derrière mes yeux fermés.
Je te rencontrais un jour à la hauteur de Fernando Noronha
tu avais la forme d'une vague, mais en plus véridique, en plus circonspect,
tu filais vers l'Uruguay à petites journées.
Les autres autres vagues s'écartaient pour mieux saluer tes malheurs.
Elles qui ne vivent que douze secondes et ne marchent qu'à la mort te les donnaient en entier,
et tu feignais de disparaître comme elles,
pour qu'elles te crussent dans la mort leur camarade de promotion.
Tu étais de ceux qui élisent l'océan pour domicile comme d'autres couchent sous les ponts
et moi je me cachais les yeux derrière des lunettes noires
sur un paquebot où flottait une odeur de femme et de cuisine.
La musique montait aux mâts furieux d'être mêlés aux attouchements du tango,
j'avais honte de mon coeur où coulait le sang des vivants,
alors que tu es mort depuis 1870,
et sans un goutte de sang
tu prends la forme d'une vague pour faire croire que ça t'est égal.

Le jour même de ma mort je te vois venir à moi
avec ton visage d'homme.
Tu déambules favorablement les pieds nus dans de hautes mottes de ciel,
mais à peine arrivé à une distance convenable
tu m'en lances une au visage, Lautréamont.

Jules SUPERVIEILLE

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : septembre 4, 2010  04:40


Messagers


La parole d'une limace sur le plateau d'une feuille ?
Ce n'est pas de moi. Ne l'accepte pas.

De l'acide acétique dans une boite scellée ?
Ne l'accepte pas. Ce n'est pas authentique.

Un anneau en or avec le soleil en prime ?
Des mensonges. Des mensonges et un chagrin.

Du givre sur une feuillle, le chaudron
Immaculé qui discute et crépite

Tout seul à la cime de chacune
Des neuf Alpes noires.

Un trouble dans les miroirs,
Quand la mer grise vient fracasser le sien --

Amour, amour, ma saison.


Sylvia Plath, Ariel
Gallimard

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : septembre 9, 2010  04:12


NEIGE

Neige dehors neige dedans
neige lente sur les frissons
neige noire à crever les yeux
pas un humain qui vous réponde
il doit leur neiger sur la voix
est-ce que tout le monde est mort
est-ce que je suis le dernier vivant
enfoui sous quelques flocons de rien
(posant le rien tout autour je veux dire)
corrompu jusqu’à l’os par le deuil et le froid
car il neige à n’en plus finir
de plein fouet sur le chagrin
comme autrefois doucement sans pardon
neige légère à serrer le cœur
neige lourde à tuer le temps
c’est bien l’éternité comme prévu
qui précipite exactement sur moi
c’est tout simple il ne fallait pas naître

Ludovic Janvier, La mer à boire, Gallimard, 1987,




Epsilon
Modérateur
France

Date du message : septembre 16, 2010  00:24

Plain-Chant (extrait)

Rien ne m'effraye plus que la fausse accalmie
d'un visage qui dort
Ton rève est une Egypte et toi c'est la momie
Avec son masque d'or

Où ton regard va-t-il sous cette riche empreinte
D'une reine qui meurt,
Lorsque la nuit d'amour t'a défaite et repeinte
Comme un noir embaumeur ?

Abandonne ô ma reine, ô mon canard sauvage,
les siècles et les mers;
Reviens flotter dessus, regagne ton visage
Qui s'enfonce à l'envers.


jean Cocteau

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : septembre 20, 2010  12:05

ADIEU

I
Noir. Noir. Sentiment noir.
Frappe image noire un coup retentissant sur le gong du lointain
Pour l'entrée à l'épaisseur bien obscure de ce coeur
L'épaisse cérémonie à la longue plaine noire
De l'intérieur et de l'adieu, de minuit et du départ!


Frappe, comme un gong noir à la porte d'enfer!
Un aigre vent soulève les roseaux des sables
Confond les monts
Sous les nuées de mauvais temps de la mémoire
Fait retomber la vague en éclatante blancheur dans le néant.


C'est la journée épaisse intime où Elle part
Jetant un dernier oeil aux prouesses d'amant,
Où il quitte, quelques maigres longueurs encor de faible sable
Et poussant la vieillesse de l'âge un aigre vent.


Noir, noir, sentiment noir, oh frappe clair et noir
Pour l'épaisse cérémonie à la terre sans lendemain
Portant comme un socle divin le monument de leur départ.

II

De longues lignes de tristesse et de brouillard
Ouvrent de tous côtés cette plaine sans fin
Où les monts s'évaporent puis reprennent
A des hauteurs que ne touche plus le regard:
Là où nous sommes arrivés, donne ta main,


Puis aux saules plus écroulés que nos silences
A l'herbe de l'été que détruisent tes pieds
Dis un mot sans raison profère un vrai poème,
Laisse que je caresse enfin tes cheveux morts
Car la mort vient roulant pour nous ses tambours loin,


Laisse que je retouche entièrement ton corps
Dans son vallon ou plage extrême fleur du temps
Que je plie un genou devant ta brune erreur
Ta beauté ton parfum défunt près du départ
Adorant ton défaut ton vice et ton caprice
Adorant ton abîme noir sans firmament.


Laisse ô déjà perdue, et que je te bénisse
Pour tous les maux par où tu m'as appris l'amour
Par tous les mots en quoi tu m'as appris le chant.

III

Adieu. La nuit déjà nous fait méconnaissables
Ton visage est fondu dans l'absence. Oh adieu
Détache ta main de ma main et tes doigts de mes doigts arrache
Laissant tomber entre nos espaces le temps
Solitaire étranger le temps rempli d'espaces;
Et quand l'obscur aura totalement rongé
La forme de ton ombre ainsi qu'une Eurydice
Retourne-toi afin de consommer ta mort
Pour me communiquer l'adieu. Adieu ma grâce
Au point qu'il n'est espoir de relier nos sorts
Si même s'ouvre en nous le temple de la grâce.

Pierre Jean Jouve


-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : septembre 25, 2010  04:39

L'Océan et sa peau


jamais on ne t'a vu sortir piqué de mille perles
d'une eau tiède continuant ta peau
jamais encore on ne t'a vu nager
étirant entêté ton corps en o
             ouvrant un oeil comme une bouche.
Que penses-tu, nageur en maillot rouge qui tortille ta mèche
             accoudé sur ta conque en ange d'église ?

***

sa bouche

comme un Basque aux lèvres vernies
y faisant gicler le sang d'un coeur
on s'abreuve au souvenir chéri,
vague sans qu'elle meure,
de tes lèvres pleines et brunes,
caramel sur dents de lune,
l'une en recul, l'autre un bicorne,
les deux s'étirant en plongeon
d'un sourire pensif, doux, bon.


buvons à cette bouche au rythme qui nous orne.

Charles Dantzig, Les nageurs, chez Grasset

-grimalkin-
Admin famille
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Date du message : septembre 28, 2010  03:57



Elle a donc des yeux...

Elle a donc des yeux, un nez, des oreilles, une
   bouche; la tête se dessine du front au menton et
   depuis les joues jusqu'à la nuque et jusqu'à la
   racine des cheveux. C'est une belle chose qu'une
   tête de femme, librement inscrite dans le cercle
   esthétique,

Et qui traverse la vie avec tous ses sens aux aguets
   vers leurs nourritures naturelles, le front vers le vent
   mouillé de pluie, les narines vers l'odeur des bour-
   geons, des lilas et des coeurs, l'ouïe vers les mur-
   mures de la vie et les chuchotements des désirs,

Les yeux vers la beauté des choses et de toutes les
   créatures, vers les couleurs et vers les rousseurs,
   vers les structures inflèchies et celles qui s'éten-
   dent en voûtes et en dômes,

Vers les volutes de l'air, des nuages et de la fumée,
   vers ce qui remue, ce qui joue, ce qui rit, ce qui
   danse la danse fraternelle. C'est une belle chose
   qu'une tête de femme.

Remy de Gourmont. "Lettres à l'Amazone" 1914.

(par Marie-Elisabeth)

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : octobre 2, 2010  04:25


Cependant…

Une même eau ne reste pas longtemps
Dans un faible creux de la terre
Qui est face à face avec le ciel :
Vienne midi, vienne le vent,
Il faut que s’évade un peu d’elle,
Flocon de nuage ou perles dans l’herbe.

Vienne du soleil plein le mur d’en face,
A ton plus haut carreau vienne du bleu,
Et tes pieds seront nus et chauds parmi les sables
Et des oiseaux voyageront avec tes yeux…

Charles Vildrac

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