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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
novembre 15, 2011 09:21
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A une demoiselle
La dent de ton Erard, râtelier osanore, Et scie et broie à cru, sous son tic-tac nerveux, La gamme de tes dents, autre clavier sonore... Touches qui ne vont pas aux cordes des cheveux !
- Cauchemar de meunier, ta : Rêverie agile ! - Grattage, ton : Premier amour à quatre mains ! O femme transposée en Morceau difficile, Tes croches sans douleur n'ont pas d'accents humains !
Déchiffre au clavecin cet accord de ma lyre ; Télégraphe à musique, il pourra le traduire : Cri d'os, dur, sec, qui plaque et casse - Plaugorer...
Jamais ! - La clef-de-Sol n'est pas la clef de l'âme, La clef-de-Fa n'est pas la syllabe de Femme, Et deux demi-soupirs... ce n'est pas soupirer.
TRISTAN CORBIERE
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
mars 16, 2010 01:05
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Vous faites voir des os quand vous riez, Hélène, Dont les uns sont entiers et ne sont guère blancs ; Les autres, des fragments noirs comme de l'ébène, Et tous, entiers ou non, cariés et tremblants.
Comme dans la gencive ils ne tiennent qu'à peine Et que vous éclatez à vous rompre les flancs, Non seulement la toux mais votre seule haleine Peut les mettre à vos pieds, déchaussés et sanglants.
Ne vous mêlez donc plus du métier de rieuse ; Fréquentez les convois et devenez pleureuse : D'un si fidèle avis faites votre profit.
Mais vous riez encore et vous branlez la tête ! Riez tout votre soûl, riez vilaine bête : Pourvu que vous creviez de rire, il me suffit.
Paul Scarron
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
mars 16, 2010 04:59
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J'ai aimé un cheval - qui était-ce ? - il m'a bien regardé de face, sous ses mèches. Les trous vivants de ses narines étaient deux choses belles à voir - avec ce trou vivant qui gonfle au-dessus de chaque oeil. Quand il avait couru, il suait : c'est briller ! - et j'ai pressé des lunes à ses flancs sous mes genoux d'enfant... J'ai aimé un cheval - qui était-ce ? - et parfois (car une bête sait mieux quelles forces nous vantent) il levait à ses dieux une tête d'airain : soufflante, sillonnée d'un pétiole de veines
Saint-John Perse
(est-ce assez absurde pour vous plaire...)
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
mars 16, 2010 14:06
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Oracles sibylllins ( IIIe siècle )
La guerre des étoiles.
Du soleil d'énormes flammes dans la bataille se lancent. L'étoile du soir se précipite pour prendre à revers le Lion. Et la Lune à deux cornes a brisé son visage rond. Le Capricorne a brisé les tendons du jeune Taureau, Mais le Taureau a ôté au Capricorne tout espoir de reparaître bientôt Orion a secoué à tout jamais le joug qui le courbait sur place, Et la Vierge avec les Gémeaux a changé de place. Les Pléiades ne brillent plus, le Dragon dit non à la Voie lactée. Les Poissons tremblent devant le Lion ceinturé. Le Cancer se met à bouger car il a peur d'Orion, Et le Scorpion attaque de sa queue le terrrible Lion. Le Chien s'enfuit loin des flammes que le soleil lui lance. Le Verseau enflamme la colère de l'Etoile du soir pleine de violence, Le Ciel lui-même se lève et excite les combattants à la guerre, Enflammé de stupeur, il les précipite en bas jusqu'à la terre, Et d'un seul coup frappés et jetés dans les flots de l'Océan, Ils mettent le feu à la terre entière. Et le ciel sans aucune étoile resta demeurant.
Anthologie de la poésie grecque, Traduction et choix de Robert Brasillach, 1950
est-ce assez dantesque?.. je regarde la voute étoilée, et je trouve que tout est calme et serein..R.A.S.
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
mars 17, 2010 04:48
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Dantesque, oui Marie-Elisabeth, pour ton poème, absurde pour le mien....Mais....de qui se moque-t-on ?....
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
mars 17, 2010 09:29
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Vénus Anadyomène
Comme d'un cercueil vert en ferblanc, une tête De femme à cheveux bruns fortement pommadés D'une vieille baignoire émerge, lente et bête, Avec des déficits assez mal ravaudés ;
Puis le col gras et gris, les larges omoplates Qui saillent ; le dos court qui rentre et qui ressort ; Puis les rondeurs des reins semblent prendre l'essor ; La graisse sous la peau paraît en feuilles plates ;
L'échine est un peu rouge, et le tout sent un goût Horrible étrangement ; on remarque surtout Des singularités qu'il faut voir à la loupe...
Les reins portent deux mots gravés : Clara Venus ; – Et tout ce corps remue et tend sa large croupe Belle hideusement d'un ulcère à l'anus.
ARTHUR RIMBAUD
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
mars 17, 2010 09:42
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Voltige oiseau avion.
Grimper à trois cent mètres. Accélérer d'abord à l'horizontale, tout droit, à pleine puissance de ses muscles, puis piquer par l'avant, ailes battantes, jusqu'à la verticale... Et alors invariablement son aile gauche décrochait au sommet d'un battement, il roulait brutalement vers la gauche puis, pour retrouver son équilibre, essayait de tendre l'aile droite, et c'était alors de ce côté que se déclanchait une vrille folle... Il ne parvenait pas à maîtriser son coup d'aile ascendant. Dix fois il s'y essaya, et dix fois, à l'instant où il dépassait les cent dix kilomètres à l'heure, il perdait sa sustentation dans un éperdu désordre de plumes et allait s'abattre sur l'eau. La clé du problème, finit-il par penser en se sèchant, devait résider dans la nécessité de garder les ailes immobiles aux grandes vitesses - c'était sans doute cela : Battre des ailes jusqu'à quatre-vingt-dix puis les conserver immobiles ! Etant monté à six cents mètres, il tenta encore une fois de s'engager sur le dos et de piquer à la verticale, bec tendu, ailes totalement déployées et raidies à partir de l'instant où il dépassait quatre-vingt-dix kilomètres à l'heure. Cela exigeait un terrible effort qui fut couronné de succès. En dix secondes Jonathan dépassa les cent trente-cinq kilomètres à l'heure, établissant ainsi un record mondial de vitesse pour goélands.
Richard Bach. USA, 1936.
"Jonathan Livingston le goéland" 1973. Traduction Pierre Clostermann.
Mon recueil tout droit sorti de la Fnac, bat de l'aile et ses feuillets se perdent dans un désordre de plumes..est-ce possible... Je ne battrai pas le record..de Jonathan.. mais mon recueil a déjà pris son envol est-ce assez absurde???
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
mars 17, 2010 11:07
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Les anglo-saxons pratiquent l'absurde depuis longtemps, pour les français c'est moins évident parfois !
J'irai veux-tu
Il était une grande maison sur laquelle nageait un scaphandre bleu
Il était une grande maison ceinte de képis et de casques dorés
Il était une grande maison pleine de verre et de sang
Il était une grande maison debout au milieu d'un marécage
Il était une grande maison dont le maître était de paille dont le maître était un hêtre dont le maître était une lettre dont le maître était un poli dont le maître était une rose dont le maître était un soupir dont le maître était un virage dont le maître était un vampire dont le maître était une vache enragée dont le maître était un coup de pied dont le maître était une voix caverneuse dont le maître était une tornade dont le maître était une barque chavirée dont le maître était une fesse dont le maître était la Carmagnole dont le maître était la mort violente
Dites-moi où est la grande maison.
Benjamin Peret (1899-1959) *Ce message a été édité le 17-Mar-2010 12:16 PM par Epsilon*
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
mars 17, 2010 12:00
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Condamné.
Rien à faire pour lui couper la tête. En vain lui fait-on comprendre que s'il se détendait... Lui ne veut pas entendre raison. Le couperet s'ébrèche, la machine se coince. "Le voilà bien avancé!" pense le bourreau en grommelant On ne se résout pas sans chagrin, après bien des procédures compliquées, à le fusiller au petit jour. Sans plus de succès, les balles s'écrasent sur sa poitrine, à peine éraflée après douze salves. Le commandant du peloton s'éponge le front, désespéré. On l'électrocute. Impassible, il observe l'évolution des machinistes autour des leviers. le courant n'est pas ménagé. Dans la pièce une odeur d'ozone se répand. On essaie de le pendre. Sans résultat. De l'étouffer entre deux matelas, de le noyer dans l'huile bouillante. On lui injecte du blanc de zinc dans l'artère temporale.
A la fin, on lui rend la liberté. Ivre de joie il sort en courant, se précipite au cou de sa femme qui l'attend avec un bouquet de roses à la porte de la prison, se pique le doigt aux épines, fait un mauvais mal blanc et après quelques jours de souffrance meurt misérablement sur un lit d'hopital.
André Frédérique.
est ce assez fou?
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
mars 17, 2010 12:17
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Il a une voiture.
Il a une voiture depuis peu Il est en vacances. Tous les matins Il vient faire le ménage De sa voiture Il rentre d'abord dedans Sort le bras gauche Met la main sur le toit Et tapote avec trois doigts En sifflotant Il est content. Puis il sort. Il la regarde En fait le tour La caresse Il l'aime. Il lui flanquerait une petite panne Avec plaisir, Rien que pour pouvoir lui traficoter Le ventre Et se servir des outils tout neufs Dans le bel étui. On se demande où est sa femme Pendant ce temps là.
Georges Perros.
Pas si absurde!!!
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
mars 19, 2010 12:14
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De quoi rêve le nuage ?
De quoi rêve le nuage? d'être goutte. De quoi rêve la goutte? d'être pluie. De quoi rêve la pluie? d'être filet d'eau. De quoi rêve le filet d'eau? d'être torrent De quoi rêve le torrent? d'être rivière. De quoi rêve la rivière? d'être fleuve. De quoi rêve le fleuve? d'être estuaire. De quoi rêve l'estuaire? d'avaler la mer. De quoi rêve la mer? d'être horizon. De quoi rêve l'horizon? d'être ciel. De quoi rêve le ciel? Un ciel ne rêve pas, malgré les apparences, même pas du si joli nuage de tout à l'heure qui s'est dissous en lui, pieusement et sans laisser de trace.
Michel Seuphor "Paraboliques"
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
mars 19, 2010 12:29
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se moquer du ciel des nuages et du reste voilà bien, belle démarche poétique dans le ton du post !
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
mars 28, 2010 04:03
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exercices de style oulipiens...
LIPOGRAMME
Voici. Au stop, l'autobus stoppa. Y monta un zazou au cou trop long, qui avait sur sqon caillou u n galurin au ruban mou. Il s'attaqua aux panards d'un quidam dont arpions, cors, durillons sont avachis d'un coup; puis il bondit sur un banc et s'assoit sur u n strapontin où nul ne figurait. Plus tard, vis-à-vis la station Saint-Machin ou Saint-Truc, un copain lui disait :"Tu as à ton raglan un bouton qu'on a mis trop haut." Voilà
Raymond Queneau
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
mars 28, 2010 10:48
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La môme néant.
Quoi qu'à dit , -A dit rin.
Quoi qu'a fait , -A fait rin.
A quoiqu'a pense ? -A pense à rin.
Pourquoi qu'a dit rin? Pourquoi qu'a fait rin? Pourquoi qu'a pense à rin ?
A'xiste pas.
Jean Tardieu." Monsieur Monsieur" 1951
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
mars 28, 2010 11:04
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une chanson de jacques Prévert.
Je suis comme je suis.
Je suis comme je suis Je suis faite comme ça Quand j’ai envie de rire Oui je ris aux éclats J’aime celui qui m'aime Est-ce ma faute à moi Si ce n’est pas le même Que j’aime chaque fois Je suis comme je suis Je suis faite comme ça Que voulez-vous de plus Que voulez-vous de moi
Je suis faite pour plaire Et n’y puis rien changer Mes talons sont trop hauts Ma taille trop cambrée Mes seins beaucoup trop durs Et mes yeux trop cernés Et puis après Qu’est-ce que ça peut vous faire Je suis comme je suis Je plais à qui je plais Qu’est-ce que ça peut vous faire
Ce qui m’est arrivé Oui j’ai aimé quelqu’un Oui quelqu’un m’a aimé Comme les enfants qui s’aiment Simplement savent aimer Aimer aimer... Pourquoi me questionner Je suis là pour vous plaire Et n’y puis rien changer.
Jasques Prévert. "Paroles" 1949.
ah il manque un post hymnal, sur la femme...
..La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle a.. La plus belle file du monde je la place dans ce paysage-là et elle s'y trouve bien elle l'aime bien Alors il lui fait de l'ombre et puis du soleil dans la mesure de ses moyens et elle reste là et moi aussi je reste là près de cette fille là..
extrait de "La couleur locale" Jacques Prévert.
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