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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : Poste restante de la poèsie

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : mars 23, 2011  12:45

Le jet d'eau.

Le jet d'eau dans le soir d'avril
Discrètement bruit à peine
Comme pour mieux conter sa peine
A nos jeunes coeurs puérils.

Le jet d'eau, que chuchote-t-il
Dans ce lent parfum de verveine
A faire hésiter, ô sereine !
Une larme au bord de vos cils ?

Vieille chanson qui jase et pleure
Au gré capricieux de l'heure
Selon qu'elle passe, rêvant
A des amours que l'on oublie,
Ou sanglote, mélancolie
Eparse aux tristesses du vent.


Francis Carco . "Premiers vers" 1904-1910.

Ah la la.. le velouté de ces poèmes me fait penser à Albert Samain




*Ce message a été édité le 23-Mar-2011 1:03 PM par Marie-elisabeth*

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : mars 23, 2011  12:58

Rêverie

Des cloches, dans le soir, bercent ma rêverie,
Et le jardin répand des parfums si légers
De verveine et de chèvrefeuille mélangés
Que mon âme s'en est longuement attendrie.

Laissez-moi seul - loin de l'amour et de la vie -
Dans ce jardin paisible où baignent des clartés
Violetttes, parmi cette sérénité
Du jour qui sent décroître en lui toute énergie.

Comme lui, je suis faible et, comme lui, je veux
Laisser l'obscurité monter jusqu'à mes yeux
Et la nuit envahir mon âme tout entière

Pour que ce soit la bonne mort qu'on ne dit pas,
La bonne mort, avec la senteur des lilas
Et la première étoile aux cils de ses paupières.

Francis Carco. "Premiers vers".

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : mars 24, 2011  12:56

douce rêverie...pourquoi pas...ç'est joli et ça repose...

Summertime
Suisse
Messages : 4692

Date du message : mars 30, 2011  09:37

Peut-être ce petit poème de Charles Cros a-t-il déjà été déposé ici
une fois ou l'autre; il me plaît....je le remets....

Hiéroglyphe

J'ai trois fenêtres à ma chambre :
L'amour, la mer, la mort,
Sang vif, vert calme, violet.

O femme, doux et lourd trésor !

Froids vitraux, cloches, odeurs d'ambre
La mer, la mort, l'amour,
Ne sentir que ce qui me plaît...

Femme, plus claire que le jour !

Par ce soir doré de septembre,
La mort, l'amour, la mer,
Me noyer dans l'oubli complet.

Femme ! femme ! cercueil de chair !

Charles Cros (1842-1888)


Et bien...en consultant Mister Google à l'instant, je vois que ce poème
est hyper médiatisé !...sourire. Bon... peut-être que LE VAISSEAU-PIANO
est moins connu bien qu'absolument fascinant pour l'imaginaire ?

Le vaisseau file avec une vitesse éblouissante sur l'océan de la fantaisie.

Entraîné par les vigoureux efforts des rameurs, esclaves de divers races imaginaires.

Imaginaires, puisque leurs profils sont tous inattendus, puisque leurs torses nus
sont de couleurs rares ou impossibles chez les races réelles.

Il y en a de verts de bleus, de rouge-carmin, d'orangés, de jaunes, de vermillons,
comme sur les peintures murales égyptiennes.

Au milieu du vaisseau est une estrade surélevée et sur l'estrade un très long piano
à queue.

Une femme, la Reine des fictions, est assise devant le clavier. Sous ses doigts roses,
l'instrument rend des sons veloutés et puissants qui couvrent le chuchotement
des vagues et les soupirs de force des rameurs.

L'océan de la fantaisie est dompté, aucune vague n'en sera assez audacieuse
pour gâter le dehors du piano, chef-d'oeuvre d'ébénisterie en palissandre miroitant,
ni pour mouiller le feutre des marteaux et rouiller l'acier des cordes.

La symphonie dit la route aux rameurs et au timonier.

Quelle route ? et à quel port conduit-elle ? Les rameurs n'en savent trop rien,
ni le timonier. Mais ils vont, sur l'océan de la fantaisie, toujours en avant,
toujours plus courageux.

Voguer, en avant ! en avant ! la Reine de la fiction le dit en sa symphonie sans fin.
Chaque mille parcouru est du bonheur conquis, puisque c'est s'approcher du but,
suprême et ineffable fût-il à l'infini inaccessible.

                                    En avant, en avant, en avant !

Charles Cros


*Ce message a été édité le 30-Mar-2011 9:55 AM par Summertime*

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : mars 30, 2011  13:50

L'orgue.

Sous un roi d'Allemagne ancien
Est mort Gotlieb le musicien ;
On l'a cloué sous les planches.
    Hou, hou, hou,
Le vent souffle dans les branches.

Il est mort pour avoir aimé
La petite rose de mai :
Les filles ne sont pas franches.
      Hou, hou, hou
Le vent souffle dans les branches.

Elle s'est mariée un jour
Avec un autre sans amour.
Repassez les robes blanches !
    Hou, hou, hou
Le vent souffle dans les branches.

Quand à l'église ils sont venus,
Gotlieb à l'orgue n'était plus
Comme les autres dimanches.
    Hou, hou, hou
Le vent souffle dans les branches.

Mais depuis lors, à minuit noir,
Dans la forêt on peut le voir
A l'époque des pervenches.
    Hou, hou, hou
Le vent souffle dans les branches.

Son orgue a les pins pour tuyaux,
Il fait peur aux petits oiseaux
Morts d'amour ont leur revanche.
    Hou, hou, hou
Le vent souffle dans les branches.

Charles Cros. "Le coffret de santal"

Summertime
Suisse
Messages : 4692

Date du message : avril 1, 2011  14:54

Qui a dit qu’il était mort ?
On a simplement clos les volets de ses paupières
Et allumé un cierge pour rassurer son ombre

Son nom gravé dans la pierre ?
C’est pour apprendre aux oiseaux la dictée
Et ce trou de cimetière ?
C’est pour compter les orteils du cyprès
pour l’abriter puisqu’il pleut dans sa maison

Qui parle d’enterrement ?
Il a déménagé dans la terre
pour percer avec un chardon

C’est à cause d’une maison sans toit
qu’il pleuvait dans son cœur
Il sortait de sa bouche pour prendre la parole
puis y rentrait après le dernier mot

Il lui arrivait de voler ses larmes
et de provoquer des malentendus entre ses yeux

Il eut une fois une discussion avec son sang
qu’il soupçonnait de régler sa circulation à sa guise
Il eut une dis***** avec son ombre
qu’il accusait de l’espionner
Il la coinça contre un mur
l’écrasa sur un pavé
la menaça de se retirer à l’ombre
pour l’effacer de sa vue

Il salue bien bas les portes
effleure d’un baiser les doigts des gonds
se découvre devant les vieux meubles
et observe une minute de silence
à la mort de chaque heure

Il voit un mauvais présage
dans les miroirs qui éclatent de rire
se méfie des pluies qui récitent l’alphabet

et des platanes
qui attendent qu’on leur souffle
la conjugaison du verbe effeuiller
à l’imparfait

Ah ! ce trou dans la mémoire de leur aubier.

Ne tournez pas les pages à l’envers
disait ma mère
les mots inversés ont le vertige
l’encre tourne comme un mauvais lait

Les livres que nous feuilletions venaient de la forêt
de la douleur des arbres
du cri de l’écorce qui se prolongeait sous la peau des pages

Nous lisions dans l’obscurité d’août
quand le ciel se débarrassait de ses étoiles filantes
et que la nuit
faute de marge
se dilatait jusqu’à la nuit.


Venus Khoury-Ghata (tiré du recueil « La Voix des Arbres », éd. Cherche-Midi 1999)


Venus Khoury-Ghata (1937). Déchirée entre deux mondes, née en 1937 à Beyrouth,
libanaise installée à Paris, Vénus dit son ancrage à l’onirisme, aux chemins de l’enfance,
à la nature, aux sables migrateurs, au corps sensuel…Sur un ton plus grave
elle exprime aussi la mort d’un être cher….Selon Venus Khoury-Ghata, l’évocation
des disparus est presque une façon charnelle de les faire revivre…
Venus Khoury-Ghata est autant poète que romancière et sa production est très dense.

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : avril 3, 2011  11:22

très beau poète, Venus Khoury -Ghata : je dois avoir un post qui traîne quelque part.....je
vais essayer de le retrouver....

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : décembre 11, 2011  11:10

Ma soeur ainée, mélancolie..

Ma sœur aînée, Mélancolie,
Pourquoi m’avez-vous tant aimé ?
Somme faite de notre vie,
J’ai songé trop, et vous pleuré,

Et pourtant nos âmes amies
Sous le ciel n’avaient souhaité,
Qu’en nos jours un peu d’harmonie,
Mélancolie, ma sœur aînée.

Or trop loin les terres promises,
Ma sœur d’hiver, ma sœur d’été,
Et les sachant parties remises
Qui les comptiez nos jours allés,

Elle est souvent tombée la pluie
Quand nous écoutions les roseaux,
Chanter dans l’air ainsi qu’on prie,
Ma sœur si douce au bord de l’eau,

Ma sœur alors des jours d’automne,
Les yeux levés vers le ciel gris,
Qui attendiez, comme une aumône,
Des soleils morts le baiser lui,

Ma sœur, et qui m’aviez suivi,
Pourquoi m’avez-vous tant aimé ?
Sur le chemin où j’ai marché
Et pour n’y trouver que la nuit ?

Max Elskamp. "Chansons désabusées".



-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : décembre 14, 2011  04:20

merci, Marie-Elisabeth de nous avoir offert ce poème de ce grand poète ,Max Elskamp,
que nous n'avons pas évoqué depuis un certain temps

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : décembre 20, 2011  13:44

La lampe du tableau de bord.

La lampe du tableau de bord c'est mon étoile du nord je vais très loin
Auprès de moi tu dors ou je suis seul ou tu me parles mais si loin
Je ne sais plus que les gauloises avec les allumettes et le silence


Je ne sais pas où je t'emmène ou nous arriverons
Je ne sais pas. J'ai avec moi toute ma nuit ma peur
Toutes les filles que j'aimais tous les amis perdus la route est longue
Mon amour mon amour il est toujours très tard et c'est toujours la
   nuit qui tombe


Je fonce dans le noir avec de loin en loin l'appel des phares les amis
Mon amour la nuit glisse il n'y a plus personne sur la route que la
   pluie
J'ai oublié la carte je ne sais jamais les règles du jeu mais qu'importe


Je ne sais pas où je t'emmène ou nous arriverons
Je ne sais pas. J'ai avec moi ma nuit ma peur
Le pleur des veuves immobiles au coin de leur maison la route est
   longue
Mon amour mon amour il est toujours très tard et c'est toujours la
nuit qui tombe


Une folle a couru vers moi les bras très blancs le visage de chien
Et j'ai vu de grands désespoirs d'enfants qui venaient boire dans mes
   mains
Et les femmes traquées dans les alcôves se taisent et s'inquiètent


Je ne sais pas où je t'emmène ou nous arriverons
Je ne sais pas j'ai avec moi toute ma nuit toute ma peur
Dans les phares j'ai cloué la peine d'un christ inconnu la route est
   longue
Mon amour mon amour il est toujours très tard et c'est toujours la
nuit qui tombe


Un matin nous arriverons réveille-toi dans un café glacé un village
   désert
Il y a des sanglots des rêves sur les prés abandonnés la vie des gens
Des enfants qui vont à l'école et l'écharpe nouée des amitiés qui
   s'envole


je ne sais pas si c'est le jour ou le ciel ou la vie
Je ne sais pas. Il fait grand clair et je m'en vais dormir
Il ne me reste rien que mon amour tout fatigué tout triste
Et quelque chose - mais si peu : un lièvre roux qui courait dans les
   phares.


Jacques Bertin. extraits "Dans l'Ordre"

Auteur -compositeur né en 1946, il a été célébré dès ses débuts, en 1967,
comme le plus important chanteur depuis la génération des Brel, Brassens
Ferré.
Jacques Bertin, le poète de la Loire, s'est pourtant tenu à l'écart des médias
Depuis plus de 40 ans, ses mélodies et ses poèmes se greffent sur nos paysages,
à certains moments de notre vie, comme sur nos émotions.
Jacques Bertin est dans notre décor. Ses mots sont dans notre sang; Ses chansons ne
plaisent pas, elles bouleversent. On ne les trouve pas jolies, mais belles vraies et justes.
Eles sont la vie..

Je viens d'en poser une.. dans le post sur les chansons.


Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : décembre 20, 2011  14:07

Un autre écho du poète Jacques Bertin qui a souvent chanté Luc Bérimont.; un poème
plein de mélancolie ou solitude ne rîme plus avec chanson..

Madame à minuit..

Madame à minuit, croyez-vous qu'on veille ?
Madame à minuit, croyez-vous qu'on rit ?
Le vent de l'hiver me corne aux oreilles
Terre de Noël, si blanche et pareille,
Si pauvre, si vieille, et si dure aussi.

Au fond de la nuit, les fermes sommeillent,
Cadenas tirés sur la fleur du vin,
Mais la fleur du feu y fermente et veille
Comme le soleil au creux des moulins

Aux ruisseaux gelés la pierre est à fendre
Par temps de froidure, il n'est plus de fous,
L'heure de minuit, cette heure où l'on chante
Piquera mon cœur bien mieux que le houx

J'avais des amours, des amis sans nombre
Des rires tressés au ciel de l'été,
Lors, me voici seul, tisonnant des ombres
Le charroi d'hiver a tout emporté

Pourquoi ce Noël, pourquoi ces lumières,
Il n'est rien venu d'autre que les pleurs,
Je ne mordrai plus dans l'orange amère
Et ton souvenir m'arrache le cœur

Madame à minuit, croyez-vous qu'on veille ?
Madame à minuit, croyez-vous qu'on rit ?
Le vent de l'hiver me corne aux oreilles
Terre de Noël, si blanche et pareille,
Si pauvre, si vieille, et si dure aussi.

Luc Bérimont.



-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : décembre 23, 2011  03:53


Les sapins


Les sapins en bonnets pointus

De longues robes revêtus

Comme des astrologues

Saluent leurs frères abattus

Les bateaux qui sur le Rhin voguent



Dans les sept arts endoctrinés

Par les vieux sapins leurs aînés

Qui sont de grands poètes

Ils se savent prédestinés

A briller plus que des planètes



A briller doucement changés

En étoiles et enneigés

Aux Noëls bienheureuses

Fêtes des sapins ensongés

Aux longues branches langoureuses



Les sapins beaux musiciens

Chantent des noëls anciens

Au vent des soirs d'automne

Ou bien graves magiciens ,

Incantent le ciel quand il tonne



Des rangées de blancs chérubins

Remplacent l'hiver les sapins

Et balancent leurs ailes

L'été ce sont de grands rabbins

Ou bien de vieilles demoiselles



Guillaume Apollinaire





Verlaine
France
Messages : 346

Date du message : décembre 29, 2011  03:37

Quand l'hiver habille le temps
De cette étoffe du vent
Qui souffle sans répit
Sur cette saison endormie....

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : décembre 30, 2011  09:54

L'heure de faire le bilan de l'année, se retourner sur soi.. regarder le positif.. écarter le
négatif..un poème de Louis Aragon..
   J'arrive où je suis étranger.


Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger

Un jour tu passes la frontière
D'où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu'importe et qu'importe hier
Le coeur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon

Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l'enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C'est le grand jour qui se fait vieux

Les arbres sont beaux en automne
Mais l'enfant qu'est-il devenu
Je me regarde et je m'étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus

Peu a peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d'antan
Tomber la poussière du temps

C'est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C'est comme une eau froide qui monte
C'est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu'on corroie

C'est long d'être un homme une chose
C'est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux

O mer amère ô mer profonde
Quelle est l'heure de tes marées
Combien faut-il d'années-secondes
A l'homme pour l'homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées

Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger


Louis Aragon.





Verlaine
France
Messages : 346

Date du message : janvier 5, 2012  08:49

Comme le baume d'un poème
Qui murmure cette Bohème
Aux chants du coeur
Que le Danube effleure....

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