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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : Poste restante de la poèsie

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : décembre 24, 2011  11:26


le bois sacré

Un arbre vaincu par la cognée,
Mordu par la scie et le rabot.
L’arbre avait encore assez de sève,
De moelle, de pulpe et de mémoire
Pour sentir gonfler ce noir printemps.

Ah ! plus de racine et plus de branche,
Ni bourgeon futur dans les entrailles,
Mais l’arbre, enfoncé sans pied ni tête,
Debout dans le sol et bras ouverts,
L’arbre avait encore assez de fibre
Pour sentir ces clous qu’on lui plantait,
Pour sentir brûler cette sueur,
Pour sentir saigner cette agonie,
Ô saigner comme un fleuve infini,
L’arbre avait encore assez de cœur
Et l’arbre sentit mourir Jésus.

Non ! ce n’est pas vrai, ce n’est pas vrai,
On dit ça pour faire poétique,
Mais l’arbre n’eut pas un tremblement.
Heureux de dormir dans son néant,
Le sang, l’agonie, il s’en fichait.
Le poteau n’eut pas un seul frisson.
Il régnait un calme universel
Et Jésus mourut sur du bois mort.



de lumière

Dans l’étrange lumière solaire
Un étrange olivier sommeillait
La cigale au silence rongeait
D’une calme, une égale colère
Et le temps pour toujours semblait faire
De cette heure un cristal solitaire.

Sur une autre planète, est-ce vrai
Qu’il existe des cœurs et des guerres,
Des travaux, des saisons, des palais
Quand ici le néant est parfait
Dans l’étrange lumière ordinaire.


Géo Norge, Poésies 1923-1988,extrait de « Bal masqué parmi les comètes », p.145-147 extrait de «
Les quatre vérités » (Poésie/Gallimard 1990)


Epsilon
Modérateur
France

Date du message : janvier 13, 2010  00:40

Il faut toujours revenir à Verlaine, simplement pour voir que c'est toujours aussi beau?

Vendanges

Les choses qui chantent dans la tête
Alors que la mémoire est absente,
Ecoutez, c’est notre sang qui chante…
O musique lointaine et discrète !

Ecoutez ! c’est notre sang qui pleure
Alors que notre âme s’est enfuie,
D’une voix jusqu’alors inouïe
Et qui va se taire tout à l’heure.

Frère du sang de la vigne rose,
Frère du vin de la veine noire,
O vin, ô sang, c’est l’apothéose !

Chantez, pleurez ! Chassez la mémoire
Et chassez l’âme, et jusqu’aux ténèbres
Magnétisez nos pauvres vertèbres,

Paul Verlaine

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : janvier 14, 2010  03:30

Encore un poème de Norge mais tout le monde peut mettre un poème qui lui plaît sur ce post ou
cette poste restante, reste à savoir si quelqu'un viendra chercher son poème?


ENNEMIS

Toi, t’es bien d’un autre village
T’as pas les mêm’sabots que nous,
Sur ton épaul’ c’est du plumage
Et nous aut’on a du burnous.
Quand on fait chacun son fromage,
Ça lui donne un tout autre goût.
T’as pas les mêm ? sabots que nous,
Ça fiche un tout autre tapage…
Et puis et puis y a ton parlage
Qui nous cogne sur le bambou…
Toi, t’es pas de notre village ;
On peut bien l’dir’ : ton salivage
On en a marre, on est à bout.
Donc, faudra qu’on passe aux carnages :
I’ rest’ plus qu’à s’entrer dans l’chou.

NORGE

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : février 8, 2010  05:39

un bon endroit pour mettre nos découvertes au jour le jour....

COMPTINE DE LA GUERRE

Petite échelle d'or - tu es montée jusqu'au dernier échelon et tu es venue voir combien le
matin donne envie de chanter quand la ville et la mer se fiancent avec le jour
Tu es venue voir les bateaux chargés de figues et de dattes appareiller vers le soleil
mais
tu n'as pas voulu voir les bateaux qui arrivaient chargées d'armes et de soldats

En haut de ton échelle d'or tu n'as pas entendu, tu n'as pas voulu entendre, en haut de la
colline, la Forteresse qui s'ouvrait dans un bruit de fanfares comme pour l'arrivée d'un roi
Mais peut-être as-tu pu entendre le cliquetis des armes et ronronner des moteurs sur le
miroir de la mer

En haut de ton échelle tu respirais une odeur d'algue et un parfum d'orange mêlés à la
brise du large mais tu n'as pas senti la chaleur des flammes ni l'odeur du sang
Songeur, tu étais un enfant assis sur le gazon, dans un silence d'herbe, et tu regardais
au-delà des grilles, les premières maisons de la ville

Soudain une fenêtre s'ouvrit au troisième étage d'un immeuble, il y eut un reflet dans la
vitre, et un coup de feu éclata

Du haut de son échelle d'or l'enfant l'entendit et il leva la tête. Mêlé à des cris d'enfants, la
brise était d'une douceur rare et sur une mer tranquille le ciel couchant se teinta de rose.
.


JEAN PELEGRI

(merci à Emilla Gitana, un site à fréquenter pour faire de belles découvertes)
*Ce message a été édité le 8-Feb-2010 5:40 AM par -grimalkin-*

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : février 9, 2010  03:38


(Desnos, encore ! )



Demain

Agé de cent-mille ans, j'aurais encore la force
De t'attendre, o demain pressenti par l'espoir.
Le temps, vieillard souffrant de multiples entorses,


Peut gémir: neuf est le matin, neuf est le soir.


Mais depuis trop de mois nous vivons à la veille,
Nous veillons, nous gardons la lumière et le feu,
Nous parlons à voix basse et nous tendons l'oreille
A maint bruit vite éteint et perdu comme au jeu.
Or, du fond de la nuit, nous témoignons encore
De la splendeur du jour et de tous ses présents.
Si nous ne dormons pas c'est pour guetter l'aurore
Qui prouvera qu'enfin nous vivons au présent.


Robert Desnos (État de veille, 1942)



-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : février 23, 2010  04:22


LE CADRE DU MIROIR

Devant le cadre la fille est là
Elle ôte son corsage
Devant le cadre du miroir maudit
La fille est là qui retrousse sa jupe
Dans la chaleur d’orage du soir
Après l’humidité de la matinée
Elle tremble de tout son corps
Rouge sera la peau du loup
La lune se lèvera à l’est
Les chats mangeront du cresson
Le nuage déchargera
Le sang du beurre
Sur le toit du camion
Les jonquilles
Seront pourpres
La fourrure du castor brillera de mille perles
Jusqu’à l’étang
La boue accueillera le coassement
Des grenouilles près du chaos rocheux.

Bernez Tangi

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : décembre 4, 2010  11:10

La planète malade.

Je ne sais pas ce qui se passe,
Dit la Terre : j'ai mal au coeur !
Ai-je trop tourné dans l'espace
Ou bu trop d'amères liqueurs ?

Les boues rouges, les pluies acides,
Le vert-de-gris dans l'or du Rhin,
Les défoliants, les pesticides,
N'en voilà des poisons malins !

C'est si fort que j'en perds la boule,
J'en ai les pôles de travers,
Ma tête à tant rouler se saoule :
Je vois l'univers à l'envers !

Je songe à ma rondeur de pomme
Dans le commencement des temps,
Juste avant que la dent de l'homme
Ne vienne se planter dedans.

J'étais rouge et bleue, j'étais verte :
Air pur, eau pure : guerre à la bête.
A bas l'oiseau ! Mort à l'énorme !
Il faut mettre au pas la planète !

A présent, la chimie me ronge,
Je compte mes baleines bleues,
Mes pandas, mes oiseaux de songe
Qui ferment un à un les yeux.

Au secours, les enfants des hommes !
Le printemps perd son goût de miel.
Redonnez sa fraîcheur de pomme
A la Terre, fruit du soleil !

Marc Alyn "Compagnons de la marjolaine".




Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : décembre 4, 2010  11:17

Ce petit post, me plait.. il me sert à parler de la planète, ailleurs personne n'en voudrait..
alors je prends mes quartiers d'hiver et je m'installe..


Parole d'eau.

Quand l'eau ne dort pas alors elle parle
On dirait plutôt qu'elle cause
Avec elle-même et comme dit le fada
Gentil : je me pense dans ma caboche

La moindre pente lui suffit
Pour partir les mains dans les poches
Sans bagages pour la promenade
Et n'en jamais revenir

Un arbre lui fait-il signe
Avec tout son branchage à histoires
Elle touche négligemmment ses racines
Comme vite on salue un parent sans le voir

Si elle se trouve prise en sandwich par
L'étroit d'un bief et de force embauchée
Elle se jette pour fuir sur la roue à aubes
Laissant le moulin avec ses prières

C'est comme si elle avait un grand
Travail a faire plus loin plus tard
Auquel elle seule médite indifférente
A ce que trame la plaine avec la montagne

Et l'aboutissement - le sait-elle
Tout au long de sa vie aux amours
De passage avec les roches et l'argile ? -
C'est de mourir dans l'autre et renaître à sa source

Si l'on écoute son chant de larmes et de rires
Avec son fier et pauvre coeur d'homme noyé
Dans le profond on y entend toute sa vie
Rebelle torrentueuse limpide calmée

Jean-Claude Valin "Inédit"



Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : décembre 4, 2010  11:25

   Bonjour, cailloux.

Bonjour, cailloux !
Vous avez froid, hein, depuis qu'ils ont coupé les
chênes !
Va falloir dégringoler jusqu'au torrent, il y a du
limon au Coude Chanterelle, enfoncez-vous dedans
carrêment.
Car sur cette colline de malheur, le gel irait jusqu'à
votre coeur.
Roulez, profitez d'une pluie battante, et laissez-vous
aller jusqu'à Chanterelle.
L'argile pansera vos plaies, et vous dormirez en paix
dans le plus douillet de la terre.
Roulez, roulez ; bonjour et bonsoir, cailloux !

Jules Mougin. "143 poèmes, lettres et cartes postales".



Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : décembre 10, 2010  13:32

   Hospitalité.

Ce coin de campagne imprévu
S'adossait par force à la ville,
Lui tournait le dos,
L'ignorait,
Offrant ses arbres, ses chevaux
Aux seuls regards dépossédés.

Le mur ancien bordait le pré,
Souvenir des âges tranquilles,
Et le soleil s'y reposait
Entre deux fuites de nuages.

Le coeur était à l'innocence, à la bonté,
Caresses rares.
On oubliait insulteurs et bourreaux,
Ravageurs têtus de la Terre
Qui n'en ont jamais assez
De l'user, de la metre aux fers.

Un chant d'oiseau filait parfois
Aux chambres fraîches de l'aube,
Mince comme un fil d'eau pure.

On était calme, on était bien ;
La vie se remettait en place,
Prêtant, l'oreille, là, derrière,
Aux voix unies de l'amitié
Comme au bruit d'un ruisseau dans l'herbe.


Luc Decaunes. "Inédit" Rodez, 1981.



Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : décembre 15, 2010  10:52

   L'oiseau futé.

A quoi bon me fracasser
dit l'oiseau sachant chanter
au chasseur sachant chasser
qui voulait le fricasser.

Si tu me fais trépasser,
chasseur au coeur desséché,
tu n'entendras plus chanter
l'oiseau que tu pourchassais.

Mais le chasseur très froissé
dit à l'oiseau tracassé :
Je n'aime pas la musique
et tire un coup de fusique.

Le chasseur manque l'oiseau
qui s'envole et qui se moque.
Le chasseur se sent bien sot,
et l'oiseau lui fait la nique.

Après tout, dit le chasseur,
j'aime beaucoup la musique.
Moi-z-aussi dit le siffleur
se perchant sur le fusique.

Claude Roy. "Enfantasques".



Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : décembre 17, 2010  11:25

Litanie aux vents.

Regarde-moi maintenant que je suis là :
Tu me connais.
Je demande aux vents de me donner de la force,
Je demande aux directions de me donner une parole.
J'en appellle à l'Ouest
la Direction Noire
Bénis-moi d'obscurité, de nuit et de mort.
Que ce qui doit rester dans l'ombre y reste ;
comme mon temps finit dans le sommeil et la nuit
laisse ma vie finir à son heure
Qu'il en soit ainsi

J'en appelle au Nord
la Direction blanche
Bénis-moi de la clarté de la glace, de froid.
Perce mes pensées, calme mon esprit,
Qu'il en soit ainsi

J'en appelle à l'Est
La Direction bleue
La Direction de l'Etoile du Matin, la Direction de
l'Aube,
Maître des Esprits,
Maître de l'Harmonie,
Aide-moi à connaître
L'Unité avec toute forme de vie, d'équilibre, d'harmonie,
Qu'il en soit ainsi

Je demande au Sud
la Direction Jaune
Bénis-moi de croissance
Mets-moi en connexion avec les enfants,
avec la vie naissante
Fais que mon travail soit complet et mâture,
Qu'il en soit ainsi

J'en appellle à la Terre
la Direction Brune
Ne me laisse pas oublier
que je viens de la terre, de la roche, de l'eau
et que j'y retrournerai
Qu'il en soit ainsi


J'en appellle à la Direction du Ciel
Celle qui est au-dessus de Toutes
Donne-moi une vision,
Permets-moi de réaliser ce pourquoi
j'ai été mis au monde,
Qu'il en soit ainsi

Je me tiens sur la septième direction,
retenu par toutes les forces,
regardant ce que je vois,
écoutant ce que j'entends,
Qu'il en soit ainsi
regarde-moi maintenant que je suis là :
Envoie-moi une parole, envoie-moi une vision.

Jean Starr.

Jean Starr. est une femmme cherokee qui a écrit plusieurs recueils de poésies
et légendes cherokee. Elle est professeur à Sacramento (Californie).

Si j'ai posé ce poème, c'est que cette nuit un vent de folie a soufflé sur ma maison..
J'ai couru aux quatre coins, pour m'assurer que tout était en état de marche..
J'assume ...j'assure... mais pour combien de temps.?...




Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : décembre 19, 2010  11:23

Je dis le monde

Je dis le monde tel qu'il est et tel qu'il devrait être
Plein d'oiseaux sous la mer et de poissons volants;

Un monde où chaque animal serait une raison
suffisante
pour ne pas partir
Où le voyageur aurait souci des arbres
qui le long du chemin l'escortent sans bouger

Un monde où les femmes seraient en liberté
Et n'auraint rien à redouter quand elles vont nues
Cueillir à l'orée des forêts la violettte embuée

Un monde où la beauté du cerf
Suffirait à faire baisser les yeux
au chasseur
Et il jetterait loin son fusil dans l'étang
regardant longtemps
le jeu de feu des ondes concentriques
comme si le point de fuite revenait
du fond des perspectives

Du fond du long tunnel du temps
Tel un Métro illuminé
qui s'approche et déverse à la Station Eternité
une incroyable foule d'anges
Tous contenus dans un seul grain de vérité
qui a repris sa place - effacé la mort.

Le monde tel qu'il devrait être
Plein d'oiseaux sous la mer et de poissons volants;

Xavier Bordes "Le Sans Père à plume"

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : décembre 25, 2010  08:31

      Sahel.


Vivre, Seigneur, jusqu'à la prochaine moissson,
lorsque le manioc recoudra les blessures de la terre.

Le fil vert des feuilles pour faufiler les craquelures
et l'eau pour recréer l'archipel des puits.

On nous dit : il faut surmonter l'instant de soudure.
Mais notre vie n'est plus qu'un grouillis de noeuds,
soudures amères qui ne soudent que nos désespoirs.

Regardez nos enfants gonflées de kwashiorkor
traînant sous les paillotes leurs bedaines de clowns ;
et leur frisure d'ébène qui se colore de rouille.

Je veux que mon enfant me ressemble, Seigneur.
Les poils de carotte offensent notre négritude.

Nous voici, Seigneur, dans notre lucidité absolue,
avec nos enfants ensevelit sous l'acacia,
nos chèvres de pauvres pourrissant dans les épineux
et notre terre écartelée sous les roses de Jéricho,
trop dures et âpres pour nos gosiers en feu.

Répartissez vos pluies avec plus de justice, Seigneur.
Un expert vous aiderait, en écluses célestes,
si le travail vous harasse, dans notre cosmos homicide.

Tenir, Seigneur, jusqu'à la prochaine moisson.
Manioc et igname suffisent à notre bonheur.
Nous sommes les enfants des racines et des tubercules.

Georges Zottola.   "Le Givre des jours"



Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : mars 23, 2011  12:34

N'ayant pas trouvé un post sur Francis Carco.. je dépose ses vers à la poste restante..
prière de faire suivre.. en collissimo..


Six heures.

Six heures, c'est la paix des grands jardins fleuris
Que la pluie a mouillés de l'odeur des lavandes,
Tandis que je m'accoude à la fenêtre grande
Ouverte et que, distrait et rêveur, je souris.

Des prêles vaguement luisent dans l'herbe humide
Où rôde la senteur fraîche des foins coupés,
Les premiers. C'est le grand silence et c'est la paix
Qui rêvent au coeur des fleurs et des bassins limpides.

Dans les branches se sont blottis les rossignols :
Le crépuscule bleu descend à fleur de sol
Dans tout ce bercement de choses apaisées
Cependant qu'avec des paresses, des douceurs,
Pour veiller le jardin, comme de grandes soeurs,
Des lampes, lentement, s'allument aux croisées.

Francis Carco "Premiers Vers".

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