|
Epsilon 
Modérateur
France 
|
Date du message :
février 2, 2012 04:09
|
Des poèmes dansant, des poèmes qui décrivent la danse, qui la vivent et la font virevolter dans tous les sens,pour danser , il en a fallu des mouvement successifs appris, des pas en arrière des pas en avant, bref maintenant la danse est devenue un acte culturel? Savez-vous dansez Marquise comme chantait Charles Trenet, pas si sûr, beaucoup restent au bord de la piste, alors pour tous un boléro endiablé de poèmes!Tout d'abord l'éternel tango, cette danse si charnelle et si érotique de l'intérieur comme de l'intérieur et si bien décrite dans un poème par Vicente Aleixandre!

Ten esperanza " Sois confiant. Traduction du poème de Aleixandre Vicente
Le comprends-tu ? Tu as compris. Tu recommences ? Et tu recommences encore. Assieds-toi. Ne regarde pas en arrière. En avant ! En avant. Lève-toi. Un peu plus. C’est la vie. C’est le chemin. Tu as le front couvert de sueurs, d’épines, de poussière d’amertume, sans amour, sans lendemain ?... Continue, continue à monter. Tu y es presque. Oh, comme tu es jeune. Comme tu es jeune, super jeune, un nouveau-né. Quel ignorant. Entre tes cheveux gris qui tombent sur ton front brillent tes clairs yeux bleus, tes lents yeux purs, restés là sous un certain voile. Oh, n’hésite pas et relève-toi. Relève-toi encore. Que veux-tu ? Prends ton bâton de frêne blanc et appuie-toi. Un bras à ton côté tu souhaiterais. Regarde-le. Regarde-le, ne le sens-tu pas ? Là, subitement, il est calme. C’est une forme silencieuse. C’est à peine si la couleur de sa tunique le distingue. Et a ton oreille un mot non prononcé. Un mot sans musique, même si toi tu l’entends. Un mot chargé de vent, de brise fraîche. Qui bouge tes vêtements usés. Qui doucement aère ton front. Qui sèche ton visage, qui essuie la trace de ces larmes. Qui lisse, frôle à peine tes cheveux gris maintenant à l’approche de la nuit. Prends ce bras blanc. Que tu connais à peine mais que tu reconnais. Redresse-toi et regarde la ligne bleue de l’incroyable crépuscule, la ligne de l’espérance à la limite de la terre. Et avec de grands pas sûrs, redresse-toi, et là soutenu, confiant, seul, entame ta marche…
Merci à CAMINO LATINO pour cette traduction!
|
|
Epsilon 
Modérateur
France 
|
Date du message :
novembre 21, 2009 02:02
|
Un dès plus beaux et plus évocateur des poèmes des Fleurs du mal, Baudelaire y déploie tout son génie et ses sentiments langoureux, on danse avec lui dans ce très beau poème,non?
***
Le serpent qui danse
Que j'aime voir chère indolente, De ton corps si beau, Comme une étoffe vacillante, Miroiter la peau !
Sur ta chevelure profonde Aux âcres parfums, Mer odorante et vagabonde Aux flots bleus et bruns,
Comme un navire qui s'éveille Au vent du matin, Mon âme rêveuse appareille Pour un ciel lointain
Tes yeux où rien ne se révèle De doux ni d'amer, Sont deux bijoux froids où se mêlent L'or avec le fer
À te voir marcher en cadence Belle d'abandon On dirait un serpent qui danse Au bout d'un bâton
Sous le fardeau de ta paresse Ta tête d'enfant Se balance avec la mollesse D'un jeune éléphant
Et ton corps se penche et s'allonge Comme un fin vaisseau Qui roule bord sur bord et plonge Ces vergues dans l'eau
Comme un flot grossi par la fonte Des glaciers grondants Quand l'eau de ta bouche remonte Au bord de tes dents
Je crois boire un vin de Bohème, Amer et vainqueur Un ciel liquide qui parsème D'étoiles mon cœur !
Charles Baudelaire..
|
|
Adagietto 
France
Messages : 259 
|
Date du message :
novembre 21, 2009 03:56
|
Bonjour à tous, et merci pour votre accueil et cette invitation à la danse.Un poème de Blaise Cendrars ui j'espère vous plaira ,c'est un écrivain que j'aime beaucoup pourtant avec une main mutilée par la guerre.
MA DANSE
Platon n'accorde pas droit de cité au poète Juif errant Don Juan métaphysique Les amis, les proches Tu n'as plus de coutumes et pas encore d'habitudes Il faut échapper à la tyrannie des revues Littérature
Vie pauvre Orgueil déplacé Masque La femme, la danse que Nietzsche a voulu nous apprendre à danser La femme Mais l'ironie ?
Va-et-vient continuel Vagabondage spécial Tous les hommes, tous les pays C'est ainsi que tu n'es plus à charge Tu ne te fais plus sentir…
Je suis un monsieur qui en des express fabuleux traverse les toujours mêmes Europes et regarde découragé par la portière
Le paysage ne m'intéresse plus Mais la danse du paysage La danse du paysage Danse-paysage Paritatitata Je tout-tourne
Blaise Cendrars .(Dix-neuf poèmes élastiques Février 1914)
|
|
Epsilon 
Modérateur
France 
|
Date du message :
novembre 21, 2009 04:12
|
Bienvenue parmi nous Adagietto , moi aussi j'aime beaucoup Mozart et Schubert comme musiciens et bien sûr la poèsie qui nous fait vibrer comme celle que tu as mis.N'hésite pas à poster les poèmes que tu aimes et ceux que tu veux faire découvrir!
|
|
Epsilon 
Modérateur
France 
|
Date du message :
novembre 21, 2009 10:11
|
S'il est un pays ou tout le monde sait danser naturellement, c'est l'Afrique, oui sur ce continent plutôt on naît danseur , la danse c'est la vie et ça accompagne aussi la mort, bref elle est partout!
****
Si je cesse de danser
Je suis le nerf rythmique de la fécondité J’engrosserai le sol avec mon sperme de danse Je déchirerai les nues avec mon rythme Rythme figé de la statuette d’Ife Rythme ondulant du Cobra sacré Rythme saccadé du sorcier en transe Je suis l’amant du sol Aux passions de rythme Aux étreintes de danses vertigineuses Je sens le souffle de l’ancêtre entre mes jambes Et la terre se pâme aux baisers de mes talons de granit Le soleil, témoin de mon coït Fait suinter ma peau couleur de gouffre Mes jambes pétrissent le sol Mes doigts de liane brassent l’espace Chaque fibre de mon corps est rythme Rythme est le temps Rythme est l’espace Je danse et la matière éclate Je danse et pleurent les nues Danseur noir, danseur de la fécondité, Danseur des doigts tièdes de l’alizé Danseur de la clarté des étoiles Danseur du saut de l’antilope Le soleil a disparu dans le ciel La lune s’est dissoute dans mon ébène Je danse Si je cesse de danser, le vent cessera de souffler Si je cesse de danser, le monde cessera d’être Les témoins aux regards morts Tendent leurs bras jusqu’à l’infini de mon oeil Rendant audible la musique de ma danse Je suis l’amant aux passions de rythme Avec l’enfant de mon coït Je rendrai plus charnelle ma nudité Pour être fort comme la liane Pour être fort comme l’ancêtre.
Auteur : Cheikh Tidiane Dramé, jeune poète sénégalais.
|
|
-grimalkin- 
Admin famille
France 
|
Date du message :
novembre 21, 2009 11:48
|
La danseuse espagnole
Ainsi qu'une allumette qui avant de flamber darde autour d'elle des langues blanches de lumière; ainsi commence, - enserrée dans le cercle des spectateurs, - nerveuse et ronde, brûlante et claire à s'étendre saccadée sa danse,
Et tout à coup elle est flamme tout à fait.
D'un regard elle allume ses cheveux et d'un geste révélant un art téméraire elle lance sa robe toute dans l'incendie d'où les bras tels des serpents effrayés s'élancent vifs et claquants.
Puis, comme si le feu lui semblait trop étroit, elle le ramasse tout entier et le jette, fière, avec des gestes hautains et regarde : il est là furieux par terre, flambant toujours et ne se rendant point.
Cependant victorieuse et sûre d'elle-même elle lève son visage, d'un doux sourire saluant et le piétine de ses petits pieds fermes.
Rainer Maria Rilke traduction Lorand Gaspar et Jacques legrand chez POINTS
|
|
Adagietto 
France
Messages : 259 
|
Date du message :
novembre 21, 2009 12:55
|
Une vraie danse du feu de De Falla ce poème de Rilke, merci à vous Grimalkin pour ce beau cadeau poètique , voilà pour ma part une Danse macabre dont s'est inspiré le compositeur Saint-Saens pour son poème symphonique du même nom , et le poème est de Jean Lahor, un poète un peu oublié aujourd'hui et l'on voit que poèsie et musique peuvent faire aussi bon ménage parfois au point quand même qu'on a oublié le poème.
Danse macabre
Zig et zig et zag, la mort crie cadence Frappant une tombe avec son talon, La mort à minuit joue un air de danse, Zig et zig et zag, sur son violon.
Le vent d'hiver souffle, et la nuit est sombre, Des gémissements sortent des tilleuls;
Les squelettes blancs vont à travers l'ombre Courant et sautant sous leurs grands linceuls,
Zig et zig et zag, chacun se trémousse, On entend claquer les os des danseurs, Un couple lascif s'asseoit sur la mousse Comme pour goûter d'anciennes douceurs.
Zig et zig et zag, la mort continue. De racler sans fin son aigre instrument. Un voile est tombé! La danseuse est nue! Son danseur la serre amoureusement.
La dame est, dit-on, marquise ou baronne. Et le vert galant un pauvre charron - Horreur! Et voilà qu'elle s'abandonne Comme si le rustre était un baron!
Zig et zig et zig, quelle sarabande! Quels cercles de morts se donnant la main! Zig et zig et zag, on voit dans la bande Le roi gambader auprès du vilain!
Mais psit! tout à coup on quitte la ronde, On se pousse, on fuit, le coq a chanté Oh! La belle nuit pour le pauvre monde! Et vive la mort et l'égalité!
Jean Lahor
|
|
Summertime 
Suisse
Messages : 4692
|
Date du message :
novembre 21, 2009 14:05
|
L'ENFANT DE MON VIVANT Dans la plus fastueuse des misères mon père ma mère apprirent à vivre à cet enfant à vivre comme on rêve et jusqu'à ce que mort s'ensuive naturellement Sa voix de rares pleurs et de rires fréquents sa voix me parle encore sa voix mourante et gaie intacte et saccagée Je ne puis le garder je ne puis le chasser ce gentil revenant Comment donner le coup de grâce à ce camarade charmant qui me regarde dans la glace et de loin me fait des grimaces pour me faire marrer drôlement et qui m'apprit à faire l'amour maladroitement éperdument L'enfant de mon vivant sa voix de pluie et de beau temps chante toujours son chant lunaire ensoleillé son chant vulgaire envié et méprisé son chant terre à terre étoilé
Non je ne serai jamais leur homme puisque leur homme est un roseau pensant non jamais je ne deviendrai cette plante carnivore qui tue son dieu et le dévore et vous invite à déjeuner et puis si vous refusez vous accuse de manger du curé Et j'écoute en souriant l'enfant de mon vivant l'enfant heureux aimé et je le vois danser danser avec ma fille avant de s'en aller là où il doit aller.
Jacques Prévert
*Ce message a été édité le 21-Nov-2009 2:21 PM par Summertime*
|
|
Epsilon 
Modérateur
France 
|
Date du message :
novembre 22, 2009 03:19
|
|
Un poème très sensible de Prévert que je ne connaissais pas, merci Summer!
|
|
-grimalkin- 
Admin famille
France 
|
Date du message :
novembre 22, 2009 03:53
|
merci Adagietto, oui, moi aussi j'aime beaucoup Manuel de Falla et son"Amour sorcier" et en général les compositeurs espagnols. J'avoue avoir un faible pour le vrai flamenco, le vrai, celui qu'on voit et entend à Séville. Poésie et musique font bon ménage...mais j'avoue ne pas tellement aimer la danse macabre de Saint Saens dont j'aime les poèmes symphoniques.
à Summertime,notre éminente spécialiste de Jacques Prévert,... merci ! je ne connaissais pas ce beau poème.
|
|
Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
|
Date du message :
novembre 22, 2009 14:52
|
La valse.
Dans un flot de gaze et de soie, Couples pâles, silencieux, Ils tournent, et le parquet ploie, Et vers le lustre qui flamboie S'égarent demi-clos leurs yeux.
Je pense aux vieux rochers que j'ai vus en Bretagne, Où la houle s'engouffre et tourne, jour et nuit, Du même tournoîment que toujours accompagne Le même bruit.
La valse molle cache en elle Un languissant aveu d'amour. L'âme y glisse en levant son aile : C'est comme une fuite éternelle, C'est comme un éternel retour.
Je pense aux vieux rochers que j'ai vus en Bretagne, Où la houle s'engouffre et tourne, jour et nuit, Du même tournoîment que toujours accompagne Le même bruit.
Le jeune homme sent sa jeunesse, Et la vierge dit : " Si j'aimais ? " Et leurs lèvres se font sans cesse La douce et fuyante promesse D'un baiser qui ne vient jamais.
Je pense aux vieux rochers que j'ai vus en Bretagne, Où la houle s'engouffre et tourne, jour et nuit, Du même tournoîment que toujours accompagne Le même bruit.
L'orchestre est las, les valses meurent, Les flambeaux pâles ont décru, Les miroirs se troublent et pleurent. Les ténèbres seules demeurent, Tous les couples ont disparu.
Je pense aux vieux rochers que j'ai vus en Bretagne, Où la houle s'engouffre et tourne, jour et nuit, Du même tournoîment que toujours accompagne Le même bruit.
Sully Prudhomme "Les solitudes".
Hier dans Thalassa, j'ai entendu un air espagnol tout à fait exceptionnel , il faisait apppel, à la fois aux musiques andalouses et aux tonalités arabes, avec une voix de fond, qui rappelait les voix du désert.. je n'ai pu saisir, le nom..du morceau.. c'était si bref...
|
|
Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
|
Date du message :
novembre 23, 2009 04:49
|
Danse macabre.
Fière, autant qu'un vivant, de sa noble stature, Avec son gros bouquet, son mouchoir et ses gants, Elle a la nonchalance et la désinvolture D'une coquette maigre aux airs extravagants.
Vit-on jamais au bal une taille plus mince ? Sa robe exagérée, en sa royale ampleur, S'écroule abondamment sur un pied sec que pince Un soulier pomponné, joli comme une fleur.
La ruche qui se joue au bord des clavicules, Comme un ruisseau lascif qui se frotte au rocher, Défend pudiquement des lazzi ridicules Les funèbres appas qu'elle tient à cacher.
Ses yeux profonds sont faits de vide et de ténèbres, Et son crâne, de fleurs artistement coiffé, Oscille mollement sur ses frêles vertèbres. O charme d'un néant follement attifé.
Aucuns t'appelleront une caricature, Qui ne comprennent pas, amants ivres de chair, L'élégance sans nom de l'humaine armature. Tu réponds, grand squelette, à mon goût le plus cher !
Viens-tu troubler avec ta puissante grimace, La fête de la Vie ? ou quelque vieux désir, Eperonnant encore ta vivante carcasse, Te pousse-t-il, crédule, au sabbat du Plaisir ?
Au chant des violons, aux flammes des bougies, Espères-tu chasser ton cauchemar moqueur, Et viens-tu demander au torrent des orgies De rafraîchir l'enfer allumé dans ton coeur ?
Inépuisable puits de sottise et de fautes ! De l'antique douleur éternel alambic ! A travers le treillis recourbé de tes côtes Je vois, errant encor, l'insatiable aspic.
Pour dire vrai, je crains que ta coquetterie Ne trouve pas un prix digne de ses efforts ; Qui, de ces coeurs mortels, entend la raillerie ? Les charmes de l'horreur n'enivrent que les forts !
Le gouffre de tes yeux, plein d'horribles pensées, Exhale le vertige, et les danseurs prudents Ne contempleront pas sans d'amères nausées Le sourire éternel de tes trente-deux dents...
Charles Baudelaire ( à Ernest Christophe, statuaire, )
|
|
-grimalkin- 
Admin famille
France 
|
Date du message :
novembre 23, 2009 12:10
|
Musique de l'indifférence
musique de l’indifférence coeur temps air feu sable du silence éboulements d’amours couvre leurs voix et que je ne m’entende plus me taire
.
SAMUEL BECKETT
.
|
|
Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
|
Date du message :
novembre 24, 2009 09:02
|
MENUET.
(À Emmanuel des Essarts.)
Marquise, vous souvenez-vous Du menuet que nous dansâmes ? Il était discret, noble et doux, Comme l'accord de nos deux âmes.
Aux bocages le chalumeau À ces notes pures et lentes ; C'était un air du grand Rameau, Un vieil air des Indes galantes.
Triomphante, vous surpreniez Tous les coeurs et tous les hommages, Dans votre robe à grands paniers, Dans votre robe à grands ramages.
Vous leviez, de vos doigts gantés, Et selon la cadence douce, Votre jupe des deux côtés Prise entre l'index et le pouce.
Plus d'une belle, à Trianon, Enviait, parmi vos émules, Le manège exquis et mignon De vos deux petits pieds à mules ;
Et, distraite par le bonheur De leur causer cette souffrance, À la reprise en la mineur Vous manquâtes la révérence.
François Coppée. " Le Cahier rouge"
|
|
-grimalkin- 
Admin famille
France 
|
Date du message :
février 2, 2012 04:08
|
|
*
|