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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
janvier 12, 2012 10:49
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Les aveugles
Sous peu tu plongeras, poisson dans l'océan. Elle s'enfuira la douce sensation de l'écoute attentive de tout. Sourd, tu évolueras dans les grands sons que tu as tant adorées. Ils te frapperont le corps, énormes poutres, mais toi, tu ne les attendras pas.
Aveugle, tu descendras le courant du Temps, chose sans âme, les vagues intérieures toutes puissantes, dans les fortes trombes, où viennent de partout, sont frappés et s'immobilisent dans le grand tourbillon des milliers d'aveugles et de sourds comme toi. Tu glisses, tu glisses comme le poisson et nulle part ne pousse sur toi, branche aérienne, le tendre désir de la vie, celui qui te faisait ramasser dans ta pupille comme les stries de l'Inconnu.
Encore un peu et tu heurteras, toi aussi, enduit d'argile, ce gigantesque mur ténébreux où tout est collé, empreintes de ceux qui ont existé, bas-relief d'un art primitif, corps enchevêtrés l'un à l'autre, figures de mort que nul regard n'admirera ; aucun doigt ne palpitera sur eux, en les parcourant en hâte pour épeler avec des larmes muettes tempêtes et passions.
Olga Votsi
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
novembre 1, 2009 01:02
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Nous puiserons
Mémoire d'oiseau, d'hirondelle, mémoire de l'eau, couronne du Monde qui nous glorifie d'un bord à l'autre, choses surnaturelles et simples que nous tenions parfois dans nos mains comme des galets, vous palpitez encore jusqu'ici-bas, dans ce cachot de prisonniers, menus frissons venus du bout de la Création.
Jusqu'ici-bas où l'on écrase le corps de l'autre — pâte infortunée — pour plonger sans cesse dans les ténèbres, les ténèbres que nous avons aimées.
Vous jouez toujours avec l'infini, vous vous rassasiez toujours du désir de la lumière, bruissement de l'eau, queue d'hirondelle, éclair de joie.
Tenez tant que ce corps en est capable, lui qui ne peut être entraîné dans votre félicité, prisonnier avec les autres dans ces humides cachots profonds ; ne vous arrêtez pas pour chanter à notre fenêtre. Désormais nous vous puiserons du fond de votre propre puits. Nous plongerons dans des toises de mémoire pour en retirer les ceintures d'or de la vie, le filet rempli de chants d'oiseaux, la récolte de la lumière, dont sur la terre, couverts de terre, nous nous privons et parmi tant de riches cadeaux, nous nous enfoncerons dans le cœur, à l'improviste, l'épée d'argent.
Olga Votsi
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
novembre 1, 2009 08:06
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Branches
Arcs muets de l'extase, énormes branches de la nuit, secouées par l'infinie fraîcheur des ténèbres pour vous rassasier de l'aube agiter votre silence dans la joie et le ciel.
Monde puissant et opulent qui mûrissait ta richesse en paix, caché dans la matrice du Secret clos sous la protection de la Nuit immense, qui suffisait toute à élever la fièvre jusqu'au plus léger souffle des hauteurs.
Rosée immaculée de la terre, tu t'es épanouie aujourd'hui afin que l'homme, timidement, pose en toi la trace de son pied, plonge dans la vague de bonheur que tu lui offres, pour le Mystère, qui chaque nuit naît devant sa porte, — mais, aveugle, il ne s'en aperçoit pas.
Aujourd'hui, toute l'infinie Complaisance a fléchi pour que, comme un insecte, l'homme tout entier prenne place dans la senteur divine.
Olga Votsi
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
novembre 1, 2009 11:15
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LE JOUR DES FRUITS
Il viendra le jour des fruits. Les nuits le préparent et aussi ses énormes Silences royaux, la vague soudaine du mystère dans son sein, le bouillonnement des tréfonds cachés et les astres qui tombent dans un tel infini, matrice première de l'or, gouttes de la divine délivrance,pour se dissoudre dans ton coeur. Attends, attends l'aube. Au loin,le cri du loup s'est éteint depuis un long moment, seule reste trace d'un faible écho. Sous peu tu entendras la chute de la feuille, roulement de pesante pierre. Dans les fentes de l'abîme, enferme-toi pour attendre plus au fond la lumière renaissante, la lumière qui arrive et ne veut pas cesser de descendre dans nos âmes, il suffit de lui faire place alentour,comme aux oiseaux quand nous retenons notre souffle pour qu'ils s'approchent de nous.
OLGA VOTSI.
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
novembre 2, 2009 05:26
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Une poèsie qui peut sembler assez froide et hièratique de premier abord, mais qui ne manque pas d'intèrêt ni de puissance, bon la traduction du grec en français peut la faire monter sur une sorte de pièdestal ou comme lers vestales de l'ancien temps dévoilaient leurs mystères?
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
avril 24, 2011 11:46
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NON, JE NE SUIS PAS TRISTE, MON FRERE
A mon frère Michel
« ???? ??????? ?? ???? ???’???? »
(« Il viendra le jour des fruits »)
Olga Votsi
Une voix chante, debout, dans la nuit, Ardente, légère, pénétrante ! Les feuilles rouges, remplies de soleil, Se détachent des arbres, Scintillent, tournoient, nagent Dans l’aquarelle taciturne de l’air.
Non, je ne suis pas triste, Mon frère !
Légère comme un duvet de pâquerette est l’ombre Et pleine de petites graines d’amour, Grenade mystique, s’offre aux lèvres, Comme un don céleste, la mémoire !
Non, je ne suis pas triste, Mon frère !
J’ai laissé grande ouverte la maison : Astres et murmures, Capucines et lauriers-roses Tombent dans cette infinie quiétude ! Elle attend ta venue, la calme harmonie De ton âme couleur de miel et de chaleur, Ton haleine d’enfant, la clarté verte de tes yeux Qui ne veut pas cesser de descendre Sur mes tempes !
Non, je ne suis pas triste, Mon frère !
Notre ample maison, notre royaume ancestral, A l’odeur incantatoire des vieilles armoires Parfumées aux herbes odorantes, à l’ambre Et aux voluptueux coings jaunes !
Non, je ne suis pas triste, Mon frère !
Viens cette nuit à moi, escalade Le silence arachnéen de l’antique escalier, Fais battre contre l’or de mes veines, Vagues lumineuses, embruns exaltés, Les rires immarcescibles, les cris candides De notre divine adolescence !
Non, je ne suis pas triste, Mon frère !
Est-il vrai, comme le dit notre Orphée, Que tu goûtes à présent aux délices Du monde des ombres bienheureuses ? Bois-tu la lumière sidérale d’Empédocle, La lumière incorporelle Des révolutions intelligibles des astres ? Ecoutes-tu, voguant parmi les étoiles rutilantes, La mélodie éternelle du fuseau des Moires Qui traverse l’Univers de part en part !
Non, je ne suis pas triste, Mon frère,
Laisse seulement un bref instant Mes larmes laver la poussière des années Sur mon visage ! Laisse les vents étésiens Peigner la neige de mes cheveux Et faire venir, avant leur départ vers Le cœur de l’Afrique, Les dernières envolées des hirondelles Protectrices des âmes pures !
Non, je ne suis pas triste, Mon frère !
A Paris, ce lundi 18 septembre, jour anniversaire de la mort de mon frère bien-aimé Michel.
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
avril 24, 2011 11:49
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suite
J’avais totalement oublié ce jour tragique. Mais la nuit du 17 au 18, j’ai rêvé de toi, mon frère ! Tu m’es apparu dans mon sommeil, vêtu d’une tunique blanche. T’approchant de mon visage, tu m’as dit : « N’oublie pas d’arroser les fleurs » ! Et tu as disparu ! Je me suis levé tout frissonnant ! Ta chaude voix résonnait encore en moi ! Ma toilette terminée, j’ai ouvert l’ordinateur. J’ai regardé, comme j’ai l’habitude de le faire, l’heure. Et soudain, au lieu de l’heure, j’ai vu la date : nous étions le lundi 18 septembre 2006 !
« Seigneur, m’écriai-je, doux Seigneur, Sainte Vierge, Mère de Dieu ! Mais c’est le jour de la mort de mon frère ! » Et je fondis en larmes !
« Non, non, mon frère, répétai-je en sanglotant, je n’oublierai pas d’arroser les fleurs » ! Mais quelles fleurs ? Quelles fleurs! Non, je ne suis pas triste à cette heure où j’écris ce poème pour toi, ô mon frère !
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Summertime 
Suisse
Messages : 4692
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Date du message :
avril 25, 2011 11:36
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En tout cas ce dernier poème "Non, je ne suis pas triste mon frère" est tout, sauf froid et hiératique.... C'est un chant d'amour fraternel magnifique....
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
avril 26, 2011 04:35
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ce poème m'a bouleversée, Summer ! cela augure bien du reste de son oeuvre qu'en réalité nous ne connaissons pas.
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