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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : Alain bosquet le découvreur

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : avril 26, 2011  14:24

J'avais posé ce poème dans la famille "En attendant la fin du monde".. je l'emprunte
pour compléter ce post sur Alain Bosquet..

Printemps.

C'est la fin de l'hiver. Les poèmes fleurissent
   et leus bourgeons sont lourds.
Mon coeur devient plus simple, et le lui rends service
   en parlant de l'amour

comme s'il existait encore. Une rivière
   reprend son air b a n a l.
Je me confie à la colline familière
   et je dis au cheval

qu'il trouvera dans ma chanson une herbe fraîche
   où l'on peut galoper.
Chaque phrase ressemble au jardin que je bêche.
   il faut particciper

à la belle saison, en se forçant à peine :
   cette page y concourt
par son bonheur et sa musique souveraine,
   que je veux sans détours.

Je demeure un moment à ma propre surface
   comme un azur posé
sur le chaume du toit . Un mot très cher m'embrasse
   et me croit apaisé.

Mon corps est anonyme, et mon âme ordinaire,
   en ce début d'avril ;
n'en souffre pas, poème ! et remercie la terre
   pour son cadeau subtil.

Alain Bosquet. "Un jour après la vie" 1984.






Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : avril 26, 2011  14:37

    Anniversaire.

Est-ce l'anniversaire
de mon platane favori
ou de la rosée rousse
qui par un jour d'automne
est venue se poser devant mes lèvres ?
Là où je suis, immatériel, frivole,
je sais que je dois rendre hommage
à ces évènements,
qui m'apportèrent le frisson.
Délétère, défunt,
je ne peux plus écrire de poème,
bien que mille syllabes s'agitent,
autour de moi dans la douceur.
Est-ce l'anniversaire
d'une femme jadis rencontrée
entre deux horizons,
celui qui fuit et celui qui accourt :
sa nuque était agréable aux mésanges,
ses yeux n'avaient pas peur des lunes froides ?
Epars, dissous,
Je ne peux évoquer
ni la tristesse ni la joie,
mais à proximité, que de remous,
que de chuchotements suaves
qui soudain effarouchent les brumes !

Alain Bosquet." je ne suis pas un poète d'eau douce".

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : avril 26, 2011  14:50

Un peti inédit .. plein de charme.;

   L'usager du Métro.

A la station Solférino, j'ai dit :" Pardon,
la rame bleue va-t-elle jusqu'à l'Equateur ? "
Et je suis descendu - c'était dimanche -
en plein coeur de l'Asie.
Le lendemain, j'ai repris le métro
cette fois-ci jusqu'aux banquises de Norvège.
Et j'ai recommencé :
pour un ticket, c'est la Patagonie,
l'île de Pâques
et les palétuviers de Bornéo
qu'on visite sous terre,
toujours sous terre...
A la station Jasmin, j'ai dit : "Pardon,
la rame vide, où pourrait-elle aller ? "
Et je suis descendu au fond de moi,
entre plèvre et soupir,
entre aorte et silence,
là où finissent les voyages,
là où commencent les vertiges.
A la station Balard, j'ai dit : "Pardon,
Messieurs, Mesdames
ce matin je suis libre : Où voulez-vous que j'aille ?"

Alain Bosquet. "Inédit" 1993.



Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : mai 5, 2011  14:40

encore un poème du recueil "La vie est clandestine"..

   Tombeau du néant.

Ci-gît la vie,
Ci-gît le rire,
Ci-gît tout ce qui planait sur la montagne,
   tout ce qui dansait au son de la résine ;
Ci-gît un homme qui n'eut le tort d'exister,
Ci-git un enfant qui crut saisir un peu d'espace.

Mort l'arc-en-ciel, vieux châle décrépi ;
morte la comète, d'avoir voulu se reposer ;
et l'arbre s'est pendu du haut de sa propre cime,
et le vautour s'est étranglé de son aile puissante,
et le poisson explosa en découvrant la brise pure.

"Désolées", disent les roches, et les voilà qui se réduisent en
   amadou ;
"Peinées", disent les vagues, et les voilà qui se transforment en écailles.

Où est celui qui s'obstinait à devenir lui-même ? on l'a tué ;
Où est celui qui cherchait à savoir pourquoi l'on parle, pourquoi l'on
   pleure ? nulle part, il fut écorché vif.

Ci-gît quoi donc ? personne n'ose discuter.
Ci--git, pourquoi le dire ? quelqu'un sur qui déjà galope la bourrasque ;
Ci-gît ce qui est trop éphémère pour qu'on l'appelle mort ;
Ci-gît.. qui donc encore comprend l'épitaphe ? qui donc encore
   conçoit le deuil ? qui donc encore s'émeut de voir les gens
   tomber, les choses disparaître ?.

Alain Bosquet "La vie est clandestine" 1945.



-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : janvier 12, 2012  12:04

je redécouvre Alain Bosquet le découvreur...

INERTIE


De tous tes arbres , de tous tes oiseaux
qui boivent la rosée, de tous tes coeurs
que ravage le doute, tu t'accroches
à la vie, ma planète. Le dernier
des hommes va mourir. Sur la montagne
écartelée s'installe le mépris
del'espace. On a beau se torturer
chaque jour, il existe un petit coin
de néant chaleureux qui se souvient
de tous tes arbres, de tous tes oiseaux,
de tous tes coeurs qui n'ont jamais aimé.

Alain Bosquet, Poètes d'aujourd'hui
chez Pierre Seghers

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : janvier 13, 2012  03:44


et quand je pense que j'ai déjeuné avec lui plusieurs fois chez des amis...Je savais qu'il
était poète mais je n'avais rien lu de lui...et je le retrouve , maintenant, mort...mais
éternel...
***


AUCUNE

divine et plus nulle que nulle
maudite par la peau
oubliée par l'esprit
je trompe
toutes les femmes
en t'acceptant
comme un talon accepte d'écraser
sur le trottoir une aubergine
je t'offre
mon existence
ma gloire ma planète
l'univers que pour toi je crucifie
hommage en rien
révérence au dégoût

Alain Bosquet, poètes d'aujourd'hui
chez Pierre Seghers

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : janvier 14, 2012  11:16



ARBRE


Tu es plus souple que le zèbre

Tu sautes mieux que l'équateur.

Sous ton écorce les vertèbres

font un concert d'oiseaux moqueurs.

J'avertirai tous les poètes :

il ne faut pas toucher aux fruits

c'est là que dorment les comètes,

et l'océan s'y reconstruit.

Tu es léger comme un tropique.

Tu es plus sage qu'un poisson.

Dans chaque feuille une réplique

est réservée pour ma chanson.

Dès qu'on t'adresse la parole,

autour de toi s'élève un mur.

Tu bats des branches, tu t'envoles

c'est toi qui puniras l'azur.

***

Poème pour un enfant lointain


Tu peux jouer au caillou :

il suffit de ne pas bouger,

très longtemps, très longtemps.


Tu peux jouer à l’hirondelle :

il suffit d’ouvrir les bras

et de sauter très haut, très haut.


Tu peux jouer à l’étoile :

il suffit de fermer l’œil,

puis de le rouvrir,

beaucoup de fois, beaucoup de fois.


Tu peux jouer à la rivière :

il suffit de pleurer,

pas très fort, pas très fort.


Tu peux jouer à l’arbre :

il suffit de porter quelques fleurs

qui sentent bon, qui sentent bon.



Alain Bosquet


-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : janvier 17, 2012  11:57





Une graine voyageait



Une graine voyageait

Une graine voyageait toute seule pour voir le pays.

Elle jugeait les hommes et les choses.

Un jour elle trouva joli le vallon et agréable quelques cabanes.

Elle s'est endormie.

Pendant qu'elle rêvait elle est devenue brindille

Et la brindille a grandi,

Puis elle s'est couverte de bourgeons.

Les bourgeons ont donné des branches.

Tu vois ce chêne puissant

C'est lui, si beau, si majestueux,

Cette graine,

Oui mais le chène ne peut pas voyager.



Dites donc, un poète



- Dites donc, un poète, à quoi ça sert ?

- ça remplace les chiens par des licornes

- Dites donc, ça na pas d'autres talents

- Il apporte le rêve à ceux qui n'osent pas rêver

- Vous trouvez ça utile, dites donc ?

- Quand il le veut, il persuade les comètes de s'arréter quelques moments chez vous

- Il trouble l'ordre, dites donc, ce type-là

- Pas plus qu'un vol de scarabées, pas plus qu'un peu de neige sur l'épaule.

- Il est bon pour l'hospice, dites donc.

- Il le transformerait en palais de cristal, avec mille musiques.

- Qu'on le conduise à la fosse commune, dites donc, ce poète

- Alors décembre se prolongera jusqu'à la fin juin.


Alain Bosquet

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