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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : Ils sont fous ces roumains?

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : janvier 26, 2012  03:42

Depuis une cinquantaine d'années après s'être libèré de la loude chappe de plomb du communisme,
la Roumanie nous a offert de nombreux poètes toujours singuliers et originaux, bon c'est vrai
qu'on se perd un peu dans ces noms qui se ressemblent tous un peu mais c'est toujours un régal de
les découvrir!




Le poème de l’évier

Un jour le poème se prit d’amour
D’amour pour une petite étoile bleue dans un coin de la fenêtre à la cuisine
Il se confessa à la toile cirée et au pot de moutarde
Il pleura sur les couverts déjà mouillés.
Un autre jour l’évier se déclara :
- petite étoile, ne brille pas sur la minoterie
descends, car elle n’a pas besoin de toi
elle a dans ses caves une centrale électrique et des ampoules l’éclairent
tu gaspilles tes dorures en les posant sur les toits
et les paratonnerres,
petit étoile, mon nickel te désire, mon robinet a gargouillé
des chansons pour toi, en faisant de son mieux
tu plais déjà
aux assiettes qui sentent encore le poisson en conserve.
Viens, et tu brilleras toute la nuit sur un royaume de linoléum
Princesse des cafards.

Mais, hélas ! l’étoile bleue ne répondit pas à cet appel
Car elle était amoureuse du presse-purée
D’une comptable de poméranie
Et passait ses nuits à le boire des yeux.
Aussi sur le tard l’évier se posa-t-il des questions sur le sens de l’existence et sur son
objectivité
Et sur le plus tard encore il fit des propositions à la toile cirée.

… il y a longtemps, je me suis impliquée aussi dans le jeu de l’amour,
moi, la déchirure du rideau, qui vous ai raconté cette histoire.
J’étais amoureuse d’un superbe berliet beige que je n’ai vu qu’une fois…
Mais n’en parlons pas, j’ai maintenant des enfants à la maternelle
Et tout le passé me paraît être un rêve.

MIRCÉA CARTARESCU (né en 1958) Traduit du roumain par Alain Paruit   


Epsilon
Modérateur
France

Date du message : octobre 27, 2009  22:48


J’ai dans le cœur un cri de lotus
grand comme le poing d’un enfant
et le poing tord les boyaux
et fait rugir le soleil et la lune.
Ceux des ventres blancs donnent des coups de poing
en frappant dans mon cœur.
Leurs doigts me sortent par les oreilles
en baragouinant dans une langue interdite au sommeil.
Leur mains s’accrochent à des objets
et déchirent l’immense ventre.
Bloquez l’entrée de l’enfer.
Je ne suis pas génitrice de petits dieux ratatinés et visqueux.
Boum boum.
Je ne sortirai pas avant terme.
Du cercueil de ton ventre, bienheureuse duchesse de sang.
Je vois les bébés courant vers l’abattoir.
Ton nom d’ange me coupe la tête
suis non née
je cherche et ne me repentis pas.
Parmi les cercueils que tu as dans la tête
un seul fait du bruit.
C’est la poche ventrale chaude de la mort
que je sens la nuit.
Dès le crépuscule je m’enferme
je frappe lentement dans le ventre.
Boum boum.
Je ne veux plus t’accoucher
je ne veux plus t’endormir.
Dehors il pleut.
Sur le ventre les gouttes sont comme des moineaux mous
et transparents.
Boum boum.
Ne frappe plus étranger
va-t-en dans le pays violet de dedans.

Ruxandra Cesereanu, 1993 . Poètes roumains contemporains

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : octobre 28, 2009  05:30


La tentation

Je me retrouve entre le poing et sa destination – dis je
Mais toi entre donc dans mes poèmes. Dors. Écris. Respire.
Possède la terre. Possède tes femmes. Couche sous mes yeux
Avec celles que tu veux

Je me place toujours – réflexe quotidien –
Entre le poing et sa destination
J’avoue : c’est là ma place mon angoisse. C’est là
que je conçois j’engendre mes poèmes
Je les arrache à la violence.

Je ne t’aime pas. Non. Les mains jusqu’aux coudes
dans mes poches
je siffle
je te siffle au visage : je ne t’aime pas
toi carnassier tentateur cause ultime du non-sommeil
Les mains dans les poches je blasphème
et je te maudis
Je mens je dis pouvoir me passer de toi

Je ne dors pas – donc je ne rêve pas de toi
Tout simplement je promène ton image dans le monde
comme un éclat d’obus brûlant
planté en moi
tout simplement je te tutoie sans vergogne
je te froisse je te défais je veux te cracher de ma bouche
je t’interromps je te conspue
comme les Juifs le Dieu attendu incarné
comme les Juifs à Pâques le Messie

Mais viens donc dans mes poèmes
tu es l’unicorne que je veux clore dans mes vers
derrière barreaux et verrous

je te convie oh je te convie. Et je connais la loi
( je me la récite en la martelant ) :
pas touche pas touche pas touche

Ma place est fixée pour toujours : entre le poing
et sa destination. Viens là toi aussi
dans ma blessure :
aime tes femmes couche avec celles que tu veux à moi tu m’es interdit
( mais porte-moi dans tes narines dans ton ouïe
porte moi comme un remords aigu comme une
culpabilité accomplie là-haut dans ton cerveau )
C’est un ordre : pénètre dans mon poème et vautre-toi :
dans les blancs d’entre les vers d’entre les négations
fais ton nid – je te le permets – respire



Mathe Petreu
Poèmes sans vergogne
traduits du roumain par odile Serre

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : octobre 30, 2009  00:53

Eminescu n’a jamais existé.
Il n’y a jamais eu qu’on beau pays.
Posé sur le bord d’une mer.   
Oú les vagues venaient s’enrouler.

Tels les poils emmêlés d’une barbe de guerrier,
Et des rivières où la lune se blottissait
Et qui coulaient comme autant de forêts.

Il y a eu, surtout, des hommes simples
Qui s’appelaient : Mircea le Vieux ou Etienne la Grand
Ou bergers et laboureurs, tout simplement,
Et qui aimaient à dire des poèmes,
Le soir, autour du feu, -
Mioritsa, Luceafãrul, ou la Lettre Troisième.

Mais comme ils entendaient leurs chiens
Aboyer sans répit
Autour des bergeries,
Ils partaient faire la guerre aux Huns, aux Polonais,
Aux Turcs ou aux Avars.

Et quand ils avaient un moment,
Entre deux dangers,
Leurs flûtes se changeaient
En glissoir enchantés
Pour les larmes des pierres attendries,

Par oû s’écoulaient les Doïné
Du haut des montagnes de Moldavie, de Munténie,
Du Pays de Bîrsa, du Pays de Vrancea
De tous les Pays de Roumanie.

Il y a eu aussi de profondes forêts
Et un jeune homme qui leur parlait
Et qui leur demandait : “Pouquoi trembler,
Douce forêt, lorsque ni pluie ni vent ne fait ?”

Ce jeune homme, aux yeux noirs
Comme notre histoire
Allait et venait, accablé de pensées,
Des livres du passé au livre de la vie,

Sans cesser de compter les peupliers,
Les pleupliers de la lumière, de la justice et de l’amour,
Qui restaient impairs à jamais.

Il y a eu des tilleuls aussi,
Et deux amuoreux qui savaient, en un seul baiser,
Faire tomber toutes leurs fleurs
En congères dorées.

Et des oiseaux ou des nuages
Qui glissaient au-dessus d’eux comme
De longues et mouvantes plaines.

Et comme il leur fallait un nom, à toutes ces choses-là,
Un seul nom,
On les a appelées :
Eminescu.                                                   

*
MARIN SORESCU .Transcribed by Dani Busuioc

Summertime
Suisse
Messages : 4692

Date du message : aout 2, 2010  05:20

Oui..ils sont fous ces poètes roumains,
mais quel plaisir d'entrer dans leur folie !

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : aout 4, 2010  09:13


Depuis longtemps je me suspectais moi-même,
Aussi toute la journée je me suis filé
A distance discrête.
Or, sachez que je suis plus dangereux que je l'imaginais :
Quand je vais dans la rue, je regarde à droite, à gauche,
Comme si je ne cessais de photographier
Les maisons, les hommes, les poteaux télégraphiques,
Toutes ces richesses.

Puis, sans raison,
Pour passer inaperçu peut-être,
Je modifie l'expression de mon âme.
Mon visage comme un alphabet morse
Transmet sans cesse Dieu sait quel secret
Aux hommes de la lune qui sont à notre écoute.

Quand je suis devant ma table,
Je déchire une feuille de papier
En petits morceaux qui, sitôt roulés en boules
Sont projetés dans l'oubli,
Ce qui est très bizarre.

Cette nuit je descendrai en rêve
Par une corde qu'à cet effet j'ai dans ma poche,
Pour voir ce que là-bas l'individu avoue,
Ce dont il se souvient spontanément
Et - ce qui importe le plus - qui notamment
Lui fournit ces rapports sur les choses ?
Après quoi je me mettrai
A rédiger la fiche.

Marin Sorescu. (1936) "Etudes" dans "Céramique" 1984
traduction Françoise Ceyla.

Quand l'esprit se met à douter de tout et de soi-même, c'est à devenir
tragiquement fou..

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : aout 4, 2010  09:29

Petru Romosan. (contemporain )


C'est moi le gosse qui écrit des vers dans les vécés
à la craie
Dans les vécés du quartier que j'ai appelé Ithaque
   j'écris à la craie rouge
Dans les vécés du quartier que j'ai appelé Ithaque
   j'écris à la craie verte
Dans les vécés du quartier que j'ai appelé Ithaque
   j'écris à la craie blanche
la nuit j'entends par la ville des femmes et des hommes
   clamant mes poèmes
il y en a un qu'ils ont chanté à l'église à ce qu'on dit
un poème à la craie blanche
un acteur célèbre l'a récité à la télévision
la milice me recherche
mais moi je vais d'un vécé à l'autre
j'écris un poème rouge
un poème vert
j'attends que ma photo paraisse dans les journaux
" 100000 lei
à celui qui attrapera
le poète des vécés "
salut ! je m'en vais de ce pas écrire un poème à la craie
   verte

Petru Romosan "Un portrait" publié dans les" Cahiers de l'Est"
             traduction Sanda Stolojan.   

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : aout 4, 2010  11:02

Marie-Elisabeth, tres connaissances en poésie me sidèrent ! merci !

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : mai 7, 2011  12:15

Fous fous.. ces roumains..et de l''imagination..

   Shakespeare.

Shakespeare a crée le monde en sept jours.
Le premier jour, il a crée le ciel, les montagnes et les
   gouffres de l'âme.

Le deuxième jour, il a crée le ciel, les fleuves, les mers, les océans ;
Et tous les sentiments,
Il les a donnés à Hamlet, à César, à Antoine, à Cléopâtre,
   à Ophélie,
A othello et à d'autres,
Pour qu'ils soient à eux et à leurs descendants,
Siècle après siècle.

Le troisième jour, il a appelé l'ensemble des hommes
Pour leur apprendre tous les goûts :
Goût du bonheur, de l'amour, du désespoir,
Goùt de la jalousie, de la gloire, et ainsi de suite,
Jusqu'à l'épuisement des goûts.
Alors sont arrivés quelques individus de la dernière heure ;
Le créateur leur a caressé la tête avec compassion
En leur disant qu'il leur restait à devenir
Critiques littéraires
Et à contester son oeuvre.

Le quatrième et le cinquième jours furent réservés au
    rire
Il a lâché les clowns
Pour faire des pirouettes;
Il a distrait les rois, les empereurs
Et les autres infortunés de la terre.

Le sixième jour, il a résolu quelques problèmes
   administratifs ;
Il a déclenché une tempête,
Et appris au roi Lear
A porter une couronne de paille.
Comme il ne restait de la création du monde que quelques
   déchets,
Il en fit Richard III.

Le septième jour, il regarda s'il avait encore quelque
   chose à accomplir.
Les directeurs de théâtre avaient couvert la terre
d'affiches ;
Shakespeare pensa qu'après tant de la labeur,
Il méritait lui aussi de voir un spectacle.
Mais, tout d'abord, parce qu'il était fatigué à l'extrême,
Il alla mourir un peu.

Marin Sorescu. (traduction d'Alain Bosquet)

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : mai 8, 2011  12:34


De la main on lui a couvert un oeil

Et montré le monde

Dessiné

Sur un grand panneau.

-Quelle est cette lettre ?

Lui a-t-on demandé.

-La nuit, a-t-il répondu.

-Tu te trompes, c'est le soleil.

La nuit, on le sait tous,

N'a pas de rayons. Et celle-là ?

-La nuit.

-Tu me fais rire !

C'est la mer, elle n'est pas

Si obscure, la mer.

Et celle-là ?

L'homme a hésité un peu

Et puis a répondu :

-La nuit.

-Oh, c'est la femme.

La nuit n'a pas de seins, mon vieux.

C'est sans doute à cause des cheveux, noirs,

Que tu t'es trompé. Et celle-là ?

Regarde-la bien.

Avant de répondre.

-Toujours la nuit.

-Dommage, tu n'as toujours pas deviné :

C'était toi cette lettre.

Toi.

Au suivant !



Marin Sorescu
(Angle)



-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : janvier 13, 2012  12:29

Deux poésies de Lucian Avramescu

Oyez, oyez …

trop d’acteurs sur le podium d’une réplique
cria le metteur en scène hors de lui,
trop de metteurs en scène sur la clavicule d’un con*****é
cria l’acteur se déshabillant de son rôle,
trop de spectateurs pour une seule messe
cria l’ange venu faire un contrôle,
trop peu de souffleurs pour tout cela
chuchota le diable en tirant le rideau


*
Un ange de femme

diable, j’ai dit,
tu as mal à la dent de sagesse
moi j’ai mal à la dent de l’amour
diable, j’ai dit,
tu as mal au verni de tes ongles
moi j’ai mal à la dent de l’amour
diable, j’ai dit,
tu as mal à la beauté d’une autre
moi j’ai mal à la dent de l’amour
diable, j’ai dit,
tu as mal seul le diable sait où
moi j’ai mal aux peupliers de l’amour non partagé
diable, j’ai dit
et quel ange de femme elle était.

Lucian Avramescu
traduit du roumain par Cindrel Lupe


*
Méditation en rythme de marée – A.E. Baconsky


Rien qu’en silence et pensant seul par toi-même à tout,
t’arrives à comprendre que de tous tes souhaits peu en restent près de toi,
rien que voyant comment s’allument – s’éteignent dans la nuit
tous tes sentiers égarés – rien qu’en laissant
que leur poudre t’envoûte tu sauras à la fin
que le regret est le jaune serpent qu’en rêve
tu entendais comme la rivière s’endormant à tes pieds,
s’endormant et encore se réveillant. Sans parole, sans cri :
la route que tu as foulée, que tu le cries, que tu le siffles,
ne retournera vers toi ; sa boule noire et brune
quelqu’un l’a jetée dans l’océan. Plus que tout remord
le silence est meilleur. Rien qu’en silence et pensant par toi-même
tu arrives à comprendre que le passé est une maison déserte,
pour tous
tes péchés le salut est dans le temps seulement, rien qu’en rouge,
est en hommes seulement, dans leurs faits. Silence derrière !
Tout est seulement là-devant, tout est en face. Cours et oublie,
ce que tu n’oublieras te suivra en même temps que la harde
de cerfs transparents, qui peut-être sont tes rêves.
Tout est rien que devant, le tout, les années
qui brûlent et t’accueillent en chemin

AE Baconsky.
traduit du roumain par Cindrel Lupe
site lyrique.roumaine


-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : janvier 14, 2012  10:58

Je ne sais pas – George Lesnea

Je ne sais pas pour qui je puise
Plein de mots enflammés sur la neige du papier.
Il faut quelque chose de profond et fort que je dise
Avant de rentrer dans la crypte de l’éternité.
Il faut mouiller ma plume dans mon cœur jusqu’au fond,
Ecrire sur l’automne qui vit dans mes pensées,
Saisir une étoile par sa corde de rayons
Et aux huisseries l’accrocher.
Il faut chanter les hommes et chanter l’univers,
Tant que j’ai le temps …
Ramasser mon âme gisante sur la terre,
Dans des poèmes la voir renaissant.


George Lesnea*
traduit du roumain par Cindrel Lupe


***

Décembre : Fête Nationale de la Roumanie)
Ce que je te dédie, ma douce Roumanie –

Ce que je te dédie, ma douce Roumanie
Mon pays de gloires, mon pays désir ?
Que des bras nerveux, l’arme de l’énergie,
A ton grand vécu, un plus grand avenir !
Coule le vin en coupes, écume le calice,
Si tes fiers dauphins le souhaitent ainsi ;
Car la roche perdure, si la vague périsse,
Ma douce Roumanie, ça je te dédie !

Rêve de vengeance obscur comme la tombe
Ton épée de sang de l’ennemi fumant,
Et dessus la hydre dans la brise flambe
Ton rêve de gloires fier et triomphant,
Que disent au grand monde des flammes tricolores,
Que disent du brave peuple, du Roumain pays,
Quand sacrée s’allume sa candide aurore,
Ma douce Roumanie, ça je te dédie.

L’archange de l’amour, ce pacifique archange,
Sur l’autel de Vesta discret souriant,
Celui qui aveugle Mars par ses louanges,
Quand au monde s’envole sa lampe éclairant,
Qu’à ton sein tout vierge il trouve son appui,
Goûte le bonheur divin de ce paradis,
Prends-le dans tes bras, des autels fais-lui,
Ma douce Roumanie, ça je te dédie.

Ce que je te dédie, ma douce Roumanie,
O, jeune épouse, mère pleine d’amour !
Tes dauphins en frères vivront-ils depuis
Comme de nuit les astres, comme l’éclat du jour,
Ta vie soit sans cesse, gloire et liesse,
Armes fortes qui servent, un roumain esprit,
Rêve de vaillance, gloire et hardiesse,
Ma douce Roumanie, ça je te dédie !


Mihai Eminescu
Traduit du roumain par Tudor Miric
site lyrique.roumanie

*Ce message a été édité le 14-Jan-2012 11:00 AM par -grimalkin-*




-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : janvier 19, 2012  11:21

cette poésie roumaine contemporaine est très belle !
***********


Clinique jaune


Septembre
comme une abeille d’or avec des lourds ailerons
septembre
comme un renard furtif sur les collines sur les vallons
septembre
comme un chevalet avec des traces de doigts mouillées dans du cinabre
septembre
s’éteignent lentement les couleurs comme dans un candélabre.
C’est l’automne
retournent en terre les pactoles
les tziganes dévorent leur violes
dans les arbres il semble que des troupeaux frémissaient
sur les routes il y a éboulement de monnaies.
Septembre
comme une clinique jaune où on attend des pluies à outrance
septembre
comme une clinique jaune où l’au-delà commence
septembre
comme une maternité des gestantes feuilles
septembre
tu es sûr que le paradis est tout près
et cela sur les lèvres tu le recueilles.



Dan Galbrina
traduit du roumain par Cindrel Lupe
site lyrique-roumanie
*

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : janvier 24, 2012  05:08



L’Absence

Cette pensée même me brûle la racine des cheveux

… Il se trouve partout
mais cela veut dire absence,
voilà une vérité comme une geôle bâtie par le détenu,
en vain les fidèles viennent et font, du marteau-piqueur,
des trous parfumés dans le ciel.

Montre-Toi
sois face à moi
j’exige une courte présence
comme l’éclat du sabre touchant le cou du condamné
je te demande une présence brève comme un haïku,
viens par trois fois

Vous, Tézigue, Toi !
et pourtant et pourtant
un vent s’adoucit
entre Il est
et je suis.
*

Portrait

Ce poème s’écrit tard
lorsque tous sont partis ou plus personne n’est en vie …
… j’essaie de sortir, de ma bouche
et je me cogne durement des dents …
que nous étions beaux et si sages
avec le paradis tout près, à portée de la main.
Pourvu que tu viennes enfin ma doué
afin de bien clouer mon portrait.

Dan Galbrina
traduit du roumain par Cindrel Lupe
lyrique-roumaine
*