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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : Au hasard andré balthazar

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : janvier 1, 2012  03:43


" Ni tripoteur de mots, ni dépiauteur de syllabes, ni jongleur calembourique, ni prestidi, ni
éructeur, ni bonneteur, ni accrosticheur, ni, ni, j'aime ces artificiers qui bousculent les
lexiques, chambardent les grammaires, tirent les phrases à eux (les beaux draps), chantent et
tempêtent.
Cascadeurs au porte-plume ébouriffé. Ils m'en mettent plein la vue, plein la tête.
Gonflent mon baluchon et me jettent à la rue, tout ébloui de leurs libertés, de leurs coups de
gueule et de cœur.
En dièses et en bémols. " André Balthazar.



L'ABEILLE

L'abeille a le corsage de son miel.
Son ventre fuse et diffuse, arrondit la chambre. Le voile des rideaux (remparts dont la
transparence l'irrite ; d'un coup le zézaiement se fait colère) enveloppe ce fuseau qui s'empêtre.
Dans l'air, en larges diagonales entre des instants de piétinements chercheurs, des va-et-vient
remplissent tout. Au fond de l'oreille, le cérumen absorbe cette musique voyageuse : ariette qui
tourne et qui soudain s'efface ... La chambre retrouve de la raideur dans ses quatre murs. Puis,
soudain, redémarre le tourniquet doré, têtu, broyeur de vitres.

Plus trapue que la guêpe, elle possède la souplesse qu'exige la diversité des calices : elle
butine le cul en l'air quand il le faut, circule en acrobate prudente parmi les étamines et
pistils qui la poudrent.
Elle ronronne de gourmandise. Parfois déçue (ou le sang à la tête), elle grogne et quitte les
lieux vers d'autres petits fours.

Elle rentre, égarée, et circule un instant, le temps d'une pensée. Et s'en va.
Reste dans l'air un peu de sucre.


ex Buffonneries de André Balthazar - éd. Le Daily-Bul 1990

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : octobre 26, 2009  00:00


Quand une petite idée lui venait, il la voyait germer comme dans un pot sur le bord d'une
fenêtre. Ciboulette ou bégonia aimant l'ombre et la lumière, à portée de la main et du regard,
sans manières.
Idée à faibles racines, à fleur de terre, à la tige encore tendre, n'ayant que l'ambition
d'exister dans son pot et peut-être un jour d'en sortir pour flâner à l'air libre.
André Balthazar




En vieillissant, Je sentait bien que tout n'allait pas pour le mieux ( le mieux, qu'était-ce, à
vrai dire ? ). Il pensait un peu gris et en tirait des réflexions grises.
Il tentait bien de s'écarter de ces marigots en frayant, avec des tisanes apaisantes. En se
forçant parfois. Ainsi s'obligeait-il à croire à la sagesse des fleurs qui perdent leurs pétales,
qui tombent de leurs tiges et s'évaporent, dans la terre d'un parterre.

Cette sagesse (un mot qu'il employait avec un fin sourire) le réconfortait; il la respirait comme
une façon de garder confiance en l'ordonnance du monde et à la cohérence des jours et des
lendemains.
Faisaient farine à son moulin l'eau qui s'écoule, l'air qui respire, la brume qui s'effiloche...
En ces moments de rêvasserie, il se sentait mieux, dans sa nacelle sans ballon.

***

Je ne sait plus bien, entre la bonhomie et le sarcasme, ce qu'il en est de son bon, son mauvais
caractère. Il y a quelques années encore, il maîtrisait sa voix, sa langue, pouvait beurrer une
bonne parole; aujourd'hui, sans en être au cri, il parle haut, ne supporte aucune égratignure, ni
de sa femme, ni de son chat. Il répond sans tendresse et son ironie aujourd'hui mord et lui
laisse au coin des lèvres un rien d'écume.
Il tourne mal, le sait, se l'avoue à lui seul, n'ayant plus d'envol pour l'avouer aux autres.
L'âge le cogne.
Son humeur suinte.

***

(Monologue intérieur)

C'est toi ce je dont Je regarde le reflet dans la vitrine du pâtissier ? Ce je courbé, avec au
haut du dos cette petite bosse -un peu zébu -qui semble rompre son équilibre ?

Je, vieux compagnon des grands beaux jours, redresse- toi, redresse ton image dans cette vaste
vitre, au milieu, de ces babas au rhum, ces tartelettes aux fraises, ces frangipanes, ces
charlottes, ces religieuses... Relève la tête, bombe un rien la poitrine, hume l'air ( il est
sucré), mets les mains, droites et appliquées, dans les poches de ton veston, surveille ( un peu
plus bas) le pli de ton pantalon et éloigne-toi, quand même, d'un pas rénové, de ce miroir aux
merveilles.
Tu peux gagner ton paradis.

***

Sans être trop modeste ni méprisant, Je n'a rien à faire (ni à voir) avec lui-même. Il se
supporte, comme aux porte-manteaux qu'il aperçoit, il voit suspendus des pardessus et des lodens.
Cela ne le désespère pas. Au contraire. Cela le réconforte de se jauger à bonne mesure, de ne pas
surestimer ses forces et ses mérites, de ne pas gonfler d'air plein sa poitrine plate.
Dans des moments de vague à l'âme à fleur d'eau, il se dit même qu'en cas d'accident il y a moins
à perdre un peu de poussière que de gros os.

***

Parfois Je voudrait se dissoudre dans sa mémoire, rejoindre son passé comme si de rien n'était.
Retrouver, solide, un seau sur le sable pour un pâté qui serait un château; un morceau de
chocolat noir avec, en relief, un petit éléphant à faire disparaître lentement, du bout de la
langue; le chant des billes de verre et de terre dans son cartable en carton simili cuir; la
chute des marrons brillants dans leur bogue éclatée et si vite ternes, comme des illusions déjà
perdues. ..
Anéantissement peuplé de petits riens radieux.

***

Il avait un tel poids de tristesse en lui qu'il n'y voyait plus clair. Moins claire encore la
raison de ce poids.
Une larme mal digérée ? Une allumette mouillée ? Un brin de muguet séché retrouvé entre deux
pages d'un livre à relire ?
Il ne savait pas d'ailleurs s'il était bon de savoir, ni de relire les livres lus.
Il portait son poids comme son coeur, avec quelque essoufflement quand il laçait ses chaussures,
surtout le soir, parfois le matin.
Il lui arrivait de respirer profondément d'expulser un peu d'air et de retrouver un équilibre de
ballon dégonflé.
Il pensait aux pêcheurs de perles ou d'éponges, au ciel bleu qui ne les empêchait pas d'étouffer.
Je n'avait plus le sommeil rond.

Extraits de Les pas perdus (Éd. L'Escampette),de André Balthazar.






-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : décembre 22, 2011  04:26


Silence sec. Infini qui se tâte et tâtonne.
Le grain de sable se mesure au désert, à la plage, aux horizons d’un temps
qui s’oublie. Pépite silencieuse.
Il se perd à ne ressembler qu’à lui-même, et fabrique inlassablement son
image pour bâtir des dunes et des blondeurs immenses. Anonymat qui le
grandit et le noie... En plein désert... Qui bouleverse son ombre...
L’ombre...
Chuintement , grésillement. Poussière de sauterelle. Poussière de verre.
Glissade. Nuit vraiment blanche.
Mer morte, bavarde.
Horizon qui se répète et déplace ses lignes sans y toucher, bien qu’à bout
de bras.
Esquive ou préméditation.
Au bord du ciel, au bord des yeux, le miroir bégaye, se distribue et
s’élastique. Miroir à lunettes, à la recherche de ses images et de ses
venus. Mirages à double sens, mouillés comme une caresse de mica, dans
le souffle palpable d’un soleil blanc. Ou sous la lune pleine.
Secret sécrété dispersé.
Murmures de grains de peau, de brins de soleil, de petits os, de petites
dents (brûlantes dans le grain qui crisse), de têtes d’épingles, de pattes de
mouches, d’ongles, de becs infiniment pointus, de dés à coudre...
Sciure d’oreille.
Tonnerre en cendres.
Mémoire d’oublis.
Il arrive que ce désert émietté, riche surplace, plein de tout nulle part,
s’impose des frontières. S’offre de plus secrets vertiges en réduisant son
champ sa nappe, en mesurant ses rêves trop distendus, trop au large, en
tranchant des franges et des vapeurs, et des dilutions d’espace... Qu’il
s’enferme dans un lopin d’infini, dans un périmètre transmigré. Et poste
sa garde, à la lisière des soifs et des dehors...
Ainsi dans ces lucarnes blanchâtres, fauves, ou gris de terre peu cuité,
cernées de noir quand la nuit veut tomber (toutes noires soudain, de
l’autre côté du jour), une vie immobile veille, recroquevillée et ouverte,
ainsi qu’une ombre de spirale’ hors du temps.

André Balthazar
dossiers littérature française de Belgique
*Ce message a été édité le 22-Dec-2011 4:28 AM par -grimalkin-*