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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : Je vous salue marie!

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : février 10, 2012  11:22


Quand j'étais un petit enfant

Ma mère ne m'habillait que de bleu et de blanc

O Sainte Vierge

M'aimez-vous encore

Moi je sais bien que je vous aimerai

Jusqu'à ma mort

Et cependant c'est bien fini

Je ne crois plus au ciel ni à l'enfer

Je ne crois plus je ne crois plus

Le matelot qui fut sauvé

Pour n'avoir jamais oublié

De dire chaque jour un Ave

Me ressemblait me ressemblait

Apollinaire



Mademoiselle Marie
Vous êtes grosse, dit l’ange,
Vous aurez un fils sans mari
Pardonnez si je vous dérange.

Cette façon d’annoncer
Les choses par la fenêtre
Étonne un peu la fiancée
Qui son amour voudrait connaître.

L’ange s’en va, comme fonte
Des neiges, vers l’inhumain.
La petite a un peu honte
Et se cache dans ses mains.

Jean Cocteau.




Epsilon
Modérateur
France

Date du message : octobre 25, 2009  00:43


Notre-Dame de Chartres

Je suis noire, mais je suis belle,
Couleur des immenses labours
Dont la Providence éternelle
Nourrit le blé, couleur de jour,

Et, comme la glèbe, je porte,
À l’insu de mes laboureurs,
Le pain secret qui réconforte
Aussi bien que les corps, les cœurs.

Ce bon peuple m’a devinée,
Avant la naissance de Dieu,
Comme divine et désignée
Pour alléger le poids des cieux.

Parmi les divinités sombres
Qui régnaient sur le vieux pays,
Filles de la peur et de l’ombre,
Je fus la seule qui sourît...
Et nul ne se doutait encore,
En ce sourcilleux Occident,
Que je portais en moi l’aurore
En train de poindre à l’Orient.

Je suis noire, mais je suis belle.
Mon peuple a compris ma beauté.
Il fut, avant la foi, fidèle
Et je lui dois fidélité.

Sur la plaine qu’il a fouie,
Je pousserai deux hautes tours,
Pour que ses moissons soient bénies
De leur grande ombre, chaque jour...

Henri GHÉON


-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : octobre 25, 2009  05:13


poème de Francis Jammes, 1954


Par le petit garçon qui meurt près de sa mère
Tandis que des enfants s'amusent au parterre
Et par l'oiseau blessé qui ne sait pas comment
Son aile tout à coup s'ensanglante et descend
Par la soif et la faim et le délire ardent
Je vous salue Marie

Par les gosses battus, par l'ivrogne qui rentre
Par l'âne qui reçoit des coups de pied au ventre
Et par l'humiliation de l'innocent châtié
Par la vierge vendue qu'on a déshabillée
Par le fils dont la mère a été insultée
Je vous salue Marie

Par la vieille qui, trébuchant sous trop de poids
S'écrie: "Mon Dieu!"

Par le malheureux dont les bras
Ne purent s'appuyer sur une amour humaine
Comme la Croix du Fils sur Simon de Cyrène
Par le cheval tombé sous le chariot qu'il traîne
Je vous salue Marie

Par les quatre horizons qui crucifient le monde
Par tous ceux dont la chair se déchire ou succombe
Par ceux qui sont sans pieds, par ceux qui sont sans mains
Par le malade que l'on opère et qui geint
Et par le juste mis au rang des assassins
Je vous salue Marie

Par la mère apprenant que son fils est guéri
Par l'oiseau rappelant l'oiseau tombé du nid
Par l'herbe qui a soif et recueille l'ondée
Par le baiser perdu par l'amour redonné
Et par le mendiant retrouvant sa monnaie
Je vous salue Marie


Francis Jammes


Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : mai 7, 2011  05:32

Mai le mois de Marie.. le moi des rosaires.. des chapelets que l'on égranait, dans la
petite chapelle,
de mon Institution..au fil des jours.. chaque jour... dans l'odeur des cierges qui
brûlaient,et le murmure de nos voix, reprenant inlassablement "Je vous salue Marie.."


Annonciation.

La Vierge marie a fermé les yeux
Et voilé son coeur de ses deux paupières
Pour ne plus rien voir, pour entendre mieux
Un souffle qui fait trembler ses prières...

Un frisson le long du petit jardin
A couru.. Qui vient ? La feuille nouvelle ?
Qui passe ?... Un oiseau sort du ciel. Soudain,
La graine des champs les sent partir d'elle.

Le vent sur le toit vient de rencontrer
Dessus un oiseau que l'azur apporte.
Qui vole ? le ciel a poussé la porte,
La porte a chanté, un Ange est entré.

Un Ange a parlé tout bas dans la chambre.
Toi seule, ô Marie, entends ce qu'il dit.
Toi seule dans l'ombre et le Paradis.
Il a semé Dieu tout grand dans tes membres.

Je ne l'ai pas vu. Mais en s'en allant
- J'étais sur le pas ému de la porte -
Il laissé choir dans mon coeur tremblant
Un grain murmurant du Verbe qu'il porte

Il a fait tomber à la place en moi
La plus ignorée et la plus profonde
Un mot où palpite on ne sait pas quoi
Un mot dans mon sein pour le mettre au monde.

Ah! comment un mot sortira-t-il bien
De moi que voilà qui suis peu savante ?
Mais le Saint-Esprit - je suis sa servante -
S'il veut qu'il me naisse y mettra du sien.


Marie-Noël.   "Le rosaire des joies".



Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : mai 7, 2011  05:51

Berceuse de la Mère-Dieu.

Mon Dieu qui dormez faible entre mes bras,
Mon enfant tout chaud sur mon coeur qui bat,
J'adore en mes mains et berce étonnée,
La merveille, ô Dieu, que vous m'avez donnée.

De fils, ô mon Dieu, je n'en avais pas.
Vierge que je suis, en cet humble état,
Quelle joie en fleur de moi serait née ?
Mais Vous, Tout-Puissant, me l'avez donnée.

Que rendrai-je à Vous, moi sur qui tomba
Votre grâce ? Ô Dieu, je souris tout bas
Car j'avais aussi, petite et bornée,
J'avais une grâce et Vous l'ai donnée.

De bouche, ô mon Dieu, Vous n'en aviez pas
Pour parler aux gens perdu d'ici-bas...
Ta bouche de lait vers mon sein tournée,
Ô mon fils, c'est moi qui te l'ai donnée.

De main, ô mon Dieu, Vous n'en aviez pas
Pour guérir du doigt leurs pauvres corps las...
Ta main, bouton clos, rose encor gênée,
Ô mon fils, c'est moi qui te l'ai donnée.

De chair, ô mon Dieu, Vous n'en aviez pas
Pour rompre avec eux le pain du repas...
Ta chair au primtemps de moi façonnée,
Ô mon fils, c'est moi qui te l'ai donnée.

De mort, ô mon Dieu, Vous n'en aviez pas
Pour sauver le monde... Ô douleur ! là-bas,
Ta mort d'homme, un soir, noire, abandonnée,
Mon petit, c'est moi qui te l'ai donnée.


Marie-Noël . "Le Rosaire des joies" 1931.

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : mai 16, 2011  11:15


qui mieux que la petite Thérèse de Lisieux pouvait mieux chanter Marie !


Je voudrais chanter, Marie, pourquoi je t'aime
Pourquoi ton nom si doux fait tressaillir mon cœur
Et pourquoi la pensée de ta grandeur suprême
Ne saurait à mon âme inspirer de frayeur.
Si je te contemplais dans ta sublime gloire
Et surpassant l'éclat de tous les bienheureux
Que je suis ton enfant je ne pourrais le croire
Ô Marie, devant toi, je baisserais les yeux !...
[...]
Tu nous aimes, Marie, comme Jésus nous aime
Et tu consens pour nous à t'éloigner de Lui.
Aimer c'est tout donner et se donner soi-même
Tu voulus le prouver en restant notre appui.
Le Sauveur connaissait ton immense tendresse
Il savait les secrets de ton cœur maternel,
Refuge des pécheurs, c'est à toi qu'Il nous laisse
Quand Il quitte la Croix pour nous attendre au Ciel.
[...]
Bientôt je l'entendrai cette douce harmonie
Bientôt dans le beau Ciel, je vais aller te voir
Toi qui vins me sourire au matin de ma vie
Viens me sourire encor... Mère... voici le soir !...
Je ne crains plus l'éclat de ta gloire suprême
Avec toi j'ai souffert et je veux maintenant
Chanter sur tes genoux, Marie, pourquoi je t'aime
Et redire à jamais que je suis ton enfant !...

Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus
(extraits du poème "Pourquoi je t'aime, ô Marie!")

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : mai 16, 2011  11:36

je retrouve dans ma bibliothèque ce livre de Gilles Vigneault : " Avec les vieux mots"

MON PAYS

Mon pays ce n'est pas un pays c'est l'hiver
Mon jardin ce n'est pas un jardin c'est la plaine
Mon chemin ce n'est pas un chemin c'est la neige
Mon pays ce n'est pas un pays c'est l'hiver

Dans la blanche cérémonie
Où la neige au vent se marie
Dans ce pays de poudrerie
Mon père a fait bâtir une maison
Et je m'en vais être fidèle
A sa manière à son modèle La chambre d'amis sera telle
Q'on viendra des autres saisons
Pour se bâtir à côté d'elle

Mon pays ce n'est pas un pays c'est l'hiver
Mon refrain ce n'est pas un refrain c'est rafale
Ma maison ce n'est pas ma maison c'est froidure
Mon pays ce n'est pas un pays c'est l'hiver

De mon grand pays solidaire
je crie avant que de me taire
A tous les hommes de la terre
Ma maison c'est votre maison
Entre mes quatre murs de glace
je mets mon temps et mon espace
A préparer le feu la place
Pour les humains de l'horizon
Et les humains sont de ma race

Mon pays ce n'est pas un pays c'est l'hiver
Mon jardin ce n'est pas un jardin c'est la plaine
mon chemin ce n'est pas un chemin c'est la neige
Mon pays ce n'est pas un pays c'est l'hiver

Mon pays ce n'est pas un pays c'est l'envers
D'un pays qui n'était ni pays ni patrie
Ma chanson ce n'est pas ma chanson c'est ma vie
C'est pour toi que je veux posséder mes hivers...

Gilles Vigneault

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : mai 18, 2011  09:00

   Visitation. (extrait)

Louange à cette petite fille de la campagne
Qui a mérité d'être la Mère de Dieu !
Il me semble qu'elle était née en Bretagne
Et qu'elle a vécu là, sous mes yeux...
Je connais la colline où vit Elisabeth,
C'est à seize kilomètres de chez moi,
Un peu avant d'arriver à Bénodet ;
Un ancien moulin entre une lande et un bois,
Marie est venue là avant que d'être mère...

Elle est l'unique,
Elle est saluée par Gabriel ;
Elle le mérite:
C'est pourquoi Dieu est sur elle.
Il est en elle, il est autour d'elle ;
Elle est sa nourrice et sa mère ;
Elle est sa reine, il est son roi,
Vierge unique, veillez sur moi.

Max Jacob. "Anthologie de la Poésie mariale" Henri Chandavoine

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : mai 18, 2011  10:40

   Femme de soleil blanc;

Femme que la lumière et que la mer saluent
je salue dans ton corps le peuple de l'été,
je salue dans ton corps où la nuit m'a jeté
l'enfance qui commence et la lune qui mue.

Mère des corps vivants, Mère des corps nouveaux
je salue dans ton corps les corps transfigurés,
je salue dans ton corps tous les corps rassemblés
pour la force du feu et la force des eaux.

Femme de soleil blanc, Mère des pays frais
je salue dans ton sang, femme que salue l'or,
tous les corps délivrés du sang et de la mort,
je salue dans ton sang le sel, l'huile et le lait.

Mère ressuscitée, ma mort qui devient vie
salue dans ton amour l'amour même du Père,
salue la terre en toi ouverte à la vraie terre
et la chair épousée et l'Eglise accomplie.

Mère miraculeuse, Eve renouvelée
je salue dans ton nom la naissance du monde
salue dans ton nom la mesure du monde
et la neige de dieu sur les forêts brûlées.

Femme royale et forte, ô femme dans le Christ
Je salue dans ton corps la porte incantatoire,
Je salue dans ton corps le mystère de gloire
que la chair connaîtra aux noces de l'Esprit !

Jean-Claude Renard. "En une seule vigne" 1959