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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
décembre 31, 2011 01:59
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Les fenêtres.
Las du triste hôpital, et de l'encens fétide Qui monte en la blancheur ba nale des rideaux Vers le grand crucifix ennuyé du mur vide, Le moribond sournois y redresse un vieux dos, Se traîne et va, moins pour chauffer sa pourriture Que pour voir du soleil sur les pierres, coller Les poils blancs et les os de la maigre figure Aux fenêtres qu'un beau rayon clair veut hâler. Et la bouche, fiévreuse et d'azur bleu vorace, Telle, jeune, elle alla respirer son trésor, Une peau virginale et de jadis! encrasse D'un long baiser amer les tièdes carreaux d'or. Ivre, il vit, oubliant l'horreur des saintes huiles, Les tisanes, l'horloge et le lit infligé, La toux; et quand le soir saigne parmi les tuiles, Son oeil, à l'horizon de lumière gorgé, Voit des galères d'or, belles comme des cygnes, Sur un fleuve de pourpre et de parfums dormir En berçant l'éclair fauve et riche de leurs lignes Dans un grand nonchaloir chargé de souvenirs! Ainsi, pris du dégoût de l'homme à l'âme dure Vautré dans le bonheur, où ses seuls appétits Mangent, et qui s'entête à chercher cette ordure Pour l'offrir à la femme allaitant ses petits, Je fuis et je m'accroche à toutes les croisées D'ou l'on tourne l'épaule à la vie et, béni, Dans leur verre, lavé d'éternelles rosées, Que dore le matin chaste de l'Infini Je me mire et me vois ange! et je meurs, et j'aime - Que la vitre soit l'art, soit la mysticité - À renaître, portant mon rêve en diadème, Au ciel antérieur où fleurit la Beauté! Mais hélas! Ici-bas est maître: sa hantise Vient m'écoeurer parfois jusqu'en cet abri sûr, Et le vomissement impur de la Bêtise Me force à me boucher le nez devant l'azur. Est-il moyen, ô Moi qui connais l'amertume, D'enfoncer le cristal par le monstre insulté Et de m'enfuir, avec mes deux ailes sans plume - Au risque de tomber pendant l'éternité?
Stéphane Mallarmé (1842-1898) *Ce message a été édité le 25-Oct-2009 12:20 AM par Epsilon*
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
octobre 25, 2009 00:23
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Autre éventail de Mademoiselle Mallarmé
Ô rêveuse, pour que je plonge Au pur délice sans chemin, Sache, par un subtil mensonge, Garder mon aile dans ta main. Une fraîcheur de crépuscule Te vient à chaque battement Dont le coup prisonnier recule L'horizon délicatement. Vertige ! voici que frissonne L'espace comme un grand baiser Qui, fou de naître pour personne, Ne peut jaillir ni s'apaiser. Sens-tu le paradis farouche Ainsi qu'un rire enseveli Se couler du coin de ta bouche Au fond de l'unanime pli ! Le sceptre des rivages roses Stagnants sur les soirs d'or, ce l'est, Ce blanc vol fermé que tu poses Contre le feu d'un bracelet.
Stéphane Mallarmé
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
octobre 25, 2009 05:38
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Las de l’amer repos où ma paresse offense…
Las de l’amer repos où ma paresse offense Une gloire pour qui jadis j’ai fui l’enfance Adorable des bois de roses sous l’azur Naturel, et plus las sept fois du pacte dur De creuser par veillée une fosse nouvelle Dans le terrain avare et froid de ma cervelle, Fossoyeur sans pitié pour la stérilité, — Que dire à cette Aurore, ô Rêves, visité Par les roses, quand, peur de ses roses livides, Le vaste cimetière unira les trous vides ? — Je veux délaisser l’Art vorace d’un pays Cruel, et, souriant aux reproches vieillis Que me font mes amis, le passé, le génie, Et ma lampe qui sait pourtant mon agonie, Imiter le Chinois au cœur limpide et fin De qui l’extase pure est de peindre la fin Sur ses tasses de neige à la lune ravie D’une bizarre fleur qui parfume sa vie Transparente, la fleur qu’il a sentie, enfant, Au filigrane bleu de l’âme se greffant. Et, la mort telle avec le seul rêve du sage, Serein, je vais choisir un jeune paysage Que je peindrais encor sur les tasses, distrait. Une ligne d’azur mince et pâle serait Un lac, parmi le ciel de porcelaine nue, Un clair croissant perdu par une blanche nue Trempe sa corne calme en la glace des eaux, Non loin de trois grands cils d’émeraude
Stéphane Mallarmé
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
octobre 25, 2009 05:42
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il y a du Racine en Mallarmé!
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
octobre 27, 2009 23:05
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Quelle soie aux baumes de temps
Quelle soie aux baumes de temps Où la Chimère s'exténue Vaut la torse et native nue Que, hors de ton miroir, tu tends !
Les trous de drapeaux méditants S'exaltent dans une avenue : Moi, j'ai ta chevelure nue Pour enfouir des yeux contents.
Non. La bouche ne sera sûre De rien goûter à sa morsure, S'il ne fait, ton princier amant,
Dans la considérable touffe Expirer, comme un diamant, Le cri des Gloires qu'il étouffe.
STEPHANE MALLARME
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
novembre 1, 2009 01:35
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Tristesse d’été Le soleil, sur la table, ô lutteuse endormie, En l’or de tes cheveux chauffe un bain langoureux Et, consumant l’encens sur ta joue ennemie, Il mêle avec les pleurs un breuvage amoureux. De ce blanc Flamboiement l’immuable accalmie T’a fait dire, attristée, ô mes baisers peureux, « Nous ne serons jamais une seule momie Sous l’antique désert et les palmiers heureux ! » Mais ta chevelure est une rivière tiède, Où noyer sans frissons l’âme qui nous obsède Et trouver ce Néant que tu ne connais pas. Je goûterai le fard pleuré par tes paupières, Pour voir s’il sait donner au cœur que tu frappas L’insensibilité de l’azur et des pierres.
STEPHANE MALLARME
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
novembre 1, 2009 05:41
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Dans le jardin
La jeune dame qui marche sur la pelouse Devant l'été paré de pommes et d'appas, Quand des heures Midi comblé jette les douze, Dans cette plénitude arrêtant ses beaux pas,
A dit un jour, tragique abandonnée - épouse - A la Mort séduisant son Poëte : "Trépas ! Tu mens. Ô vain climat nul ! je me sais jalouse Du faux Éden que, triste, il n'habitera pas."
Voilà pourquoi les fleurs profondes de la terre L'aiment avec silence et savoir et mystère, Tandis que dans leur coeur songe le pur pollen :
Et lui, lorsque la brise, ivre de ces délices, Suspend encore un nom qui ravit les calices, A voix faible, parfois, appelle bas : Ellen !
Stéphane Mallarmé
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
juillet 28, 2010 04:35
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SES PURS ONGLES
Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx, L'Angoisse, ce minuit, soutient, lampadop*****, Main rêve vespéral brûlé par le Phénix Que ne recueille pas de cinéraire amp***** Sur les crédences, au salon vide : nul ptyx, Aboli bibelot d'inanité sonore, (Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx Avec ce seul objet dont le Néant s'honore). Mais proche la croisée au nord vacante, un or Agonise selon peut-être le décor Des licornes ruant du feu contre une nixe, Elle, défunte nue en le miroir, encor Que, dans l'oubli fermé par le cadre, se fixe De scintillations sitôt le septuor.
Stéphane Mallarmé
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
juillet 28, 2010 10:17
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Si tu veux nous nous aimerons.
Si tu veux nous nous aimerons Avec tes lèvres sans le dire Cette rose ne l'interromps Qu'à verser un silence pire
Jamais de chants ne lancent prompts Le scintillement du sourire Si tu veux nous nous aimerons Avec tes lèvres sans le dire
Muet muet entre les ronds Sylphe dans la pourpre d'empire Un baiser flambant se déchire Jusqu'aux pointes des ailerons Si tu veux nous nous aimerons.
Stéphane Mallarme. "Autres poèmes".
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
juillet 28, 2010 10:34
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Larme. (A ma soeur)
Oh ! je voudrais pleurer ! pleurer sous la feuillée Loin des rires humains, loin du chant des oiseaux ! Pleurer... sur qui ? sur ceux dont la vie effeuillée, Comme une fleur au vent, vola vers les tombeaux ?..
Non : sur moi. - Car c'est moi qui suis le mort, mon ange, C'est moi dont le coeur froid se revêt d'un linceul ! Moi... qui rêve à l'azur, les deux pieds dans la fange. J'ai tout perdu, ma pauvre, ... - Oh ! je voudrais pleurer !
Stéphane Mallarmé Messe des morts, 1859 "Rêveries" in " Poésies".
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