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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
décembre 4, 2011 10:42
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Gratitude dans l’Éden
Le ciel est si touffu, aujourd’hui, de soleil, Il est une forêt si bleue Sur la verte forêt, Qu’elle m’éblouit et que par ses sentiers Je m’en vais m’égarant.
Je me sens avec toi, par delà l’océan : Dans une île qui est la tienne. Nous sommes libres et jeunes en un royaume Que tout autour limite la tiède rencontre
Des effluves marins avec les arômes D’épices voluptueuses. Libres : soumis, pour toute loi, au sort De jeunes éléments qui nous sont favorables, Et quand de colère se gonfle La trombe destructrice du cyclone, À terre, abattus, pâles, nous nous demandons Quelle faute a bien pu les offenser.
Mais nous sommes aujourd’hui éveillés Par un matin qui nous regarde Avec de doux yeux de gazelle. Il nous voit, enlacés, parcourant cet éden Comme un prolongement de rêve, Si nombreuses sont ici les merveilles Qui semblent suspendues À des branches de songe. Ah ! la jeune faim qui s’éveille en nous Avide, et qui voudrait secouer chaque branche Pour le festin !
Sage, sur l’arbre, le pain nous attend, La banane, pour nous, condense une douceur Qui rassasie, Pour notre soif travaille le tamarinier, Pour nous le cocotier élabore son lait. Mais mon désir va vers la sapotille, Vers cet or rose qui fond dans la bouche Imitant la couleur, la saveur de tes joues. Ah ! tout est fable ici ! tout, ici, a poussé Non pas à la sueur de l’homme Mais bien comme une pure offrande.
Alors, je sens pour la première fois Le don d’une main sur nous étendue. Le geste en moi s’ébauche De ployer le genou, de rendre grâces.
Ce que les livres jamais ne surent me dire, Tout pesants de savoir, Ce que jamais ne me purent éclairer Les villes, aveuglées de clartés, Ce que pas même, en moi, ne fit chanter Le chant de cloches dans le crépuscule, Tout cela je l’entends, enfin, ici.
Et voici que je peux Léger comme le sang des feuilles Qu’on mire à contre-jour par un soleil de mars, Libérée la chair de toute pesanteur, Devenue même, par ces chers liens, Source d’une ineffable gratitude, Je peux sereinement m’élancer jusqu’à Dieu.
Lionello FIUMI.Traduit par Guy Tosi.
Les jours, ils sont trop
Mais non, la vie n’est pas courte. Voici Que le crépuscule, sur le jour Qui m’est né ce matin Et que je caressais tout rose entre mes doigts, S’abat, comme s’abat un faucon Rapace sur une victime innocente.
Mais combien nombreux sont les jours que vous nous donnez, Ô Seigneur, pour voir les fils d’herbe Chaque année renaître, les amandiers Se couvrir ponctuellement, d’un blanc nuage À chaque avril, et se gonfler comme de brunes Mamelles les douces grappes chaque automne ; Combien nombreux les jours pour nous répéter, Seigneur, Que vos dons de vie sont précieux et qu’ils sont beaux.
Si nombreux qu’il y en a même trop. Un soleil aujourd’hui se lève pour moi, demain Un autre se lèvera, puis d’autres encore, Et je dois accumuler en moi les souvenirs Qui me chargeront d’un faix Combien lourd de paroles, De douleurs, de rancœurs, d’amours, de deuils.
Eh ! non, la vie n’est pas courte. Des jours Il en voit assez devant lui l’homme D’infamie, pour ruminer le mal et d’un sang Fraternel baigner Le sol. Des jours, il en voit trop Le puissant, pour préparer, à l’abri De ses murailles bien défendues, Les carnages qui déchireront le monde.
Seigneur, ah ! faites que cette créature Tirée de votre limon réfléchisse Un instant – pour être, si possible, meilleure – Au sort que vous lui pouviez réserver ; Au sort qu’inversement vous avez assigné, dans notre air Même, à l’éphémère qui vole Sans rien savoir et qui, lorsqu’il s’allume, Déjà décline vers le sol où il s’éteindra.
Lionello FIUMI.Traduit par Henri Bédarida.
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
octobre 2, 2009 22:45
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J’ai brisé des vies
Non, ne dites pas que je suis bon. J’ai tué des êtres Moi aussi. Ils ne demandaient pourtant qu’une humble Vie à fleur de terre, Et n’en voulaient nullement à cet arrogant Qu’est l’homme. Ne se contentaient-ils pas d’un grain menu, D’un mince fil d’herbe ? C’était une fête, pour eux, qu’une goutte de rosée, Un paradis pour l’un qu’un rai de soleil et pour l’autre Que le noir même de la nuit.
Je les ai tués. Non pas dans l’ardeur d’un combat : Même pas l’âpre volupté du risque ! Avec l’oisive indifférence De qui arrache une petite feuille, laisse Une minute passer et n’y pense plus.
Voici, je pense à toi, je veux penser à toi, ma victime D’il y a un instant, toi, l’infinitésimal Corpuscule. Tu avais chu sur mon feuillet, Puis de tes petites pattes Admirables tu courais, sans savoir Rien !...
Sublime héroïsme du poète Qui dans ses vers manipule la beauté ! Un crime, oui. Pourrais-je croire, Parce que minuscule était ton corps, que je suis pardonné ? Serait-ce au mètre que se mesure le meurtre ? Créatures aussi, ces petits êtres : dans l’immense Tourbillon de l’univers, Poussière de vie, eux aussi. Et tout cela, Chétives ailes irisées, tout petits yeux Qui à l’instar des nôtres voient et distinguent, Mouvement de mécanismes invisibles Mais parfaits, tout cela ne t’apparaît-il pas, à toi le superbe, Comme le miroir de Dieu ?
Dieu souverain, je m’accuse. J’ai arraché la vie À de vos créatures. Je ne suis pas bon : j’ai tué. Con*****ez-moi à méditer sur la patience De l’araignée, sur les fourmis laborieuses, Sur les mille-pattes étranges comme les épis Du froment, sur la riche palette De telles chenilles que j’écrasai d’un pied Poussé par la colère (ah ! la douceur, par contre, De ramener à la fenêtre un imprudent Hanneton, et de le voir à nouveau planer, Bourdonnement doré, dans le soleil !) Au remords con*****ez-moi pour tous les êtres Auxquels j’ai arraché la vie.
Et si je devais être encore tenté de briser une existence, De grâce, Seigneur, arrêtez, arrêtez ma main.
Lionello FIUMI.Traduit par Henri Bédarida.

FIUMI, Lionello(Rovereto, 1894 - Roverchiara, 1973). Poète, romancier et essayiste. En 1914, il lance le manifeste du « liberismo », tentative pour concilier le futurisme et l’esthétique « crépusculaire ». Grand propagateur de la littérature italienne en France et vice versa, il fonde à cet effet la revue franco-italienne Dante (1932-1940).
*Ce message a été édité le 2-Oct-2009 10:49 PM par Epsilon*
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
octobre 3, 2009 04:46
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Portraits d’aïeux
Portraits d’aïeux, combien, dans votre Froide fixité qui semble nous juger Et qui nous intimide, combien Vous me semblez étrangers à notre monde, Ce monde en folie, Vous qui viviez en un monde au rythme calme, Égal comme le souffle d’un sein plongé Dans le sommeil du juste !
Vous êtes partis en silence, un jour, Sans faire claquer la porte, et derrière vous Vous laissiez un sillage de larmes... Où sont-elles, maintenant, ces larmes ? Évaporées comme l’eau d’une coupe Sous un midi d’été.
Et vous, mes ancêtres, où alliez-vous ? Ne le savait aucun des survivants. Vous-mêmes ne le saviez. Je n’arrive pas, moi, fils D’un âge orgueilleux, À le savoir ! Je serais prompt, certes, à vous faire signe Pour vous appeler à ma table Familièrement : pain, vin, tous les biens De la terre qui précisément fut la vôtre.
Le jeu plaisant que ce serait de vous étonner Comme on étonnerait les indigènes d’une forêt vierge, Grâce à cette lumière Qui jaillit d’un bouton, à la musique Qui s’échappe étrangement d’une caissette, Grâce à tant de choses encore.
Ô vous que je n’ai pas connus ! Vous offrir tout Ce dont je me sens votre débiteur. Si j’existe aujourd’hui sous le soleil, à qui Le dois-je donc, si ce n’est à vous, à la vie Qui fut la vôtre avant que vous soyez ténèbres ? Ce trait qui m’appartient, la nuance De mes yeux, ce défaut que j’ai, ce furent les vôtres. Je vois, j’ai compris.
Comment me sont-ils venus ? J’ai beau me pencher Sur la route cachée que votre sang Suivit, comme en ses aventures secrètes Un fleuve souterrain, avant de m’atteindre. Je ne trouve pas. Je ne trouve rien. Prodige d’une voie Qui est solennel mystère.
Mystère pareil à celui De la semence menue qui devient Un arbre gigantesque ; Pareil à celui des astres Qui suivent dans le firmament leur cours régulier. L’esprit s’égare devant cet abîme D’inconnu. Humble, je courbe le front Sur un mince fil d’herbe et je n’arrive, Anxieux, qu’à balbutier un nom : Dieu.
Lionello FIUMI.
Traduit par Henri Bédarida.
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
juillet 1, 2010 05:07
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en 1937, dans IMAGES DES ANTILLES.
J'ai connu la jouissance de coller, comme à la pointe d'un sein, ma bouche à la bouche d'une noix de coco. On vient de l'ouvrir avec un coup de couteau au sommet de la verte boule qu'un écureuil noir est allé chercher en mettant dans ses poches les lois de l'équilibre et en marchant sur la verticale du tronc comme si c'était, pour lui, la plus commode des lignes horizontales.
Lionello Fiumi
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