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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : Ephrem le syrien

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : décembre 10, 2011  11:56

Quelle modernité, et quelle richesse poètique chez ce théologien qui a eu une grande influence à
son époque et longtemps après;On découvre chez lui une grande poèsie très variée et un souffle
très puissant qui ne laissent pas indifférent comme on peut en juger par soi-même dans cet hymne
sept, alors bonne lecture et bonne découverte à tous!



On sait peu de chose sur la vie d’Éphrem le Syrien (306-373). Son ministère d’allânâ (diacre ?)
et d’hymnographe a eu d’abord pour cadre Nisibe, puis Édesse, deux villes de Mésopotamie,
l’actuel Iraq. Il a composé un corpus considérable de pièces métriques (madrâ_é) dont la
tradition manuscrite est loin de nous laisser, malheureusement, l’intégralité. La thématique de
cette vaste activité littéraire est à la fois doctrinale, polémique et liturgique.(Merci à
Patristique.org pour cette présentation)




HYMNE VII

Qu’Avril de ses bourgeons Lui fasse une couronne !
Pour les foules il a fait un tapis d’herbe : elles ont mangé tout leur saoul.
Merveille que cette bombance sur une autre bombance étendue !
L’Avril visible à l’invisible a fait un beau décor !
Les victoires aux fleurs se mêlent,
Et les lis des champs, dans toute leur splendeur,
Aux signes éclatants que fait Notre-Seigneur.

Refrain :
En Avril ils ont tué
L’Agneau et L’ont mangé,
L’Agneau de Dieu qui vit
Et qui donne la Vie !

Avril avait commencé : il a conclu, il a fini ;
De ses fleurs il a couronné le Peuple indigne
Qui mangeait et prisait plus que tout un agneau transitoire ;
Au lieu d’herbes amères, ce sont épines qu’ils ont glanés, ces égarés,
Pour tourner en dérision l’Agneau véritable,
Pour couronner le Roi dans une comédie
Et pour tuer le Juste ; oh ! quelle vilenie !

Que Moïse des justes T’offre la couronne,
Lui qui tressa aussi les ossements des justes, rassemblés ;
Au tonnerre de Ta voix, les fleurs s’ouvrirent, s’épanouirent !
Au mois d’Avril, ce fut un vrai printemps en Enfer !
Le visage des morts s’est éclairé,
Leurs os tout desséchés, les voilà mis en liesse,
Et leur grâce fanée, la voilà qui rayonne !

Le soleil en pleines ténèbres T’a fait belle couronne !
En se retirant il l’a tressée, en trois heures il l’a achevée,
Pour couronner les trois jours de Sa mort ;
Il a proclamé qu’avec la Mort Il avait maille à partir ;
Parce que sur la croix tout homme à la Mort succombe,
Il a saisi la croix et par elle a vaincu la Mort,
Comme périt Goliath, tué par sa propre épée.

De Lui le soleil proclame qu’Il est invisible et visible,
Que Son corps s’est habillé de souffrance, Sa Nature étant impassible ;
Selon Son corps Il a pâti, selon Sa Force Il a relui.
Ô soleil visible, de l’Invisible endeuillé !
Ô luminaire, de la Lumière tout marri !
Consolé, il s’est levé, nous a consolés,
Car du tombeau Lui s’est levé pour Son Église.

Le soleil s’est caché là-haut, la lune tout en bas,
Et les justes ont fui de tous côtés vers un refuge, un abri ;
Le soleil correspond aux anges, la lune aux ensevelis ;
Au milieu, les imposteurs déboussolés, meurtriers de leur Seigneur.
Le soleil a paru, comme les anges envoyés ;
La lune s’est levée avec les morts réveillés :
Au piège, au beau milieu, les crucifieurs sont pris !

Que l’Orient de sa droite Lui offre une couronne
Tressée avec les symboles et les figures de l’Arche,
Des fleurs que sur les Monts Qardu il a cueillies !
Car c’est de là que viennent Noé, Sem et le Chef du monde,
De là Abraham au grand nom,
Et les Mages bénis, et puis l’Étoile encore,
Et puis son glorieux voisin, le Paradis !

Que l’Occident Lui offre deux couronnes magnifiques
Dont le parfum s’en va en tout point cardinal,
L’Occident où les deux Luminaires ont sombré !
Les deux Apôtres ensevelis là-bas continuent de darder
Leurs rayons qui jamais n’ont connu de couchant :
Le soleil ? Voilà que Simon le surpasse,
Tandis que par l’Apôtre la lune est éclipsée !

Que du Parân le Sud Lui offre une couronne !
Il a bourgeonné, il a fleuri de fleurs hébraïques !
La redoutable Loi jamais accomplie par quiconque
Est la couronne de Notre-Seigneur : Il l’a accomplie, Lui, bouclée.
En prenant de l’âge, elle s’est calmée, assoupie,
Et c’est en témoignage seulement qu’on la cite,
Cette aïeule fourbue entrée en son repos.

Le Nord était trop dur et sa terre sans fleurs…
Rien que neiges et glaces, rien que violentes bises ;
(les aquilons figurent le paganisme grec.)
Mais voilà que de fleurs nouvelles il offre une couronne
Au Soleil de l’Amour qui l’a rendu fécond !
Voilà qu’exultent chez lui les ossements des martyrs,
Que les vierges en fleur, radieuses, s’épanouissent !

L’En Haut, l’En Bas, Seigneur, Te couronnent eux aussi :
Voilà les six Côtés qui T’offrent leurs guirlandes,
Puisque le sixième jour on T’a tressé une couronne d’épines.
Qu’ils Te couronnent, et Ton Père par Toi !
Le corps d’Adam par Toi triomphait :
Grande humiliation lorsqu’il fut vaincu !
Sa dette, sous les fleurs Tu l’as ensevelie.

Au Né du Sixième Âge, merci de tous côtés !
Parfait, le nombre Six : il n’est rien qui lui manque ;
Couronne en la main droite : tel est le nombre Cent.
En guise de couronne, notre droite offre des hymnes !
De sénestre, par son symbole, sauve-nous,
Et par ce qu’il représente conduis-nous à la Dextre,
Là où le nombre Cent en guirlande est tressé !


Les traductions présentées ici sont destinées à une publication à venir dans la Collection des «
Sources Chrétiennes ». Les Hymnes sur la Nativité sont déjà parues (SC 459, Cerf 2001).

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : septembre 29, 2009  00:34


Adam nu était beau,
sa femme diligente
peina à lui tisser
un habit de souillures !
Le Jardin le voyant
et le trouvant hideux
dehors le repoussa !
Mais pour lui par Marie
fut faite tunique neuve .
Vêtu de cette parure,
et selon la promesse
le Larron resplendit :
Revoyant en son image Adam,
le Jardin l’embrassa !

Hymne 4,4-5



Dedans le Paradis
dansent les estropiés
qui ne pouvaient marcher !
Les paralytiques qui ne pouvaient même ramper
s’envolent dans les airs !
Dès le sein maternel,
les aveugles et les sourds
souffraient de leur misère !
Affamés de lumière,
Ils ne pouvaient voir ni entendre !
Beauté du Paradis
épanouit leurs yeux,
Chant de cithares
console leurs oreilles

Hymne 7, 13



C’est selon qu’ici-bas
chacun rend pur son œil
qu’il pourra contempler
la gloire du Très-Grand.
C’est selon que chacun
ouvre ici ses oreilles
qu’il pourra accueillir
la Sagesse de Dieu !
C’est selon que chacun
rend large ici son cœur
qu’il pourra pour sa part
recevoir ses trésors !
Car avec mesure le Seigneur sans mesure
alimente chaque être,
il adapte à nos yeux
la vue de sa Vision,
sa Voix à nos oreilles.
Sa bénédiction répond à notre faim !
Sa Science à notre langue !
Les biens déborderont de son Don.
De l’Eden, saveurs toujours nouvelles,
arômes triomphants,
jaillissante vigueur,
couleurs épanouies !

Hymne 9, 26-27

Ces citations permettront de se faire une idée de la poésie théologique d’Éphrem, riche en images
mais aussi en doctrine : le Paradis est d’ailleurs rendu à l’humanité dans L’Eglise plus beau et
splendide que l’Eden qui en était la figure :(Patristique.org)




-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : septembre 29, 2009  03:57

à chacun le paradis qu'il mérite ou qu'il imagine....

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : octobre 2, 2009  00:18


Devant la Vierge, Ephrem manifeste son émerveillement avec un ton inspiré:


"Le Seigneur vint en elle pour se faire serviteur.

Le Verbe vint en elle

pour se taire dans son sein.

La foudre vint en elle

pour ne faire aucun bruit.

Le pasteur vint en elle

et voici l'Agneau né, qui pleure sans bruit.

Car le sein de Marie

a renversé les rôles:

Celui qui créa toutes choses

est entré en possession de celles-ci, mais pauvre.

Le Très-Haut vint en Elle (Marie),

mais il y entra humble.

La splendeur vint en elle,

mais revêtue de vêtements humbles.

Celui qui dispense toutes choses

connut la faim.

Celui qui étanche la soif de chacun

connut la soif.

Nu et dépouillé il naquit d'elle,

lui qui revêt (de beauté) toutes choses"

(Hymne "De Nativitate" 11, 6-8)


Pour exprimer le mystère du Christ, Ephrem utilise une grande diversité de thèmes, d'expressions,
d'images. Dans l'une de ses hymnes, il relie de manière efficace Adam (au paradis) au Christ
(dans l'Eucharistie):   

"Ce fut en fermant

avec l'épée du chérubin,

que fut fermé

le chemin de l'arbre de la vie.

Mais pour les peuples,

le Seigneur de cet arbre

s'est donné comme nourriture

lui-même dans l'oblation (eucharistique).

Les arbres de l'Eden

furent donnés comme nourriture

au premier Adam.

Pour nous, le jardinier

du Jardin en personne

s'est fait nourriture

pour nos âmes.

En effet, nous étions tous sortis

du Paradis avec Adam,

qui le laissa derrière lui.

A présent que l'épée a été ôtée

là-bas (sur la croix) par la lance

nous pouvons y retourner"

(Hymne 49, 9-11).   

Pour parler de l'Eucharistie, Ephrem se sert de deux images: la braise ou le charbon ardent, et
la perle. Le thème de la braise est tiré du prophète Isaïe (cf. 6, 6). C'est l'image du séraphin,
qui prend la braise avec les pinces, et effleure simplement les lèvres du prophète pour les
purifier; le chrétien, en revanche, touche et consume la Braise, qui est le Christ lui-même:   

"Dans ton pain se cache l'Esprit

qui ne peut être consommé;

dans ton vin se trouve le feu

qui ne peut être bu.

L'Esprit dans ton pain, le feu dans ton vin:

voilà une merveille accueillie par nos lèvres.

Le séraphin ne pouvait pas approcher ses doigts de la braise,

qui ne fut approchée que de la bouche d'Isaïe;

les doigts ne l'ont pas prise, les lèvres ne l'ont pas avalée;

mais à nous, le Seigneur a permis de faire les deux choses.
Le feu descendit avec colère pour détruire les pécheurs,

mais le feu de la grâce descend sur le pain et y reste.

Au lieu du feu qui détruisit l'homme,

nous avons mangé le feu dans le pain

et nous avons été vivifiés"

(Hymne "De Fide" 10, 8-10).   

Voilà encore un dernier exemple des hymnes de saint Ephrem, où il parle de la perle comme symbole
de la richesse et de la beauté de la foi:   


"Je posai (la perle), mes frères, sur la paume de ma main,

pour pouvoir l'examiner.

Je me mis à l'observer d'un côté puis de l'autre:

elle n'avait qu'un seul aspect de tous les côtés.

(Ainsi) est la recherche du Fils, impénétrable, car elle n'est que lumière.

Dans sa clarté, je vis la Limpidité,

qui ne devient pas opaque;

et dans sa pureté,
le grand symbole du corps de notre Seigneur,

qui est pur.

Dans son indivisibilité, je vis la vérité,

qui est indivisible"

(Hymne "Sur la Perle" 1, 2-3).

Extraits cités par HERMAS sur PAPERBLOG que je remercie!