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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
décembre 18, 2011 12:02
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« Le poète n'est pas celui qui dit Je n'y suis pour personne Le poète dit J'y suis pour tout le monde. » Claude Roy

Les autres étés
Il y aura d'autres étés D'autres grillons feront leurs gammes dans d'autres blés On croisera sur la route d'autres dames
Un autre merle inventera une chanson presque la même Un autre monsieur se trouvera là sous cet arbre où je t'aime
Une petite fille qui n'est pas née encore Fera une poupée en coquelicot A cet endroit précis où ton corps endormi se mêle au bruit de l'eau
On dira (mais ce seront d'autres) Il faudrait bien un bon coup de pluie Ça ferait du bien aux récoltes Les mots feront le même bruit
Mais plus personne plus personne ne se servira de mon cœur à moi ni de ta voix à toi qui résonne dans mon oreille et mon corps à moi.
Claude Roy, poésies Gallimard
La nuit
Elle est venue la nuit de plus loin que la nuit à pas de vent de loup de fougère et de menthe voleuse de parfum impure fausse nuit fille aux cheveux d'écume issue de l'eau dormante
Après l'aube la nuit tisseuse de chansons s'endort d'un songe lourd d'astres et de méduses et les jambes mêlées au fuseau des saisons veille sur le repos des étoiles confuses
Sa main laisse glisser les constellations le sable fabuleux des mondes solitaires la poussière de Dieu et de sa création la semence de feu qui féconde les terres
Mais elle vient la nuit de plus loin que la nuit à pas de vent de mer de feu de loup de piège bergère sans troupeaux glaneuse sans épis aveugle aux lèvres d'or qui marche sur la neige.
Claude Roy "Au sommeil la nuit" Poésies Gallimard
*Ce message a été édité le 23-Sep-2009 1:44 AM par Epsilon*
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
septembre 23, 2009 01:43
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LES CORRIDORS OÙ DORT ANNE QU'ON ADORE
La petite Anne, quand elle dort, où s'en va-t-elle ? Est-elle dedans, est-elle dehors, et que fait-elle ? Pendant la récré du sommeil, à pas de loup, entre la terre et le soleil, Anne est partout. Les pieds nus et à tire-d'aile Anne va faire les quatre cents coups dans le ciel. Anne s'affaire. La petite Anne, quand elle dort, qui donc est-elle ? Qui dort ? Qui court par-dessus bord ? Une autre et elle. L'autre dort et l'une a des ailes, Anne dans son lit, Anne dans le ciel.
Claude Roy
HYMNE DES OBJETS MÉNAGERS
Nous sommes objets, Objets quotidiens. Sages et rangés, Satisfaits d'un rien. On nous époussette, On se sert de nous. Lampes, allumettes, Tapis et bijoux, Balais et fauteuils, Rideaux et miroirs, Objets sans orgueil Du matin au soir, Nous servons les hommes Très utilement. Fidèles nous sommes Tout le long de l'an.
Claude ROY .La Maison qui s'envole
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
septembre 23, 2009 04:12
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une très belle présentation du poète par Catherine Réault-Crosnier.Merci à elle
"Claude ROY est poète mais son style ne peut pas être cantonné à la poésie car il a aimé utiliser des moyens d’expression très variés ; il a choisi la multiplicité des moyens pour mieux transmettre son message. Poèmes ou prose, de ses mots, naissent des images, des émotions.
Claude ROY se sent universel puisque son ascendance est à la fois française et espagnole, qu’il a approfondi la poésie chinoise jusqu’à en faire un recueil, qu’il refuse le colonialisme pour que chaque peuple garde son expression.
Dans "Trésor de la poésie chinoise", il nous parle en particulier de Li Po (701-762) et de Tao Ming (IV° siècle).
De lui à l’univers, de l’univers à lui, il n’y a qu’un pas puisque Claude ROY aime à confier ses sentiments intimes ayant écrit trois autobiographies, "Moi, je", "Nous", "Somme toute". Le récit de sa vie est fort étrange comme dans "Somme toute" où il se pose de nombreuses questions :
"Ai-je rêvé que je pleurais ? Ai-je rêvé que j’étais mort ? Et maintenant est-ce la pluie sur cette joue ou les larmes que j’ai rêvées ?
( ... )
Écoute Est-ce le vent ? Était-ce moi ? Une heure sonne
Ce n’est que moi Ou bien le vent Ou bien personne"
L’univers, il le découvre à travers de nombreux voyages et en dégage des réflexions pour l’humanité entière comme par exemple :
"Sais-tu si nous sommes encore loin de la mer ? L’eau qui s’en va vers la mer sans savoir que la mer est là."
Même à la fin de sa vie, il restera amoureux de l’amour et des choses de la vie. Il aime écrire pour les enfants car il peut rêver ; les enfants ne se lassent pas de ses fables délicieuses où il sait si bien jouer avec les mots :
Bestiaire du coquillage
"Si tu trouves sur la plage un très joli coquillage compose le numéro OCÉAN O.O
Et l’oreille à l’appareil la mer te racontera dans sa langue des merveilles que papa te traduira."
Il est amoureux de la vie sous toutes ses formes, en particulier l’eau, les animaux - l’écureuil mais surtout le chat- :
"La chatte au pied de mon lit considère l’espace vide et blanc du mur Elle voit quelque chose que je ne vois pas"
Sa douceur le conduit à écouter, même le silence :
"L’ÉCOUTE-SILENCE
Écouter ce que dit le vent quand il ne dit plus rien ( ... ) Le silence dit que le silence écoute couler la source du chant"
S’il se pose des questions, Claude ROY les confie au papier, n’hésitant pas dans son style simple et limpide à jouer avec les mots ou à philosopher selon le cas, sans être gêné par l’alternance :
"Les corridors
La petite Anne, quand elle dort, où s’en va-t-elle ? Est-elle dedans, est-elle dehors, et que fait-elle ? ( ... ) L’autre dort et une a des ailes, Anne dans son lit, Anne dans le ciel."
Eh bien oui, avec Claude ROY, on peut rester enfant et être aussi très sérieux d’une manière énigmatique et romantique comme par exemple dans "C’est toi" (À la lisière du temps) :
"Dans les intervalles de silence du vent les paroles pressées de l’eau qui dévale sa fraîcheur le long du sentier de montagne
c’est toi fraîcheur pensive de ma vie"
Claude ROY veut dire oui à la vie sans restriction. Son sens de l’humour, des jeux de mots, lui permet de faire un pied de nez à l’approche de la mort, d’une manière déroutante et inhabituelle. À la mort qui le taquine et est présente comme une faux au- dessus de sa tête, il réagit par son envol dans le monde du rêve :
"Avec une clef de cristal ouvrir une serrure de givre"
"Qu’il serait bon d’être comme eux Ceux qu’on aime au secret du nid de grandes ailes dans le ciel et puis se cacher tout petit"
Même s’il veut effacer la mort qui approche, il demande protection à la nature. Il a heureusement une femme présente à ses côtés. Il dit de l’art comme de l’amour :
"Ce n’est pas le passe-temps qui m’intéresse, C’est le dépasse-temps".
Dans ses romans, il affectionne les constructions savantes, l’élan vers l’impossible bonheur. Cette tendance est contrebalancée par ses écrits humoristiques.
Chez Claude ROY, il y a deux facettes, l’homme sérieux, le penseur philosophe et le poète rêveur qui veut rire de tout, jouer avec les mots comme dans "L’oiseau" :
"À quoi bon se fracasser dit l’oiseau sachant chanter au chasseur sachant chasser qui voulait le fricasser. ( ... )"
(Extraits d’Enfantasques)
Derrière sa légèreté d’écriture, Claude ROY reste un poète profond, qui, jusqu’au bout de sa vie, même sur son lit d’hôpital, a continué d’écrire d’émouvants poèmes dans la paix de la nature. C’est un être passionné d’écriture qui nous dit :
"Je touche à tout parce que tout se tient."
Claude Roy
par : Catherine RÉAULT-CROSNIER
10.03.1998
Bibliographie :
Claude ROY, un poète, Éditions Folio Junior, 1985 Claude ROY, À la lisière du temps, Éditions Gallimard, NRF, 1985
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Yaelle- 
France
Messages : 322 
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Date du message :
septembre 23, 2009 14:12
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Un bain de jouvence avec Claude Roy.....Délices à goûter ! Merci de ce moment de plaisir partagé !  C'est très beau....
Pour L. Le Haut-Bout, 1er janvier 1993
Une pensée sans mots pensée sur la pointe des pieds entre sourire d’amitié caresse inachevée silence heureux A peine l’éclair vif d’une truite au torrent la trace s’effaçant d’une étoile filante ou l’esquisse du chant d’un oiseau très petit
une pensée de toi m’a effleuré en chuchotant Je ne fais que passer
C’était ta voix ta voix de vent léger sur les dunes ta voix de mer qui souffle sous une lune pâle voix de pieds nus de feu de bois de citronnelle de la mousse d’écume aux crêtes de la vague
ta voix traverse-temps qui tisse mon espace
Claude Roy, Extrait de " Les rencontres des jours"
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
septembre 24, 2009 10:23
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Petit matin
Je te reconnaîtrai aux algues de la mer Au sel de tes cheveux, aux herbes de tes mains Je te reconnaîtrai au profond des paupières Je fermerai les yeux, tu me prendras la main.
Je te reconnaîtrai quand tu viendras pieds nus Sur les sentiers brûlants d'odeurs et de soleil Les cheveux ruisselants sur tes épaules nues Et les seins ombragés des palmes du soleil.
Je laisserai alors s'envoler les oiseaux Les oiseaux longs-courriers qui traversent les mers Les étoiles aux vents courberont leurs fuseaux Les oiseaux très pressés fuiront dans le ciel clair.
Je t'attendrai en haut de la plus haute tour Où pleurent nuit et jour les absents dans le vent Quand les oiseaux fuiront je saurai que le jour Est là marqué des pas de celle que j'attends.
Complices du soleil je sens mon corps mûrir De la patience aveugle et laiteuse des fruits Ses froides mains de sel lentement refleurir Dans le matin léger qui jaillit de la nuit.
Claude Roy
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
septembre 25, 2009 04:11
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oui Yaële, un bain de jouvence...C'est comme la rencontre avec un nouvel ami : on fait connaissance d'abord d'une façon superficielle et puis...peu à peu...on découvre. Claude Roy est cet ami .
J'AI BIEN LE TEMPS
J'ai peu de souffle et peu de force et moins d'élan Mais je ne me presse plus J'ai bien le temps d'attendre Depuis qu'il de fait tard j'ai du temps devant moi Je suis comme celui qui a fait sa journée et réfléchit assis les mains à plat sur les genoux aux choses qu'il veut faire et fera en leur temps
si la source du temps lui compte encore des jours.
Anthologie de la poésie française du XXème siècle Poésie/Gallimard
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
septembre 26, 2009 01:36
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La rivière endormie
Dans son sommeil glissant l’eau se suscite un songe Un chuchotis de joncs de roseaux d’herbes lentes Et ne sait jamais bien dans son dormant mélange Où le bougeant de l’eau cède au calme des plantes
La rivière engourdie par l’odeur de la menthe Dans les draps de son lit se retourne et se coule Mêlant ses mortes eaux à sa chanson coulante Elle est celle qu’elle est surprise d’être une autre
L’eau qui dort se réveille absente de son flot Ecarte de ses bras les lianes qui la lient Déjouant la verdure et l’incessant complot Qu’ourdissent dans son flux les algues alanguies.
Claude ROY. Poésies. Gallimard.
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Yaelle- 
France
Messages : 322 
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Date du message :
septembre 27, 2009 13:13
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Dormante
Toi ma dormeuse mon ombreuse ma rêveuse ma gisante aux pieds nus sur le sable mouillé toi ma songeuse mon heureuse ma nageuse ma lointaine aux yeux clos mon sommeillant oeillet
distraite comme nuage et fraîche comme pluie trompeuse comme l'eau légère comme vent toi ma berceuse mon souci mon jour et ma nuit toi que j'attends toi qui te perds et me surprends
la vague en chuchotant glisse dans ton sommeil te flaire et vient lécher tes jambes étonnées ton corps abandonné respire le soleil couleur de tes cheveux ruisselants et dénoués
mon oublieuse ma paresseuse ma dormeuse toi qui me trompes avec le vent avec la mer avec le sable et la matin ma capricieuse ma brûlante aux bras frais mon étoile légère
je t'attends je t'attends je guette ton retour et le premier regard où je vois émerger Eurydice aux pieds nus à la clarté du jour dans cette enfant qui dort sur la plage allongée
Claude Roy, Extrait de " Clair comme le jour"
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
septembre 28, 2009 04:13
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c'est beau ! Yaelle ! une poésie qui aide à vivre au lieu de désespérer...c'est rare...
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
septembre 29, 2009 04:03
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Ca m'est égal
Ca m'est égal d'être un peu mort Escamoté dessous la terre Du côté de ceux qui ont tort D'être plus là pour prendre l'air
Ca m'est égal que plus personne Sache comment je m'appelai Tant et tant de téléphones sonnent Dans des appartements déserts
Ca m'est égal de ne plus voir gens qui pleurent ni gens qui rient De rien sentir de rien savoir D'être un peu de rien dans du gris
Mais je voudrais pourtant savoir Si quelque part quelqu'un quand même Se souviendra de mes souvenirs Ai-je rien oublié de tous ceux que j'aime
Je veux bien partir et être très mort Mais mes souvenirs seront-ils en vain Comme au fond des mers les galions pleins d'or Dormant dans le noir de l'eau sans chemins
Mais nos souvenirs seront-ils en vain
Claude Roy
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
septembre 30, 2009 10:46
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Septembre.
A la fin de septembre les étoiles refroidissent et il y a dans le pré une odeur de pommes trop mûres J'aimerais que la mer qui voyage sans cesse m'écrive une lettre de sel très blanc avec juste une ombre de mélancolie où elle me parlerait de pays très lointains et de rivages verts une lettre pour l'automne. Nous la lirons sous la lampe parce que les journées raccourcissent au moment des vendanges et que l'océan est loin malgré le vent qui nous en parle. J'ai monté des bûches et le petit bois pour allumer du feu et je regarderai la flamme danser sur tes pommettes.
Claude Roy "A la lisière du temps".
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Yaelle- 
France
Messages : 322 
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Date du message :
septembre 30, 2009 14:29
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Merci Grimalkin et Marie-Eiisabeth pour la continuité de ce post et la découverte de nouveaux poèmes....C'est vrai qu'il y a beaucoup de douceur et que ces mots là font du bien..
J'aime beaucoup ...
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
septembre 30, 2009 22:37
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Elle est venue la nuit de plus loin que la nuit À pas de vent de loup de fougère et de menthe Voleuse de parfum impure fausse nuit Fille aux cheveux d'écume issue de l'eau dormante.
Après l'aube la nuit tisseuse de chansons S'endort d'un songe lourd d'astres et de méduses Et les jambes mêlées aux fuseaux des saisons, Veille sur le repos des étoiles confuses.
Sa main laisse glisser les constellations Le sable fabuleux des mondes solitaires La poussière de Dieu et de sa création La semence de feu qui féconde les terres.
Mais elle vient la nuit du plus loin que la nuit À pas de vent de mer de feu de loup de piège Bergère sans troupeau glaneuse sans épis Aveugle aux lèvres d'or qui marche sur la neige.
Claude Roy, L'enfance de l'art (1942)
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
octobre 1, 2009 04:55
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Bestiaire des animaux que nous envoient les morts
Il suffit d'une étoile à portée de la main Pour conjurer le sort Dormez enfants du jour vos paupières demain Reconnaîtront les morts
Ils vous apporteront ce qu'ils aimaient le mieux Ce qui ne déçoit point Les ombres du couchant les fontaines les lieux L'odeur triste du foin
S'ils laissent un matin un arbre un écureuil Un oiseau qu'on entend Remerciez-les avant qu'ils ne passent le seuil Après il n'est plus temps
Ne méprisez jamais les dons que font les morts Ils n'ont pas autre chose Le choix n'est pas si grand quand on est loin du port Et jamais ne repose.
Claude Roy
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
octobre 1, 2009 22:51
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Encore un jour
Encore un jour où je t'attends Où je m'accrois et me découvre Au gré de l'hôte intermittent Et des portes que ferme et ouvre Le temps en moi passant le temps encore un jour encore un ciel Vole un oiseau qui ne sait pas L'aveugle absence et le noir miel qui se mûrit dans notre en-bas
Encore un jour et son soleil La mer se déchire à l'avant Mais à l'arrière l'écume veille Et recoud vite l'océan Un jour perdu joie qui s'envole Et qui s'en va sans rien donner Où est le nord sur ma boussole Compte sur tes doigts les années Il faudrait convenir d'un signe Pour s'appeler de vie à mort Un mot de passe entre les lignes Un fil lancé de bord à bord Il faudrait le dire à voix basse Et tu serais entre mes bras Ma bien lointaine ma tant lasse Ma très absente et toujours là
Combien de temps nous faudra-t-il Pour retrouver nos jours perdus Comme un parfum qui se faufile Si j'ouvre un livre déjà lu Vent qui me joue vent décevant Partagerons-nous notre mort Ainsi du lit et des draps blancs Où l'autre et l'un glisse un seul corps
A chaque jour suffit sa peine
Claude Roy
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