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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : Elle / guillevic

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : novembre 28, 2011  04:12

Poèsie concentrée qui va à l'essentiel, dégagée du superflu, presque tournée vers le haïku
japonais,il faut beaucoup d'espace à cette poèsie pour qu'elle dégage toute sa vitalité et toute
sa force secrète, Guillevic nous entraîne vers une poèsie minimaliste qui reste toujours très
belle et ne perd à aucun moment son centre d'intèrêt de vue pas une seule seconde pour ELLE !





Elle marche,
L'air la porte,

Elle ouvre un espace
Rendu plus présent.





L'air
Est habité de fleuves
Qu'on ne voit pas.

Elle est leur océan




La pesanteur est en elle
Juste ce qu'il faut
Pour que la terre
La retienne.




*Ce message a été édité le 24-Aug-2009 2:14 AM par Epsilon*

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : aout 24, 2009  02:23


Terraqué, le premier grand recueil de Guillevic, paraît en 1942, en pleine deuxième guerre
mondiale, alors que la poésie française se trouve encore sous le joug de l’esthétique
surréaliste. Avant, il y eut quelques poèmes disséminés ça et là dans de petites revues
littéraires, grâce à la complicité d’amis comme Jean Follain ou Supervielle. Composé bien avant
la date de sa publication – beaucoup de textes datent du début des années trente - , Terraqué
annonce l’essentiel de la poétique de Guillevic : concision, dépouillement à l’extrême, réduction
au presque rien.

Aujourd’hui, cinquante ans après, on peut, au fil des livres publiés dans la suite – surtout
Exécutoire (1947), Carnac (1961), Ville (1969) ou Inclus (1972) – mesurer la distance parcourue.
De recueil en recueil, mise à part une brève parenthèse militante ou le souci esthétique passa au
second plan (Gagner, Trente et un Sonnets, etc), la sobriété s’est accentuée, est devenue
frugale, et l’ellipse, cet antidote contre la métap*****, a définitivement pris le dessus. La
poésie de Guillevic, c’est le culte de l’essentiel. Comme dans les inscriptions lapidaires de
l’Antiquité ou le haïkaï japonais. Un essentiel décortiqué, ciselé, imprégné des mos de tous les
jours. Une poétique à contre-courant. Tel un sculpteur muni de son ciseau, Guillevic, fuyant
l’épanchement spontané et incontrôlé au profit de la frugalité, n’a cessé de façonner,
inlassablement, une œuvre originale et novatrice.

« Son sourire
Est le fruit de l’alliance

Du futur
Et de la planète. »

Préface du livre ELLE aux éditions PHi et aux écrits des Forges que je remercie beaucoup !

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : aout 24, 2009  03:20


Elle craindrait plutôt
La lumière trop forte,

Plus forte que celle
Que proclame son corps.





Elle a de l'arbre
Ce que celui-ci
Tait de lui-même




Porteuse
D'assez de douceur
Pour pouvoir la cacher.

Yaelle-
France
Messages : 322

Date du message : aout 24, 2009  15:58




Peu de mots qui ouvrent tant de portes



"Elle a du serpent
La ductilité
Et ce qu'il faut de ruse
Pour être ce qu'on est.

Elle peut aussi
Etre colère
Comme le ruisseau
Devient cascade."

Eugène Guillevic
"Elle"


*Ce message a été édité le 24-Aug-2009 4:03 PM par Yaelle-*

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : aout 25, 2009  01:44


Elle a la voix des oiseaux
Quand le printemps
Les entretient.




Elle possède
Ce qui fait qu'on regarde

Couler l'eau du ruisseau
Sans jamais se lasser.




D'elle s'inspirent

Les fleurs, les coraux,
Les levers du soleil.





Sur elle
Même le noir
Devient une couleur.





Elle fait chanter
Les lignes de son corps
Sur un fond qu'elle invente.


-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : aout 25, 2009  04:03

ce qu'il y a de bien dans ce système poétique, c'est qu'il est sans fin...ni commencement...

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : mai 14, 2010  05:22


Extrait de Terraqué (1942) :

             III

Tu te réveilles...


Tu vois encore de grands trous d'ombre,
Des gueules ouvertes, des dents de roches,
Un grand feu
Léchant le métal.


Tu as vu, retiré de la mer incendiée,
Le sel bouchant le noir des longs couloirs brûlés,
Le mouvement des grandes masses d'eau—tu te souviens
De la clameur de leur défaite.


Tu glissais parmi le chaos,
Poussant les roches au rire,
Cherchant l'amitié du feu.


Tes flancs, ta bouche accouchaient les végétaux,
Les animaux criant d'espoir et s'en allant
Attendre la poussée de leur chair exigeante.


Tu faisais claquer la lagune sur ta langue,
Tes doigts montaient dans les écorces,
Tu collais à ta peau
Toute l'argile.

Eugène Guillevic



-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : mai 17, 2010  12:39


L'odeur de la terre

(Extraits)


A Carnac, l'odeur de la terre
A quelque chose de pas reconnaissable.

C'est une odeur de terre
Peut-être, mais passée
A l'échelon de la géométrie
Où le vent, le soleil, le sel,
L'iode, les ossements, l'eau douce des fontaines,
Les coquillages morts, les herbes, le purin,
La saxifrage, la pierre chauffée, les détritus,
Le linge encore mouillé, le goudron des barques,
Les étables, la chaux des murs, les figuiers,
Les vieux vêtements des gens, leurs paroles,
Et toujours le vent, le soleil, le sel,
L'humus un peu honteux, le goémon séché,

Tous ensemble et séparément luttent
Avec l'époque des menhirs

Pour être dimension.

Eugène Guillevic,(Armor passion)







-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : février 16, 2011  11:38

extrait du blason de la chambre

LE LIT


Domestiqué
N'est-ce pas ?

Bon pour l'ombre
Et les recoins,

Pour les traversées
Les plus incertaines,

A l'intérieur
de l'intérieur.

***

L'OREILLER

Tu as l'odeur de mes rêves


Le mou du sol
Lors des escalades

La fatigue
De mes guetteurs,

L'amertume
Du bon serviteur,

L'espoir d'être poignard

Dans cette nuit
D'où montent mes nuits.


Guillevic, Blason de la chambre, (L'arbre double, les presses d'aujourd'hui)

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : février 24, 2011  12:26

LA PORTE

Rarement je te ferme
Pendant la nuit.

Va savoir pourquoi.

Besoin du souffle
De tout mon chez moi?

Possibilité
De fuir au plus vite?

Peut-être seulement                                                                                                                     
Pour déranger

Les angles droits
Que font ces murs
Inamovibles.

**

LE PLAFOND

Il fallait bien
Que tu sois là,

Comme une projection
de quelque chose en moi
Qui veut se reposer
A tout jamais.

Tu ne me gênes pas
Ne me limites guère.

Tu m'aiderais plutôt
Lors des moments d'extase
A les faire durer.

Dans un espace
Qui ne te connait pas.

Guillevic, Blason de la chambre, Les presses d'aujourd'hui

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : mars 2, 2011  11:55

   Faubourg.

Les murs ont de la peine à se tenir debout
Au long de cette rue
Qui monte et tourne.

On dirait qu'ils sont tous venus, ceux du quartier,
Essuyer leurs mains grasses au rebord des fenêtres
Avant de pénétrer ensemble dans la fête
Où croyait s'accomplir leur destin.

On voit un train peiner au-dessus de la rue,
On voit des lampes qui s'allument,
On voit des chambres sans espace.

Parfois un enfant pleure
Vers l'avenir.

Eugène Guillevic . "Terraqué".

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : mars 5, 2011  03:36

c'est intéressant de situer le poète, dans son environnement tel qu'il le voit....avec ses
yeux de poète....

LA FENETRE

Je t'aime sans volet,

Noire
Du noir de la nuit,

Fragile
Au choc du jour,

Ingénue encore
Au soleil levant,

Hypocritement modeste
En pleine lumière,

Clin d'oeil peut-être
Vers une autre ouverture.

***

LE MIROIR

Voici longtemps
Que j'attends de toi autre chose

Que ce que tu me déclares
En tant que visage :

Cette chose
Qui ne m'est rien,

Qui se tient
Hors mon pouvoir,

Emergée
de quel magma

Océanique,
Oublié.


Guillevic, Blason de la chambre, Les presses d'aujourd'hui

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : novembre 22, 2011  12:32

L'AIR

Messager
Des hauteurs glaciales,

Enrichi
Comme l'ange d'autrefois,

Qui pour arriver
Traversait les fumées des toits
Etb les souffles des écuries,

Tu relies mon îlot
A des tohu-bohu

Hors de mes prétentions.

Guillevic, "Blason de la chambre"
les presses d'aujourd'hui