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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : Hommages aux poètes

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : février 3, 2012  05:08

Nocturne - (A Denys Lanctôt)

C'est l'heure solennelle et calme du silence,
L'Angélus a sonné notre prière à Dieu ;
Le coeur croyant sommeille en un repos immense,
Noyé dans les parfums languissants du Saint-Lieu.

C'est l'heure du pardon et de la pénitence,
C'est bien l'heure où l'on fait notre plus chaste aveu,
Où nos yeux ruisselants, pleurs de reconnaissance,
Retrouvent à la fin l'ardeur du premier feu.

O Soir si consolant pour mon coeur ravagé,
Soir de miséricorde au pécheur affligé
Qui demande à son Dieu la manne bienfaisante,

Pénètre de ton ombre une âme à la tourmente,
Recueillement subit du passé dans ton sein,
Pour qu'elle puisse avoir paix et joie au Matin.

Emile Nelligan "Premiers poèmes".


Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : février 11, 2012  12:35

Le coeur est si fragile ..

Le coeur est si fragile et le temps va si vite,
ne vous retournez pas sur ce passant qui passe,

il a déjà rejoint l'autre côté du monde
et, le chapeau tombé, galope dans la plaine

sur ce grand cheval bleu qui chasse les nuages
comme autrefois le fringuant troupeau de voyelles

vers l'enclos d'un poème sans serrure ni porte
sinon ces deux yeux clairs, sinon ces mains plus longues

qu'un jour sans cavalier sur le plateau d'un roi.

Ne vous retournez pas, Supervielle est devant
sur la route sans ombre, qui sourit et répète :

Allons, mettez-vous là au milieu du poème,
Le paradis est l'affaire de quelques mots

qui chantent, chantent encore quand morte est la chanson.

Guy Goffettte. "Le pêcheur d'eau.".


Dimoidou-
Canada
Messages : 92

Date du message : mars 13, 2012  18:49

Et la mort n'aura pas d'empire.


Et la mort n'aura pas d'empire.
Les morts nus ne feront plus qu'un
Avec l'homme dans le vent et la lune d'ouest.
Quand leurs os becquetés seront propres, à leur place
Ils auront des étoiles au coude et au pied.
Même s'ils deviennent fous, ils seront guéris,
Même s'ils coulent à pic, ils reprendront pied,
Même si les amants se perdent, l'amour ne se perdra pas,
Et la mort n'aura pas d'empire.

Et la mort n'aura pas d'empire.
Depuis longtemps couchés dans les dédales de la mer,
Ils ne mourront pas dans les vents.
Se tordant sur des chevalets quand céderont les tendons,
Attachés à une roue, ils ne se briseront pas.
La foi dans les mains cassera net
Les démons unicornes les transperceront.
Fendus de toutes parts, ils ne craqueront pas
Et la mort n'aura pas d'empire.

Et la mort n'aura pas d'empire.
Les mouettes ne pousseront plus de cris dans leurs oreilles
Et les vagues ne se fracasseront plus sur les rives.
Où s'ouvrait une fleur peut-être qu'aucune fleur
Ne lèvera la tête sous les rafales de pluie,
Même s'ils sont fous et raides comme des rats morts
Leurs têtes martèleront les marguerites,
S'ouvriront au soleil jusqu'au dernier jour du soleil
Et la mort n'aura pas d'empire.

Poèmes de Dylan Thomas extraits du recueil
"Ce monde est mon partage et celui du démon"
aux éditions Points, 142 pages, 6€50.

Dimoidou-
Canada
Messages : 92

Date du message : mars 14, 2012  18:16

Else Lasker Schüler

Mère

une étoile blanche chante une chanson de mort
dans la nuit de juillet
comme un carillon de mort dans la nuit de juillet
et sur le toit la main des nuages,
la main frôlante, humide
recherche ma mère.

Je sens ma vie nue,
elle s’élance hors de ma patrie,
ma vie ne fut jamais aussi nue,
aussi donnée au temps,
comme si fanée je me tenais
derrière la fin du jour
entre les immense nuits.

Seule.

Verlaine
France
Messages : 346

Date du message : mars 15, 2012  03:51

la poèsie est l'âme des Poètes !

Dimoidou-
Canada
Messages : 92

Date du message : mars 15, 2012  19:10

Il dessinait partout des fenêtres.

Sur les murs trop hauts,

sur les murs trop bas,

sur les parois obtuses, dans les coins,

dans l'air et jusque sur les plafonds.

Il dessinait des fenêtres comme s'il dessinait des oiseaux.

Sur le sol, sur les nuits,

sur les regards tangiblement sourds,

sur les environs de la mort,

sur les tombes, les arbres.

Il dessinait des fenêtres jusque sur les portes.

Mais jamais il ne dessina une porte.

Il ne voulait ni entrer ni sortir.

Il savait que cela ne se peut.

Il voulait seulement voir : voir.

l dessinait des fenêtres.

Partout.

Roberto Juarroz



-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : mars 16, 2012  05:23

Dimoidou ! superbes tes poèmes ! tu devrais venir dans la famille pourpouvoir créer des posts
poétiques ave c tes auteurs ! On se régalerait !

Dimoidou-
Canada
Messages : 92

Date du message : mars 16, 2012  15:33

Comme si rien n'avait
encore débuté
l'énergie du commencement pousse en avant
ma vie plus loin quelque part
difficile intervalle
à combler qu'importe
comment je courbe
les questions dans
lesquelles je vis elles
sont toujours trop grandes
je ne parle pas du
vent violent qui vide la tête
de nouveaux commencements ou de notre
marche vers où
pour un instant
nos horizons
se chevauchent mais où
je pourrais rehabiter mon histoire
la route revient
sur elle-même et je
demeurerai là où je ne suis pas partie

Rosemarie Waldrop   

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : mars 17, 2012  13:01

je suis comblée ! une avalanche de beaux poèmes, se déverse dans notre famille ! Il y a
longtemps qu'elle n'a pas été à pareille fête ! merci à tous !

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : mars 18, 2012  10:46

CREDO

je crois à l’opacité solitaire
au pur instant de la nuit noire
pour rencontrer sa vraie blessure
pour écouter sa vraie morsure

je crois à ces chemins
où le corps avance dans l’esprit
où l’on surprend
le bruit de fond des univers
par ces yeux
que la nuit
a pleurés en nous
par ces yeux que la vie
a lavés en nous

je crois comme Trakl
qu’il faut habiter la lumière
par un long questionnement
sans réponse

je crois à Zoran Music
dessinant ses fagots de cadavres
sur de mauvais papiers
trouvant encore la vie
au fond du désarticulé
au fond de l’incarné
au fond de l’éprouvé
exorciste
vertical

je crois aux cassures
de fièvre
aux sursauts de nuit
aux césures de nerf

je crois
qu’il faut prendre appui
sur le vent
s’agenouiller en mer
et se vouer
à l’infini


Zéno Bianu, " Infiniment proche "(poème),

merci à Dauphin qui me l'a signalé..


Verlaine
France
Messages : 346

Date du message : mars 19, 2012  13:07

La solitude du coeur
Qui habille l'infini bonheur
Quand le feu sacré
Devient cette destinée......

Dimoidou-
Canada
Messages : 92

Date du message : mars 19, 2012  18:21

Attila József (1905-1937)

DEPUIS QUE TU ES PARTIE

C'est depuis que tu es partie que sont plus froids,

Ici, le seau, le lait, le manche de la hache,

Et que le bois fendu s'affaisse et se détache.

Vois-le tomber, livide et tout roide à la fois!

   

Sur le sol sourd, le vent dans ses habits s'engage,

Il recherche sa proie, s'arrête, fouille et tranche.

Et de son tourbillon précipite les branches.

Frêle, la feuille alors bronche et tombe avec rage.

   

Moi, dans un doux vallon déjà je me croyais...

L'aube neuve épousait mes cheveux qui ondulent,

La plante de mes pieds brillait au crépuscule,

Et du Nord et du Sud tes seins me protégeaient.

   

Je suis assis, chétif... toi t'épanouissant,

Monde lointain, fleur de chiendent... Je te regarde.

Dans ton coeur bleu un ciel de cendre se hasarde;

Moi langé par le soir qui tombe immensément...


traduction: Lucien Feuillade



Dimoidou-
Canada
Messages : 92

Date du message : mars 21, 2012  18:53

Miklós RADNÓTI : ODE A PEINE

Depuis quand je me prépare pour te révéler

la galaxie secrète de mon amour

je cherche une seule image, l’unique, l’essentielle.

Tantôt bruissante, déferlante en moi, tu es comme l’existence

tantôt immobile et éternelle

tel un fossile dans la pierre, pétrifié.

L’opacité soyeuse de la lune frémit au-dessus de ma tête

la nuit reste à l’affût de rêves minuscules qui s’échappent.

Et je ne peux toujours pas te dire

cette sensation en moi provoquée

par ton regard protecteur sur ma main qui écrit…

Les images ne valent rien. Elles surgissent, je les jette.

Et demain, je recommence tout

car je n’ai que le verbe

et ce que vaut mon poème en moi

d’une poignée de cheveux au dernier de mes os.

Tu es fatiguée, je le ressens aussi, la journée fut longue -

que dire de plus ? le regard des objets s’entrecroise

et chante ta louange, un morceau de sucre
résonne, la goutte de miel retombe

sur la nappe comme une perle d’or,

le verre à eau vide tinte seul.

Heureux de partager ta vie. Aurai-je encore le temps

de dire sa joie dans l’attente de ta venue?

L’obscurité floconneuse du songe te frôle

elle s’envole puis se pose sur ton front.

Tes yeux mi-clos me font signe encore

tes cheveux se dénouent, se répandent comme une flamme,

et tu t’endors. L’ombre allongée de tes cils frémit.

Ta main s’alanguit sur mon oreiller, branche assoupie de saule,

et par toi, je m’endors aussi, habitant du même monde.

Et j’entends venir jusqu’à moi la métamorphose

de toutes les lignes mystérieuses, fines et sages

                                        de ta paume fraîche.

Dimoidou-
Canada
Messages : 92

Date du message : mars 22, 2012  19:07

La chambre vide (1989-1995)



Le moment où la nuit pénètre le jour

est invisible

comme les deux corps qui s'aiment et s'oublient.



De longs silences les traversent

plus musique que la plus pure musique,

un espace pour disparaître et demeurer pourtant.



Ils ne savent que l'instant

qui n’en finit pas d’être l'autre,



ils ne savent que le sang dans la lenteur des mains,



dans la moiteur de l'impossible

le lent éclair qui trace et foudroie leur image.



Chronique d'un égarement (2003-2006)

Jacques Ancet

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : mars 23, 2012  04:06

tous ces poètes...je les ai là, devant moi....dans ma bibliothèque, je les lis parfois et
parfois je les oublie...Il y en a tant . Il m'arrive d'en lire un au hasard, et je me dis : je le
connais celui là...où l'ai-je donc lu...Peu importe...je le lis et le relis...jusqu'à temps qu'il
se perde dans un coin de ma mémoire. Et c'est le bonheur de sans cesse redécouvrir.

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