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Auteur
Sujet : Dans l'ombre d'antonin artaud
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Epsilon |
Date du message : décembre 16, 2011 03:58 |
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Au fil des lectures et des découvertes, Artaud est toujours là présent au coin d'une nouvelle page,toujours vivant, oui il semble que son oeuvre n'ait pas encore montré l'influence énorme qu'il a laissé dans la poèsie depuis sa disparition.Bon n'est pas fou qui veut, n'est pas mystique qui veut non plus, cette rencontre se fait bien malgré lui , c'est ce qu'on appelle aussi le génie? ***** Cet arbre et son frémissement forêt sombre d'appels, de cris, mange le cœur obscur de la nuit. Vinaigre et lait, le ciel, la mer, la masse épaisse du firmament, tout conspire à ce tremblement, qui gîte au cœur épais de l'ombre. Un cœur qui crève, un astre dur qui se dédouble et fuse au ciel, le ciel limpide qui se fend à l'appel du soleil sonnant, font le même bruit, font le même bruit, que la nuit et l'arbre au centre du vent. A. Artaud L'Ombilic des limbes **** Le navire mystique Il se sera perdu le navire archaïque Aux mers où baigneront mes rêves éperdus, Et ses immenses mâts se seront confondus Dans les brouillards d'un ciel de Bible et de Cantiques. Et ce ne sera pas la Grecque bucolique Qui doucement jouera parmi les arbres nus ; Et le Navire Saint n'aura jamais vendu La très rare denrée aux pays exotiques. Il ne sait pas les feux des havres de la terre, Il ne connaît que Dieu, et sans fin, solitaire Il sépare les flots glorieux de l'Infini. Le bout de son beaupré plonge dans le mystère ; Aux pointes de ses mâts tremble toutes les nuits L'Argent mystique et pur de l'étoile polaire. Antonin ARTAUD, Premiers poèmes, 1913.
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Epsilon |
Date du message : décembre 29, 2008 03:09 |
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Qui suis-je ? Qui suis-je ? D’où je viens ? Je suis Antonin Artaud et que je le dise comme je sais le dire immédiatement vous verrez mon corps actuel voler en éclats et se ramasser sous dix mille aspects notoires un corps neuf où vous ne pourrez plus jamais m’oublier. Antonin Artaud ****** Petit poème des poissons de la mer Je me suis penché sur la mer Pour communiquer mon message Aux poissons: «Voilà ce que je cherche et que je veux savoir.» Les petits poissons argentés Du fond des mers sont remontés Répondre à ce que je voulais. La réponse des petits poissons était: «Nous ne pouvons pas vous le dire Monsieur PARCE QUE» Là la mer les a arrêtés. Alors j’ai écarté la mer Pour les mieux fixer au visage Et leur ai redit mon message: «Vaut-il mieux être que d’obéir?» Je le leur redis une fois, je leur dis une seconde Mais j’eus beau crier à la ronde Ils n’ont pas voulu entendre raison! Je pris une bouilloire neuve Excellente pour cette épreuve Où la mer allait obéir. Mon coeur fit hamp, mon coeur fit hump Pendant que j’actionnais la pompe À eau douce, pour les punir. Un, qui mit la tête dehors Me dit: «Les petits poissons sont tous morts.» «C’est pour voir si tu les réveilles, Lui criai-je en plein dans l’oreille, Va rejoindre le fond de la mer.» Dodu Mafflu haussa la voix jusqu’à hurler en déclamant ces trois derniers vers, et Alice pensa avec un frisson: «Pour rien au monde je n’aurai voulu être ce messager!» Celui qui n’est pas ne sait pas L’obéissant ne souffre pas. C’est à celui qui est à savoir Pourquoi l’obéissance entière Est ce qui n’a jamais souffert Lorsque l’être est ce qui s’effrite Comme la masse de la mer. Jamais plus tu ne seras quitte, Ils vont au but et tu t’agites. Ton destin est le plus amer. Les poissons de la mer sont morts Parce qu’ils ont préféré à être D’aller au but sans rien connaître De ce que tu appelles obéir. Dieu seul est ce qui n’obéit pas, Tous les autres êtres ne sont pas Encore, et ils souffrent. Ils souffrent ni vivants ni morts. Pourquoi? Mais enfin les obéissants vivent, On ne peut pas dire qu’ils ne sont pas. Ils vivent et n’existent pas. Pourquoi? Pourquoi? Il faut faire tomber la porte Qui sépare l’Être d’obéir! L’Être est celui qui s’imagine être Être assez pour se dispenser D’apprendre ce que veut la mer… Mais tout petit poisson le sait! Il y eut une longue pause. «Est-ce là tout? demanda Alice timidement.» Antonin Artaud, 1926 ****** Invocation à la Momie Ces narines d’os et de peau par où commencent les ténèbres de l’absolu, et la peinture de ces lèvres que tu fermes comme un rideau Et cet or que te glisse en rêve la vie qui te dépouille d’os, et les fleurs de ce regard faux par où tu rejoins la lumière Momie, et ces mains de fuseaux pour te retourner les entrailles, ces mains où l’ombre épouvantable prend la figure d’un oiseau Tout cela dont s’orne la mort comme d’un rite aléatoire, ce papotage d’ombres, et l’or où nagent tes entrailles noires C’est par là que je te rejoins, par la route calcinée des veines, et ton or est comme ma peine le pire et le plus sûr témoin. Antonin Artaud
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-grimalkin- |
Date du message : décembre 29, 2008 04:44 |
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DEUXIÉME LETTRE DE MÉNAGE J'ai besoin, à côté de moi, d'une femme simple et équilibrée, et dont l'âme inquiète et trouble ne fournirait pas sans cesse un aliment à mon désespoir. Ces derniers temps, je ne te voyais plus sans un sentiment de peur et de malaise. Je sais très bien que c'est ton amour qui te fabrique tes inquiétudes sur mon compte, mais c'est ton âme malade et anormale comme la mienne qui exaspère ces inquiétudes et te ruine le sang. Je ne veux plus vivre auprès de toi dans la crainte. J'ajouterai à cela que j'ai besoin d'une femme qui soit uniquement à moi et que je puisse trouver chez moi à toute heure. Je suis désespéré de solitude. Je ne peux plus rentrer le soir, dans une chambre, seul, et sans aucune des facilités de la vie à portée de ma main. Il me faut un intérieur, et il me le faut tout de suite, et une femme qui s'occupe sans cesse de moi qui suis incapable de m'occuper de rien, qui s'occupe de moi pour les plus petites choses. Une artiste comme toi a sa vie, et ne peut pas faire cela. Tout ce que je te dis est d'un égoïsme féroce, mais c'est ainsi. Il ne m'est même pas nécessaire que cette femme soit très jolie, je ne veux pas non plus qu'elle soit d'une intelligence excessive, ni surtout qu'elle réfléchisse trop. Il me suffit qu'elle soit attachée à moi. Je pense que tu sauras apprécier la grande franchise avec laquelle je te parle et que tu me donneras la preuve d'intelligence suivante : c'est de bien pénétrer que tout ce que je te dis n'a rien à voir avec la puissante tendresse, l'indéracinable sentiment d'amour que j'ai et que j'aurai inaliénablement pour toi, mais ce sentiment n'a rien à voir lui-même avec le courant ordinaire de la vie. Et elle est à vivre, la vie. Il y a trop de choses qui m'unissent à toi pour que je te demande de rompre, je te demande seulement de changer nos rapports, de nous faire chacun une vie différente, mais qui ne nous désunira pas. Extrait de"L'ombilic des Limbes, Le pèse nerfs", (Poésie-Gallimard)
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Epsilon |
Date du message : décembre 29, 2008 05:00 |
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C'est ma raison à moi et je l'impose par la force parce que ça me plaît, c'est ma logique à moi et je l'impose par la force parce que ça me plaît, c'est ma conscience à moi et je l'impose par ma force, parce que ça me plait. Artaud, le Mômo ***** Et qu'est-ce au juste que la conscience? Au juste nous ne le savons pas.C'est le néant. Un néant dont nous nous servons pour indiquer quand nous ne savons pas quelque chose, de quel coté, nous ne le savons pas et nous disons alors CONSCIENCE du coté de la conscience. Mais il y a cent mille autres cotés..... Antonin Artaud ***** Les mots que nous employons on me les a passés et je les emploie, mais pas pour me faire comprendre, pas pour achever de m'en vider, ALors pourquoi? C'est qu'en réalité je ne les emploie pas En réalité je ne fais pas autre chose que de me taire et de cogner. (Suppôts et supplications)
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-grimalkin- |
Date du message : décembre 29, 2008 05:28 |
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Artaud et le peyotl Après des fatigues si cruelles, je le répète, qu'il ne m'est plus possible de croire que je n'aie pas été réellement ensorcelé, que ces barrières de désagrégation et de cataclysmes, que j'avais senti monter en moi, n'aient pas été le résultat d'une préméditation intelligente et concertée, j'avais atteint l'un des derniers points du monde où la danse de guérison par le Peyotl existe encore, celui, en tout cas, où elle a été inventée. Et qu'est-ce donc, quel faux pressentiment, quelle intuition illusoire et fabriquée me permettait d'en attendre une libération quelconque pour mon corps et aussi, et surtout, une force, une illumination dans toute l'ampleur de mon paysage interne, que je sentais à cette minute précise hors de toute espèce de dimensions."
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Epsilon |
Date du message : décembre 30, 2008 01:47 |
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Extrait de « Pour en finir avec le jugement de dieu » de Antonin Artaud. Ce texte est une lettre que Antonin Artaud prévoyait de lire (il en a finalement coupé une partie) en introduction à sa pièce radiophonique « Pour en finir avec le jugement de dieu », fin des années 1940. Cette pièce, parlée, hurlée, chantée, hululée par Artaud et Maria Casarès, Roger Blin et Paule Thévenin qui l’accompagnaient de « glossolalies » et de percussions, était pensée par l’auteur comme une oeuvre totale ayant notamment pour fonction de permettre à l’auditeur d’accéder par la voie de l’émission « corporelle » aux vérités métaphysiques les plus élevées. Cette introduction débouche sur un autre texte intitulé « Tutuguri, Le rite du soleil noir » dans lequel Artaud décrit un rite des indiens Tarahumaras. Pour en finir avec le jugement de dieu, Antonin Artaud, Gallimard « poésie », 2003. « J’ai appris hier [1] (il faut croire que je retarde, ou peut-être n’est-ce qu’un faux bruit, l’un de ces sales ragots comme il s’en colporte entre évier et latrines à l’heure de la mise aux baquets des repas une fois de plus ingurgités), j’ai appris hier l’une des pratiques officielles les plus sensationnelles des écoles publiques américaines et qui font sans doute que ce pays se croit à la tête du progrès. Il paraît que parmi les examens ou épreuves que l’on fait subir à un enfant qui entre pour la première fois dans une école publique, aurait lieu l’épreuve dite de la liqueur séminale ou du sperme, et qui consisterait à demander à cet enfant nouvel entrant un peu de son sperme afin de l’insérer dans un bocal et de le tenir ainsi prêt à toutes les tentatives de fécondation artificielle qui pourraient ensuite avoir lieu. Car de plus en plus les américains trouvent qu’ils manquent de bras et d’enfants, c’est à dire non pas d’ouvriers mais de soldats, et ils veulent à toute force et par tous les moyens possible faire et fabriquer des soldats en vue de toutes les guerres planétaires qui pourraient ensuite avoir lieu, et qui seraient destinées à démontrer par les vertus écrasantes de la force la surexcellence des produits américains, et des fruits de la sueur américaine sur tous les champs de l’activité et du dynamisme possible de la force. Parce qu’il faut produire, il faut par tous les moyens de l’activité possibles remplacer la nature partout où elle peut-être remplacée, il faut trouver à l’inertie humaine un champ majeur, il faut que l’ouvrier est de quoi s’employer, il faut que des champs d’activité nouvelle soient crées, où ce sera le règne enfin de tous les faux produits fabriqués, de tous les ignobles ersatz synthétiques où la belle nature vraie n’a que faire, et doit céder une fois pour toutes et honteusement la place à tous les triomphaux produits de remplacement où le sperme de toutes les usines de fécondation artificielle fera merveille pour produire des armées et des cuirassés. Plus de fruits, plus d’arbres, plus de légumes, plus de plantes pharmaceutiques ou non et par conséquent plus d’aliments, mais des produits de synthèse à satiété, dans des vapeurs, dans des humeurs spéciales de l’atmosphère, sur des axes particuliers des atmosphères tirées de force et par synthèse aux résistances d’une nature qui de la guerre n’a jamais connu que la peur. Et vive la guerre, n’est-ce pas ? Car n’est-ce pas, ce faisant, la guerre que les Américains ont préparée et qu’il prépare ainsi pied à pied. Pour défendre cet usinage insensé contre toutes les concurrences qui ne sauraient manquer de toutes parts de s’élever, il faut des soldats, des armées, des avions, des cuirassés, de là ce sperme auquel il paraîtrait que les gouvernements de l’Amérique auraient eu le culot de penser. Car nous avons plus d’un ennemi et qui nous guette, mon fils, nous, les capitalistes-nés, et parmi ces ennemis la Russie de Staline qui ne manque pas non plus de bras armés. Tout cela est très bien, mais je ne savais pas les Américains un peuple si guerrier. Pour se battre il faut recevoir des coups et j’ai vu peut-être beaucoup d’Américains à la guerre mais ils avaient toujours devant eux d’incommensurables armées de tanks, d’avions, de cuirassés qui leur servaient de boucliers. J’ai vu beaucoup se battrent des machines mais je n’ai vu qu’à l’infini derrière les hommes qui les conduisaient. En face du peuple qui fait manger à ses chevaux, à ses bœufs et à ses ânes les dernières tonnes de morphine vraie qui peuvent lui rester pour la remplacer par des ersatz de fumée, j’aime mieux le peuple qui mange à même la terre le délire d’où il est né, je parle des Tarahumaras mangeant le Peyotl à même le sol pendant qu’il naît, et qui tue le soleil pour installer le royaume de la nuit noire, et qui crève la croix afin que les espaces de l’espace ne puissent plus jamais se rencontrer ni se croiser. C’est ainsi que vous allez entendre la danse du TUTUGURI » Notes [1] Écrit vers le 22 novembre 1947 Extrait de « Pour en finir avec le jugement de dieu » de Antonin Artaud.mercredi 31 mai 2006 ARTICLE TROUVE SUR RESPIRE ASBL que je remercie!
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Epsilon |
Date du message : décembre 31, 2008 05:43 |
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Antonin Artaud ( 1896 - 1948 ) Poète, essayiste, dramaturge, acteur & metteur en scène " Ce qu’il dit, il le dit non par sa vie même (ce serait trop simple), mais par l’ébranlement de ce qui l’appelle hors de la vie ordinaire. " Maurice Blanchot Le 4 septembre 1896, Antoine-Marie-Joseph Artaud (dit Antonin) est né à Marseille. Le père, Antoine Roi, est capitaine au long cours ; la mère, Euphrasie Nalpas, est une Levantine originaire de Smyrne. Il est l’aîné de cinq enfants, dont deux mourront en bas âge. Ses premières années sont celles que pouvait vivre tout enfant de la bourgeoisie aisée, en province, au début de ce siècle, avec parfois l’aventure émerveillée de séjours à Smyrne chez sa grand-mère maternelle qu’il appelle Neneka. Vers l’âge de cinq ou six ans, il est atteint d’une maladie nerveuse grave qui aurait été une méningite. En 1915, alors qu’il allait achever au collège du Sacré-Cœur à Marseille l’année de philosophie, de nouveaux troubles d’origine nerveuse se manifestent, et de façon si inquiétante que sa famille l’emmène consulter un spécialiste à Montpellier. Il s’ensuit un premier séjour dans une maison de santé près de Marseille. Mobilisé en 1916, réformé quelques mois après, il va aller d’une maison de santé à l’autre chercher l’apaisement de ces douleurs physiques qu’il accusera toute sa vie. En 1920, après un long séjour en Suisse, l’amélioration obtenue lui permet de quitter sa ville natale. Le témoin de soi-même Le jeune homme qui arrive à Paris se sent poète, se veut poète ; il sait dessiner et regarde la peinture d’un œil averti ; il est très beau et désire aussi être comédien. Dès lors, la vie d’Antonin Artaud est si étroitement mêlée à son œuvre que l’on pourrait presque dire qu’il écrit son œuvre avec sa vie, qu’il suffit de lire ses écrits pour connaître l’essentiel de sa vie, non qu’il s’agisse d’une anecdotique autobiographie, car, Maurice Blanchot l’a souligné : " Ce qu’il dit, il le dit non par sa vie même (ce serait trop simple), mais par l’ébranlement de ce qui l’appelle hors de la vie ordinaire. " Le poète, donc, écrit des poèmes (un premier recueil, Tric Trac du Ciel , paraît en 1923), en adresse quelques-uns au directeur de La Nouvelle Revue française , Jacques Rivière, qui les refuse. Antonin Artaud écrit alors à Rivière non tant pour défendre leur facture que pour tenter de faire comprendre pourquoi il " propose malgré tout ces poèmes à l’existence. Je souffre, écrit- il, d’une effroyable maladie de l’esprit. Ma pensée m’abandonne à tous les degrés. " Et il tient d’autant plus à ce que soit reconnue " l’existence " de ces " quelques poèmes qu’ils constituent les lambeaux qu’[il a] pu regagner sur le néant complet ". " Il m’importe beaucoup que les quelques manifestations d’existence spirituelle que j’ai pu me donner à moi-même ne soient pas considérées comme inexistantes par la faute des taches et des expressions mal venues qui les constellent. " Ces lettres échangées à propos de " la recevabilité de ces poèmes ", Rivière propose alors de les publier. C’est la Correspondance avec Jacques Rivière (parue en septembre 1924 dans La Nouvelle Revue française , puis en 1927 en plaquette chez le même éditeur), dont Maurice Blanchot parle comme d’" un événement d’une grande signification ". Il y a peut-être de l’orgueil dans ce cri : " Je suis témoin, je suis le seul témoin de moi-même. " Il y en a certainement dans cette affirmation : " Je me connais, et cela me suffit, et cela doit suffire, je me connais parce que je m’assiste, j’assiste à Antonin Artaud. " Pourtant, si L’Ombilic des Limbes (Paris, 1925), Le Pèse-Nerfs (Paris, 1925), réédité suivi de Fragments d’un Journal d’Enfer (Marseille, 1927), peuvent être considérés comme les textes les plus denses et les plus fulgurants de leur époque, c’est qu’ils témoignent de cette impossibilité à penser, de la douleur physique de cette " déperdition ", avec tant de lucidité, d’acuité qu’il est peu de commentateurs qui aient pu s’en approcher avec perspicacité. C’est aussi qu’ils ne sont pas seulement la relation désespérée de cette " inapplication à la vie ", mais ce combat mené contre, dit-il, ce " quelque chose de furtif qui m’enlève les mots que j’ai trouvés, qui diminue ma tension mentale, qui détruit au fur et à mesure dans sa substance la masse de ma pensée... ". C’est encore parce que nous ne sommes pas en présence d’une œuvre " détachée de la vie ", c’est qu’Antonin Artaud, dès le début, s’y affirme en homme et en corps : " Je suis homme par mes mains et mes pieds, mon ventre, mon cœur de viande, mon estomac dont les nœuds me rejoignent à laputréfaction de la vie. " la vie d’Antonin Artaud est si étroitement mêlée à son œuvre que l’on pourrait presque dire qu’il écrit son œuvre avec sa vie, qu’il suffit de lire ses écrits pour connaître l’essentiel de sa vie On se souvient du mot superbe d'André Breton à son sujet: " A jamais la jeunesse reconnaîtra pour sien cet oriflamme calciné. " La phrase de Breton date de 1959. Sa prédiction ne tarda pas à se réaliser. Dès avant 1968, et autour de cette date, pendant une dizaine d'années environ, se développa ce qu'il faut appeler une " mode " d'Artaud. Mode irrésistible et qui prit plusieurs formes mais cristallisa surtout autour du théâtre. Sans doute parce que la publication des oeuvres complètes en était justement au "Théâtre et son Double" et à tout ce qui s'y rapportait. Très vite, en France et bien au-delà, Artaud (1896-1948) prit le visage du rénovateur du théâtre contemporain : " der Vater des modernes Theaters ", disait-on en Allemagne. Durant toute une décennie, ce fut une véritable folie d'Artaud : chacun se réclamait de lui, et une " cruauté " le plus souvent mal comprise était mise à toutes les sauces. Comme toutes les modes, celle-ci finit par refluer. Non sans inspirer un vif soulagement à ceux que cette frénésie avait consternés. Car elle était largement mystificatrice, et un certain culte aveugle avait tendu à occulter, par ses excès bruyants et réducteurs, la richesse d'une parole que l'on commençait à peine d'approcher. Il arrive que le reflux d'une mode s'accompagne d'un détournement radical de ce qui en a été l'objet et que l'on aille jusqu'à brûler ce qu'on avait adoré. Rien de tel ici : ce qui a disparu, c'est l'écume, le fracas. Mais l'intérêt profond pour Artaud n'a pas décru. Le prouvent les numéros spéciaux de revues qu'on continue de lui consacrer, à intervalles quasi réguliers, tandis que se poursuit méthodiquement le lent dévoilement des Oeuvres complètes. Alain et Odette Virmaux (IN Antonin Artaud, La Manufacture éd.) Qui suis-je? d'où je viens? je suis Antonin Artaud Et que je le dise comme je sais le dire immédiatement vous verrez mon corps actuel voler en éclats et se ramasser sous dix mille aspects notoires un corps neuf où vous ne pourrez plus jamais m'oublier. Ces quelques lignes pour vous faire part d'un sentiment étrange que nous pouvons éprouver à l'égard de la vision de notre société sur l’auteur du théâtre et son double et de l’ombilic des limbes, le poète Antonin Artaud. Par poète j’entends le créateur de l’œuvre poétique dans son ensemble, peu importe qu’elle nous parvienne par le froissement d’une page, par le craquement des planches, par le bruissement du pinceau sur la toile. l’essentiel c’est que le sublime nous touche au plus profond de nous mêmes. Pour nous toucher Antonin Artaud mieux que quiconque savait par la pratique des différentes formes de l’art l’importance primordiale de réunir trois éléments qui nous caractérisent le plus, notre chair, notre verbe et notre âme. Antonin Artaud avait brusquement mis en évidence par un travail sur lui-même un moyen d’exprimer l’intériorité de l’être, par le corps, creuset de toutes énergies, par les mots, non plus seulement chargés de sens, mais aussi sensitifs. Pour résumer je dirais un verbe à fleur de peau. L’illustration la plus parfaite de ce travail de toute une vie passe par l’écoute d’une ultime émission radiophonique enregistrée en 1948, quelque temps avant sa mort: " [Pour en finir avec le jugement de dieu] ", dont la diffusion fut finalement interdite. Par ses découvertes, Antonin Artaud était sorti du cadre strict que la société lui avait fixé, qu’elle fixe à tout artiste novateur, la marginalité. Et quand cette marginalité brise les frontières des choses établies, on la commue en folie et on lui administre 52 électrochocs. En 1916, Artaud prend pour la première fois de l’opium sur prescription médicale et en fait sa compagne, pour se voir obligé à la fin de sa vie d’en abuser pour atténuer ce qui avait commencé par une douleur indéfinissable et qui fut trop tard diagnostiqué comme un cancer. Mais sa plus grande faiblesse était une peur profonde de n’être pas aimé et d’être trahi. Il est des hommes butés qui, de tous temps, ont essayé de transcender leurs rêves et leurs visions au péril de leur vie, tenant pour quelques secondes la destinée de l’humanité dans leur cœur, Artaud est de ceux- là. Bibliographie 1921 "L'atelier de Charles Dullin" (Chroniques); "La bouteille et le Verre", "Verlaine boit", "Mystagogie", "Madrigaux"; poèmes, in Action no. 6 "L'antarctique" (poème), in Action no. 10 1922 "Bar Marin", "Aquarium"; poèmes, in Action, mars-avril 1923 Douze Chansons (Maurice Maeterlinck: prologue d'Artaud), Collection Les Contemporains, Stock, Paris. Tric-Trac du Ciel, poèmes, Galerie Simon 1924 "Boutique de l'ame", poème in CAP no. 1 1925 "Sur le suicide" in Le Disque Vert, no. 1 "Le Mauvais Rêveur" in Le Disque Vert, no. 2 "Avec moi dieu-le-chien, et sa langue", "Poète Noir", "L'arbre", "La rue", "La nuit opère", "Vitres de son"; poèmes, in Le Disque Vert, no. 3 "Textes surréalistes", Réponse à l'enquête sur le Suicide", Rêves", in La Revolution Surréaliste no. 2 "L'activité du Bureau de recherches surréalistes", Lettre aux Recteurs des Universités Européennes", Adresse au Pape", "Adresse au Dalai-Lama", "Lettre aux Médecins-Chefs des asiles de fous", in La Revolution Surréaliste no. 3 1925 Le Pèse-Nerfs, suivi de Lettres de ménage (couverture de André Masson), impr. de Leibovitz, Paris L'Ombilic des Limbes, NRF Gallimard, Paris L'Ombilic des Limbes, suivi des fragments d'un Journal d'Enfer, éditions des Cahiers du Sud, Marseille "Nouvelle lettre sur moi-même", in La Revolution Surréaliste no. 5 "La vitre d'amour", in La Revue Européenne [N.D.] 1926 "L'Enclume des forces", "Invocation à la Momie"; poèmes, in La Revolution Surréaliste no. 7 "Lettre à la voyante", "Uccello le poil", in La Revolution Surréaliste no. 8 1927 A la grande nuit, ou le Bluff surrealiste, Paris (l'auteur) Correspondance avec Jacques Rivière, NRF, Gallimard, Paris Point final, Paris (l'auteur) 1928 "Le clair Abélard", in Les Feuilles Libres, dec. 1927 - janv. 1928 "L'Osselet Toxique", in La Revolution Surréaliste no. 9 1929 L'Art et la Mort, Denoël, Paris 1930 Le Théatre Alfred Jarry et l'Hostilité Publique (en collaboration avec Roger Vitrac), Paris 1931 Monk Lewis, Le Moine, trad. Antonin Artaud, Denoël et Steele, Paris 1932 Ludwig Lewisohn, Crime Passionel, trad. Antonin Artaud, Denoël et Steele, Paris 1933 "Le théatre de la cruauté", in 14 Rue du Dragon, no. 2 "Le temple d'Astarté", in in 14 Rue du Dragon, no. 4 "Le vieillesse précoce du cinéma", in Les Cahiers Jaunes, no. 4 1934 Heliogabale ou l'Anarchiste Couronné, Denoël et Steele, Paris 1937 Les Nouvelles Révélations de l'Etre, Denoël, Paris 1938 Le Théatre et son Double, Gallimard (collection 'Métamorphoses'), Paris 1944 Révolte contre la Poésie (amis de l'auteur), Paris 1945 D'un Voyage au Pays de Tarahumaras, éditions de la Revue 'Fontaine', Paris 1946 Lettres de Rodez, impr. G.L. Mano, Paris Xylophonic contre la Grande Presse et son Petit Public ('Histoire entre le Groume et Dieu' par A. Artaud; 'Apoème' par Henri Pichette) impr. Davy, Paris "Le Théatre et l'Anatomie", in La Rue, juillet "Les Mères à l'Etable", in L'Heure Nouvelle "Centre-Noeuds", in Juin no. 18 (juin 18) "Lettre sur Lautréamont", in Cahiers du Sud, no. 275 1947 Portraits et Dessins (poème de l'artiste), Galerie Pierre, Paris Artaud le Momo (illustré de 8 dessins de l'auteur), Bordas, Paris Ci-git, précédé de la Culture Indienne, impr. D. Viglino, Paris Van Gogh, le suicidé de la societé, K éditeur, Paris "Les Malades et les Médecins", in Les Quatre Vents, no. 8 "L'aveu d'Arthur Adamov", in Cahiers de la Pléiade, avril "Main d'Ouvrier", "Coleridge le Traitre" et "Il faut avoir l'envie de vivre", in Revue K, no. 1 1948 Pour en Finir avec le Jugement de Dieu, K éditeur, Paris Ci-git, précédé de la Culture Indienne, K éditeur, Paris Le Théatre de Séraphin, collection "l'air du temps", Paris "Aliéner l'Acteur" et "Le Théatre et la Science", in L'Arbalète no. 13 "Introduction à la lecture de son oeuvre", in Critique (octobre) "Lettre à Peter Watson", in Critique (octobre) "Paris - Varsovie", in 84 nos. 3-4 "Douze Textes inédits",in 84 nos. 5-6 "Le Chevalier Mate - Tapis" d'après Lewis Carroll, trad. Antonin Artaud, Cahier du Sud 1949 Supplement aux Lettres de Rodez, suivi de "Coleridge le Traitre", G.L. Mano, Paris Lettre contre la Cabbale, Jacques Haumont, Paris "Les dix-huit secondes", "La pierre philosophale", "Le Théatre de Séraphin", "La où j'en suis", in Cahiers de la Pléiade, printemps "Suppôts et supplications" (extraits) in Les Temps Modernes (février) "Il y a une vielle histoire de singes carbonisés", in 84, no. 7 "Inédits", in 84, nos. 8-9 et 10-11 1950 Le Théatre de Séraphin, Bettencourt, Paris (Prével, J. De Colère et de haine) Avec un poè par Antonin Artaud, éditions du Lion, Paris "La Mort et l'Homme", in 84, no. 13 "Lettre à ladministrateur de la Comédie Francaise", in 84, no. 13 "Je n'ai jamais rien étudié...", in 84, no. 16 1951 "Suppôts et supplications" (extraits) in La Nef (décembre-janvier) 1952 Lettres d'Antonin Artaud à J.L.Barrault, Bordas (documents de la revue thátrale), Paris (La bouche ouverte, conte de Marcel Béalu) Commenté par A. Artaud, Paris "Trois lettres adressées à des médecins", "Lettre à la voyante", "L'eperon malicieux", "Le double cheval", in Botteghe Oscure, no. 8 1953 Vie et Mort de Satan-le-Feu, suivi de "Textes mexicains pour un nouveau mythe", éditions Arcanes, Paris "Trois textes", Le Disque Vert no. 4 1954 "Le Théatre et la Science", in Théatre Populaire [n.d.] 1956 Début de la publication des oeuvres complès d'Antonin Artaud, Gallimard, NRF (à 1965: Tomes I-V) 1957 Autre chose que l'enfant beau (pointe-sèche originale de Pablo Picasso), L. Broder, Paris 1959 "Lettre à Pierre Loeb", in Antonin Artaud, par Georges Charbonnier (Poès d'aujourd'hui: Seghers, Paris) 1960 "Chiote à l'esprit", in Tel Quel (printemps) MERCI AU SITE www;Heimdallr.ezwww.ch, 1999 OU J'AI TROUVE CET EXCELLENT PETIT ARTICLE BIOGRAPHIQUE ET QUE JE REMERCIE!
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Epsilon |
Date du message : janvier 1, 2009 01:20 |
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Mort au monde Mort au monde ; à ce qui fait pour tous les autres le monde, tombé enfin, tombé, monté dans ce vide que je refusais, j’ai un corps qui subit le monde, et dégorge la réalité. J’ai assez de ce mouvement de lune qui me fait appeler ce que je refuse et refuser ce que j’ai appelé. Il faut finir. Il faut enfin trancher avec ce monde qu’un Être en moi, cet Être que je ne peux plus appeler, puisque s’il vient je tombe dans le Vide, cet Être a toujours refusé. C’est fait. Je suis vraiment tombé dans le Vide depuis que tout, - de ce qui fait ce monde, - vient d’achever de me désespérer. Car on ne sait que l’on n’est plus au monde que quand on voit qu’il vous a bien quitté. Morts, les autres ne sont pas séparés : ils tournent encore autour de leurs cadavres. *** Antonin Artaud,Les Nouvelles Révélations de l’Être, Œuvres Complètes VII, Éditions Gallimard, Paris, 1982
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-grimalkin- |
Date du message : janvier 2, 2009 06:09 |
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Avec moi, dieu-le-chien Avec moi dieu-le-chien, et sa langue qui comme un trait perce la croûte de la double calotte en voûte de la terre qui le démange. Et voici le triangle d’eau qui marche d’un pas de punaise, mais qui sous la punaise en braise se retourne en coup de couteau. Sous les seins de la terre hideuse Dieu-la chienne s’est retirée, des seins de terre et d’eau gelée qui pourrissent sa langue creuse. Et voici la vierge-au marteau, pour broyer les caves de terre dont le crâne du chien stellaire sent monter l’horrible niveau. *** Poète noir Poète noir, un sein de pucelle te hante, poète aigri, la vie bout et la ville brûle, et le ciel se résorbe en pluie, ta plume gratte au cœur de la vie. Forêt, forêt, des yeux fourmillent sur les pignons multipliés ; cheveux d’orage, les poètes enfourchent des chevaux, des chiens. Les yeux ragent, les langues tournent, le ciel afflue dans les narines comme un lait nourricier et bleu ; je suis suspendu à vos bouches femmes, cœurs de vinaigre durs. Antonin Artaud (l'ombilic de limbes) *Ce message a été édité le Jan 2, 2009 6:15 AM par -grimalkin-*
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Epsilon |
Date du message : janvier 2, 2009 06:57 |
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Superbes Grim,ces deux poèmes d'Artaud, on comprend que cela à créé un certain malaise à leur lecture ,la première fois, lol!
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-grimalkin- |
Date du message : janvier 5, 2009 04:48 |
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Toute l’écriture est de la cochonnerie. Les gens qui sortent du vague pour essayer de préciser quoi que ce soit de ce qui se passe dans leur pensée, sont des cochons. Toute la gent littéraire est cochonne, et spécialement celle de ce temps-ci. Tous ceux qui ont des points de repère dans l’esprit, je veux dire d’un certain côté de la tête, sur des emplacements bien localisés de leur cerveau, tous ceux qui sont maîtres de leur langue, tous ceux pour qui les mots ont un sens, tous ceux pour qui il existe des altitudes dans l’âme, et des courants dans la pensée, ceux qui sont esprit de l’époque, et qui ont nommé ces courants de pensée, je pense à leurs besognes précises, et à ce grincement d’automate que rend à tous vents leur esprit, — sont des cochons. Ceux pour qui certains mots ont un sens, et certaines manières d’être, ceux qui font si bien des façons, ceux pour qui les sentiments ont des classes et qui discutent sur un degré quelconque de leurs hilarantes classifications, ceux qui croient encore à des « termes », ceux qui remuent des idéologies ayant pris rang dans l’époque, ceux dont les femmes parlent si bien et ces femmes aussi qui parlent si bien et qui parlent des courants de l’époque, ceux qui croient encore à une orientation de l’esprit, ceux qui suivent des voies, qui agitent des noms, qui font crier les pages des livres, — ceux-là sont les pires cochons. Vous êtes bien gratuit, jeune homme! Non, je pense à des critiques barbus. Et je vous l’ai dit: pas d’œuvres, pas de langue, pas de parole, pas d’esprit, rien. Rien, sinon un beau Pèse-Nerfs. Une sorte de station incompréhensible et toute droite au milieu de tout dans l’esprit. Et n’espérez pas que je vous nomme ce tout, en combien de parties il se divise, que je vous dise son poids, que je marche, que je me mette à discuter sur ce tout, et que, discutant, je me perde et je mette ainsi sans le savoir à PENSER, - et qu’il s’éclaire, qu’il vive, qu’il se pare d’une multitude de mots, tous bien frottés de sens, tous divers, et capables de bien mettre au jour toutes les attitudes, toutes les nuances d’une très sensible et pénétrante pensée. Ah ces états qu’on ne nomme jamais, ces situations éminentes d’âme, ah ces intervalles d’esprit, ah ces minuscules ratées qui sont le pain quotidien de mes heures, ah ce peuple fourmillant de données, - ce sont toujours les mêmes mots qui me servent et vraiment je n’ai pas l’air de beaucoup bouger dans ma pensée, mais j’y bouge plus que vous en réalité, barbes d’ânes, cochons pertinents, maîtres du faux verbe, trousseurs de portraits, feuilletonistes, rez-de-chaussée, herbagistes, entomologistes, plaie de ma langue. Je vous l’ai dit, que je n’ai plus ma langue, ce n’est pas une raison pour que vous persistiez, pour que vous vous obstiniez dans la langue. Allons, je serai compris dans dix ans par les gens qui font aujourd’hui ce que vous faîtes. Alors on connaîtra mes geysers, on verra mes glaces, on aura appris à dénaturer mes poisons, on décèlera mes jeux d’âmes. Alors tous mes cheveux seront coulés dans la chaux, toutes mes veines mentales, alors on percevra mon bestiaire, et ma mystique sera devenue un chapeau. Alors on verra fumer les jointures des pierres, et d’arborescents bouquets d’yeux mentaux se cristalliseront en glossaires, alors on verra choir des aérolithes de pierre, alors on verra des cordes, alors on comprendra la géométrie sans espaces, et on apprendra ce que c’est que la configuration de l’esprit, et on comprendra comment j’ai perdu l’esprit. Alors on comprendra pourquoi mon esprit n’est pas là, alors on verra toutes les langues tarir, tous les esprits se dessécher, toutes les langues se racornir, les figures humaines s’aplatiront, se dégonfleront, comme aspirées par des ventouses desséchantes, et cette lubrifiante membrane continuera à flotter dans l’air, cette membrane lubrifiante et caustique, cette membrane à deux épaisseurs, à multiples degrés, à un infini de lézardes, cette mélancolique et vitreuse membrane, mais si sensible, si pertinente elle aussi, si capable de se multiplier, de se dédoubler, de se retourner avec son miroitement de lézardes, de sens, de stupéfiants, d’irrigations pénétrantes et vireuses, alors tout ceci sera trouvé bien, et je n’aurai plus besoin de parler. Antonin Artaud Le pèse-nerfs (1925) *Ce message a été édité le Jan 5, 2009 4:50 AM par -grimalkin-*
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-grimalkin- |
Date du message : octobre 2, 2009 04:31 |
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Et qu'est-ce au juste que la conscience? Au juste nous ne le savons pas.C'est le néant. Un néant dont nous nous servons pour indiquer quand nous ne savons pas quelque chose, de quel coté, nous ne le savons pas et nous disons alors CONSCIENCE du coté de la conscience. Mais il y a cent mille autres cotés..... Ah, mais il se peut que l'on n'ait rien à dire Je veux dire que cela arrive Et il se peut que l'on ne sache rien d'un être Et il se peut que l'on ne sache plus rien à propos de rien Et il se peut que l'on soit exactement exactement Les mots que nous employons on me les a passés et je les emploie, mais pas pour me faire comprendre, pas pour achever de m'en vider, ALors pourquoi? C'est qu'en réalité je ne les emploie pas En réalité je ne fais pas autre chose que de me taire et de cogner. (Suppôts et supplications) maladroit Ah, Martine, que n'ai je à t'apprendre que je ne sache déjà et qu'on donne un peu la lumière sur ces visages que l'on chasse et qui n'en savent rien non plus mais qui se taisent Tout ce que j'ai, c'est que je connais un homme qui a écrit des choses fulminantes et suffocantes de VIE et que cet homme c'est Antonin Artaud et que je n'en dirai pas plus sur lui Comme disait un de ses véritables amis, parler d'Artaud c'est faire qu'il n'ait pas été Antonin Artaud
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-grimalkin- |
Date du message : juin 29, 2010 06:11 |
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Le navire mystique Il se sérums perdu le Navire archaïque Aux Mers Où mes rêves éperdus baigneront ; ET SES immenses mâts se seront confondus Dañs brouillards les Nations Unies d' Ciel de bible et de cantiques . Un air jouera , MAIS bucolique non d' antiquités , Mystérieusement parmi les Arbres nus ; Et le Navire Saint n'aura Jamais vendu La Très rare denrée aux paie exotiques . Il NE SAIT Pas les feux des Havres de la terre . Il NE Québec connait Dieu , et sans fin , solitaire Il separe les flots glorieux de l'infini . Le combat de fils Beaupré Plonge Dans Le Mystère . Aux pointes de SES mâts tremblent Toutes Les Nuits L' argent mystique et pur de l' étoile polaire . Antonin Artaud
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-grimalkin- |
Date du message : novembre 30, 2011 03:51 |
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un de mes poètes préférés, je vais bientôt me mettre en chasse, à la recherche de nouveaux livres de poésie...Je suis invitée à une conférence à l'Harmattan, sur Aimé Césaire. Cela me réjouit : je vais me trouver en plein domaine poétique. Je vous en ferai part. En attendant, voici un petit poème de Antonin Artaud *** Les poètes lèvent les mains où tremblent de vivants vitriols, sur les tables de ciel idole s'arc-boute , et le sexe fin trempe une langue de glace dans chaque trou, dans chaque place que le ciel laisse en avançant. Le sol est tout conchié d'âmes et de femmes au sexe joli dont les cadavres tout petits dépapillotent leurs momies; Antonin Artaud, L'ombilic des Limbes Poésie/Gallimard
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-grimalkin- |
Date du message : décembre 3, 2011 04:47 |
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Le difficile est de bien trouver sa place et de retrouver la communication avec soi. le tout est dans une certaine floculation des choses dans le rassemblement de toute cette pierrerie mentale autour d'un point qui est justement à trouver. Et voilà , moi, ce que je pense de la pensée : CERTAINEMENT L'INSPIRATION EXISTE. Et il y a un point phosp*****ux où la réalité se retrouve, mais changée, métamorphosée,--et par quoi ?? --par un point de magique utilisation des choses. Et je crois aux aréolithes mentaix, à des cosmogonies individuelles. Antonin Artaud, L'ombilic des Limbes Poésie/Gallimard
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