Amicalien - Pour créer des liens et des amitiés

Présentement sur Amicalien
Les membres en ligne : 76
Les nouveaux membres : 13
Anniversaires aujourd'hui : 29


Le forum des familles Amicaliennes



  Famille : Révèlations poètiques.


Ce sujet fait partie de la famille Révèlations poètiques.. Cette famille est semi-privée. Vous pouvez lire le contenu de cette famille mais vous devez vous y inscrire pour échanger.



Auteur

Sujet : Poèsie de la foi et des croyants

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : avril 1, 2011  12:12

Je donne à vous...

                   (fragment)

Je donne à vous qui m'êtes étranger
- Vous méritiez être mieux partagé -
Je donne à vous... rien.. tout le mal que j'ai.
A votre coeur dont j''ignore l'entrée
Et qui toujours me laissera dehors,
Je donne en vain ma nuit d'âme et de corps,
Ma vérité qu'à nul je n'ai montrée,
Mes sombres temps, le noir de mes chemins,
Et ce penser qui m'a tordu les mains
Le danger sourd et muet qui m'enserre
Et la douleur qui m'est tant nécessaire
Qu'en me l'ôtant, de moi je m'en irai,
La grand'douleur qui me cherche à la ronde,
La grand'douleur d'être exilée au monde
Dont près de vous - si loin - je périrai..
Je donne à vous, alentour, la détresse
D'un cri qui tourne et n'est pas entendu,
Qui tourne, crie... et la pauvre tendresse
Que j'ai dans moi comme un pays perdu.
Je donne à vous la blessure enfermée
Qui n'ose pas au jour être nommée,
Qui rien n'attend que de mourir tout bas
Hors de pitié et qui ne parle pas.

Je donne à vous ma faute sans visage,
Ma honte pâle et mon coeur méprisé,
Mon faible coeur, si faible qu'au passage
Un seul sourire à jamais l'a brisé.

A vous passant qui du seuil de l'automne
M'aurez souri sans le vouloir, je donne
Pour ce sourire, Ô Dieu ! pour tout le bien
De ce sourire, en partant je n'ai rien
A vous donner que le mal de ma vie,
Rien que du mal, tout le mal qui m'est né
Et qui mourra sans m'être pardonné,
Mon pauvre mal qu'à vous seul je confie...

Mais c'est à vous que j'ai le plus donné.

Marie-Noël. "Chants et psaumes d'automne".




Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : avril 1, 2011  12:58

Ah ! toi qu'on dit l'Emp' reur des Pauvres....

   ah ! toi qu'on dit l'Emp'reur des Pauvres
Ben ton règne il est arrivé.
Tu d'vais r'venir, tu l'a promis,
Assis su' ton trône et "plein d' gloire"
Avec les justes à ta droite ;
Et te v' là seul dans la nuit noire
Comm' un diab' qu'est sorti d' sa boîte !
Sais-tu seul' ment où est ta gauche ?

Oh ! voui t'es là d' pis deux mille ans
Su' un bout d' bois t'ouvr' tes bras blancs
Comme un oiseau qu'écart' les ailes,
Tes bras ouverts ouvrent...le ciel
Mais bouch' nt l'espoir de mieux bouffer
Aux gas qui n' croient pus qu'à la Terre.

Oh ! oui t'es là, t'ouvr' tes bras blancs
Et vrai d'pis l' temps qu'on t'a figé
C' que t'en as vu des affligés,
Des fous, des sag's ou des d'moiselles,
Combien d' mains s' sont tendus vers toi
Sans qu' taye pipé, sans qu' t'aye bronché !

Avoue-le, va... t'es impuissant,
Tu clos tes châss' s, t'as pas d' scrupules,
Tu protèg' s avec l' même sang-froid
L' sommeil des Bons et des Crapules,
Et quand on perd quéqu'un qu'on aime,
Tu décor' s, mais tu consol' pas.

Ah ! rien t'émeut, va, ouvr' les bras,
Prends ton essor et n' reviens pas ;

T'es l'Etendard des sans-courage,
T'es l'Albatros du Grand Naufrage,
T'es le Goéland du Malheur !
Quiens ! ôt '-toi d' là et prends ta course,
Débin', cavale ou tu vas voir,

Aussi vrai qu' j'ai un nom d' baptème
Et qu' nous v' là tous deux dans la boue,
Aussi vrai qu' suis qu' eun vadrouille,
Un bat-la-crève, un fout-la-faim
Et toi un Guieu magasin d' giffes.

Ej' m'en vas t' buter dans la tronche,
J' vas t' boulotter la pomm' d'Adam
J' m'en vas t' rincer, gare à ta peau !

En v' là assez.. j' m'en vas t' saigner,
J'ai soupé, moi, des Résignés,
J'ai mon blot des Idéalisses !

- Arrière, arriè', va pas pus loin !
Un moment vient où tout s' fait vieux
Où les pus belles chos' s perd' nt leurs charmes :

( Oh ! v'là qu' tu pleur' s, et des vraies larmes !
Tout va s'écrouler, nom de Dieu )

- Ah! je m' gondole.. ah ! je m' dandine..
Rien n' s'écroule, y aura pas d' débacle ;
Eh ! l'Homme à la puissance divine !
Eh ! fils de Dieu ! fais un miracle !

Jehan Rictus (1854-1891) "Les Soliloques du pauvre".

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : avril 3, 2011  11:27

le Marie-Noël¨est superbe quant à Jehan Rictus....une curiosité....

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : avril 3, 2011  13:40

oui mais Jehan Rictus m'a demandé un temps fou pour le recopier en bonne et due
forme il semble qu'avec l'accent chtis il passe facilement..

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : décembre 11, 2011  06:55

    La mort n'est rien.

La mort n'est rien,
je suis seulement passé, dans la pièce à côté.

Je suis moi. Vous êtes vous.
Ce que j'étais pour vous, je le suis toujours.

Donnez-moi le nom que vous m'avez toujours donné,
parlez-moi comme vous l'avez toujours fait.
N'employez pas un ton différent,
ne prenez pas un air solennel ou triste.
Continuez à rire de ce qui nous faisait rire ensemble.

Priez, souriez,
pensez à moi,
priez pour moi.

Que mon nom soit prononcé à la maison
comme il l'a toujours été,
sans emphase d'aucune sorte,
sans une trace d'ombre.

La vie signifie tout ce qu'elle a toujours été.
Le fil n'est pas coupé.
Pourquoi serais-je hors de vos pensées,
simplement parce que je suis hors de votre vue ?
Je ne suis pas loin, juste de l'autre côté du chemin.
Vous voyez tout est bien.



Canon Henry Scott-Holland (1847-1918), traduction d'un extrait de "The King of Terrors",
sermon sur la mort 1910.. attribué quelquefois à Charles Péguy , d'après un texte de
Saint-Augustin.

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : décembre 13, 2011  06:02

Mon Dieu m'a dit :"Mon fils, il faut m'aimer. Tu vois
Mon Flanc percé, mon coeur qui rayonne et qui saigne,
Et mes pieds offensés que Madeleine baigne
De larmes , et mes bras douloureux sous le poids

De tes péchés , et mes mains ! et tu vois la croix,
Tu vois les clous, le fiel, l'éponge, et tout t'enseigne
A n'aimer , en ce monde amer où la chair règne,
Que ma Chair et mon Sang, ma parole et ma voix.

Ne t'ai-je pas aimé jusqu'à la mort moi-même,
Ô mon frère, en mon Père, ô mon fils en l'Esprit,
Et n'ai-je pas souffert, comme c'était écrit ?

N'ai-je pas sangloté ton angoisse suprême
Et n'ai-je pas sué la sueur de tes nuits,
Lamentable ami qui me cherche où je suis ."


Paul Verlaine
*Ce message a été édité le 13-Dec-2011 6:02 AM par -grimalkin-*

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : décembre 14, 2011  04:17

II(Paul Verlaine)

J'ai répondu; -Seigneur, vous avez dit mon âme.
C'est vrai que je vous cherche et ne vous trouve pas.
Mais vous aimer ! Voyez comme je suis bas,
Vous dont l'amour toujours monte comme la flamme.

Vous, la source de paix que toute soif réclame,
Hélas ! voyez un peu tous mes tristes combats !
Oserai-je adorer la trace de vos pas,
Sur ces genoux saignants d'un rampement infâme ?

Et pourtant je vous cherche en longs tâtonnements,
je voudrais que votre ombre au moins vêtit ma honte,
Mais vous n'avez pas d'ombre, ô vous dont l'amour monte,
Ô vous, fontaine calme, amère aux seuls amants
De leur *****ation, ô vous, toute lumière,
Sauf aux yeux dont un lourd baiser tient la paupière !

Paul Verlaine

("Je voudrais que votre ombre au moins vêtit ma honte" émouvant...l'homme Verlaine ,
conscient de lui-même, n'osant même pas pas demander le pardon , mais se réfugiant
dans l'ombre de Dieu.)

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : février 1, 2012  12:30

Poème.

Je ne connais plus de route qui conduise au
loin
je ne connais plus de route
viens m'aider
je ne sais plus
ce qui va m'advenir
cette nuit
je ne sais plus ce qu'est le matin
et le soir
je suis si seul
Ô Seigneur
et personne ne boit ma douleur
personne ne se tient au pied de mon lit
et n'enlève mon tourment
et ne m'envoie vers les nuages
et vers les fleuves verts
qui roulent jusqu'à la mer
Seigneur
mon Dieu
je suis livré aux oiseaux
au battement de l'horloge qui se brisant
meurtrit mon âme
et consume ma chair
Ô Seigneur mon verbe contient les ténèbres
la nuit qui bat mes poissons
sous le vent
et les montagnes du noir tourment
Ô Seigneur entends-moi
Ô écoute-moi
je ne veux plus supporter seul
la nausée et ce monde
aide-moi
je suis mort
et comme la pomme je roule
dans la vallée
et j'étoufferai
sous le bois de l'hiver
Ô mon Dieu je ne sais plus
où me conduit mon chemin
je ne sais plus ce qui est bien et mal
dans les champs
Seigneur mon Dieu dans les membres
je suis faible et pauvre
mon verbe se consume en tristesse
pour Toi.


Thomas Bernhard (1931-1989)    "In hora mortis"    (1958)

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : février 4, 2012  04:18

ce Thomas Benhard, quel homme passionnant ! merci Marie-Elisabeth de nous le faire
connaître


Ce qu'écrivent les écrivains
n'est bien sûr pas contre la réalité
oui oui ils écrivent bien sûr
que tout est épouvantable
que tout est corrompu et déchu
que tout est catastrophique
et que tout est sans issue
mais tout ce qu'ils écrivent
n'est rien contre la réalité
la réalité est si mauvaise
qu'elle ne peut pas être décrite
aucun écrivain n'a déjà décrit la réalité
comme est l'est vraiment
c'est ce qui est épouvantable


-- Thomas Bernhard: Heldenplatz (1988)

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : février 4, 2012  05:54

lassitude.

Je suis las…
J’ai conversé avec les arbres
et j’ai souffert de la sécheresse avec les moutons.
J’ai chanté dans les bois avec les oiseaux.
J’ai aimé les jeunes filles au village.
J’ai regardé là-haut le soleil.
J’ai vu la mer.
J’ai travaillé avec le potier.
J’ai avalé la poussière de la route.
J’ai vu les fleurs de la mélancolie sur le champ de mon père.
J’ai vu la mort dans les yeux de l’ami.
J’ai tendu la main, couché sur la rive, aux âmes des noyés.
Je suis las…

Thomas Bernhard.

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : février 4, 2012  10:45

ce Thomas Bernhard, mériterait un post : c'est très beau ! à toi l'honneur Marie-Elisabeth !

Page 1 | 2