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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
avril 1, 2011 12:12
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Je donne à vous...
(fragment)
Je donne à vous qui m'êtes étranger - Vous méritiez être mieux partagé - Je donne à vous... rien.. tout le mal que j'ai. A votre coeur dont j''ignore l'entrée Et qui toujours me laissera dehors, Je donne en vain ma nuit d'âme et de corps, Ma vérité qu'à nul je n'ai montrée, Mes sombres temps, le noir de mes chemins, Et ce penser qui m'a tordu les mains Le danger sourd et muet qui m'enserre Et la douleur qui m'est tant nécessaire Qu'en me l'ôtant, de moi je m'en irai, La grand'douleur qui me cherche à la ronde, La grand'douleur d'être exilée au monde Dont près de vous - si loin - je périrai.. Je donne à vous, alentour, la détresse D'un cri qui tourne et n'est pas entendu, Qui tourne, crie... et la pauvre tendresse Que j'ai dans moi comme un pays perdu. Je donne à vous la blessure enfermée Qui n'ose pas au jour être nommée, Qui rien n'attend que de mourir tout bas Hors de pitié et qui ne parle pas.
Je donne à vous ma faute sans visage, Ma honte pâle et mon coeur méprisé, Mon faible coeur, si faible qu'au passage Un seul sourire à jamais l'a brisé.
A vous passant qui du seuil de l'automne M'aurez souri sans le vouloir, je donne Pour ce sourire, Ô Dieu ! pour tout le bien De ce sourire, en partant je n'ai rien A vous donner que le mal de ma vie, Rien que du mal, tout le mal qui m'est né Et qui mourra sans m'être pardonné, Mon pauvre mal qu'à vous seul je confie...
Mais c'est à vous que j'ai le plus donné.
Marie-Noël. "Chants et psaumes d'automne".
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
avril 1, 2011 12:58
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Ah ! toi qu'on dit l'Emp' reur des Pauvres....
ah ! toi qu'on dit l'Emp'reur des Pauvres Ben ton règne il est arrivé. Tu d'vais r'venir, tu l'a promis, Assis su' ton trône et "plein d' gloire" Avec les justes à ta droite ; Et te v' là seul dans la nuit noire Comm' un diab' qu'est sorti d' sa boîte ! Sais-tu seul' ment où est ta gauche ?
Oh ! voui t'es là d' pis deux mille ans Su' un bout d' bois t'ouvr' tes bras blancs Comme un oiseau qu'écart' les ailes, Tes bras ouverts ouvrent...le ciel Mais bouch' nt l'espoir de mieux bouffer Aux gas qui n' croient pus qu'à la Terre.
Oh ! oui t'es là, t'ouvr' tes bras blancs Et vrai d'pis l' temps qu'on t'a figé C' que t'en as vu des affligés, Des fous, des sag's ou des d'moiselles, Combien d' mains s' sont tendus vers toi Sans qu' taye pipé, sans qu' t'aye bronché !
Avoue-le, va... t'es impuissant, Tu clos tes châss' s, t'as pas d' scrupules, Tu protèg' s avec l' même sang-froid L' sommeil des Bons et des Crapules, Et quand on perd quéqu'un qu'on aime, Tu décor' s, mais tu consol' pas.
Ah ! rien t'émeut, va, ouvr' les bras, Prends ton essor et n' reviens pas ;
T'es l'Etendard des sans-courage, T'es l'Albatros du Grand Naufrage, T'es le Goéland du Malheur ! Quiens ! ôt '-toi d' là et prends ta course, Débin', cavale ou tu vas voir,
Aussi vrai qu' j'ai un nom d' baptème Et qu' nous v' là tous deux dans la boue, Aussi vrai qu' suis qu' eun vadrouille, Un bat-la-crève, un fout-la-faim Et toi un Guieu magasin d' giffes.
Ej' m'en vas t' buter dans la tronche, J' vas t' boulotter la pomm' d'Adam J' m'en vas t' rincer, gare à ta peau !
En v' là assez.. j' m'en vas t' saigner, J'ai soupé, moi, des Résignés, J'ai mon blot des Idéalisses !
- Arrière, arriè', va pas pus loin ! Un moment vient où tout s' fait vieux Où les pus belles chos' s perd' nt leurs charmes :
( Oh ! v'là qu' tu pleur' s, et des vraies larmes ! Tout va s'écrouler, nom de Dieu )
- Ah! je m' gondole.. ah ! je m' dandine.. Rien n' s'écroule, y aura pas d' débacle ; Eh ! l'Homme à la puissance divine ! Eh ! fils de Dieu ! fais un miracle !
Jehan Rictus (1854-1891) "Les Soliloques du pauvre".
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
avril 3, 2011 11:27
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le Marie-Noël¨est superbe quant à Jehan Rictus....une curiosité....
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
avril 3, 2011 13:40
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oui mais Jehan Rictus m'a demandé un temps fou pour le recopier en bonne et due forme il semble qu'avec l'accent chtis il passe facilement..
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
décembre 11, 2011 06:55
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La mort n'est rien.
La mort n'est rien, je suis seulement passé, dans la pièce à côté. Je suis moi. Vous êtes vous. Ce que j'étais pour vous, je le suis toujours. Donnez-moi le nom que vous m'avez toujours donné, parlez-moi comme vous l'avez toujours fait. N'employez pas un ton différent, ne prenez pas un air solennel ou triste. Continuez à rire de ce qui nous faisait rire ensemble. Priez, souriez, pensez à moi, priez pour moi. Que mon nom soit prononcé à la maison comme il l'a toujours été, sans emphase d'aucune sorte, sans une trace d'ombre. La vie signifie tout ce qu'elle a toujours été. Le fil n'est pas coupé. Pourquoi serais-je hors de vos pensées, simplement parce que je suis hors de votre vue ? Je ne suis pas loin, juste de l'autre côté du chemin. Vous voyez tout est bien.
Canon Henry Scott-Holland (1847-1918), traduction d'un extrait de "The King of Terrors", sermon sur la mort 1910.. attribué quelquefois à Charles Péguy , d'après un texte de Saint-Augustin.
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
décembre 13, 2011 06:02
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Mon Dieu m'a dit :"Mon fils, il faut m'aimer. Tu vois Mon Flanc percé, mon coeur qui rayonne et qui saigne, Et mes pieds offensés que Madeleine baigne De larmes , et mes bras douloureux sous le poids
De tes péchés , et mes mains ! et tu vois la croix, Tu vois les clous, le fiel, l'éponge, et tout t'enseigne A n'aimer , en ce monde amer où la chair règne, Que ma Chair et mon Sang, ma parole et ma voix.
Ne t'ai-je pas aimé jusqu'à la mort moi-même, Ô mon frère, en mon Père, ô mon fils en l'Esprit, Et n'ai-je pas souffert, comme c'était écrit ?
N'ai-je pas sangloté ton angoisse suprême Et n'ai-je pas sué la sueur de tes nuits, Lamentable ami qui me cherche où je suis ."
Paul Verlaine *Ce message a été édité le 13-Dec-2011 6:02 AM par -grimalkin-*
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
décembre 14, 2011 04:17
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II(Paul Verlaine)
J'ai répondu; -Seigneur, vous avez dit mon âme. C'est vrai que je vous cherche et ne vous trouve pas. Mais vous aimer ! Voyez comme je suis bas, Vous dont l'amour toujours monte comme la flamme.
Vous, la source de paix que toute soif réclame, Hélas ! voyez un peu tous mes tristes combats ! Oserai-je adorer la trace de vos pas, Sur ces genoux saignants d'un rampement infâme ?
Et pourtant je vous cherche en longs tâtonnements, je voudrais que votre ombre au moins vêtit ma honte, Mais vous n'avez pas d'ombre, ô vous dont l'amour monte, Ô vous, fontaine calme, amère aux seuls amants De leur *****ation, ô vous, toute lumière, Sauf aux yeux dont un lourd baiser tient la paupière !
Paul Verlaine
("Je voudrais que votre ombre au moins vêtit ma honte" émouvant...l'homme Verlaine , conscient de lui-même, n'osant même pas pas demander le pardon , mais se réfugiant dans l'ombre de Dieu.)
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
février 1, 2012 12:30
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Poème.
Je ne connais plus de route qui conduise au loin je ne connais plus de route viens m'aider je ne sais plus ce qui va m'advenir cette nuit je ne sais plus ce qu'est le matin et le soir je suis si seul Ô Seigneur et personne ne boit ma douleur personne ne se tient au pied de mon lit et n'enlève mon tourment et ne m'envoie vers les nuages et vers les fleuves verts qui roulent jusqu'à la mer Seigneur mon Dieu je suis livré aux oiseaux au battement de l'horloge qui se brisant meurtrit mon âme et consume ma chair Ô Seigneur mon verbe contient les ténèbres la nuit qui bat mes poissons sous le vent et les montagnes du noir tourment Ô Seigneur entends-moi Ô écoute-moi je ne veux plus supporter seul la nausée et ce monde aide-moi je suis mort et comme la pomme je roule dans la vallée et j'étoufferai sous le bois de l'hiver Ô mon Dieu je ne sais plus où me conduit mon chemin je ne sais plus ce qui est bien et mal dans les champs Seigneur mon Dieu dans les membres je suis faible et pauvre mon verbe se consume en tristesse pour Toi.
Thomas Bernhard (1931-1989) "In hora mortis" (1958)
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
février 4, 2012 04:18
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ce Thomas Benhard, quel homme passionnant ! merci Marie-Elisabeth de nous le faire connaître
Ce qu'écrivent les écrivains n'est bien sûr pas contre la réalité oui oui ils écrivent bien sûr que tout est épouvantable que tout est corrompu et déchu que tout est catastrophique et que tout est sans issue mais tout ce qu'ils écrivent n'est rien contre la réalité la réalité est si mauvaise qu'elle ne peut pas être décrite aucun écrivain n'a déjà décrit la réalité comme est l'est vraiment c'est ce qui est épouvantable
-- Thomas Bernhard: Heldenplatz (1988)
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
février 4, 2012 05:54
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lassitude.
Je suis las… J’ai conversé avec les arbres et j’ai souffert de la sécheresse avec les moutons. J’ai chanté dans les bois avec les oiseaux. J’ai aimé les jeunes filles au village. J’ai regardé là-haut le soleil. J’ai vu la mer. J’ai travaillé avec le potier. J’ai avalé la poussière de la route. J’ai vu les fleurs de la mélancolie sur le champ de mon père. J’ai vu la mort dans les yeux de l’ami. J’ai tendu la main, couché sur la rive, aux âmes des noyés. Je suis las…
Thomas Bernhard.
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
février 4, 2012 10:45
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ce Thomas Bernhard, mériterait un post : c'est très beau ! à toi l'honneur Marie-Elisabeth !
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