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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : Quand les éléments s'affolent!

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : décembre 10, 2011  11:54


La tempête

Oh! n'allez pas plus loin! la soirée est affreuse,
Le bois crie et gémit, la route est ténébreuse,
Nos prés sont des étangs, nos toits sont déchirés;
La grêle et l'ouragan, le tonnerre et la pluie,
Se liguent pour nous faire une guerre inouïe...
Bon voyageur, entrez !

Voyez comme, là-bas, la Manche tourmentée,
Charge de tout son poids la grève épouvantée,
lit puis, en reculant, met les bas-fonds à sec.
Qu'allez-vous devenir, pauvres nefs pèlerines,
Quand la tempête enlève aux roches sous-marines
Leurs manteaux de varech ?

Un long cri de douleur vient de percer l'orage :
C'est ce que l'on craignait, mon Dieu! c'est le naufrage
Plus fort, avec le flux, le gros temps a sévi.
Chacun nomme les siens, tout se lamente et pleure;
Quatre pêcheurs, hélas ! se sont, depuis une heure,
Noyés au cap Lévi.

Sous la rage du vent, la vague haute et noire
Tourne, en se dérobant, le nez du promontoire,
Et dans le havre a sec, bondit comme un torrent;
Avec elle entraîné, plus d'un frêle navire,
Tout disloqué déjà, touche, craque et chavire
Sur le nocher mourant.

Et les eaux se gonflant, roulent, exaspérées,
Les cadavres meurtris, les barques démembrées,
Des amas de galets, d'habits et de limon...
Oh! qu'à d'autres malheurs votre bonté s'oppose,
Vous qui régnez au Ciel et dont le pied repose
Sur le front du démon!

Reine des mariniers, nombre d'autres victimes
Se débattent encor dans l'horreur des abîmes,
Et luttent pour leurs jours, qu'un rien peut achever;
Arrêtez le ressac, portez-les sur la lame,
Vers ce peuple éperdu qui crie et les réclame,
Mais ne peut les sauver.

Plus d'une veuve est là, morne, désespérée.
Naguère, chaque soir, la famille adorée,
D'un bon père, avec joie, accueillait le retour.
Il ne reviendra plus... l'espérance est tarie,
Le foyer sans chaleur, et, peut-être, ô Marie!
Sans le repas du jour...

Dieu l'a voulu! C'est lui dont la main toujours pleine,
Au nid du passereau donne la tiède laine,
Lui qui soulève l'onde et permet le trépas.
Ses décrets sont cachés; mais il aura son heure:
L'œil qui garde Israël et la pauvre demeure
Ne s'endormira pas.

Marie Ravenel (1811-1893)

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : décembre 25, 2008  03:18

Le fleuve

Depuis l’âge orageux des aurores premières
Où tout un ciel pleuvait sur un monde naissant,
Suivi d’un infini cortège de rivières,
Au large, à plein chenal, en triomphe, il descend.

Superbe, délivré des ténèbres sauvages
Et des enchantements des noirs Esprits du mal,
Il proclame aux nouveaux soleils de ses rivages,
Son noble nom de saint, son beau nom baptismal.

Reflétant les espoirs des races obstinées
Dont les fils ont connu les pleurs des sombres jours,
Le vieux fleuve, le fleuve aux vastes destinées,
Le Saint-Laurent poursuit son voyage au long cours.

En vain le précipice irrite sa puissance ;
De l’abîme à l’abîme, il redouble ses bonds.
Il passe. Tout le bruit de son effervescence
À la longue, s’apaise en des calmes profonds.

De la plus humble côte au plus haut promontoire,
D’amont jusqu’en aval, tout le long de ses bords,
Cent clochers, au matin, célèbrent son histoire,
Et cent clochers, au soir, modulent leurs accords.

Il passe. Que lui font les tributs qu’il absorbe ?
En sera-t-il plus beau, plus grand, plus glorieux ?
Il passe, et l’on verra se résoudre en son orbe
L’émeraude et l’azur de la terre et des cieux :

Mais voici que la Mer ose forcer l’entrée
De l’estuaire où roule un océan de flots :
Devant le Roi des eaux, la Mer exaspérée
Recule, et sa colère éclate en longs sanglots.

Et le Fleuve, le vieux fleuve, le fleuve immense,
Dont les souffles n’ont pas cessé d’être vivants,
Magnifique de calme et d’orgueil, recommence
Sa marche vers l’aurore et les soleils levants.

Tel, par les champs dorés et par les vertes plaines,
Ce peuple qui déferle et déborde en tous lieux,
Et qui, sous tous les ciels, sent courir en ses veines,
Le sang qui mit sa pourpre aux veines des aïeux.

Illustre peuple issu de ces divines sources
Qui ne pourront jamais décroître ni tarir,
Il passe, à peine ému de ses lointaines courses,
Calme, tranquille, sûr de ne jamais mourir.


Nérée BEAUCHEMIN, 1928.

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : décembre 25, 2008  03:24

Ruine

Nous, les morts prolongés respirant à l’étage
Le plus haut de cette ruine de la mer
Nous regardons la mer qui brasse dans la vague
Prolongée et diurne et nocturne et amère
La faute nue du peuple impardonnable.

Ah coutumes des morts logés dans la ruine !
Tandis que prolongés encor par l’épaisseur
Ils mangent les débris, le vent de la famine
Aux trahisons douleurs ajoute un ciel de fer,
Jusqu’aux monts de la mer et d’une beauté vile.

Fermez le monde ainsi qu’un papier de police
Sur les âmes très vraies et pures de la guerre,
Montagnes de défaite ! emplies de ces détails
Meubles, travaux perdus, femmes mortes et fêtes

Entretiens anciens, spirituelle terre,
Mesures des vieillis escaliers des siècles,
Corps excavations de la douceur bien blonde,
Maison de Méryon, aux cloches très profondes.



Et tombeau déguisé sur le sol de la mer
Regardons-nous : ces chambres sans honneur
Ne sont plus que les os de poussiéreuse chambre
Et passent les nuages
De pestilence au cours des corridors secrets

Et les pans de muraille ainsi que bombardés
Sont suspendus dit-on à l’air de la misère
Minute de l’excès d’écroulement suprême !
Tandis qu’en le caveau sous les pieds de la terre
Dort la Croix, à ce temps inclinée par la haine.


Pierre Jean JOUVE.Paru dans Les Cahiers du Rhône, avril 1942.

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : décembre 25, 2008  16:08

Le Naufrage du Titanic

La brise du printemps soufflait dans ses cordages,
Les flots le soulevaient, les canons des rivages
Tonnaient pour lui jeter leur heureux pronostic.
Léviathan des mers, l’imposant Titanic
Aux rythmes triomphants des vivats, des fanfares
Défiant les moussons, les écueils et les barres,
Saluait l’avenir et ses mirages d’or
Et partait plein de chants de tribord à bâbord.


Navire audacieux, as-tu prié le Maître
De l’océan trompeur et de l’iceberg traître ?
Tes ponts de rouvre dur, tes cuirasses d’acier
Ne sont que des jouets pour la dent du glacier.
Devant le Tout-Puissant s’incline toute épaule,
Il fait trembler la terre. Il ébranle le pôle.
Courbe tes mâts altiers et ton altier orgueil,
Car l’océan profond est un muet cercueil,
Aux abîmes discrets dorment bien des épaves
Et les monstres des mers se jouent de leurs étraves.
Les étoiles du ciel scintillent dans la nuit,
Du bal ensorceleur tournoie encore le bruit ;
Dans les rythmes bruyants se perd la voix des heures.
Quelle ombre assombrirait ces joyeuses demeures ?
Ah ! s’il apparaissait dans l’éclatant décor
Quel accueil recevrait le spectre de la mort !


Ô valseur, arrêtez ! Un fantôme du pôle
De son aile glacée et formidable frôle
Le lumineux salon, il déchire son flanc
Et par la brèche ouverte, il rit, narquois et blanc.


Les rondes ont cessé devant le trouble-fête.
L’angoisse fait mugir tous ces cors de conquête
Les roses du plaisir tombent des fronts pâlis,
Le naufrage a sonné ses rauques hallalis.
Quoi ! le géant blindé contre les chocs de l’ombre
L’insubmersible coule, et lentement il sombre ?
A l’assaut de ses ponts monte l’océan sourd
Le flot pousse le flot, le tourbillon accourt,
Les espoirs ont péri, les désespoirs s’effarent,
Les adieux déchirants dans les adieux s’égarent.
Un père avec des cris des pleurs étouffants
Jette aux bateaux sauveurs ses deux petits enfants,
L’épouse sans l’époux et sans le fils la mère
S’éloigne dans la nuit au gré de l’onde amère.
Les mains cherchent les mains et ne les trouvent pas.
Les regards anxieux voient s’affaisser des mâts.
Le vaisseau resplendit encore comme un phare
Et ses musiciens submergés à moitié
Pour ceux qui vont périr, lancent vers la Pitié
Aux rythmes solennels et lents de leur fanfare
Un appel suppliant que le vent porte à Dieu,
Deux prêtres aux lueurs de l’éternité même
D’une voix dominant les angoisses extrêmes
Font descendre la paix et les pardons suprêmes.
Aux lustres du salon s’éteint le dernier feu,
Puis on entend un bruit formidable de forge,
Au coeur du bâtiment c’est la mer qui s’engorge.
Le géant soulevé se brise et disparaît
Ses tronçons engloutis s’abîment sans arrêt.
Seize cents naufragés poussent des cris funèbres
Et demandent secours à la mer, aux ténèbres,
Mais aux cris déchirants les abîmes sont sourds
Et les voix dans les flots s’enfoncent pour toujours.


Seigneur, ayez pitié des choses éphémères
Qui vont aux profondeurs chercher leurs froids suaires.
Ne laissez pas sombrer, ô Dieu clément et doux
Les esprits immortels nés d’un souffle de vous.
Du plaisir tournoyant aux froids remous du gouffre
Ils ont passé soudain : mais, Seigneur, quand on souffre
Dans la nuit sans retour quand on est emporté
On jette son appel suprême à la Bonté.
Ô Seigneur, à l’aspect de ces terribles drames,
Devant ces endormis aux plis mouvants des lames
Prosternés sur le sol, nous crions à genoux :
" Ô Maître Souverain, ayez pitié de nous,
Vous êtes le Seul Grand et l’humaine science
N’est qu’un roseau tremblant devant votre Puissance. "

Armand Chossegros

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : décembre 25, 2008  16:16

Les quatre éléments

Dis à l’air embaumé, qui souffle sur ta vie
La candeur des glaciers et l’haleine de Dieu,
De chasser de ton ciel les nuages de lie,
Et d’aviver au vent du soir qui purifie,
L’étoile de ton coeur dans les firmaments bleus.

Dis à l’eau bienveillante aux tâches journalières
De laver ton esprit et d’assainir son cours.
Le ruisseau sous la haie où dort de la lumière,
Sois-le, sois la fraîcheur que versent les aiguières ;
Sois le jet d’eau qui chante au jardin de tes jours.

Dis au feu qui roussit les meules dans les plaines,
De brûler le pommier aux fruits peccamineux ;
Qu’il arde les roseaux des lagunes humaines,
Qu’il incendie, en préservant les bonnes graines,
La fausse ivraie, et que ton âme soit ce feu.

Dis à la terre aimée, à la terre docile
Aux rires du printemps comme aux pleurs de l’hiver,
De te laisser goûter à son âme d’argile :
Crée en toi la Nature, et que ton pouls fébrile
Saigne un coeur innombrable épars en l’Univers.

Tancrède de VISAN, Paysages introspectifs.

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : décembre 25, 2008  16:17

Si c’était croire pourtant !

Mon Dieu ! Si c’était vrai pourtant !...
Que je doive sans faiblir voir les choses comme elles sont
Horribles avec leurs chairs sanglantes,
Ou repoussantes avec leurs excréments !
Que, sans espoir ni récompense,
Il me faille endurer l’existence,
Sans savoir si la branche refleurira ;
Si l’aube à la nuit survivra ;
Si, de la mort, la vie demeurera triomphante !
Mon Dieu ! Si cela, c’était croire pourtant !

Sur mon visage,
Un jour, j’ai senti passer votre souffle divin.
Plus tard, j’ai connu la douleur et la disgrâce.
Du Golgotha aux Forts de Verdun,
J’ai vu des terres et des races
Ravagées par votre malédiction ;
J’ai vu des hommes, créés de vos propres mains,
Répandre et faire régner sur leur passage
L’injustice et l’affliction ;
J’ai vu l’océan charrier des cadavres
Et le sol s’abreuver de sang.
Et cependant, dans mes artères,
Circule toujours la joie frémissante
Qu’exalte le combat ardent et inégal,
Et se réchauffe au soleil des morts et des vivants.
Quoi ! Moi, votre humble servant,
J’accepterais la souffrance et le mal ;
Moi, je serais prêt à défendre
D’un cœur valeureux un idéal,
Et pour lui, s’il le faut, périr en combattant ?
Mon Dieu ! Si cela, c’était croire pourtant !
Qu’importent alors la noirceur du caveau,
La solitude et la putréfaction dans la fosse ?
Si, alimentant la vie de mon cerveau,
Animant chaque nerf, chaque fibre et chaque os,
Mon sang dans mes veines coule et me réchauffe ;
S’il transmet son ardeur, sa gloire et son phantasme,
Et d’un corps épuisé fait un corps conquérant ;
D’un être usé, un homme que soulève un saint enthousiasme,
Qui tombe et se relève, s’abat et fonce encore,
Et persiste, et défie le sort,
Voulant malgré tout, contre toute espérance,
Retrouver sous les mots et la vaine apparence,
Ce qui est vrai, ce qui dure, et fait ma croyance
Que, tout de même, le droit prévaut toujours sur la force,
Le juste est sacré de tout temps !...
Mon Dieu ! Si cela, c’était croire pourtant !

Robert Louis STEVENSON.Traduit de l’anglais par Félix Rose.Recueilli dans Dieu et ses poètes, par
Pierre Haïat,Desclée de Brouwer, 1987.

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : décembre 25, 2008  16:22

Sur le ponton des en allés

Sur le ponton des en allés
Où l’oursin affûte ses armes,
Au port des coeurs mal consolés
l’Ankou vient usiner des larmes.

Au port où l’équinoxe aboie,
Connivence des goélands,
Le café clôt ses contrevents,
Se signent les filles de joie.

Au port des amours sans visage
On entend la cloche des eaux
Sonner l’appel du long passage
Et gémir l’âme des bateaux.

Beau matelot pour une femme,
Algue verte au bras des brisants,
Ton corps se tord, roule à la lame,
C’est pourquoi la mer pleure blanc.

Il n’y a plus de port à l’île,
L’éternité reprend son dû
Et l’on voit le marin perdu
Mettre le cap sur l’Évangile.


Pierre OSENAT, Elles et eux. Recueilli dans Les plus beauxpoèmes sur la mer,
Anthologie composée par Yves La Prairie,Le Cherche-Midi Éditeur, 1993.

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : décembre 28, 2008  14:00

Tempête

L'orage s'ammoncèle et pèse sur la dune
Dont le flanc sablonneux se dresse comme un mur.
Par instants, le soleil y darde un faisceau dur
De rayons plus blafards qu'un blême éclat de lune.

Les éclairs redoublés tonnent dans l'ombre brune.
Le pêcheur lutte et cherche en vain un abri sûr.
Bondissant en fureur par l'océan obscur,
L'âpre rafale hurle et harcèle la hune.

Les femmes, sur le port, dans le tourbillon noir,
Gémissent, implorant une lueur d'espoir...
Et la tempête tord le haillon qui les couvre.

Tout s'effondre, chaos, gouffre torrentiel !
Sur le croulant déluge, alors, voici que s'ouvre
En sa courbe irisée un splendide arc-en-ciel.

JULES BRETON

Kimber
France
Messages : 116

Date du message : décembre 28, 2008  16:59

Quelles belles interrogations qui viennent après les questions de l'enfant ! Ah que la vie
de l'enfant paraît simple au regard de l'adulte, qui pense, voit et se souvient, et qui
pourtant vaillamment ou parfois modestement poursuit son chemin se demandant s'il
faut encore croire en tout ce qu'on lui a jamais dit de croire !   C'est la dure loi des
hommes d'avoir un jour à savoir que le bien n'existe pas sans son contraire, et qu'il n'y
pas pire malfaiteur que l'homme, et malgré cela chacun fait partie de cette humanité là !
Pas moyen d'y échapper, et peut-on croire quand les éléments s'affolent, quand la nature
semble se déchaîner comme si elle nous accusait des abus de nos prédécesseurs !
C'est un cheminement... il n'y a ni recette, ni solution toute faite ! Allons, si l'on se disait
qu'avec l'an neuf, on peut encore faire du neuf ?

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : décembre 29, 2008  04:15

Ballade du marin

I

La brigantine,
Qui va tourner,
Roule et s’incline
Pour m’entraîner.
Ô Vierge Marie.
Pour moi priez Dieu !
Adieu, patrie !

Province, adieu !
Mon pauvre père
Verra souvent
Pâlir ma mère
Au bruit du vent !
Ô Vierge Marie,
Pour moi priez Dieu !
Adieu, patrie !

Ma mère, adieu !
La vieille Hélène
Se confiera
Dans sa neuvaine
Et dormira.
Ô Vierge Marie,
Pour moi priez Dieu !
Adieu, patrie !
Hélène, adieu !

II

Ma sœur se lève
Et dit déjà :
« J’ai fait un rêve ;
Il reviendra. »
Ô Vierge Marie,
Pour moi priez Dieu !
Adieu, patrie !
Ma sœur, adieu !

De mon Isaure
Le mouchoir blanc
S’agite encore
En m’appelant.
Ô Vierge Marie,
Pour moi priez Dieu !
Adieu, patrie !
Isaure, adieu !

Brise ennemie,
Pourquoi souffler ?
Mère chérie
Sait te calmer.
Ô Vierge Marie,
Pour moi priez Dieu !
Adieu, patrie !
Bonheur, adieu !

Casimir DELAVIGNE,Souvenirs de l’école romantique.

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : juin 21, 2010  04:24


Le froid, le fendre

et sonner comme une pierre
devenue aveugle
                               devenue
lumière errante


les marques sur le cou
de la pierre d'un nom

le stigmate atroce et bleu
de l'air, ou de

la strangulation de l'encre

ou de l'autre
                   vive et morte

une pierre sous la langue
sous la pierre

qui tire le souffle


Jacques Dupin, Tramontane
Ballast, Poésie/Gallimard

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : mars 21, 2011  09:40

Dans la nuit...

Dans la nuit,
Couleur de ma peau, ciment des mystères,
Silence du soleil, démence des despotes
Un rêve instable murmure les hauts faits de l'histoire
Déplisse les cicatrices habitée par le temps

Dans la nuit,
Royaume des maudits, forteresse à jeun,
Forêt de peurs et de pleurs
Le goût de la lumière allumera-t-il la colère
Brisera-t-il la tutelle de l'ignorance et de l'impudence ,

Dans la nuit,
Baptistère et suaire des prières,
Terreau et tombeau des songes
L'étreinte de la douleur vient froisser une tapisserie défaite
Elle effrite une mosaïque déjà en miettes

Dans la nuit,
Abri et prison du désir et des promesses
Mon pays affamé, craquelé, se réveillera-t-il ,
Mes frères bâillonnés, malmenés, se lèveront-ils ?
Malgré la misère, malgré les chimères

Malgré les convulsions des illusions
Libéreront-ils des mots d'aurore et d'ambre ?
Ils chanteront l'espoir
Sanctuaire de l'audace et de la foi,
Demeure de la sagesse qui domine les hasards.

Jean Métellus.

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : mars 21, 2011  10:14

L'espoir est une veilleuse fragile.

Sur cette terre vouée au désastre
Nous tenons nous résistons
Nous nous arc-boutons
Contre vents et marées
Défiant le soleil des armes
Son éclat meurtrier.

Car il faut persister persister sans fin
Dans l'âpreté des jours
Comme si l'on ne devait jamais mourir...

Dans ce poème ce n'est pas moi qui vous interpelle
Dans ce poème ce n'est pas ma voix que vous entendez
Mais ce qui me traverse et me maintient :
L'ombre désespérée de la beauté
Cet espoir infini au coeur des hommes

Car dans nos mains qui tremblent
Cette petite lueur de l'espoir
Est une veilleuse fragile
Au coeur de la nuit carnassière...

Bernard Mazo extrait de "Poème pour la paix" septembre 2003




-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : mars 21, 2011  12:46

très beau poème, Marie-Elisabeth ! comme quoi la poésie peut très bien accompagner
l'actualité.

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : décembre 4, 2011  13:45

L'arrière-automne.

Ce n'était pas vraiment l'été indien
pas même celui de la Saint-Martin
car il n'y avait pas eu de gelées
auparavant la saison s'étirait
avec beaucoup de nuages et de pluies
qui provoquaient graves inondations

Malgré le réchauffement constaté
on savait bien qu'arriverait l'hiver
avec son blizzard ratissant l'espace
et tous les accidents dûs au verglas
on attendait on regardait monter
le brouillard sur les villes des vallées

Et l'on était suspendu aux nouvelles
il y avait des menaces de guerre
dans un autre continent il est vrai
mais il y avait mondialisation
c'était bien dans l'appesantissement
de ces ailes ténébreuses partout

Les arbres suffisamment à l'abri
gardaient leurs feuilles approfondissant
leurs couleurs et l'on avait l'impression
qu'elles disaient individuellement
écoutez-moi contemplez-moi sauvez
la formule que je vous ai trouvée

Brûlant sans nous consumer dans le soir
égrenant nos litanies de conseils
pour traverser le tunnel périlleux
avec ses craquements et caquetages
les grains de sable et les flocons de neige
de la foule en tourbillons de détresse

Soeurs développant nos splendeurs ultimes
dans le vent nous annonçant l'imminence
de notre inhumation-pourrissement
où nous nous déferons en protégeant
les germes d'une invention de jouvence
dans un an dans un siècle un millénaire.

Michel Butor.



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