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Epsilon 
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Date du message :
novembre 25, 2011 04:18
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Il y a 60 ans déjà Armand Robin , grand découvreur devant l'éternel déplorait dans l'article suivant ,le manque de connaissance dans le public de la poèsie d'Armen Lubin, on ne peut que déplorer nous aussi cet état de fait en tentant d'y remèdier à notre manière?
***** Armen LUBIN .Le passager clandestin
On ne parle nulle part d'Armen Lubin. Entendons-nous: depuis bien des années un petit nombre de connaisseurs et de passionnés de la poésie lui ont déjà fait la place dont il est digne; le silence de la " presse littéraire " à son sujet prouve seulement qu'il ne fait pas partie de ce monde d'intrigues et de vanités hâtives qui se fait passer pour le " monde des poètes ". Ajoutons encore qu'Armen Lubin n'a jamais rien fait pour obtenir qu'il soit parlé de son œuvre et cela le met encore plus à part en cette ère de propagande. Cette sorte de résistance contre l'extérieur, Armen Lubin la dresse également contre sa propre substance poétique intérieure: il semble s'armer de précautions pour rester " modeste ", au sens excellent de ce mot, à l'égard de son poème, comme s'il voulait ainsi s'assurer qu'il ne se laissera aller à rien écrire qui puisse lui attirer une approbation un peu moins difficile ou un peu moins délicate. Il y a là une " retenue " volontaire, qui interdit qu'on puisse trouver en ces poèmes un quelconque appui pour une compréhension " utilisable " ; c'est sans doute ce qui explique que les " critiques littéraires ", qui ont justement tant besoin de ce genre de compréhension, ont de la peine à " trouver quelque chose à dire " devant cette œuvre, qui ne se prête pas au traitement ordinaire. Ici le lecteur est contraint à une démarche agile où les pieds ne se posent jamais tout à fait nulle part. Armen Lubin vit depuis des années d'hôpital en hôpital, de sanatorium en sanatorium. Alité, isolé, il a lié des amitiés avec des êtres qui, jour et nuit, patiemment, savent écouter: une porte, un oreiller, l'enseigne d'un hôtel sont ses compagnons permanents et compréhensifs. Armen Lubin est quelqu'un qui sait très bien se comporter envers ce que nous appelons grossièrement " les choses " ; et les " choses " lui rendent cette tendresse. D'où, bien au-delà de la maladie, transfigurant les salles d'hôpital, une sorte de joie aérienne d'une extrême non-pesanteur. D'où aussi l'absence de toute " insistance " dans ces poèmes. Armen Lubin évite de propos délibéré les achèvements qui le changeraient en éléments solides, donc abusifs et compromettants; la fragilité lui apparaît le salut: voudrait-il chanter la mer, il choisirait pour éviter tout indiscret éclat de voix, de ne célébrer que le passage d'une aile de mouette dans un vase, il ne contemple que l'imperceptible fêlure qui menace (et d'autre part sauve) l'importune masse. La place m'a manqué ici pour parler comme il conviendrait de ces poèmes; je n'ai pu que rapidement les effleurer; mais peut-être justement est-il mieux, est-il plus " en accord " avec eux, de seulement les effleurer.Une brève citation d'un des poèmes encore inédits d'Armen Lubin illustrera suffisamment, j'espère, mes quelques réflexions. On croirait lire, en chinois, du Li Tai Po.
SOUS LA LOUPE A l'hôpital où tous les maux sont nocturnes, Le malade remonte le rideau couleur de lune. Il laisse entrer l'air pur et le ciel étoilé En leur disant avec rancune: " Nous ne sommes pas rancuniers. " La lune filtrée par les branchages Promène des loupes savantes sur les lits.
Armand Robin, Le Libertaire, 15 janvier 1948
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Les mots, c'est rien
Les lampions marchent devant La forêt vient derrière Avec l'oiseau nidifiant Au centre nul des mystères. . Mystères dont je trouve l'essence Dans les larmes qui ont coulé, Résinier, ta résine dense Scintille en bas dans le gobelet. . Ici on trouve le coup dur Et l'entraille vive des pins, Nul ne connaît ces tortures Mais elles imitent nos peines : . Celles qui saignent lentement Avec des mots trop clairs, Les mots, c'est rien, ça marche devant, Une forêt vient derrière.
Armen Lubin
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
décembre 19, 2008 12:29
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Sans rien autour
N'ayant plus de maison ni logis, Plus de chambre où me mettre, Je me suis fabriqué une fenêtre Sans rien autour.
Fenêtre encadrant la matière Par le tracé tendre de son contour, Elle s'ouvre comme la paupière Se ferme sans rien autour.
Se sont dépouillées les vieilles amours, Mais la fenêtre dépourvue de glace Gagne les hauteurs, elle se déplace, Avec son cadre étonnant,
Qui n'est ni chair ni bois blanc, Mais qui conserve la forme exacte D'un oeil parcourant sans ciller L'espace soumis, le temps rayé.
Armen Lubin.Le passager clandestin Sainte patience.les hautes terrasses.Poésie/Gallimard
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Le passager clandestin
L’hôpital accueille les éclopés de la foire, Ceux qui avaient misé dans les jeux à miroir.
Il les accueille comme on abat à bout portant, Le mal physique a soumis même les dissidents.
Même l’enfance oubliée qui soudain se montre, Même l’enfance qui soupèse le pour et le contre
Afin de savoir si les ténèbres seront comblées Vus d’en bas, ils semblent immenses nos démêlés.
Immense le plafond, immense la noire veilleuse Drossée, engloutie par la marée houleuse,
Mais en bon matelot sachant lover une corde la douleur touche son homme pour qu’il se torde.
Elle le met en boule, les genoux dans le menton, Elle le met en boule, en boule sur le ponton,
Jusqu’à ce qui soit lové selon l’art du capitaine Avec trou dans le milieu pour un passager clandestin
Armen Lubin, Le passager clandestin, Sainte patience, Les hautes terrasses, Poésie/Gallimard n° 404, 2005
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
décembre 19, 2008 12:33
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MONSIEUR ARNAUD, BACHELIER À Arpik Missakian.
Les sans-patrie ont toujours tort Puisqu'ils transportent du bois mort Et campent dans de sombres garnis, Chaque mur y a ses petites hernies. Car c'est un hôtel moisi et croulant, Sur une corde se balancent des piments. Hôtel borgne dont l'œil valide s'infecte, Hôtel où les réfugiés et leurs dialectes Se glissent par une vieille porte noircie, La police reconnaît en elle l'objet de ses soucis. Elle la vise, se ravise, et ainsi de suite.
Toute la bâtisse sent l'aubergine cuite. Elle le sent violemment vers le soir Quand les gosses jouent sous le porche à demi noir Et que le seul Ascho mendie sur le palier. Ascho est petit. La tête entre deux barres, II nous tend sa main à notre passage, De fenêtre à fenêtre vont des cordages.
II
Monta d'abord le colonel Kanzadian Qui est tourneur chez Citroën en attendant Le grand jour où il pourra occire les Turcs. Il ne s'arrêtera que pour cracher très loin, Et la mosquée cédera devant la Sainte-Trinité, La mosquée aura des faïences et trois cyprès. Monta ensuite la femme qui lit l'avenir Dans le marc du café toujours amer: « Au-delà des monts, au-delà des mers, « Un colloque entre deux hommes de loi, «À la suite de quoi... » Le chat noir monta. Et montèrent, bien sûr, des malades blêmes, Suivis par le professeur de math-élème, Qui, devenu par faveur cireur de parquets, Caressa le mendiant en ces termes : «O petit! j'aime l'archevêque qui t'a béni.» Mais le dernier arrivant fit comme ça, Laissa tomber son obole comme ça, II la doubla, la tripla, fit tralala.
III
Il avait le sourire comme on a le cœur gros. Il mendiait le soir nos tickets de métro. Il étalait ces choses périmées sur le lit En vue d'un voyage secret, et puis : «À son âge! disait la mère, à son âge! Mieux que moi, femme d'expérience, «II descend et change aux correspondances ! » Quel rêve l'emportait-il si loin de l'Europe, L'aïeul à demi sourd, le vénérable pope, Dont la lèvre pendante remuait sans mot dire
Cependant que le père se mettait à bouillir : «Voyez! voyez! disait le père, l'innocence «Entretient de mystérieuses correspondances, «Ce qui fait que nos enfants s'assimilent vite, «Par des passages souterrains ils nous quittent «Pour devenir relaps et ministre de France, «Ah! c'est bien dans le vide que nos piments se balancent»
IV
Ici je m'arrête puisqu'il n'y a plus d'Ascho. Depuis longtemps il s'appelle Monsieur Arnaud. Car dans sa prime jeunesse, plus d'une fois, Les poulbots armés de sabres de bois, Le poursuivirent en criant: «Ascho! t'as chaud?» Il en pleura. Ensuite, il fit son bachot.
ARMEN LUBIN. (extrait de Les hautes terrasses, Gallimard, 1957)
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-grimalkin- 
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Date du message :
décembre 20, 2008 14:01
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??? ??? ??????????????? ????????? ?? Ce site est dédié à la poésie arménienne.
Armen Lubin: MINUIT
Le vent bouscule les plus gros déménageurs Dont les meubles sortent en tumulte de la forêt. A l'hôpital le silence s'étale plus qu'ailleurs Quand l'homme se démeuble au dernier degré.
L'arrière-pays n'est plus pour l'homme, Pour l'homme étalé. Il est la bête de surface Descendu de ses hauteurs, remonté des profondeurs, A l'hôpital il y a un mur plus qu'ailleurs.
Plus rien ne passe sinon l'attentat ultime Qui colle les paupières pour qu'elles se suppriment, Sinon la glace qui pose une bonne couche Au-dessus du mal pour en cautériser la bouche.
Moi, je ne dis mot, pour garder l'espoir d'un accord. Nous serions disposés à abandonner le corps S'il n'était déjà si solitaire dans le drame, Il fait toujours minuit lorsqu'on parle de l'âme.
Armen Lubin (SHAHAN SHAHNOUR/Chahan Chahnour 1903-1974) Sainte patience [Extrait], nrf, Poésie/Gallimard, préface de Jacques Réda, 2005.
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L'océan
Loin des chiens hargneux
Et des béliers du troupeau,
Mes compagnons de tout repos,
Se partagent le manteau bleu,
On n’y peut rien, c’est le jeu.
Ô troupeau de vagues bleues !
Le monde imaginaire reste heureux
Jusqu’à la limite des sables mouvants
Où le désespoir privé de manteau
Renie la terre, désavoue l’eau,
Mais chacun sait qu’il n’y a point
Point de passeur devant l’océan.
Ensablé ainsi jusqu’à la hauteur
Des tempêtes qui filent vers l’intérieur,
L’homme comme la dune déplace ses plis ;
Rien n’est donné et tout sera repris
Chaque fois que dans le trou noir du cadenas
S’allumera le phare lointain et petit
Pour annoncer qu’il n’y a pas de dieux révélés
Mais il y a de nouveaux roulis.
Il y en a qui émergent d’un océan d’effroi
Quand la poitrine se soulève, quand on la broie,
Il y a le sable, il y a le vent, il y a le phare,
Il y a le coeur égaré en avant de ses remparts.
ARMEN LUBIN Le passager clandestin
*Ce message a été édité le Dec 20, 2008 2:11 PM par -grimalkin-*
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
décembre 21, 2008 01:53
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Merci Grim, on comprend un peu mieux en le lisant , que cette poèsie de la souffrance , des exclus et des déshèrités comme on disait pudiquement avant, n'ait pas rassemblée tous les suffrages du grand public autour d'elle, je la rapprocherai de celle de Nazim Hikmet,lui aussi autre grand exilé!
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-grimalkin- 
Admin famille
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Date du message :
décembre 21, 2008 03:45
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Armen Lubin
. Banderoles au vent . . Le passage du vent à la cime des pins Met à jour l'ondoiement sans fin D'une banderolle aux lettres très fortes, " Libérez nos prisonniers " dit la devise. . Après le vent du large c'est la bise, C'est une cave, un grenier, une remise Qui servent d'entrepôts à la verte banderolle; On est las d'attendre la libération promise, On est tous ici des prisonniers sur parole, Le regard brouillé, le passé confus comme l'avenir, Nuages, nuages, où voulez-vous en venir ? . Armen Lubin Le passager clandestin
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-grimalkin- 
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Date du message :
septembre 11, 2009 04:15
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L’ETOILE SE MONTRE
Rien que cette terre, rien que cette sévérité première Qui s’oppose à toute concession Pour pouvoir rester barrière ; Mais que le ciel nocturne s’arrondisse Qu’il s’ouvre aux résonances, Mais que le ciel nocturne résonne Et que son battant de cloche s’appelle Espérance, C’est en de telles aventures que l’étoile se montre sans défense.
extrait de "C'était hier et c'est demain", éd. Seghers, 2004
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Yaelle- 
France
Messages : 322 
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Date du message :
septembre 12, 2009 16:14
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Prisonnier de cet état où il abandonne son corps à un univers froid et incertain, ses pensées le sont aussi.....Qu'auraient été sa poèsie, s'il avait pû profiter d'un bon état de santé? Quand le corps est abandonné à cette machine impersonnelle qu'est le milieu hospitalier - et inhospitalier ! -, l'esprit est monopolisé par ce mal être....
Merci de nous le faire connaître, Epsilon ! 
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-grimalkin- 
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Date du message :
septembre 17, 2009 03:41
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Pourquoi serpent ?
A Henri Thomas
Pourquoi serpent et serpent qui mord ?
Pourquoi cette Plaie pire que la mort ?
Tous les jours je guette un homme important,
Avec des yeux perçants qui sont dans ma tête;
Parfois je lui donne un nom, une silhouette,
Seul le mal n'arrive pas, il est déjà présent.
Ainsi le vent soumet, la main sur le collet,
L'arbre qui se débat tout au fond de l'allée.
L'arbre qui a un coeur gravé dans son écorce,
Rien de cela n'existe la nuit et pour cause
Inexistant l'arbre, inexistant le vent,
Mais le coeur saigne dessus l'inexistant,
Et la pendule qui égrène jamais ne s'endort,
Toujours serpent et serpent qui mord.
Armen Lubin
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-grimalkin- 
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Date du message :
novembre 25, 2011 11:35
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;POUR ELARGIR LE DEBAT
Le proscrit disait en descendant l’avenue :
Je vous aime ô grande mademoiselle avenue !
Le proscrit en marche était un étranger,
C’était un exilé, et j’en connais de toutes sortes,
Ils ont tous, derrière eux, fermé une porte
Cette porte n’est visible qu’une fois franchie.
Une fois franchi le visible
Une fois seul dans l’hôtel inconnu
L’exilé retrouve dans sa chambre nue
Un silence debout comme une tombe musulmane
Ainsi qu’un missel qui jamais ne consent.
Mais une larme nocturne et solitaire
Peut aller fort loin dans une vie triste ;
Ceux qui sont con*****és à suivre la larme à la piste
Vont loin aussi mais ne reviennent pas,
L’automne les utilise tous pour élargir le débat.
Armen Lubin
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