|
Summertime 
Suisse
Messages : 4692
|
Date du message :
mars 3, 2011 12:55
|
J'adore ce poème de Victoria Thérame.... Merci Marie-Elisabeth !
|
|
Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
|
Date du message :
mars 6, 2011 09:03
|
Je suis heureuse Summertime, que ce poème t'ait fait plaisir. je t'attendss ici, si tu veux bien déposer un de tes charmants poèmes, j'aurai grande joie à te lire...
|
|
Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
|
Date du message :
mars 17, 2012 09:09
|
Un regret.
Laisse-le Il vient Laisse-lui La pluie le printemps le buis l’ombre Laisse l’étreinte et l’ombre aux mots Laisse à leurs voix la rue et l’enfant Laisse à cet homme le repos Laisse-le Laisse-nous
Laisse les mots au temps Laisse l’ombre s’éblouir Ne l’éreinte pas Laisse le jour entrer Laisse l’aube à l’ami
Laisse l’emprunte sur la peau Laisse l’eau venir aux mains Laisse l’oubli aux morts Souviens-toi Laisse à la poussière la devise qui le dit Un mot d’ordre le floue Laisse le doigt dessiner Le midi de l’os le vif et la mémoire
Laisse la hache et le bruit. Laisse la tête détruite Laisse à la boue celui qui l’a détruite Écarte-les Laisse un fusil se tourner contre lui Laisse transi l’artificier Laisse au rebut les désirs d’éboulis
Laisse l’enfant près du mourant Qu’il grandisse et l’enseigne le remplace Qu’il augmente et l’écoute le récite Laisse-le prendre la route Semer le vent
Laisse vivre Assèche le sel Laisse la sève Laisse un rosier près de la vigne Laisse le sang monter aux joues Laisse les yeux former le mur Laisse la rue quêter les fleurs
Et regrette De ne pouvoir être À la ville et au moulin Au four et aux charmilles
Au mors aux caresses à la mer Quand il faut en même temps Regrette La pierre et le laurier jetés aux cendres Regrette La persistance des grilles. Regrette De ne pas être entendu quand tu le cries Regrette L’arbre et la feuille Les mains posées La fenêtre au vent Une porte entrebâillée Regrette Mains et mondes Demande encore le défendu.
Michel Van schendel. "Mille pas dans le jardin font aussi le tour du monde"
|
|
Dimoidou- 
Canada
Messages : 92
|
Date du message :
mars 19, 2012 18:14
|
Poème à crier dans les ruines
Tous deux crachons tous deux Sur ce que nous avons aimé Sur ce que nous avons aimé tous deux Si tu veux car ceci tous deux Est bien un air de valse et j'imagine Ce qui passe entre nous de sombre et d'inégalable Comme un dialogue de miroirs abandonnés A la consigne quelque part Foligno peut-être Ou l'Auvergne la Bourboule Certains noms sont chargés d'un tonnerre lointain Veux-tu crachons tous deux sur ces pays immenses Où se promènent de petites automobiles de louage Veux-tu car il faut que quelque chose encore Quelque chose Nous réunisse veux-tu crachons Tous deux c'est une valse Une espèce de sanglot commode Crachons crachons de petites automobiles Crachons c'est la consigne Une valse de miroirs Un dialogue nulle part Ecoute ces pays immenses où le vent Pleure sur ce que nous avons aimé L'un d'eux est un cheval qui s'accoude à la terre L'autre un mort agitant un linge l'autre La trace de tes pas Je me souviens d'un village désert A l'épaule d'une montagne brûlée Je me souviens de ton épaule Je me souviens de ton coude Je me souviens de ton linge Je me souviens de tes pas Je me souviens d'une ville où il n'y a pas de cheval Je me souviens de ton regard qui a brûlé Mon coeur désert un mort Mazeppa qu'un cheval Emporte devant moi comme ce jour dans la montagne L'ivresse précipitait ma course à travers les chênes martyrs Qui saignaient prophétiquement tandis Que le jour faiblissait sur des camions bleus Je me souviens de tant de choses De tant de soirs De tant de chambres De tant de marches De tant de colères De tant de haltes dans des lieux nuls Où s'éveillait pourtant l'esprit du mystère pareil Au cri d'un enfant aveugle dans une gare-frontière Je me souviens
Je parle donc au passé Que l'on rie Si le coeur vous en dit du son de mes paroles Aima Fut Vint Caressa Attendit Epia les escaliers qui craquèrent 0 violences violences je suis un homme hanté Attendit attendit puits profonds J'ai cru mourir d'attendre Le silence taillait des crayons dans la rue Ce taxi qui toussait s'en va crever ailleurs Attendit attendit les voix étouffées Devant la porte le langage des portes Hoquet des maisons attendit Les objets familiers prenaient à tour de rôle Attendit l'aspect fantômatique Attendit Des forçats évadés Attendit Attendit Nom de Dieu D'un bagne de lueurs et soudain Non Stupide Non Idiot La chaussure a foulé la laine du tapis Je rentre à peine Aima aima aima mais tu ne peux pas savoir combien Aima c'est au passé Aima aima aima aima aima 0 violences
Ils en ont de bonnes ceux Qui parlent de l'amour comme d'une histoire de cousine Ah merde pour tout ce faux-semblant Sais-tu quand cela devient vraiment une histoire L'amour Sais-tu Quand toute respiration tourne à la tragédie Quand les couleurs du jour sont ce que les fait un rire Un air une ombre d'ombre un nom jeté Que tout brûle et qu'on sait au fond Que tout brûle Et qu'on dit Que tout brûle Et le ciel a le goût du sable dispersé L'amour salauds l'amour pour vous C'est d'arriver à coucher ensemble D'arriver Et après Ha ha tout l'amour est dans ce Et après Nous arrivons à parler de ce que c'est que de Coucher ensemble pendant des années Entendez-vous Pendant des années Pareilles à des voiles marines qui tombent Sur le pont d'un navire chargé de pestiférés Dans un film que j'ai vu récemment Une à une La rose blanche meurt comme la rose rouge Qu'est-ce donc qui m'émeut à un pareil point Dans ces derniers mots Le mot dernier peut-être mot en qui Tout est atroce atrocement irréparable Et déchirant Mot panthère Mot électrique Chaise Le dernier mot d'amour imaginez-vous ça Et le dernier baiser et la dernière Nonchalance Et le dernier sommeil Tiens c'est drôle Je pensais simplement à la dernière nuit Ah tout prend ce sens abominable Je voulais dire les derniers instants Les derniers adieux le dernier soupir Le dernier regard L'horreur l'horreur l'horreur Pendant des années l'horreur Crachons veux-tu bien Sur ce que nous avons aimé ensemble Crachons sur l'amour Sur nos lits défaits Sur notre silence et sur les mots balbutiés Sur les étoiles fussent-elles Tes yeux Sur le soleil fût-il Tes dents Sur l'éternité fût-elle Ta bouche Et sur notre amour Fût-il TON amour Crachons veux-tu bien
Louis Aragon (La grande Gaîté, 1929)
|
|
-grimalkin- 
Admin famille
France 
|
Date du message :
mars 19, 2012 18:56
|
|
admirable poème de L.Aragon. Je le trouve là, à lire avant de m'endormir. J'en frémis d'angoisse
|
|
Dimoidou- 
Canada
Messages : 92
|
Date du message :
mars 19, 2012 19:27
|
|
Moi aussi je l'adore. Il est plein de bruits en nous.
|
|
Page 1 | 2 | 3
|