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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : N'oublie pas que la vie aussi a un corps

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : janvier 4, 2012  06:16

Sur la robe elle a un corps
de Blaise Cendrars


Le corps de la femme est aussi bosselé que mon crâne
Glorieuse
Si tu t’incarnes avec esprit
Les couturiers font un sot métier
Autant que la phrénologie
Mes yeux sont des kilos qui pèsent la sensualité des femmes

Tout ce qui fuit, saille avance dans la profondeur
Les étoiles creusent le ciel
Les couleurs déshabillent
« Sur la robe elle a un corps »
Sous les bras des bruyères mains lunules et pistils quand les eaux

se déversent dans le dos avec les omoplates glauques.
Le ventre un disque qui bouge
La double coque des seins passe sous le pont des arcs-en-ciel
Ventre
Disque
Soleil
les cris perpendiculaires des couleurs tombent sur les cuisses


Tiré de : « Du monde entier au cœur du monde » Poésies complètes de BLAISE CENDRARS. Préface de
Paul Morand. Édition établie par Claude Leroy. Poésie/Gallimard

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : octobre 24, 2008  00:55

Je suis verticale de Sylvia Plath

Mais je voudrais être horizontale.
Je ne suis pas un arbre dont les racines en terre
Absorbent les minéraux et l’amour maternel
Pour qu’à chaque mois de mars je brille de toutes mes feuilles
Je ne suis pas non plus la beauté d’un massif
Suscitant des Oh et des Ah et grimée de couleurs vives,
Ignorant que bientôt je perdrai mes pétales.
Comparés à moi, un arbre est immortel
Et une fleur assez petite, mais plus saisissante,
Et il me manque la longévité de l’un, l’audace de l’autre.

Ce soir, dans la lumière infinitésimale des étoiles,
Les arbres et les fleurs ont répandus leur fraîche odeur.
Je marche parmi eux, mais aucun d’eux n’y prête attention.
Parfois je pense que lorsque je suis endormie
Je dois leur ressembler à la perfection-
Pensées devenues vagues.
Ce sera plus naturel pour moi, de reposer,
Alors le ciel et moi converserons à cœur ouvert,
Et je serai utile quand je reposerai définitivement :
Alors peut-être les arbres pourront-ils me toucher, et
les fleurs m’accorder du temps

Sylvia Plath (1932-1963), poétesse et romancière américaine.


****

I am vertical

But I would rather be horizontal.
I am not a tree with my root in the soil
*****ing up minerals and motherlv love
So that each March I may gleam into leaf,
Nor am I the beauty of a garden bed
Attracting my share of Ahs and spectacularly painted,
Unknowing I must soon unpetal.
Compared with me, a tree is immortal
And a flower-head not tall, but more startling,
And I want the one's longevity and the other's daring.

Tonight, in the infinitesimal light of the stars,
The trees and flowers have heen strewing their cool odours.
I walk among them, but none of them are noticing.
Sometimes I think that when I want sleeping
I must most perfectly resemble them –
Thoughts gone dim.
It is more natural to me, lying down.
Then the sky aund I are in open conversation,
And I shall be useful when I lie down finally :
Then the trees may touch me for once, and the flowers
have time for me.

Tiré du livre « Arbres d’hiver » poésie Gallimard.
Traduit de l’anglais par Françoise Morvan et Valérie Rouzeau

*Ce message a été édité le Oct 24, 2008 1:11 AM par Epsilon*

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : octobre 24, 2008  01:08

dans les vertèbres monte une lueur,
devant les yeux une nuit jaune genêt,
le sommeil se tient, oint et parfumé,
dans l'antichambre de son acceptation,
et fait les cent pas, attend
le temps du rêve affolé.
L'artère du cou, cousine de la lune,
coupe chaque mot en deux, en quatre,
le cerveau tremble de famines,
et tombe floconneux comme barbe de Judas
À travers la lumière jaune genêt.
À travers la lumière de genêt
monte et descend et monte encore sur le chemin de Jacob
le soleil aux joues tâchées de noir
au violent battement d'ailes,
qu'aucun rêve n’affole.
Le sommeil oint et parfumé, tourne,
son regard recroisé d’énigme
vers le nouvel arbre de Judas.


Christine Lavant (1915- 1973).Extrait de « le cri du paon »,1962 . Les Etoiles de la Faim, choix
et traduction par Christine et Nils Gascuel, Orphée :La Différence, 1993,

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : octobre 24, 2008  11:59

Modes d'emploi d'une vie sans histoires


Mode d’emploi d’une vie sans histoires 4


Uriner dans la nuit à longs jets continus en traçant un réseau de rigoles sur le sol qui mousse
en pétillant. Cela est déjà une souveraine manière d’exister. Il vaut mieux en outre s’accroupir
près d’un fleuve afin de caresser benoîtement un crocodile, que prendront pour un phallus tous
ceux qui prennent les phallus pour des crocodiles ; ceci permet d’égarer les soupçons et de
s’adonner suavement aux purs plaisirs de caresser un crocodile.


Mode d’emploi d’une vie sans histoires 5


Se tendre et s’étirer aussi largement que possible. Quand il ne reste plus qu’une vaste pellicule
transparente, où tous se regardent avec des airs de chouette piégée, l’issue est proche. Certes
la déchirure menace car il a fallu prendre l’amplitude sur l’épais du cuir, mais elle menace
aussi les assaillants ventousés à leur tour et aspirés par la brèche où ils s’engouffrent avec
une volupté extatique.


Mode d’emploi d’une vie sans histoires 7


Ecraser patiemment une volumineuse motte de beurre et s’en graisser le corps comme les esquimaux
d’huile de phoque ; se rouler dans le sable qui s’agglutine en carapace croustillante et dorée ;
dessiner alors tout un lacis de flèches sur la peau afin qu’en cas d’amours aventureuses même les
imbéciles puissent s’y retrouver.


Mode d’emploi d’une vie sans histoires 10

Enfin courir courir comme une lune folle
puis de lune devenir singe
de singe louve
de louve flamme avec d’immenses becs de colibris comme des queues de comète
De fait le voisinage reste désappointé



Claude Ber.Extrait de « Récit » Sinon La Transparence
ed. de l’Amandier 2008 (Réedition)

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : octobre 25, 2008  12:32



Extraits de l'epiphanie de l'ange
.
Protège-moi si je rêve la nuit
si je remue la tête, si mes os se replient
exilé dans je ne sais quel royaume
où je retiens le monde qui s’écroule sur moi,
j’attends de toi un signe,
au moins un souffle
dans l’ombre

Je t’entends à nouveau, quelquefois,
dans les ténèbres de l’horizon
lorsque la vie m’échappe, informe,
aux mauvais plis des jours
et que l’âme espère en vain
prendre son vol

Et s’il y a du vent nous partirons
comme les oiseaux sans espoir de retour
nous verrons tes ailes à l’horizon

Fais-toi entendre lorsque je n’entends plus
rappelle-moi chaque jour
qu’il est jour et que l’on ne vit
qu’une fois pour toujours
.
Ils rôdent comme des ombres
et pourtant il y a d’autres lumières -
dans l’au-delà du monde
toujours présents

C’est lorsque cesse la rumeur
et que s’éclaire l’univers
rapportant des preuves sûres, irréfutables
Oh nuit, oh rêves,
qui me pousse à la dérive ?
Qui me sauve de ce flot ?
Accordez-moi une trêve
que je puisse - un jour - au moins vous chercher

épiphanie de l’ange par Roberto Veracini

traduit de l'italien par Robert Vatel

editeur : "L'archange Minotaure

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : octobre 26, 2008  05:16


Toutes les mains...

Il y a des mains de bruyère
qui nous font signe
sur les chemins du soir.

Il y a des mains d’eau calme
qui dorment sur le sable.

Il y a la main de l’aube
où la mésange fait son nid.

Et la main de pierre aussi
où le lézard se nourrit de soleil.

Toutes les mains ont leur histoire
qu’elles soient filles des oiseaux
ou de la neige reposée
ou rude écorce
ou feuille douce
et la caresse est leur mémoire.

Jean-Pierre Siméon

(post, "la poésie que vous aimez" (En attendant. la fin du monde ..par Yannaelle)

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : octobre 27, 2008  07:51

L'ANNÉE

Janvier muet

(dont j'oublie

la neige qui rêve)

s'accouple à

Février dur

qui déchire

le vent, la folie

qui se lie à

Mars déjà vert,

déjà déterré,

déjà lune jaune

puisqu'il hèle

Avril en maraude,

avril sous la peau,

alors qu'on ose à peine

élever l'haleine,

appeler

Mai qu'on aimait

l'an dernier,

qu'on aimera toucher

à travers mille herbes,

mai qui expulse

Juin, sablier d'étoiles,

à l'assaut du corps

quand on respire

éther ou menthe,

alors qu'on délire

Juillet-deux-ailes

près des rivières allées

du coude au genou,

de l'air à la fièvre,

quand on aspire

Août qui fait des siennes,

fracassant soleils

et tourbes sèches

et toupies liquides

sans savoir qu'en

Septembre on broiera

le noir et le bleu.

Le blé sera brisé.

Faudra-t-il boire

l'année

jusqu'à la lie ?

Septembre attend

Octobre aux laines,

octobre aux noix...

Les longues jambes

d'un échassier de papier

déferlent

et se mêlent à

Novembre en terre

qui fait pourrir

la main, la cascade...

L'année-nuit

clôt la ronde

et s'avance enfin

Décembre aboli

niant quatre saisons.

Douze silhouettes

allument un feu rageur

qui ne s'éteint plus.


Jacques Izoard.
Liège, le 31 décembre 1986.





Epsilon
Modérateur
France

Date du message : octobre 27, 2008  08:01

ÊTRE

Noir dans le noir et cette voix
qui hurle
noire dans le noir et creuse dans le creux
aux trois dimensions de notre espace irrévocable

Espace compact troué
par le cri torride des astres et criblé
par le murmure des poussières
tiède murmure du mot cosmique
non loin du froid (et peut-être de ce que cache sa parole rigoureuse)
amer amour à la pointe presque de la dissolution et du miracle
et c'est cela
fumées volutes
nébuleuse sur le néant proche
cela
il se peut que ce soit cela
qui soutienne encore ma rêverie (moires bribes poussières)

Et déjà la blessure suppure
dans le feu ou l'agonie

Voici maintenant la main qui refuse
et la main qui honnit
Le temps atrocement désassoupit
L'oeil s'exacerbe et la voix vrille
Le torrent de l'être se fracasse dans le bleu

Poussières d'atomes
Poussières de feu
Poussière de temps
Dedans et au-delà
rit Dieu
comme la rose obsédée par le pollen qu'elle a mûri dans les ténèbres
comme le chien au plus cruel de sa monotone érection
comme l'homme souffrant dont la grimace lance en filets
les métastases de la douleur.

Viennent les dimensions sublimes
et Dieu continue de rire comme ceux-là
dont l'odeur et le cri perpétient la mort
comme celui-là
qui attend la délivrance dans la terreur.

Gaston Compère

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : octobre 29, 2008  10:15

Je tombe sur des mains
Quand je ne savais pas
encore que j’habitais dans des mains,
elles passaient sur mon visage et sur mon coeur.

Je sentais que la nuit était douce
comme un lait silencieux. Et grande.
Bien plus grande que ma vie.

Mère :
C’était tes mains et la nuit ensemble.
Voila pourquoi cette obscurité m’aimait.

Je ne me souviens pas mais ça reste avec moi.
Là où j’existe le plus, dans l’oublié,
se trouvent les mains et la nuit.

Parfois,
quand ma tête est penchée vers la terre
et je n’en peux plus et il est vide
le monde, quelque fois, l’oubli remonte
encore vers le coeur.

Et je m’agenouille
pour respirer sur tes mains.

Je descends
et tu caches mon visage; et je suis tout petit;
et tes mains sont grandes; et la nuit
vient encore une fois, vient encore une fois.

Je me repose
d’être un homme, je me repose d’être un homme.

Antonio Gamoneda

*****

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : octobre 31, 2008  05:32



BLÉ BLANC (L’ARTDURIEN) 1

je ne vois rien quand je
ne vois rien je ne vois rien c’est le
rien qui me voit quand je
ne vois rien je vois comment le
rien me voit je
suis « rienne » depuis
mon absence je m’absente je ne ressens pas
je suis plus que l’inexistence
j’obéis au rien blanc et froid je suis un
rien de neige je neige des petits riens de la mémoire
sur les grands riens de l’oubli j’apprends l’oubli
de l’où est-il ? de l’où est-elle?
je n’oublie pas où je neige
je suis le blé blanc du regard
dans lequel il y a quelque chose là où il n’y a rien
tout me suit partout nous nous suivons l’un l’autre
on est des riens de deux genres : M et F
(je neige de la direction F et lui de la direction M)
nous nous neigeons nous neigeons
ensemble autour du rien neigeant
je n’ai rien à déclarer pas de corps pas de sang
pas de nom je me nomme sans m’appeler
je m’appelle « rienne » ou « rien-rien »
autrement pas de nom pas de « pas » et pas de pas
je ne viens pas je ne retourne pas je ne fais rien
je fabrique des riens sans mérite
je n’ai pas de nom ni de têtes pour des noms
pas de tête pour la nommer tête
rien à déclarer sauf ma tête absente
(dans ma tête absente il y a
de la neige ou du blé blanc
et dans la neige des mots neigés
âgés de tout ce qu’ils ne peuvent pas faire
mais courageux de ne rien dire et fiers de leur blé blanc)
enfin rien rien à déclarer
excusez-moi

Stuttgart, 5 janvier 2003

Rodica Draghincescu, Blé blanc (l’artdurien), édition bilingue français-allemand, Éditions
TranSignum, Paris, mars 2007.

(site "Terres de femmes)

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : octobre 31, 2008  12:59



Mauvais jour
   
tout ce qui suinte de ce temps
l'orage aux dents le ventre exacerbé
la tête en faisceau sur la tendresse niée
tout ce qui se brise dans la voix
ces mots reflués
cette rancoeur dans les poumons
quand la fatigue nous rogne les sens
tout cela qui nous entrave
les arêtes fichées sous les aisselles
ce repli sur soi des petites occasions
tout ce qui transpire des murs
la chasse aux mouches au mois de mai
cette allusion à la mémoire
un arrière-goût d'amandes
parmi les oeufs de cyanure
tout ce qui échappe à notre entendement
ce jour quand il s'enchâsse
avec ses revêtements de plastique
dans nos respirateurs artificiels
cette nuit quand elle détend nos nerfs
tout ce qui aspire à l'oubli
bol de café reliefs appétit de sucre
plombages

tout ce temps passé à médire
cette fatigue cet émoi
tout ce qui se meut dans les chambres
percolateurs chats
en raréfiant le silence de l'éveil
tout cela cette conscience de soi
le jour qui vient s'apprête mal
noué dans ses propres parfums
tout ce qui s'épuise dans nos membres
l'oraison tatouée aux coins de l'âme
la vibration des télégrammes
le front se fixe ailleurs au monde
sassé de l'une à l'autre main
quand tu butines les téléphones
en portant là tes messages désarmés
tout ça tout
ça tout ça
tout ça

Michel Beaulieu (1941- 1985).Oracle des ombres
Poète québecois.

MouetteRieuse
France
Messages : 3699

Date du message : novembre 1, 2008  08:59

Magnifiques poèmes ! C'est dommage que l'on soit souvent trop paresseux pour prendre
le temps de les lire lentement et de laisser les mots se déposer silencieusement en
nous. En plus de la paresse, parfois aussi la peur d'être embarqué dans des rimes
complaisantes, mais, il faut le dire, ces poèmes-ci n'ont vraiment rien de complaisants !

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : novembre 1, 2008  12:30

Dilection

J'adore l'indécis, les sons, les couleurs frêles,
Tout ce qui tremble, ondule, et frissonne, et chatoie
Les cheveux et les yeux, l'eau, les feuilles, la soie,
Et la spiritualité des formes grêles ;

Les rimes se frôlant comme des tourterelles,
La fumée où le songe en spirales tournoie,
La chambre au crépuscule, où Son profil se noie,
Et la caresse de Ses mains surnaturelles ;

L'heure de ciel au long des lèvres câlinée,
L'âme comme d'un poids de délice inclinée,
L'âme qui meurt ainsi qu'une rose fanée,

Et tel cœur d'ombre chaste, embaumé de mystère,
Où veille, comme le rubis d'un lampadaire,
Nuit et jour, un amour mystique et solitaire.

Albert Samain (1858 - 1900)

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : novembre 3, 2008  02:56


« Wahr spricht, wer Schatten spricht » écrit Celan et c’est Maurice Blanchot qui traduit ainsi «
Dit vrai, qui parle d’ombre »

****


Parle toi aussi

Parle toi aussi,
parle en dernier,
dis ta parole.

Parle –
Mais ne sépare pas le non du oui.
Donne aussi le sens à ta parole :
Donne-lui l’ombre.

Donne-lui assez d’ombre,
Donne-lui autant d’ombre
que tu en sais partagée autour de toi entre
minuit et midi et minuit.

Regarde tout autour :
Vois ce qui t’entoure devenir si vivant !
Dans la mort ! Vivant !
Celui qui parle l’ombre parle vrai.

Désormais le lieu où tu te tiens rétrécit :
Où aller maintenant, dépourvu d’ombre, où aller ?
Monte. En tâtonnant, monte.
Te voilà plus mince, moins ressemblant, plus fin !
Plus fin : un fil,
où l’étoile veut glisser et descendre :
pour nager en bas, tout en bas,
où elle se voit scintiller : dans la houle
des mots qui vont.

PAUL CELAN (1920 – 1970), dans Le Nouveau Commerce, traduction de Valérie Briet.

****
.
Tant d’étoiles, que l’on nous tend.
J’étais,
quand je te vis- quand?-
dehors parmi
les autres mondes.
O ces chemins, galactiques,
O cette heure, qui nous
compléta des nuits sur le fardeau de nos noms. Il n’est,
je le sais, pas vrai,
que nous ayons vécu, il passa aveugle un souffle entre
Là-bas et Pas-là et le Parfois,
un oeil siffla comme une comète
allant vers l’éteint, dans les ravins,
là, où cela se consume sans éclat, se tenait
le temps, en majesté
et déjà vers le haut, vers le bas, poussait sur lui
ce qui fut ou ce qui sera-,
je sais,
je sais et tu sais, nous savions,
nous ne savions pas, mais
nous étions pourtant là et pas là-bas,
et de temps en temps, quand
seul le Rien se tenait entre nous,
alors nous étions totalement l’un et l’autre

PAUL CELAN.La rose de personne.Traduction de Martine Broda

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : novembre 4, 2008  05:10

SANS RIEN AUTOUR

N'ayant plus de maison ni logis,
Plus de chambre où me mettre,
Je me suis fabriqué une fenêtre
Sans rien autour.

Fenêtre encadrant la matière
Par le tracé tendre de son contour,
Elle s'ouvre comme la paupière,
Se ferme sans rien autour.

Se sont dépouillées les vieilles amours,
Mais la fenêtre dépourvue de glace
Gagne les hauteurs, elle se déplace,
Avec son cadre étonnant,

Qui n'est ni chair ni bois blanc,
Mais qui conserve la forme exacte
D'un oeil parcourant sans ciller
L'espace soumis, le temps rayé.

Et je reste suspendu au cadre qui file,
J'en suis la larme la plus inutile
Dans la nuit fermée, dans le petit jour,
Ils s'ouvrent à moi sans rien autour.

Armen LUBIN - Les Hautes Terrasses

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