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Suisse
Messages : 4692
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Date du message :
janvier 22, 2011 12:10
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L'ÂGE DE PAPA DOC
Et je te papa Je te doc Je te papa doc Je te papadocquise Je suis un doc-107 Je suis le plus bel âge De la pierre taillée.
A bout de la nuit Des cents léopards bleus Il y a Papa Doc Au bout du Big Stick Policy Il y a Papa Doc Au bout du Bon Voisinage Il y a Papa Doc Au bout du Point Quatre Il y a Papa Doc Au bout de l'Alliance contre le Progrès Il y a Papa Doc Au bout de la Grande Société Et de son Grand Hôtel de l'Abîme Il y a Papa Doc !
Et je te pa Je te docpa Et je te padoc Je te papadocquise l'anatomie.
Je te coupe en petits morceaux. Je broie ta liberté sous mes dents. Et si tu es femme, si tu es La beauté même avec des idées Plus rouges encore que la cerise La plus secrète de tes flancs Je questionne longuement ton sexe. Je te questionne chaque sein J'ai pour ton clitoris Des câlineries de Papa Doc Et il viendra plus vite du lait À une colline de vieilles pierres Qu'à tes mamelles haïtiennes.
Je suis papa doc Je suis président à vie Je papadocquise la vie Je suis le volcan capital Je suis le néo-cyclone Je suis contre la santé Des arbres et des poètes.
Je suis une force animale Qui se nie et se dévore. Je suis ton dernier chemin Je suis ta pluie dernière Je suis ton papa et ton doc Et à bout pourtant en pleine poésie Je te pa pa pa pa pa pa pa pa pa !
René Depestre
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
janvier 23, 2011 11:00
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Olographe.
Mon île est coquillage où rosit un jamrose aux franges du corail hanté de galaberts Et la rumeur des mers en ses lentes osmoses y cèle encore l'énigme des sirandanes
Ma ville est un jardin de races jacassantes d'octavones aux yeux de jamblon et bistrées qui s'en vont par les rues au rythme de leurs hanches et de créoles aux capelines d'agapante
Mon île est une volière pour moutardiers siffleurs râles des bois rouliers et tourterelles quand des bambous que ploie le boucan des béliers s'en fuit un chant de vent d'archet et de voulvoul
Ohlà tantine holà tonton quand ti quitte Bourbon pays là ti porte pas dans ton soubique
Jean-Henri Azéma , poète réunionnais, né en 1913 et mort à Buenos-Aires, en 2000 un passé de troublion.. mais passons..
Parution d' "Olographe" en 1979..
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
janvier 23, 2011 11:22
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La race du poète.
Dehors Est un grand pays
Mais dedans Dedans Est un coeur intelligent Tu sais
Les anges qui peuplent cette terre Se font mal
Ils se cognent Ils se blessent Crient Hurlent
Et me délivrent du mal
Besoin enfantin De me blottir
Un autre jour Un autre pays Peut-être
Un autre jour Un autre pays Sûrement
J'aime le pur Quand il se mélange
Métissage bleu
Agnès Olive. "De l'île à l'autre".
née à Marseille, en 1966, elle part en poste à l'île de la Réunion.. en 1998, ellle traduit en créole, le "Petit Prince" de Saint -Exupéry et crèe une maison d'édition à la Réunion.
Ce poème est extrait du recueil de "l'île à l'autre" 1996..
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
janvier 30, 2011 09:50
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Le poème de l'arbre enfant.
Les pulsations d'un paysage Vibrant dans les veines de l'arbre, Le rocher frère et ses présages Furent appris en ce matin Porté vers moi du fond des âges.
Le même oiseau de rive en rive, Rythme la raison des éclairs. La même barque à la dérive Rêve aux vertiges des déserts Aux silences d'eau et de pierre.
L'orage éclate et l'arbre enfant, Lové dans la paume du vent, Comprend notre fraternité Scellée dans le sang des étés. Fus-je mélèze ? après ? avant ?
Dans les forêts de la mémoire, L'homme plante ses territoires Et l'arbre enfant, né des orages, Découvre l'âme du feuillage Blottie au coeur serré des soirs.
L'arbre se souvient de l'amande, De la nuit lente des racines, Des forêts d'ombre et de résine, Jusqu'au cri du premier oiseau Par-delà des siècles d'attente. Et moi l'enfant d'une seconde, Parmi l'or mouvants des genêts, Je veille cet instant que fonde L'angoisse de millions d'années Dans le désordre clair du monde.
Tous ces oiseaux dans ma mémoire Et tous ces mauves dans mes yeux. Pour transmuer en feux et moire Les paysages jamais mieux Définis qu'en dehors du lieu
L'arbre que j'appelle mélèze, Se transforme en jacarandas, Flamboyants, pourpres floraisons Eclatant dans mon sang qui pèse Le poids de toutes ces saisons.
Le loriot dans le cerisier, Le colibri dans le manguier, Moi écartelé par vos cris, Moi soudain découvrant le prix De vivre et d'accomplir deux vies.
Montagnes de quelle mémoire ? Je vendange votre prescience. J'atteins enfin aux transparences Du minéral. Brève lumière Où je découvre cette main, Tendue entre l'arbre et la pierre.
Et le sable redevient algue L'âme innombrable du corail Palpite, prise dans les mailles De l'eau. le charbon se souvient Des forêts, de l'enfance du feu... Tout dans l'éclair d'une seconde !
Jean Fanchette.
Jean Fanchette est né en 1932 à l'ile Maurice, et mort à Paris en 1992..
À dix-neuf ans, doté de la bourse d’Angleterre, il obtient une dérogation exceptionnelle pour suivre des études de médecine à Paris (où il vécut jusqu’à la fin de sa vie). Parallèlement, il publie des poèmes qui lui vaudront les prix Paul Valéry en 1956 et Fénéon en 1958.
Il fonde, au cours de cette période, une revue bilingue, Two Cities, avec Anaïs Nin qui le décrira dans son journal comme « un jeune Mauricien beau et sombre.. en équilibre entre la terre et la poésie ». Devenu neuro-psychiatre et psycha n a l y s t e, Jean Fanchette, demeurera toute sa vie en terre étrangère.... Empreints de rigueur formelle, ses écrits disent la nostalgie de l’île d’origine, abandonnée très tôt pour s’installer dans la patrie d’exil. Cet arrachement désormais ne laisse plus au poète qu’une « identité provisoire », état d’équilibre instable : « Je ne suis pas d’ici. Je ne suis plus d’ailleurs ». L’Île Équinoxe est traversé par la voix vibrante d’un homme qui, grâce à l’aventure du poème, peut se réapproprier un monde perdu.
en 2009 les éditions Philippe Rey réédite et publie "L'île Equinoxe" anthologie qui recueille l'esemble de son oeuvre..
*Ce message a été édité le 30-Jan-2011 9:55 AM par Marie-elisabeth*
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
février 8, 2011 12:32
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extrait de "La terre inquiète"..
..... Sable, saveur de solitude ! quand on y passe pour toujours Ô nuit ! plus que le chemin frappé de crépuscules, seule A l'infini du sable sa déroute, au val de la nuit sa déroute, et sur le sel encore, Ne sont plus que calices, cernant l'étrave de ces mers, où la délice m'est infinie.
Et que dire de l'Océan, sinon qu'il attend ?
.....
Par le viol sacré de la lumière imparfaite sur la lumière à parfaire, Par l'inconnue la douceur forçant la douceur à s'ouvrir, Vous êtes amour qui à côté de moi passe, ô village des profondeurs, Mais votre eau est plus épaisse que jamais ne seront lourdes mes feuilles.
Et que dire de l'Océan, sinon qu'il attend ?
.....
Vers la chair infinie, est-ce attente brisée de la raçine, un soir de grêle ? Ô ! d'être plus loin de vous que par l'exemple l'air n'est loin de la racine, je n'ai plus feuille ni sève. Mais je remonte les champs et les orages qui sont routes du pays de connaissance, Pures dans l'air de moi, et m'enhardissent d'oubli si vient la grêle.
Et que dire de l'Océan, sinon qu'il attend ?
Edouard Glisssant. "La terre inquiète" 1954.
Edouard Glissant est un poète martiniquais, né en 1928.. il nous a quitté tout récemment
Ce qui est marquant, dans sa personnalité : Dans un premier temps il adhère aux thèses de la négritude avant d'en dénoncer les limites. Il développe alors le concept d’antillanité qui cherche à enraciner l'identité des Caraïbes fermement dans « l'Autre Amérique » Enfin , il est en rupture avec les travaux d'Aimé Césaire, pour qui l'Afrique est la principale source d'identification pour les caribéens
Ses réflexions sur l’identité antillaise ont inspiré une génération de jeunes écrivains antillais qui formera le mouvement de la créolité, dont Patrick Chamoiseau, Ernest Pépin ou encore Raphaël Confiant.
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
novembre 2, 2011 13:45
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Parole 50
je suis en moi comme un sang un complot une émeute à huis clos avec la mer garde-fou je veux la mort de mes paraboles avec la mer-parapet je veux tout tuer par l'écriture
l'homme est au bout de mon jour il est là .. je ne cherche plus mon sommeil est une battue dans laquelle je ne parle plus seul mon sommeil est un ghetto
j'y apprends le vivre et le vacarme dès à présent la mémoire dans la chair comme un viol un premier déchirement
quelle heure est-il.. quel âge a le monde combien vivra de moi-même que la parole aura pu sauver pour sauvegarder l'ÎLE dans le sang de tous...
ce sang pluriel notre vraie roupie !
Edouard J. Maunick ."Ensoleillé vif" 1976;
poète né à l'île Maurice, de sang mêlé, hantée par son" île-femme",comme il l'a baptisée.. auprès de laquelle il revient toujours..
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
novembre 2, 2011 13:48
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Parole 48
... j'ai autant de vivre dans ma mort que j'ai de jardin dans les veines sang rouge d'Occident sang rouge d'Orient sang rouge d'Afrique sang rouge du sang : mon fils dit qu'il est beau : Soleil !
Je n'écris plus la guerre je n'écris plus peur je cours en retard sur le soleil il est seul sans moi seul sans toi plus seul sans nous il va boire à la mer amère.. de solitude de brûlure inutile... d'incendie de pacotille
je n'écris plus le divisé le séparé je danse devant nos portes une danse sans passé un complot
il s'appelle amour :
vien allumer tes reins à mes reins les tambours sont les paroles elles survivent au désastre elles ont survécu à notre mise à mort aux marées acides de la mer négrière...
Edouard Maunick.
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
novembre 2, 2011 13:55
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Parole 45
qu'un jour le vent domine la ville et nous voilà corsaires jetés en pleine messe océane nos grappins cherchent la pierre des maisons qui nous furent interdites au salon gardé par des bêtes de faîence sommeille l'incendie nous brisons ses rêves à coups de mots sauvages après nous le feu regarde avec de grands yeux ouverts la faîence foudroyée le feu fou de vent debout
Edouard J .Maunick extraits de "Ensoleillé vif" 1976
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
novembre 2, 2011 14:12
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La complainte du nègre
( pour Robert Goffin)
Ils me l'ont rendue la vie plus lourde et lasse
Mes aujourd'hui ont chacun sur mon jadis de gros yeux qui roulent de rancoeur de honte
Les jours inexorablement tristes jamais n'on cessé d'être à la mémoire de ce que fut ma vie tronquée
Va encore mon hébétude du temps jadis de coups de corde noueux de corps calcinés de l'orteil au dos calcinés de chair morte de tisons de fer rouge de bras brisés sous le fouet qui se déchâîne sous le fouet qui fait marcher la plantation et s'abreuver de sang de mon sang de sang la sucrerie et la bouffarde du commandeur crâner au ciel.
Léon Gontran Damas. (poète de Guyane)
Avec Leopold Senghor et Aimé Césaire, il est l'un des membres fondateurs de la Négritude, mouvement d'exception dont il est, injustement le poète le moins connu.
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
novembre 2, 2011 14:19
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Si souvent
Si souvent mon sentiment de race m'effraie autant qu'un chien aboyant la nuit une mort prochaine quelconque je me sens prêt à écumer toujours de rage contre ce qui m'entoure contre ce qui m'empêche à jamais d'être un homme
Et rien rien ne saurait autant calmer ma haine qu'une belle mare de sang faite de ces coutelats tranchants qui mettent à nu les mornes à rhum.
Léon-Gontran Damas.
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
novembre 2, 2011 14:29
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Blanchi
Se peut-il donc qu'ils osent me traiter de blanchi alors que tout en moi aspire à n'être que nêgre autant que mon Afrique qu'ils ont cambriolée
Blanchi
Abominable injure qu'ils me paieront fort cher quand mon Afrique qu'ils ont cambriolée voudra la paix rien que la paix
Blanchi
Ma haine grossit en marge de leur scélératesse en marge des coups de fusil en marge des coups de roulis des négriers des cargaisons fétides de l'esclavage cruel
Blanchi
Ma haine grossit en marge de la culture en marge des théories en marge des bavardages dont on a cru devoir me bourrer au berceau alors que tout en moi aspire à n'être que nègre autant que mon Afrique qu'ils ont cambriolée.
Léon-Gontran Damas. extraits de Pigments/ Névralgies (Présence Africaine, 2001)
bien voilà une page poétique qui me secoue fort.. autant qu'un raz de marée..
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
novembre 2, 2011 14:49
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Limbé
(Pour Robert Romain)
Rendez-les moi mes poupées noires qu'elles dissipent l'image des catins blêmes marchands d'amour qui s'en vont viennent sur le boulevard de mon ennui
Rendez-les moi mes poupées noires qu'elles dissipent l'image sempiternelle l'image hallucinante des fantoches empilés féssus dont le vent porte au nez la misère miséricorde
Donnez-moi l'illusion que je n'aurai plus à contenter le besoin étale de miséricordes ronflant sous l'inconscient dédain du monde
Rendez-les moi mes poupées noires que je joue avec elles les jeux naïfs de mon instinct resté à l'ombre de ses lois recouvrés mon courage mon audace redevenu moi-même nouveau moi-même de ce que Hier j'étais hier sans complexité hier quand est venue l'heure du déracinement
Le sauront-ils jamais cette rancune de mon coeur A l'oeil de ma méfiance ouvert trop tard ils ont cambriolé l'espace qui était le mien la coutume les jours la vie la chanson le rythme l'effort le sentier l'eau la case la terre enfumée grise la sagesse les mots les palabres les vieux la cadence les mains la mesure les mains le piétinement le sol
Rendez-les moi mes poupées noires mes poupées noires poupées noires noires noires
Léon Gontran Damas "Pigments" 1937.
Anthologie" Les Combats du 20° siècle en poésie" d'Hélène Fieschi.
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
novembre 8, 2011 13:35
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Prière de paix.
Seigneur Dieu, pardonne à l'Europe blanche ! Et il est vrai, Seigneur, que pendant quatre siècles de lumières elle a jeté la bave et les abois de ses molosses sur mes terres Et les chrétiens, abjurant Ta lumière et la mansuétude de Ton cœur Ont éclairé leurs bivouacs avec mes parchemins, torturé mes talbés, déporté mes docteurs et mes maîtres-de-science... Seigneur, pardonne à ceux qui ont fait des Askia des maquisards, de mes princes des adjudants De mes domestiques des boys et de mes paysans des salariés, de mon peuple un peuple de prolétaires. Car il faut bien que Tu pardonnes ceux qui ont donné la chasse à mes enfants comme à des éléphants sauvages. Et ils les ont dressés à coups de chicotte, et ils ont fait d'eux les mains noires de ceux dont les mains étaient blanches. Car il faut bien que Tu oublies ceux qui ont exporté dix millions de mes fils dans les maladreries de leurs navires Qui en ont supprimé deux cents millions. Et ils m'ont fait une vieillesse solitaire parmi la forêt de mes nuits et la savane de mes jours. Seigneur la glace de mes yeux s'embue Et voilà que le serpent de la haine lève la tête dans mon cœur, ce serpent que j'avais cru mort...
III Tue-le Seigneur, car il me faut poursuivre mon chemin, et je veux prier singulièrement pour la France. Seigneur, parmi les nations blanches, place la France à la droite du Père. Oh ! je sais bien qu'elle aussi est l'Europe, qu'elle m'a ravi mes enfants comme un brigand du Nord des bœufs, pour engraisser ses terres à cannes et coton, car la sueur nègre est fumier.... Oui Seigneur, pardonne à la France qui dit bien la voie droite et chemine par les sentiers obliques Qui m'invite à sa table et me dit d'apporter mon pain, qui me donne de la main droite et de la main gauche enlève la moitié. Oui Seigneur, pardonne à la France qui hait les occupants et m'impose l'occupation si gravement...
Léopold Sédar Senghor. "Hosties noires"
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
décembre 14, 2011 10:47
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Le jour promis ... Le jour promis , l'aurore en fête embaumant frais les arbres odorants Les héros d'armes , sonneries haut levées , annoncèrent sa présence à trois mille pas . Quand sous les tentes rutilantes , la précédaient soixante-dix-sept éléphants , sombres avançant d'un pas pachyderme . Et leur cornacs , nattes fleuries d'or rouge , tenaient leurs longues gaules balancées en poussant de brefs cris rythmiques . Puis à pied des guerriers plus noirs , nombreux serrés , leurs peaux de léopard en bandoulières . Suivaient les présents de Saba , Apportés par soixantes jeunes hommes , soixante jeunes filles , cambrées et seins debout Qui avançaient plus souriants que les nénuphars dessus le lac des Alizés Et neuf forgerons marteau sur l'épaule , qui enseignaient les nombres primordiaux , tous nés du rythme du tam-tam . Et d'autres présents que je tais : leur liste serait longue . Tels étaient les desseins de dieu , quand fiancée tu montais vers la Colline sainte . Je me souviens du soir de la soirée de mon festin Quand doucement , comme un flamant prenant son vol , dans ta robe de boubou rose Le cou frêle sous le cimier des nattes , des tresses constellées d'or blanc Lentement tu levas ton buste , après moi avec moi à mon appel Pour fermer l'éventail des danses , dansant la danse du printemps Froidure sécheresse hiver , adieu ! La pluie répond à l'appel du printemps , et le printemps est pluie doucement lentement , une deux gouttes graves Et c'est l'ébrouement qui bruit des nuages , des épaules ébranlées pour gagner Le ventre vierge , et brise-mottes les pieds pillons battant la terre dans le temps que , tes lèvres ouvertes à peine , les bras nagent dans le torrent comme des lianes.
Léopold Sédar Senghor. "Elégie pour la reine de Saba".
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
mars 6, 2012 14:21
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ce n'est pas tout à fait de la créolité, mais c'est bien de la négritude dont on parle..
Nous sommes de ceux..
Nous sommes de ceux qu'on dévisage, La main sur le loquet de la porte Fermée ensuite avec rage. Nous sommes de ceux qui n'ont point de mine, De ceux sur lesquels, difficile, l'on accroche un nom ; Et parmi nous, pour fleurir la troupe, aucune gamine. Nous marchons en nous tenant le front, Nous marchons en nous tenant les tempes. Du brouillard dans les yeux Et de l'orage dans la tête. Et nous disons, traînant nos béquilles, "Le monde n'est plus d'aplomb, Il faut le remettre sur ses quilles." Nous sommes de ceux qu'on dévisage, La main sur le loquet de la porte Fermée ensuite avec rage. Nous sommes de ceux qui n'ont point d'âge Parce que toujours ballotés par les flots, De ceux qui n'ont point de port Et que mène le vent des embauches. Nous sommes de ceux qu'on regarde Par la porte entrouverte Lorsque nous repartons sur nos béquilles, De ceux qu'on dévisage, La main sur le loquet de la porte Fermée ensuite avec rage. Nous sommes des hommes sans mine Et parmi nous, pour fleurir la troupe, aucune gamine. Nous sommes cependant de ceux pour qui le soleil luit, Pour qui chantent la Brise, l'Aurore, Nous sommes la Nuit, le Mystère, Et nous avons pour nous, les étoiles et les rosées de nacre.
Bernard Dadié "Légendes et poèmes".
poète ivoirien né en 1918. Après des études au Sénégal, il a combattu au lendemain de la seconde guere mondiale contre le colonialisme, ce qui lui a valu, en 1949 , une c o n d a m n ation à seize mois de prison Après l'indépendance , il est devenu haut fonctionnaire dans son pays, la Côte d'Ivoire..
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