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Famille : Révèlations poètiques.
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Auteur
Sujet : Poèsies des îles,de la créolité et d'amour et de haine
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Epsilon |
Date du message : novembre 7, 2011 03:38 |
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Mon amour Je l'ai joué sur un clavier d'aurore orange brise frileuse un midi d'octobre blasé par une fenêtre du collège est entré dans ma chambre Mon amour Je l'ai construit humblement patiemment avec la tendresse de ma mère et la voix de mon Dieu avec des formes de ciel bleu et des débris de rêve avec le soir, avec les jours, avec la pluie l'avenir qui pousse et nous enchaîne Si vaste mon amour tel un aveu d'amants que la terre fille amoureuse entre pieds nus et bras ouverts dans la baie de mon amour Mon amour à construire de milliers lendemains Mon amour à chanter par toutes les voix du monde Mon amour des roses sauvages au bord des chemins Je t'enserre plus que la pieuvre de l'Île pour un peu de puissance a l'heure des massacres Mon amour je t'écris sur les palmes de ma raison Pour tout ce que je suis le nègre et ses démons mon amour debout mon mal d'amour mon grand amour Le soir qui passe passe et chantonne sa prière aux étoiles offre à mon amour des airs greffes d'espoir Il tombe sur mon amour l'amour des continents les sanglots d'une enfant maltraitée inondent mon amour Il pleut des larmes mon amour dans la vile barricadée Et ma faim mon amour est la soif et la faim des femmes des enfants des filles folles des quartiers aux enchères Dis à mon amour que l'Alabama crève de haines dis mon amour que 1'Alabama broie du nègre Si je suis ton chien mangeant ses propres puces ne me laisse pas crever tout seul quand sen va la nuit Je veux longtemps demeurer au bord de la mer pour apprendre les rythmes d'un amour multiforme Réveille-toi La nuit a passé C'est l'heure de lever l'ancre et de saluer l'aurore Ton cœur et le mien deux tiges qui se nourrissent de la même sève Tes yeux et mes yeux quatre éclairs qui vont droit au soleil Réveille-toi mon amour La nuit a passé C'est l'heure de bouder la paresse et de plier le sommeil Nous passerons sous des tonnelles où la nuit a laissé trop de cadavres Nous passerons dans les maisons où les cagoulards ont dévoré la chair d'un nouveau-n6 Nous passerons devant les portes submergées de détresses Partons pour cueillir le bonheur aux branches des cerisiers. Le monde sera à nous bâtisseurs de l'amour Puisque mes regards ont fouillé ta silhouette et que ton odeur d'oranger apporte un goût exquis à mes lèvres qui se fanent laisse que j'emprisonne d'une main malhabile ton image de sirène Tes courants sont pour moi des lignes d'une femme sur la surface d'un sourire assiégé de vents tièdes Tu m'emportes sur tes ailes comme un air léger et j'ai toujours soif de toi à la campagne Puisque la bouche ouverte je bois tes paroles pour engloutir en moi la haine toujours présente et cajoler les ivresses de mes saisons couleurs de flammes que je sois la sève de ton arbre 0 mon amour et consens que je porte sur mon cœur déjà vieux de rouges soleils dune seconde naissance. ............ Dis-moi la tendresse de tes profonds regards et la forme de tes cils deux ailes d'un papillon parle-moi de ton âme qui serait mon sauveur lorsque valsent des aubes dans une marée de nuages Repeins-moi le sourire de Josette ou d'Évelyne perdu dans les ondes infinies de la rivière Elles étaient deux bouquets d'un songe insaisissable la pureté de l'automne quand s'amène la nuit Dix fois autour de toi mon désir pavanait J'étais un morceau du ciel ivre de tes brouillards et je mendiais à ton ombre un peu de pitié pour être les demi-cercles de tes doigts frêles de pluie Seigneur s'il faut lever ce lourd voile de la brume quelle somme d'angoisse va couvrir mes regards et quelle route prendre pour trouver ses fées si belles à nourrir mon espoir et ma vie Je t'appelle hirondelle de mes vingt-six saisons Il n'est pas de sommeil sans décor ni folie C'est l'heure de cueillir les roses de la lune Lève-toi Bien Aimée le Grand rêve arrive. Je t'ai vainement cherchée au milieu des oranges quand un soleil tropical broie la frayeur des ténèbres L'âme de mon rêve venait avec mille aubes d'or pur un enfant dans la rue se laisse envahir par une brise légère J'ai compte toutes les branches de la lune levant et remis mon chagrin au frisson tiède du soir J'ai fait le tour de moi pour trouver ton image plus frêle que les sauterelles des plaines abandonnées Oh tout bas les jours s'effacent les ombres qui s'allongent Tous les chemins qui mènent à toi sont pris de poussière Même les ruisseaux se taisent lorsque balade ton nom sur un bout du rocher de la ville qui se meurt Et l'arrivée du soir n'aura pas rafraîchi ma douleur Agneau bien loin du pâturage je cherche un nouvel absolu où tranquillement s'embrasseront plaines et montagnes et où se confondront tous les rythmes du temps qui rêve Combien de nuits pour édifier le sommeil des contraires pour avoir seulement un dixième de ta vie n'attends pas que vieillisse ton immense poésie avant de venir à moi toute belle et sans bornes J'ai longé tous les chemins cherchant les traces de tes pas. J'ai même joué à cache-cache avec mon obsession croyant trouver le mystère de tes arcs-en-ciel au flanc des mers tropicales que mes regards n'auront pas scrutées. J'ai pane aux fantômes de ma chambre dans l'espoir que les ondes du soir seraient assez puissantes pour t'apporter le souffle de mon message fraternel. Je t'ai attendue longtemps. Une existence de chien au bord des métamorphoses de la matière me paraît trop sombre; et ces poussières de lune ramassées avec des mains nerveuses me disent le nombre de perles qu'il faudra entasser avant que notre âme se purifie au paradis des enfants pales et craintifs. Que cherches-tu au milieu des abîmes? Est-ce son ombre exposée à la merci des premières lueurs du crépuscule, ou l'éternelle chanson de l'homme errant, ou cette heure sainte au cours de laquelle nos désirs s'embuent? Viens doucement poser tes mains d'amante sur mon corps de prisonnier. Et tout ce qui fait ma raison de vivre s'accrochera, vois-tu, au clair du petit jour. Ma rivière endolorie Je ne sais et ne sens qui je suis devant l'océan de ta beauté. Immobilité. Si je dois accepter que tu panses mes folies quand vient ton sourire avec un drôle de sourire ta chanson avec quelque rien d'amour tu chercheras mes roses fanées pour les éparpiller sur une nuit de cauchemars Gladys mon immaculée le Chopin dans le soir fortifie ma douleur et l'orage aura brisé un pan de mon espoir Sur la place publique avec un ami humant l'odeur d'une belle-de-nuit qui se promène Je presse contre mon cœur les déesses de la nuit Et toutes les notes vertigineuses qui font le tour de ma pensée pareilles à ces vols rapides d'ortolans comme pour courtiser les fées des matins éblouis. ............ Gérard Vergnaud Etienne (Poète haitien né en 1936)
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Epsilon |
Date du message : octobre 24, 2008 00:28 |
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Brûler à vivre / Brûler à survivre Cholo ! À la mémoire de mon père et de Chacha (SSR), en plein accord avec feu le poète Marcel Cabon, en souvenir d'un long tête-à-tête avec Mère Teresa, au Prof. Ram Prakash pour ma rencontre avec les Vedas, à Andrew Young en amitié & à Jean Clément en partage. Cholo je suis/Cholo je reste/ tant pis pour ceux que cela dérange/ l'Histoire m'a fait qui je suis/ j'assume l'Histoire sans parcimonie : l'Histoire/ses victoires/ l'Histoire/ses défaites/ j'assume tout/responsable ou pas/ j'additionne meilleur et pire/ je réponds présent à la table de l'humanité ! Cholo ! mais pas moins beau pour autant : un immense soleil aux entrailles/ ignorant ce que haine veut dire/ je ne suis pas regardant/je ne tique pas/ ne ratiocine pas/ne gesticule pas/ ne ratiboise pas/ne manipule pas/ surtout je ne politique ni ne politise/ seulement cholo grande-gueule/ comme sont grandes-gueules tous les cholos qu'ils soient cholos un peu/beaucoup qu'ils soient cholos ha ! ha ! hi ! hi ! ho ! ho ! qu'ils soient cholos d'ici/d'ailleurs/ de partout où un être a été/est/sera insulté/méprisé/craché au visage/arrêté enchaîné/fouetté/émasculé/dépecé/assassiné parce que d'un continent autre/d'un pays/d'une ville/d'un village ou d'un bled autres/ parce que d'une race/d'un dieu différents... c'est que toute douleur est blessure/ c'est que toute blessure est solitude/ et que la mort n'a de patrie ni d'épiderme !... mais la MÉMOIRE est notre part sacrée : elle réclame silence/ elle requiert respect/ nul n'a droit de la salir/ de la tordre / de la distordre/ de la démentir ni la travestir/ elle est notre parole et notre prière!... et si tu veux bien t'en souvenir/ que ta maison soit de pierre ou de paille/ nous saurons Cholos que nous sommes : avec toi laver le riz/ avec toi cuire le curry/ avec toi cueillir le cresson/ avec toi faire bouillir le bouillon/ avec toi griller la pomme d'amour! avec toi kasse-kassé le poisson salé/ avec toi écraser le piment avec toi manger créole et dire que c'est bien bon même dans un hoquet concupiscent... et si tu veux bien t'en souvenir/ qui que tu sois/en mer océane/ nous serons Cholos que nous restons/ avec toi allumer le feu filao/campêche et d'autres bois un peu longanistes/ avec toi chauffer la ravane/ pourvoir de graine la maravane/ faire sonner le triangle ferraille/ alé alé sofé lé roa TI FRÈRE !/ ensemble piquer séga/casser les reins/ rythmer vertige de bonne espérance celle-là même que nous devons garder comme garder allumée mémoire veilleuse de ce que nous fûmes/ de ce que nous sommes/ pourquoi pas mémoire de ce que nous serons : au diable séquence de temps ! grammaire et vocabulaire : nous sommes de l'intemps/ c'est notre koze kozé style cholo !... et si tu veux bien t'en souvenir/ toi du double passé de la traite et de l'Engagement : remonte avec nous le Golgotha de la Mer qui fut celui du nègre et du coolie : l'un vendu l'autre engagé pour moins de trente pièces au bazar de la négation et de l'exil/ au comptoir du chosifié et du tout nu/ le faisant/mélange/métisse la liste à hurler/à te déchirer la gorge : nomme/récite/chante pêle-mêle : Chaka/Gandhi/Mzikali/Atahualpa/ Lumumba/Geronimo/Malcolm X/ Biko/Feraoun/Toussaint-Louverture/ Luther King/Chris Hani/Ratsitatane/ et des femmes des enfants par milliers/ cherche/trouve des millions d'autres de même tribu/ du même sang versé pour les leurs/ pour nous/ hé !... qui sait : pour toi... Notes / glossaire: Alé alé sofé léroa Ti frère (allez allez chauffe le roi Ti frère) : figure emblématique du séga, artiste décoré par la reine Elisabeth II d'Angleterre en personne. Cholo (latino-américain) : terme de mépris passé dans le créole du petit monde mauricien, équivalent péjoratif de mozambique noir aux cheveux crépus et d'épaisse sueur. L'intemps : mot propre à l'auteur pour dire le non-temps, la non durée. kasse-kassé : émietter. kozé kozé : converser. Loganistes : sorciers. pomme d'amour : variété de tomate. Ravanes : large tambour plat qu'on chauffe sur des pierres pour bien en tendre la peau. Maravanes : boîte contenant des graines qu'on remue en rythme. Traite et l'Engagement : la Traite négrière et la combine à bon marché trouvée par les Anglais pour engager des laboureurs originaires du Bihar (Inde) pour venir travailler la canne à Maurice, dans des conditions souvent très rudes. Triangle feraiya : fer en forme de triangle qu'on fait tinter à coups d'un deuxième morceau de fer. « Cholo ! » fait partie du recueil de poésie d'Édouard J. Maunick, Brûler à vivre / Brûler à survivre (Sarcelles: Le Carbet / Maison de l'Outre-Mer, 2004, pages 16-19). Le début du poème, dit par l'auteur, a été enregistré.
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Epsilon |
Date du message : octobre 24, 2008 11:42 |
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Front Haut à Stephen Alexis Je traînai le carrosse de Caradeux. Dans une savane sans femmes, tout près de la Havane, moi l'enfant fou des rudes voluptés je dansai seul la première rumba. Mes bras étreignaient dans le soir des tailles impossibles qui rythmaient leurs appels aux cliquetis de mes chaînes. Je semai des douleurs aux sillons du souvenir. Portant mes espoirs en étendard, Bolivar vainquit les troupes espagnoles. Je soutins le trône fragile de l'empereur du Brésil avec ces mêmes bras dont Savannah et Cuba oublient le geste. Mais, la boue des champs de bataille et les sillons des plantations sont gonflés de mes douleurs fécondes. Au bout de l'avenir, j'ai des étoiles à cueillir, Ah ! tremble, vieux monde magnifique et triste, car voici le temps de ma récolte d'étoiles. Roussan Camille Publié pour la première fois dans le recueil Assaut à la nuit en 1940, ce poème de Roussan Camille, « Front Haut », est reproduit dans la nouvelle édition du recueil publié aux éditions Mémoire d'encrier (Montréal, 2003), pages 24-25.
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Epsilon |
Date du message : octobre 25, 2008 11:58 |
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Figuration rapace Troncs-thyrses draperies conciliabules de dieux sylvestres le papotage hors-monde des fougères arborescentes çà et là un dépoitraillement jusqu’au sang d’impassibles balisiers figuration rapace (ou féroce ou somptueuse la quête est la soif de l’être) Bientôt sera le jeu des castagnettes d’or léger puis le tronc brûlé vif des simarubas Qu’ils gesticulent encore selon ma propre guise théâtre dans la poussière du feu femelle : Ce sont les derniers lutteurs fauves de la colline Ministre de la plume de cette étrange cour c’est trop peu de dire que je parcours jour et nuit ce domaine C’est lui qui me requiert et me nécessite gardien : s’assurer que tout est là intact absurde lampe de fée cocons par besoin terreux et que tout s’enflamme soudain d’un sens inaperçu dont je n’ai pu jamais infléchir en moi le décret (inédit) Aimé Césaire, Antilles. Espoirs et déchirements de l’âme créole, Autrement, H.S. No 41, octobre 1989
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Epsilon |
Date du message : octobre 26, 2008 05:58 |
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Dommage que les poèmes qui suivent soient assez tristes et pessimistes et datent de la dernière période,celle précedant son suicide, pour faire découvrir et aimer ce poète qui pourtant a chanté son pays et la joie d'y vivre et d'aimer et d'exister , mais ça fait aussi partie de sa vie et de la réalité d'un génie méconnu...; .... - POEME D'ADIEU J. J. RABEARIVELO A l'âge de Guérin, A l'âge de Deubel, Un peu plus vieux que toi, Rimbaud anté-néant, Parce que cette vie est pour nous trop rebelle Et parce que l'abeille a tari tout pollen, Ne plus rien disputer et ne plus rien attendre, Et, couché sur le sable ou la pierre, Sous l'herbe, fixer un regard tendre Sur tout ce qui deviendra quelques jours des gerbes. 3 - J. J. RABEARIVELO "marqué à jamais par l'adversité" L'adversité a marqué à jamais le poète. En effet, pour J. J. Rabearivelo les traces profondes et indélébiles de la déception, du désespoir ont raviné sa chair après avoir traversé son "moi profond". LA NOUVELLE TOMBE "C'est ma chair pleine de soucis qui la dissimule"... FASANA FAHAROA Ny nofoko zary manahy no mandrakotra omaly sy anio. Ce poème était un cri de désespoir mais aussi un S.O.S. lancé à qui pouvait l'entendre ! Le 23 juin 1937, J. J. Rabearivelo mit fin à ses jours. Il n'avait que 36 ans ! I Corps, Ame, Esprit, lui sont usés, las... Il est las d'une vie pauvre, De pauvreté "forcée", Il est las de soupirs face à la mort de sa fille, Il est las de non reconnaissance coloniale usant des pouvoirs pour empêcher sa promotion, Il est las des humiliations, Il est las des soupirs face aux déceptions, Il est las des soupirs face à l'adversité, Il est las de l'incompréhension des compatriotes; Il est las !... II Les soupirs, les larmes, les tombes sont devenus mes compagnons ! C'est dans sa nature, disent-ils, C'est normal s'il déprime ! Ces gens-là sont habitués à côtoyer les morts, Qu'il reste à sa place ! Pourquoi vouloir "singer" les Grands ? III Ta Dignité, ta Fierté, Ton "Hasina" d'Humain Ils ne connaissent pas ! Vas-tu les laisser piétiner tes Trésors ? Faut-il les cacher pour les contenter ? Faut-il les enterrer pour être accepté ? Pour ETRE et RESTER Humain ! IV Tel le Vorombola face au chasseur géant, Tu as beau receler des Qualités, Tu es voué au silence ! Tu as beau révéler ta Culture, Ta Dignité, Ta Respectabilité d'Humain, Surtout pas ! Tu es voué à la disparition ! V As-tu vraiment cessé de déployer Les couleurs de ton riche plumage ? As-tu vraiment disparu à jamais ? Plus que jamais, Tes richesses léguées Emerveillent l'humanité ! Elle découvre tes Trésors. Contraint et forcé, Le silence n'est plus d'or ! J. J. RABEARIVELO (reprise d'un post ancien)
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Epsilon |
Date du message : octobre 29, 2008 06:41 |
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Geôle à Daniel Arty Absurde l'air de croire qu'un peu de sève coule dans la veine de l'arbre Voir clair Absurde si le geste joue à faux dans la danse des momies Pourtant le sang giclant de tes mains germera Ton cri passera l'orage mais ce n'est pas de nos cœurs desséchés par la peur que surgira l'écho Je crois fertile tout sacrifice même si nous tournons en rond quand ton dire séditieux appelle une levée de bras Nous avons gréé sur la peur Je ne chante pas dans l'orage de nos jours absurdes Lâcheté ou peur de vivre l'horreur des fauves Je savais déjà que ta voix dans la houle ignore les chemins de la moisson Ils ont fermé la ville pour torturer des ombres L'amour est interdit Car il n'est pas juste d'aimer parmi les contempteurs du rêve Déjà nous avons reçu l'ordre d'incinérer la joie Pas une goutte d'eau ne tombera sur nos feuilles Pas une main de femme sur la bière d'une liberté souillée giflée violée garrottée Profané le sein charnu de fille en sourire Médusée la ville froide portant tellement son sexe dans les yeux On viole pour l'humilier la femme interdite au défoulement du moribond Une ville castrée une ville percluse Je ne chante pas si l'homme cède à la giflée Et je suis lâche de voir clair si la semence n'est au bout du songe Je ne sais plus si tes menottes ne sont une couleuvre pour se muer en épée du réveil imminent et si le sang de ta main n'est pas le sang proche du bourreau Je n'ai même pas à battre ma coulpe de ne rien dire Et je crois à la toute-puissance du venin de ma langue Ma ville amputée sans bras pour barrer la nuit gagnante tu n'es qu'une ville qui a peur couchée dans sa bave oses-tu un soupir avec cette voix bouclée Je sais que la goutte d'eau jamais ne déborde si la vase est vide Nous avons crié dans la nuit l'écho de notre hallali en a ri à perdre haleine Mon chant n'a même pas un accent de blessure honteuse Mon chant n'endort même pas cette ville prostrée muette Mon chant n'est pas l'alléluia de notre faim capitale Mon chant n'est pas une encre qu'on efface Mon chant de dernier hoquet Mon chant qui n'est pas une faux quand l'arbre est une pierre la poignée de main d'homme un poignard Et plongés dans cette mare aux ordures de nulle couleur aux issues verrouillées nous n'avons pour pagaie que notre seule voix d'homme Notre silence n'est plus l'obstacle au lâcher du mauvais sort Notre silence de pain sec de grève d'eau Notre silence est une attente de pluie passée pour sortir nu Notre silence qui est une assurance contre le risque d'être touché du doigt Notre silence sans contrepartie de plat de lentilles Endormis commodément nous avons mouillé sur l'anse maudite à l'oubli de la grande blessure La peur aliène tout droit de crier l'absurde le grand crime Ma langue au chat quelle reptation attend un tronc d'homme qui oublie d'être debout J'attends qu'il n'y ait rien à attendre Je dis qu'il faut brûler la terre Couper chaque brin d'herbe qui nourrit les corbeaux Un mauvais sort n'arrête pas mille couteaux Nous avons laissé passer le molosse Fermez la porte hounsis atterrées Un doigt radieux pour guider les rebelles Cette ville désemparée Inchangée a perdu ses lanternes J'ai vu le jeune piquet taciturne Il ose parler Son casque rutile Laissez souffler le vent Ligoté ulcéré épiant l'heure du lancer Ses yeux distillent le feu Sa voix nue retentira Nous n'avons pas eu peur de dormir sous les clous du mépris Tous les bras cinglants... « Geôle », de René Bélance, a été publié pour la première fois dans le recueil Nul Ailleurs (Pétion-Ville: Éditions Grand-Anse, 1984), pp. 27-31. René Bélance (1915-2004) grand poète haïtien qui a longtemps chanté et défendu la révolte des opprimés de son peuple comme on peut le lire dans ce grand poème lyrique.
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Epsilon |
Date du message : octobre 29, 2008 10:53 |
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Le poème de l'île Extrait (inédit) Jean Armoce DUGÉ (…) seules les îles peuvent parler de poèmes épiques leurs contes prennent toujours la forme démesurée et la profondeur géante de la mer les poèmes des îles comment veux-tu déjà ma bien-aimée qu’ils soient toujours chants d’amour des enfants passent encore leur nuit aux tristes étoiles face à la mer à l’allure pitoyable d’une jument qui bave sous la fatigue ce qu’ils veulent aujourd’hui ce n’est pas des vers pour déformer leur rêve en frisson d’adultes ni le nom des notes tardives des vagues qui vont vers l’infini avec leur espoir ils ont besoin de tam-tam d’îlots de rires pour tromper le temps vagabond d’écoles selon le rythme de leur vie et de leur folie ce qu’ils veulent ce n’est pas le chant de l’engagé qui ne s’engage que dans les mots au profit de tous les maux ni cette île à crédit vendue morcelée dans la gargote de l’impunité des contes et de l’histoire dans la démence de l’étranglement du lutter ensemble pour l’ensemble ils désirent connaître leur culture diversifiée et harmonieuse dans la paix des villages accueillants et des villes conciliatrices de leur patrimoine éparpillé ils réclament la levée des interdictions de toutes sortes le droit de fêter ensemble le droit à chacun d’eux de crier de la république de l’Est à la république de l’Ouest j’habite une merveilleuse île (…) cette île elle a été le condiment de l’Europe mes enfants a-t-elle été une année bissextile 1492 sauf aux heures de prise de parole à la belle étoile les îles sont fatiguées de se plaindre des temps mal vécus lorsque les enfants nous auront demandé quel temps fait-il nous devrons leur répondre que c’est l’heure de nous réconcilier avec nous-mêmes les minutes de nous inspirer du temps toujours pressé pour ne plus se rappeler les vieux rancoeurs le soleil est trop seul il y a la mer à consoler les grains de sable à comptabiliser l’avenir à apprivoiser il y a les sources à recréer les rivières à ressusciter les enfants à qui demander pardon la vérité à leur apprendre les souffrances à dissiper les hommes à réconcilier les richesses à rendre utiles le bonheur à propager la paix à construire l’amour à réhabiliter la mort à mettre à pied il y a l’île et la vie à rendre belles Jean Armoce DUGÉ (Poète haïtien)
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TASSIN |
Date du message : octobre 29, 2008 15:43 |
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bordel, c'est beau merci epsilon
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Marie-elisabeth |
Date du message : octobre 31, 2008 09:44 |
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chants d'accusation. (Extraits) Au bout de ce frêle matin d'été Je veux parler au plus grand nombre Jusque dans la transe finale Avec mes yeux fixés sur l'horizon Comme de grandes sueurs pétries de séisme Avec des rèves durs aux longues insomnies Sur ma terre en mètres souples. J'appartiens au grand jour Avec ma parole fidèle J'appartiens à ma terre Avec mon chant qui résonne Par les rues silencieuses Avec le soleil porté sur ma tête. Je ne t'apporte ni le ciel Ni crépuscule Mais ma peine absolue Douleur sèche Comme un hurlement Sans issue infinie Avec mon chant qui vibre Toute notre souffrance. Je continuerai à colporter Les insomnies Le lond de mes nuits Agacées Jusqu'à l'ulcère final Alors qu'on me porte hautement Sur ma terre de granit rouge Parmi l'herbe fraîche Où paissent les vaches. Je veux la force des vents Dans la profondeur de ma terre Contre les assassins de mon peuple. J'ai cherché ton souffle Jusque dans les entrailles De ma terre vorace Portant au fond de moi L'écharde de l'exil Mon univers constellé de meurtres. Je reviendrai comme une lave bleue A l'aube parmi les récifs L'essence de ma parole dressée A la dimension de mon souffle Sûrs mes pieds calleux Par-dessus tes montagnes feutrées Avec des mains qui referont le jour. J'ai joint mes mains terreuses A l'insoumission virile De ma terre devant l'aube Et ma parole chargée de souffle Et de villages clairs debout De symboles de lucioles Et d'air parfumé de flammes A surgi de la grande nuit. Je me saignerai jusqu'à la moelle Comme un fier palmier du Sud Dans l'indifférence altière De ton égoïsme larvaire Assumer mes nuits sans sommeil A l'ombre de ton humeur. Je sortirai de la nuit lente Et avec moi l'homme Les morts sans sépulture Avec leurs profils seuls Comme des frises élancées Sur les rives du temps. Paul Dakeyo. Il est né en 1948 au Cameroun,, il devient docteur en sociologie . C'est un militant politique et un engagé poétique;;Tendresse et révolte sont le nerf de sa poésie. Une flèche brisée en son coeur, qu'il ne peut arracher, sous peine de succomber, à trop de révoltes..
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-grimalkin- |
Date du message : novembre 1, 2008 13:10 |
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A BO LI TION (extrait) ous ne sommes plus douleur ! fini de pleurer !/ notre destin est destin de monde vivant ! si la bande (les autres en question) se sent(ent) coupables/ dites-leur de venir nous joindre dans un séga : son titre est un diamant : A-BO-LI-TION ! abolition de toute malédiction abolition de toute mauvaise mémoire/ abolition de tout coup de pied aux fesses !/ abolition de toute injustice !/ hé ! bonjour L'humanité ! bonjour ! Edouard Maunick
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-grimalkin- |
Date du message : novembre 3, 2008 07:06 |
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-Tam-tam de nuit par Aimé Césaie train d'okapis facile aux pleurs la rivière aux doigts charnus fouille dans le cheveu des pierres mille lunes miroirs tournants mille morsures de diamants mille langues sans oraison fièvre entrelacs d'archet caché à la remorque des mains de pierre chatouillant l'ombre des songes plongés aux simulacres de la mer ************************************************************************************************* Le crystal automatique allo allo encore une nuit pas la peine de chercher c'est moi l'homme des cavernes il y a les cigales qui étour- dissent leur vie comme leur mort il y a aussi l'eau verte des lagunes même noyé je n'aurai jamais cette couleur- là pour penser à toi j'ai déposé tous mes mots au monts de-piété un fleuve de traineaux de baigneuses dans le courant de la journée blonde comme le pain et l'alcool de tes seins allo allo je voudrais etre à l'envers clair de la terre le bout de tes seins à la couleur et le gout de cette terre-la allo allo encore une nuit il y a la pluie et ses doigts de fossoyeur il y a la pluie qui met ses pieds dans le plat sur les toits la pluie a mangé le soleil avec des baguettes de chinois allo allo l'accroissement du cristal c'est toi...c'est toi ô absente dans le vent et baigneuse de lombric quand viendra l'aube c'est toi qui poindras tes yeux de rivière sur l'émail bougé des îles et dans ma tête c'est toi le maguey éblouissant d'un ressac d'aigles sous le banian Aimé Césaire site, "poètes d'hier, anthologie"
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-grimalkin- |
Date du message : juillet 8, 2009 11:54 |
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extrait de "Fééries des îles qui marchent L'Homme n'est jamais seul alors que je vous parle et que vous m'écoutez il fait causette avec la vie devenue sa servante Le bois le pain le feu sont à sa table et le ciel rentre libre par les fenêtres ouvertes C'est beau ce que je dis mais vous n'y croyez pas C'est dommage de ne pas voir que la terre se recrée et se fait notre alliée bien triste de savoir que vous désespérez du bonheur Moi je marche tant que je marche je sais que les roses se multiplient sur mon passage […] Je ne suis pas venu pour voir ni contempler la naissance de l'accolade ni la montée de la verdure ni l'éclatement de l'abondance Je suis venu pour aider à l'éclosion de la vie René Philoctète
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-grimalkin- |
Date du message : aout 1, 2009 04:13 |
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d'un poète malgache et aussi homme politique : Jacques Rabemananjara LA CANTATE HEROIQUE (Poème) Ile ! Aux syllabes de flamme ! Jamais ton nom ne fut plus cher à mon âme ! Jamais ton nom, Ile ne fut plus doux à mon coeur ! Ile aux syllabes de flamme, Madagascar ! Quelle résonnance ! Les mots fondent dans ma bouche : Le miel des claires saisons dans le mystère de tes sylves, Madagascar ! … Je te salue, Ile ! Des confins de mes tourments, Je t’adore. Ta beauté, Ma droite la brandit jusqu’à la hauteur des étoiles, Madagascar ! … Le sang clair bu par les tombes consacre à jamais de l’Elu la noce rouge avec la Race, Madagascar ! L’Immensité de ta légende, Le renouveau de ton renom ont pris mesure sur l’espace. Mon amour fixe l’infini Et ma foi fixe la durée, Madagascar ! Mais quels sorciers borgnes sans attendre l’appel sublime des oracles ont mouché la flamme des riches espoirs ! Qui fit du sang de la Démence, Qui fit jaillir la source noire empoisonnée pour en maculer ta gorge lustrale, Innocence ! Nous pleurerons cent ans ! Nous pleurerons mille ans ! Pleure, Madagascar, pleure ! … Maudit soit l’inique idole qui s’en vient d’un geste fou briser l’élan des jeunes pousses, l’essor des épis jaunissants ! Pleure, Madagascar, pleure ! Vides seront demain les greniers de l’Espérance ! Vides les champs jadis peuplés de pollen et de lumière ! Un haut papango crie, perçant, à la croisée des quatre brises. Nos malheurs gorgent les corbeaux et nos jeunesses les tombeaux ! Pleure, Madagascar, pleure. … Dans la caverne du silence agonisent tes fils blessés ! Pleure, Madagascar, pleure ! …/… Jacques RABEMANANJARA
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-grimalkin- |
Date du message : avril 29, 2010 03:58 |
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à relire et à redécouvrir...car hélas...on oublie...
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Summertime |
Date du message : janvier 22, 2011 12:02 |
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EN FILS CREOLE DE LA FRANCOPHONIE (à Erik Orsenna) À nous les collines du vieux marronnage à nous les anses et les mornes bleus les arbres souverains en fleur au beau mitan du cyclone ! à nous les plages au rhum noir sous le clair de lune les étoiles amies face la mer amicalement éblouissante ! à nous les veillées dansantes qui offrent à boire un dernier verre de punch à nos morts ! à nous le carnaval endiablé les combats de coqs-bataille les fêtes catholiques bien intégrées aux vaudous libertaires de la table et du lit ! à nous l'élévation au septième ciel du goût de la patate douce et du manioc des haricots noirs et du riz aux dions-dions des akras des petits pâtés à la morue du poisson et de la banane plantain coquinement sur le qui-vive au paradis des plats bien épicés ! à nous la liberté de marronner les outrages du passé : le temps fort blanc du crachat et des fers aux pieds et à l'âme et aux mains sans horizon les anges brûlants du citron et du piment-z'oiseaux sur les blessures du temps-longtemps et par le sang qui court encore plus vite que tout le malheur nègre en Somalie. Dans une histoire enfin bien à nous dans les voilures de la francophonie à perte de vie océane à nous la sensuelle jubilation du tambour quand on donne à boire à manger à jouir à sa gourmande et créole imagination ! René Depestre, poète haïtien "Rage de Vivre" oeuvres poétiques complètes , Seghers 2006
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