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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : Gherasim luca ou"tout doit être réinventé"

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : novembre 28, 2011  04:12

je sors du 'temple Gallimard" autrement dit la fameuse librairie boulevard Raspail. Et là,
après Epsilon, j'ai redécouvert Gherasim Luca avec son livre : Héros-Limite, suivi de "Le
chant de la Carpe et de Paralipomènes. Aussi un autre livre dont je vous parlerai un autre
jour. Dans la collection Poésie/Gallimard, bien sûr.


    "La mort, la mort folle, la morphologie de la méta, de la métamort, de la
métamorphose ou la vie, la vie vit, la vie-vice, la vivisection de la vie" étonne, étonne et et
et est un nom, un nombre de chaises, un nombre de 16 aubes et jets, de 16 objets
contre, contre la, contre la mort ou, pour mieux dire, pour la mort de la mort ou pour
contre, contre, contrôlez-là, oui c'est mon avis, contre la, out contre la vie sept, c'est à,
c'est à dire pour, pour une vie dans vidant, vidant, dans le vidant vide et vidé, la vie dans,
dans, pour une vie dans la vie.

extrait de "Héros-Limite"


**************************************************************************************************
extrait de "Le chant de la carpe

Allongée sur le vide
bien à plat sur la mort
idées tendue
la mort étendue au-dessus de la tête
la vie tenue de deux mains

Élever ensemble les idées
sans atteindre la verticale
et amener en même temps la vie
devant le vide bien tendu
Marquer un certain temps d'arrêt
et ramener idées et mort à leur position de départ
Ne pas détacher le vide du sol
garder idées et mort
tendues

*************************************************************************************************
extrait de Paralipomènes

Dans une des régions
les plus raffinées de l'esprit
    où je campais au pied de la lettre
    à une altitude de nul pied
    plane un petit nombre
    d'idées très particulières
    qu'il eût été dommage de ne pas saisir
    au vol de mes distractions

**********************************************************************************************
ceci pour vous donner une idée générale de cette oeuvre, dont je vous donnerai une idée
plus complète.

*Ce message a été édité le Oct 14, 2008 12:14 PM par -grimalkin-*

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : octobre 14, 2008  12:12

par Epsilon :

La brûlante morsure des mots   JEAN-JACQUES VITTONI.

Il faut parler de Ghérasim Luca dans le silence de l’écoute que nous avons de ses
lectures
publiques.Interventions maintenant sauvées sur des CD grâce à ses fidèles amis
(Bernard
Heidsieck, Julien Blaine, Arnaud Labelle-Rojoux…) ou sur les quelques vidéos
heureusement
enregistrées avant sa disparition, comme celle du récital donné dans le cadre des «
Revues
parlées », au Centre Beaubourg,ou ce « récital poétique télévisé » (FR3-Océanique),
magnifique
réalisation de Raoul Sangla, retransmis en 1988 aux alentours de 23 h 00, je crois, un 31
décembre, j’en suis sûr (quelle belle idée lamentable, quand on sait bien
l’enthousiasme qui
porte les spectateurs-auditeurs de la télévision vers la poésie et la littérature en
général…).
J’ajoute ici, tout de suite, pour information, que correspondance,documents et
manuscrits sont
conservés dans le Fonds Ghérasim Luca de la Bibliothèque Littéraire Jacques Doucet à
Paris et que
ses principaux livres sont disponibles aux éditions José Corti.L’écoute. Oui. Tous les
poètes,
même les excellents, ne sont pas bons, si j’ose dire, à entendre, à écouter et à voir lire.
Ghérasim Luca était une fantastique exception. Né en Roumanie en 1913, résidant à
Paris à compter
de 1952, il publiait peu et ne paraissait que rarement en public. Mais chacune de ses
apparitions
devenait aussitôt une rencontre déterminante pour ceux qui étaient là. J’ai eu la chance
d’y
participer lors d’une soirée du Festival de Poésie de Cogolin en 1985. Cette chance s’est
répétée
deux autres fois, ailleurs.L’articulation orale, la prononciation lente, sérieuse, chirurgicale
des mots révélaient chaque sous-entendu de l’énonciation, devenaient une
démonstration en travaux
pratiques du pouvoir primordial dela poésie et de sa charge de subversion.Il faut décrire
le
simple dispositif auquel il tenait : un étroit praticable, un haut micro sur pied. Devantce
laboratoire précaire, la présence d’un homme âgé, pas très grand, droit, solide, robuste
même,
tellement vif et dont le regard bleu traversait l’auditoire. La posture, surtout, de ce corps
lisant, cette attaque en biais du micro, la position un peu écartée des coudes, un relevé
particulier des mains retenant le livre ouvert et cet angle au sol que formaient ses pieds,
donnait à l’appareil Luca une extraordinaire stabilité,un ancrage sûr, un étonnant
équilibre. Et
la voix elle-même, bien sûr, cette voix inimitable, basse, un peu rauque, profonde,
véritable
moteur à projeter les effets de sens dans toutes les directions.

II.
Avouer à Ghérasim Luca que, chez lui, c’est cette exactitude posturale, cette perfection
physique
qui,instantanément, frappait, le remplissait d’une joie silencieuse. Oui, quelle étrange
impression que celle qui se répandait au cours d’un récital de ce maître de voix. La
chaîne
infinie des associations phonétiques et sémantiques des poèmes qui construisaient
ses programmes
plaçait l’auditeur-spectateur dans une très singulière situation de disponibilité et
d’ouverture.
Au-delà du jeu des mots qui produitla matière compacte de son travail d’écrivain, c’est
plus
encore à un exercice de jeu d’amorce de sens,de phrasé gigogne, de progression
exploratoire dans
la langue que l’on participait, car cette dynamique s’exposait là d’une manière si
puissante,
tellement mobilisatrice, que l’on n’échappait pas à l’imitation et que, d’une certaine
manière,
le niveau d’attention de notre écoute se changeait en une création d’écoute. Je le répète,
peu de
poètes peuvent proposer un tel cadeau au public.Avec lui, nous traversions une série
d’opérations
physiques sur le langage, une transgression du mot par le mot et du réel par le possible,
à
l’intérieur d’une « morphologie de la métamorphose » : « La mort, la mort folle, la
morphologie
de la méta, de la métamort, de la métamorphose ou de la vie, la vie vit, la vie-vice, la
vivisec-
tion de la vie… » Ce bref exemple de « théâtralité du texte », encore saisi par et dans le
souvenir, l’image du poète lisant ou disant derrière son livre ouvert, montre bien, à travers
ce « bégaiement » de la lecture, la liaison physique avec le livre à partir duquel jaillit la
mélodie insistante.Quelque temps avant sa disparition, nous avions, avec Liliane
Giraudon, au
lendemain d’un récital,tenté de rassembler avec Ghérasim Luca quelques points sur
lesquels nous
étions la veille en accord :le souffle, le corps, l’éphémère. Dans cet exercice audacieux,
les
mots, qui nous avaient servis pour sim-plement nous comprendre, ne fonctionnaient plus
de la même
manière. Il était très délicat en effet devouloir renouer, tant ce poète est un écrivain qui se
méfiait de tout ce qui pouvait avoir l’apparence durepris, du continué-entre-temps, qui se
tenait
à l’écart de ce qui pouvait ressembler à une approche théo-rique de l’écriture et de la
manière
qu’il avait de prononcer la sienne. Il se méfiait des enregistrements,des traces forcément
différentes qu’il laissait et voulait qu’on lui confie la bande sonore de manière
àl’ausculter
seul chez lui pour y traquer l’altération… Il se protégeait du photographique, il refusait
d’être
filmé au cours d’un récital.L’enthousiasme du public était indescriptible. A la fin d’une «
lecture de poésie », il est bien rare de voir se lever toutes les personnes présentes, sans
exception, pour applaudir debout le poète… Ghérasim Luca se contentait de sourire,
comme un peu
éberlué par ce qu’il venait de déclencher

III.

Ghérasim Luca s’est suicidé le 9 février 1994, harassé et dégoûté par « ce monde où les
poètes
n’ont plus deplace », hanté par la montée de la violence et de la xénophobie. Ce qui a
lieu à
travers le monde entier aujourd’hui nous fait bien comprendre cette révulsion.

1 Figure incontournable de la poésie française contemporaine, Liliane Giraudon est
notamment
l’auteur de La Fiancée de Makhno (P.O.L.,2004) et Les talibans n’aiment pas la fiction
(Inventaire/Invention, 2005). (NDLR.)


Le Nerf de Bœuf
est à l’origine des informations
qui ont récemment circulé
quant aux sondages effectués
par le Cerveau
auprès de certains nerfs du tronc
sur ce qui seraientleurs réactions
devant l’éventualité
d’une attaque préméditée
contre le Squelette
charpente osseuse
du corpsde l’homme et de l’animal
la mort est souvent figurée
sous l’aspect d’un squelette
Le Plexus Sacré
réseau de filets
nerveux entrelacés
et enchevêtrés
précise que
c’est le Nerf de Bœuf lui-même
ligament cervical postérieur
du bœuf et du chevaldesséché
et arrondi par l’industrie
qui a donné confidentiellement
ces informations à quelques réseaux
de filets au cours d’une soirée fluide
Le Plexus Sacré
n’ayant pas été invité
ne s’est pas considéré
tenu au secret
D’après le même Plexus
le Nerf-Férure
atteinte qu’un cheval a reçue
sur le tendon de la partie postérieure
d’une jambe de devant
serait très irrité
de cette initiative
et s’emploierait à en atténuer
les répercussions sur les Appareils
s'Il estimerait qu’une telle affaire
risque de compromettre
sa position de stricte neutralité
dans le conflit cerveau-squelette
Cela dit il semble bien que du côté osseux
on dispose d’éléments d’information *****ogues
Pour le momentla majorité
des Systèmes hésitent encore à croire
à la possibilité d’une guerre
entre la substance molle et grasse
renfermée dans l’intérieur des os
et la masse de matière nerveuse
qui occupe le crâne des vertébrés

GHÉRASIM LUCA, « Le Nerf de Bœuf », dans La Proie s’Ombre (José Cortie Editeur,
1991).A lire :Aux
éditions José Corti : Héros-Limite (1985), Le Chant de la Carpe (1986), Paralipomènes
(1986),
Théâtre de bouche (1987), La Proie s’ombre (1991), L’Inventeur de l’amour suivi de La
Mort morte
(1994), Un Loup à travers une Loupe (1998) et Le Vampire passif (2001).A lire aussi : une
excellente étude de Pierre Dhainaut dans la revue Sud n° 63 (1986) et l’essai de
Dominque Carlat,
Ghérasim Luca l’intempestif (José Corti, 1998).


Merci à Jean-Jacques Vittoni pour la reproduction de cet article!



Epsilon
France
Messages : 12000

Date du message : juin 26, 2008 19:12



Prendre corps

Je te narine je te chevelure
je te hanche
tu me hantes
je te poitrine je buste ta poitrine puis te visage
je te corsage
tu m'odeur tu me vertige
tu glisses
je te cuisse je te caresse
je te frissonne tu m'enjambes
tu m'insuportable
je t'amazone
je te gorge je te ventre
je te jupe
je te jarretelle je te bas je te Bach
oui je te Bach pour clavecin sein et flûte

je te tremblante
tu me séduis tu m'absorbes
je te disp u t e
je te risque je te grimpe
tu me frôles
je te nage
mais toi tu me tourbillonnes
tu m'effleures tu me cernes
tu me chair cuir peau et morsure
tu me slip noir
tu me ballerines rouges
et quand tu ne haut-talon pas mes sens
tu les crocodiles
tu les phoques tu les fascines
tu me couvres
je te découvre je t'invente
parfois tu te livres

tu me lèvres humides
je te délivre je te délire
tu me délires et passionnes
je t'épaule je te vertèbre je te cheville
je te cils et pupilles
et si je n'omoplate pas avant mes poumons
même à distance tu m'aisselles
je te respire
jour et nuit je te respire
je te bouche
je te palais je te dents je te griffe
je te vulve je te paupières
je te haleine je t'aine
je te sang je te cou
je te mollets je te certitude
je te joues et te veines

je te mains
je te sueur
je te langue
je te nuque
je te navigue
je t'ombre je te corps et te fantôme
je te rétine dans mon souffle
tu t'iris

je t'écris
tu me penses

Ghérasim Luca, « Paralipomènes » (La Fin du Monde)

......

La paupière philosophale
Bien au-delà du peu
la peau et l’épée
lapent
l’eau ailée
du petit pire
Toupie d’une peur idéale
épi à pas de pou
appât
ou pâle pet de pétale
La vie dupe la fille du vite
Tapis doux
où les fées filent
les feux muets
d’un rien de doute
L’effet est fête
faute hâte
écho et cause
Muer le vil métal
en pot-au-feu d’or mental
étale
un métapeu de métatout :
oeufs de tatou…
mythes dormants…
haute île en air…
Mi-métamoi mi-métamoi
le métanous nous étoile
Le mot « pied » ose
le mot « pierre » s’use
tout colle
Tout est foutu
touffu
fétu
faux
défi
défaut
fou
Peau fine
paupière finale
foetale
fatale
philosophale

Le Chant de la carpe, Héros-Limite, Gallimard





TOUT DOIT ÊTRE RÉINVENTÉ

Si en exécutant cet acte simple :
humer la chevelure de l’aimée
on ne risque pas sa vie
on n’engage pas son destin
du dernier atome de son sang
et de l’astre le plus lointain

si dans ce fragment de seconde
où l’on exécute n’importe quoi
sur le corps de l’aimée
ne se résolvent pas dans leur totalité
nos interrogations, nos inquiétudes
et nos aspirations les plus contradictoires

alors l’amour est en effet
ainsi que le disent les porcs
une opération digestive
de propagation de l’espèce

Pour moi les yeux de l’aimée
sont tout aussi graves et voilés
que n’importe quel astre
et c’est en des années-lumière
qu’on devrait mesurer les radiations
de son regard

On dirait que la relation de causalité
entre les marées
et les phases de la lune
est moins étrange
que cet échange de regards (d’éclairs)
où se donnent rendez-vous
comme dans un bain cosmique
mon destin
et celui de l’univers tout entier

Si j’avance ma main
vers le sein de l’aimée
je ne suis pas étonné
de le voir soudain
couvert de fleurs

ou que tout à coup il fasse nuit
et qu’on m’apporte une lettre cachetée
sous mille enveloppes

Dans ces régions inexplorées
que nous offrent continuellement
l’aimée

l’aimée, le miroir, le rideau
la chaise

j’efface avec volupté
l’œil qui a déjà vu
les lèvres qui ont déjà embrassé
et le cerveau qui a déjà pensé
telles des allumettes
qui ne servent qu’une seule fois

Tout doit être réinventé

Ghérasim Luca, L’Inventeur de l’amour, José Corti, 1994,


-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : octobre 15, 2008  04:46


SOUPIR-A-TRAPPES

la main invisible repose sur un lion invisible
le lion flotte dans une chambre invisible
parfaitement subitement invisible
l’air de cette chambre est un couteau invisible
insensiblement respiré par le lion essentiellement invisible
pour le couteau invisible
la main n’est qu’un face-à-main à peine visible
mais c’est lui le couteau qui est naïvement
doucement invisible
car le face-à-main n’est que la surface de la main
la surface miroitante et sensible
de l’eau d’un lac
de l’au-delà d’un lac somnolent
et absent et facile et passivement invisible
passivement invisible la main invisible
prend le couteau passivement substanciel
et l’enfonce l’enfonce l’enfonce
profondément
dans l’eau follement invisible
particulièrement invisible
de ta peau simultanément nuage
nuage sable
visible méconnaissable indivisible
invisible sable nuage sable sable
méconnaissable

Gherasim Luca (Principe d'incertitude)

Heros-Limite, Poésie /Gallimard

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : octobre 15, 2008  12:16



Ruiner les ruines m’offrait le seul
moyen de parcourir invulnérable
les ruines et seul le dynamitage
perpétuel de l’édifice en plein
effondrement pouvait m’arracher
aux dents féroces de la négation
non pas comme un estropié heureux
d’avoir sauvé sa vie mais comme
une conclusion infiniment causale
par laquelle se confirment à nouveau
la justesse d’une théorie
et la nature concrète de la révolution

En rejetant toute solution de compromis
liée à l’économie de l’effort
et à l’unilatéral instinct de conservation
en poussant jusqu’aux frontières noires
de la mort ma répulsion pour la dualité
douleur-plaisir d’où l’homme choisit
avec une traditionnelle candeur
son stupide : que c’est agréable
son immonde : c’est bon, oh que c’est bon
je me laisse dévorer par la douleur
avec la même ferveur qui me dirige
vers le plaisir inconnaissable

En accord avec mes précipités théoriques
cette chute apparente dans la douleur
soutient mon attraction constante
vers la réalité objective du plaisir
dont la seule preuve reste la surprise
objective qu’elle promet
les plaisirs courants, accessibles
alternant avec le déplaisir
et doublés du revers de la médaille
n’étant pour moi que l’expression directe
du malheur, du dimanche, de la récréation
du mariage et de tout ce qui fait
que la joie et la tristesse de ce monde
sont un unique fardeau.


Gherasim Luca, L’Inventeur de l’amour





-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : octobre 16, 2008  05:15

quart d'heure


de culture métaphysique


Angoisses écartées
la vie au dessus de la tête

Fléchir le vide en avant
en faisant une torsion à gauche
pour amener les frissons vers la mort
Revenir à la position de départ
Conserver les angoisses tendues
et rapprocher le plus possible
la vie de la mort.

*****************************************************************************

idées écartées
frissons légèrement en dehors
la vie derrière les idées

Elever les angoisses tendues
au dessus de la tête
Marquer un certain temps d'arrêt
et ramener la vie à son point de départ
Ne pas baisser les frissons
et conserver le vide très en arrière.

Gherasim Luca, Le chant de la Carpe (Poésie/Gallimard)

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : octobre 21, 2008  12:37

le texte qui suit c'est aussi du Gherasim Luca...

émerger aimer je je j’aime
émer émerger é é pas
passi passi éééé ém
éme émersion passion
passionné é je
je t’ai-je t’aime
passe passio ô passio
pssio ô ma gr
ma gr acra crachez sur les rations
ma grande ma gra ma té
ma té ma gra
ma grande ma té
ma terrible passion passionnée

Gherasim Luca

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : octobre 22, 2008  00:16

PASSIONNEMENT
(extrait : la fin du poème)

je t'ai je t'aime je
je je jet je t'ai jetez
je t'aime passionném t'aime
je t'aime je je jeu passion j'aime
passionné é é ém émer
émerger aimer je je j'aime
émer émerger é é pas
passi passi é é é é é ém
éme émersion passion passionné é je
je t'ai je t'aime je t'aime
passe passio ô passio
passio ô ma gr
ma gra cra crachez sur les rations
ma grande ma gra ma té
ma té ma gra
ma grande ma té
ma terrible passion passionnée
je t'ai je terri terrible passio je
je je t'aime
je t'aime je t'ai je
t'aime aime aime je t'aime
passionné é aime je
t'aime passionném
je t'aime
passionnément aimante je
t'aime je t'aime passionnément
je t'ai je t'aime
passionné né
je t'aime passionné
je t'aime passionnément je t'aime
je t'aime passio passionnément.

Ghérasim Luca
Le Chant de la Carpe, Ed. Le Soleil Noir 1973.

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : octobre 22, 2008  12:12


extrait nde "Un loup à travers une loupe" (éditions Corti)


    Mortuaire dans mon souple manteau couvert de peignes d'où l'on n'a pas encore retiré
les cheveux de la femme que je cherche et qui pourtant m'accompagne le long des rues
où il ne manque que les gens et les portes, l'air je l'aspire dans de grands verres en
métal dont les parois résonnent selon une partition en parchemin brûlé où la joue d'une
fillette du neuvième siècle se posa par un après-midi trop chaud.
    Somnambule, les paumes ouvertes, je pousse l'obscurité, ma seule lanterne_ : cette
femme à moitié léopard, bel arbre.
    De l'un et de l'autre côté de la route, gisent des cadavres de chiens dévorés par des
cadavres de chats dans lesquels grouillent comme dans une bouche ouverte une foule
de cadavres de papillons.
    Un seul abricotier dans la ville : moi !
    Mégalomane comme toute main à l'intérieur du gant, le poumon, par bravade, je le
porte sur la poitrine.

Gherasim Luca

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : juillet 3, 2009  01:03

S'il reste peu de choses des deux Familles que j'ai créé, au moins j'aurai apporté ici sur
Amicalien Ghérasim Luca et Paul Celan et j'en suis pas peu fier ,le reste je m'en fous lol!

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : juillet 3, 2009  03:59

et Jean-Paul de Dadelsen, ? et bien d'autres que tu nous fais redécouvrir chaque jour. Et
encore bien des découvertes nous attendent...La poésie en ce moment sur le net, ça
foisonne. Encore faut-il faire le bon choix...

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : juillet 3, 2009  04:47

Fixation

Fixation de l’homme aux cultes
Occultation de l’homme occulte

Axiome : l’homme
Thème : l’homme axiomatique
Thèse : l’extase vexée
Axe d’ascète fixe : X
X : rixe à exiger et à exercer
Sexe à explorer à l’excès
Ile exilée
Dans exister
Le sexe l’exhale
L’exsude, l’extirpe
L’expulse

Le sexe l’exalte
L’excuse l’explose
L’explose le relaxe
L’homme crée : à exécrer
A exaspérer à exécuter
Axe de l’homme : le fantôme
La femme et l’homme : l’assomment
La flamme et l’ombre : l’appât et l’assaut
L’assaut la somme
La partie sombre d’une lame
(d’eau ou de couteau)
il perd son ombre
père excité
expert du pire
existe puis expire
perplexité.

Gherasim Luca

La polygraphe,

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : juillet 4, 2009  04:01

                                             

                                                                Mais

                                                            tel un son

                                                      qui sous l'eau nage

                                                          sans repère


                                           les autres personnages font choeur

                                                       contre leur étreinte


                                                 qui est oui et non pas contre

                                             qui est un pacte d'un oui avec oui



                                                                  vacuité


                                                             ouité ouitante

                                           ouifiante ouirritante et ouificatrice



                                                             et d'un rire âcre

                                                          qui traduit chez eux

                                              la quiétude d'une chaise en acte

Ghérasim Luca
Héros-limite
Poésie/Gallumard

(voilà un court poème qui va loin...)


                                                      

Celyes
France
Messages : 549

Date du message : juillet 5, 2009  04:19

Auteur intéressant

merci Grimaldin


LES CRIS VAINS


Personne à qui pouvoir dire
que nous n'avons rien à dire
et que le rien que nous nous disons
continuellement
nous nous le disons
comme si nous ne nous disions rien
comme si personne ne nous disait
même pas nous
que nous n'avons rien à dire
personne
à qui pouvoir le dire
même pas à nous

Personne à qui pouvoir dire
que nous n'avons rien à faire
et que nous ne faisons rien à d'autre
continuellement
ce qui est une façon de dire
que nous ne faisons rien
une façon de ne rien faire
et de dire ce que nous faisons

Personne à qui pouvoir dire
que nous ne faisons rien
que nous ne faisons
que ce que nous disons
c'est-à-dire rien
                                                 Gherasim luca

                              



*Ce message a été édité le 5-Jul-2009 4:44 AM par Celyes*

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : juillet 5, 2009  04:28


Question imbécile
que le bègue pose au sourd
qui la pose
comme la clef d'un aveu
sur les lèvres aveugles
d'un vieux muet ivre et vide
qui coasse
à quoi ? à quoi ?
et qui ne fait que la coasser
la caqueter la courcailler
et la coqueriquer
à perdre haleine -et la forme--
à l'énorme oreille du vacarme
Question imbécile
à quoi ?
à quoi ?
à sa bague
De quelle rage
faute ou terreur
faut-il interroger l'imbécile ?

Gherasim Luca
La question (extrait)
Héros-Limite
Poésie/Gallimard




Epsilon
Modérateur
France

Date du message : juillet 6, 2009  07:22


La poèsie de Luca, en plus de jouer souvent sur les mots et les sons a un bond fond de sentences
et de maximes à l'ancienne qui relient ce poète à toute une poèsie quiu n'appartient qu'à lui?
Un admirateur de Luca dans ce vers tiré de Ghérasim luca par Zéano Bianu!

***

La vie de ton visage
(sur un vers de Ghérasim Luca)

la vie de ton visage
c'est la vie sans fin
la vie vive
la vie vif-argent
la vigie qui joue
la vie de tous les âges
c'est la vie si vivante
la vie de ton visage
si vigilante
la vie qui virevolte
vivace
de ton visage sans âge ni visa
vivement la vie et ses vivats
vivement l'absolu vivable
oui vivement le vivifiant
vivement la vanille de tes veines
loin de tout ce qui vivote
de tout ce qui vitrifie
vivement la vivance
de tous les grands viviers
oui
vivement cette vie sans vitrines
cette vie sans visière
cette vie sans venin ni verdict
cette vie sans verrous
que je vois sur ton visage
cette vie qui dévoile ma vraie croix
oui vivement la vie verticale
avec ses mille volutes
la vie veloutée au verso du vent
sans vatican ni va-t-en guerre
la vie en vortex
la vie en varappe
sans vaccins ni vautours
la vie en volubilis
la vie voluptuaire
la vraie la véridique
vie de ton visage
le verbe de ton visage
qui rend la vie vivable
son infinie variation
que je vénère vivant

Zéno BIANU

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