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octobre 10, 2008 11:16
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Par Tinourson post "Anthologie de la poésie québécoise"
fleur de peau si blanche si chaude et tendrenid du matin
à fleur de roseaux qui penchent la rivière et d'hirondelles rasant l'eau
à fleur de jour levé plus tôt dans les cannelles de l'aurore
à fleur de corps couvert de brassées de murmures
j'aimeje couche mes lèvres sur tes ainestu ne bouges pas plus que la paume du rêve
-------------------------------------------------------------------------------- BROCHU, André, Dans les chances de l'air, Hexagone, 1990, 168 p.
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octobre 11, 2008 03:57
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par Epsilon
par Epsilon, post" Lautréamont : poésies ou manifeste (1870) extrait :
"(...) la correction qui serait vraie ; tandis que la pièce ainsi remaniée, aurait le droit de ne plus s’intituler fausse. Le reste serait hors du vrai, avec trace de faux, par conséquent nul, et considéré, forcément, comme non avenu.
La poésie personnelle a fait son temps de jongleries relatives et de contorsions contingentes. Reprenons le fil indestructible de la poésie impersonnelle, brusquement interrompu depuis la naissance du philosophe manqué de Ferney, depuis l’avortement du grand Voltaire.
Il parait beau, sublime, sous prétexte d’humilité ou d’orgueil, de discuter les causes finales, d’en fausser les conséquences stables et connues. Détrompez-vous, parce qu’il n’y a rien de plus bête ! Renouons la chaîne régulière avec les temps passés ; la poésie est la géométrie par excellence. Depuis Racine, la poésie n’a pas progressé d’un millimètre. Elle a reculé. Grâce à qui ? aux Grandes-Têtes-Molles de notre époque. Grâce aux femmelettes, Chateaubriand, le Mohican-Mélancolique ; Sénancourt, l’Homme-en-Jupon ; Jean-Jacques Rousseau, le Socialiste- Grincheur ; Anne Radcliffe, le Spectre-Toqué ; Edgar Poë, le Mameluck-des-Rèves- d’Alcool ; Mathurin, le Compère-des-Ténèbres ; Georges Sand, l’Hermaphrodite-Circoncis ; Théophile Gautier, l’Incomparable-Epicier ; Leconte, le Captif-du-Diable ; Goethe, le Suicidé-pour-Pleurer ; Sainte- Beuve, le Suicidé-pour-Rire ; Lamartine, la Cigogne-Larmoyante ; Lermontoff, le Tigre-qui- Rugit ; Victor Hugo, le Funèbre-Échalas-Vert ; Misçkiéwicz, l’Imitateur-de-Satan ; Musset, le Gandin-Sans- Chemise-Intellectuelle ; et Byron, l’Hippopotame-des-Jungles-Infernales.
Le doute a existé de tout temps en minorité. Dans ce siècle, il est en majorité. Nous respirons la la violation du devoir par les pores. Cela ne s’est vu qu’une fois ; cela ne se reverra plus."
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octobre 12, 2008 04:04
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par Epsilon, post "Je pense à toi mon Lou"
Je pense à toi
Je pense à toi mon Lou ton cœur est ma caserne Mes sens sont tes chevaux ton souvenir est ma luzerne Le ciel est plein ce soir de sabres d'éperons Les canonniers s'en vont dans l'ombre lourds et prompts Mais près de toi je vois sans cesse ton image Ta bouche est la blessure ardente du courage Nos fanfares éclatent dans la nuit comme ta voix Quand je suis à cheval tu trottes près de moi Nos 75 sont gracieux comme ton corps Et tes cheveux sont fauves comme le feu d'un obus qui éclate au nord Je t'aime tes mains et mes souvenirs Font sonner à toute heure une heureuse fanfare Des soleils tour à tour se prennent à hennir Nous sommes les bat-flanc sur qui ruent les étoiles
Guillaume Apollinaire
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octobre 14, 2008 04:11
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Germain Colin Bucher (1475-1545) (post"poètes de la bonne chère)
Épitaphe d'un ivrogne
Ci-dessous gît, or écoutez merveilles, Le grand meurtrier et tirant de bouteilles, L'anti-Bacchus, le cruel vinicide Qui ne souffrit verre onques plein ni vide ; Je tais son nom, car il put trop au vin. Mais il avait en ce l'esprit divin Qu'en le voyant il altérait les hommes, Et haïssait lait, cerises et pommes, Figues, raisins, et tout autre fruitage, Sinon les noix, châtaignes et fromages ; Il y dolait tant fort le gobelet Qu'il ne mangeait viande que au salé, Et ne priait Dieu, les saints ni les anges, Fors pour avoir glorieuses vendanges. Par ce moyen, humains, vous pouvez croire Qu'il n'était né pour vivre, mais pour boire. Ainsi ne vient à regretter sa vie Puisqu'elle était au seul vin asservie, Mais vous ferez à Bacchus oraisons Qu'il le colloque en ces saintes maisons, Tout au plus bas de la cave au cellier, Car oncq ne fut de meilleur bouteillier.
Auteur:Germain-Colin BUCHER
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octobre 15, 2008 03:40
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Marie-elisabeth, post "Cent milliards de poèmes"
A un amant qui pleurait beaucoup .
Connaissez mieux le prix des larmes ; C'est en les ménageant que l'on sent leur douceur. A la volupté même elles prêtent des charmes ; Elles soulagent le malheur. Le malheur et l'amour, souvent c'est la mème chose ; Qu'il en soit autrement pour vous. Recueillez ce nectar si doux, Que l'amour a placé sur des lèvres de rose, Et laissez pleurez les jaloux.
Et laissez pleurer les jaloux.... Jean-François de La Harpe.
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octobre 16, 2008 04:36
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"La mort, la mort folle, la morphologie de la méta, de la métamort, de la métamorphose ou la vie, la vie vit, la vie-vice, la vivisection de la vie" étonne, étonne et et et est un nom, un nombre de chaises, un nombre de 16 aubes et jets, de 16 objets contre, contre la, contre la mort ou, pour mieux dire, pour la mort de la mort ou pour contre, contre, contrôlez-là, oui c'est mon avis, contre la, out contre la vie sept, c'est à, c'est à dire pour, pour une vie dans vidant, vidant, dans le vidant vide et vidé, la vie dans, dans, pour une vie dans la vie.
extrait de "Héros-Limite"
Gherasim Luca
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octobre 18, 2008 04:12
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par Marie-elisabeth
Figure de rève.
Séquence
La très chère aux yeux clairs apparait sous la lune, Sous la lune éphémère et mère des beaux rèves.. La lumière bleuie par les brumes cendrait D'une poussière aérienne Sous son front fleuri d'étoiles, et sa légère chevelure Flottait dans l'air derrière ses pas légers ; La chimère dormait au fond de ses prunelles. Sur la chair nue et frêle de son cou Les stellaires, sourires d'un rosaires de perles Etageaient les reflets de leurs pâles éclairs. Ses poignets Avaient des bracelets tous pareils ; et sa tête, La couronne incrustée des sept pierres mystiques Dont les flammes transpercent le coeur comme des glaives, Sous la lune éphémère et mère des beaux rèves.
Rémy de Gourmont (1858-1915 ) (Divertissements, 1914 ).
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octobre 20, 2008 03:46
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La paille dans la poutre. (post ,"pour accueillir Adrian Miatlev)
Si la poésie pour vous c’est sourire Vous épanouir et vous attendrir Devant tel pitre éminemment sympathique Qui vous exprime à merveille - Je vous dis de me laisser crever en paix.
Si telle rencontre ne doit signifier Qu’un quelconque bonheur Suivi d’une énorme sécrétion de paroles Et d’un grand flux de pensées - Je vous dis qu’il valait mieux passer votre chemin.
Et je dis que si pour vous la poésie Consiste en la seule description de vos sensations Devant une fleurette, une pierrette Ou le néant mal compris de toutes choses
Je dis que votre joie de vivre emmerde le monde Avec succès. Et que la simplicité N’est pas, ô insectes nés d’hier Ce piège qui vous encolle Jusques à la fin - je le crains.
Adrian Miatlev
(Quand le dormeur s’éveille, éd. Rencontre, 1965)
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Date du message :
octobre 21, 2008 04:57
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SI LES BATEAUX par Gilles Vigneault, envoi de Tinourson
Si les bateaux que nous avons bâtis Prennent la mer avant que je revienne Cargue ta voile, aussi la mienne Fais comme si... fais comme si Nous en étions toujours les capitaines Nous en étions toujours les capitaines
Profond comme au large de l'île Doux comme une aile d'istorlet Loin comme l'Angleterre Je t'aimerai Je t'aimerai
Si les trésors dont nous avions la clé Le plan la carte et la belle aventure N'étaient que rêve et qu'imposture Évoque-les... évoque-les Par des drapeaux de plus dans les mâtures Par des drapeaux de plus dans les mâtures
Profond comme au large de l'île Doux comme une aile d'istorlet Loin comme l'Angleterre Je t'aimerai Je t'aimerai
Si je me fais facteur ou jardinier Ne me viens plus parler de contrebande Mais si tu veux que je me pende Au grand hunier... au grand hunier Raconte-moi que tu as vu l'Irlande Raconte-moi que tu as vu l'Irlande
Profond comme au large de l'île Doux comme une aile d'istorlet Loin comme l'Angleterre Je t'aimerai Je t'aimerai
Gilles Vigneault
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Date du message :
octobre 22, 2008 00:53
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par Epsilon
J'entre dans ton amour comme dans une église...
J'entre dans ton amour comme dans une église Où flotte un voile bleu de silence et d'encens : Je ne sais si mes yeux se trompent, mais je sens Des visions de ciel où mon coeur s'angélise. Est-ce bien toi que j'aime ou bien est-ce l'amour ? Est-ce la cathédrale ou plutôt la madone ? Qu'importe ! Si mon coeur remué s'abandonne Et vibre avec la cloche au sommet de la tour ! Qu'importent les autels et qu'importent les vierges, Si je sens là, parmi la paix du soir tombé, Un peu de toi qui chante aux orgues du jubé, Quelque chose de moi qui brûle dans les cierges.
Georges Rodenbach.Vers d'amour
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Date du message :
octobre 23, 2008 03:53
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par Epsilon, post "Un seul être vous manque et tout est dépeuplé"
Vivant ne vivant plus
Vivant ne vivant plus les amants séparés ne peuvent pas dormir redisant le nom de l'amour et de la source inconsolable
Criant ne criant plus la bouche enfoncée dans la nuit ils roulent sur l'oreiller impossible du temps et c'est le temps qui les nourrit
Leurs deux noms enlacés dans la matière noire les amants séparés ne peuvent pas dormir priant que le temps passe priant et suppliant que le temps de l'amour ne passe jamais vivant ne vivant plus vivant l'inexorable.
Henry Bauchau
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Date du message :
octobre 24, 2008 03:46
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TRISTESSES (extrait)
Je la désire dans cette ombreuse lumière qui tombe avec midi sur la dormante treille, quand la poule a pondu son œuf dans la poussière. Par dessus les liens où la lessive sèche, je la verrai surgir, et sa figure claire. Elle dira : je sens des pavots dans mes yeux. Et sa chambre sera prête pour son sommeil, et elle y entrera comme fait une abeille dans la cellule nue que blanchit la chaleur.
Elle était descendue au bas de la prairie, et, comme la prairie était toute fleurie de plantes dont la tige aime à pousser dans l’eau, ces plantes inondées je les avais cueillies. Bientôt, s’étant mouillée, elle gagna le haut de cette prairie-là qui était toute fleurie. Elle riait et s’ébrouait avec la grâce dégingandée qu’ont les jeunes filles trop grandes. Elle avait le regard qu’ont les fleurs de lavande.
*
Dans le chemin toujours trempé, tant y est épais le feuillage visqueux de l’aulne amertumé, nous nous promènerons. Mais comme elle est plus grande que moi, c’est elle qui écartera les branches et elle encore qui mettra sur mon épaule sa joue et ses yeux bleus qui fixeront le sol.
Francis Jammes
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Date du message :
octobre 25, 2008 03:33
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)
Post,"Un seul être vous manque et tout est dépeuplé"
Je suis cet homme
Je suis cet homme inconsolé de t’avoir tant aimée Qui croyait être né pour être ton héros Cet homme à bout de souffle A force d’avoir couru après tes étoiles Qui croyait que la nuit se couvrait de ta peau Je suis cet homme inconsolé de t’avoir tant aimée Qui croyait que l’enfance ressemblait à tes seins Cet homme à bout de soif A force d’avoir creusé l’ambre de tes yeux Qui croyait être né pour être ton sorcier Je suis cet homme Feu de joie Feu de paille Qui croyait que les flammes chantaient l’éternité Je suis cet homme qui refusait le temps Ce rendez-vous donné au miracle du toujours Cette pierre au fond de ta rivière Sur laquelle passe l’eau comme une fête d’amour Je suis cet homme inconsolé de t’avoir tant aimée Ce muet que personne n’entend Et qui crie ton nom comme une immense prière Dans un immense désert Brûlé de rêves immenses auxquels personne ne croit Je suis cet homme perdu dans tes pensées Et qui cherche La clé Le sésame La formule magique Du conte que nous avions inventé tous les deux
Ernest Pepin
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Date du message :
octobre 26, 2008 05:02
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Je suis verticale de Sylvia Plath
Mais je voudrais être horizontale. Je ne suis pas un arbre dont les racines en terre Absorbent les minéraux et l’amour maternel Pour qu’à chaque mois de mars je brille de toutes mes feuilles Je ne suis pas non plus la beauté d’un massif Suscitant des Oh et des Ah et grimée de couleurs vives, Ignorant que bientôt je perdrai mes pétales. Comparés à moi, un arbre est immortel Et une fleur assez petite, mais plus saisissante, Et il me manque la longévité de l’un, l’audace de l’autre.
Ce soir, dans la lumière infinitésimale des étoiles, Les arbres et les fleurs ont répandus leur fraîche odeur. Je marche parmi eux, mais aucun d’eux n’y prête attention. Parfois je pense que lorsque je suis endormie Je dois leur ressembler à la perfection- Pensées devenues vagues. Ce sera plus naturel pour moi, de reposer, Alors le ciel et moi converserons à cœur ouvert, Et je serai utile quand je reposerai définitivement : Alors peut-être les arbres pourront-ils me toucher, et les fleurs m’accorder du temps
Sylvia Plath (1932-1963), poétesse et romancière américaine.
post :"N'oublie-pas que la vie aussi a un corps"
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Date du message :
octobre 27, 2008 05:32
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Extraits de l'epiphanie de l'ange . Protège-moi si je rêve la nuit si je remue la tête, si mes os se replient exilé dans je ne sais quel royaume où je retiens le monde qui s’écroule sur moi, j’attends de toi un signe, au moins un souffle dans l’ombre
Je t’entends à nouveau, quelquefois, dans les ténèbres de l’horizon lorsque la vie m’échappe, informe, aux mauvais plis des jours et que l’âme espère en vain prendre son vol
Et s’il y a du vent nous partirons comme les oiseaux sans espoir de retour nous verrons tes ailes à l’horizon
Fais-toi entendre lorsque je n’entends plus rappelle-moi chaque jour qu’il est jour et que l’on ne vit qu’une fois pour toujours . Ils rôdent comme des ombres et pourtant il y a d’autres lumières - dans l’au-delà du monde toujours présents
C’est lorsque cesse la rumeur et que s’éclaire l’univers rapportant des preuves sûres, irréfutables Oh nuit, oh rêves, qui me pousse à la dérive ? Qui me sauve de ce flot ? Accordez-moi une trêve que je puisse - un jour - au moins vous chercher
épiphanie de l’ange par Roberto Veracini
traduit de l'italien par Robert Vatel
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