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Epsilon 
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Date du message :
septembre 5, 2008 02:09
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Dans les rues de la ville, il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour : chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus qui, au juste, l'aima.
Il cherche son pareil dans le vœu des regards. L'espace qu'il parcourt est ma fidélité. Il dessine l'espoir, puis, léger, l'éconduit.
Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma liberté est son trésor ! Dans le grand méridien où s'inscrit son essor, Ma solitude se creuse.
Dans les rues de la ville, il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour : chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus qui, au juste, l'aima Et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas !
René Char
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Hommage et famine
Femme qui vous accordez avec la bouche du poète, ce torrent au limon serein, qui lui avez appris,alors qu’il n’était encore qu’une graine captive de loup anxieux, la tendresse des hauts murs polis par votre nom (hectares de Paris, entrailles de la beauté, mon feu monte sous vos robes de fugues) ,Femmes qui dormez dans le pollen de fleurs, déposez sur son orgueil votre givre de médium illimité, afin qu’il demeure jusqu’à l’heure de la bruyère d’ossements l’homme qui pour mieux vous adorer reculait indéfiniment en vous la diane de la naissance, le poing de sa douleur, l’horizon de sa victoire. (Il faisait nuit. Nous nous étions serrés sous le grand chêne de larmes. Le grillon chanta. Comment savait-il solitaire, que la terre n’allait pas mourir, que nous, les enfants sans clarté, allions bientôt parler ?)
René Char (Fureur et mystère, Poésie Gallimard)
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Epsilon 
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Date du message :
septembre 7, 2008 01:58
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Je te garde. Ta beauté est intacte et ce n'est pas insoutenable. Ça dure. C'est un tableau.
Tu brodes des ailes sur mes vêtements. Tu me dis que je serai beau. J'écoute ce que tu dis. Je te regarde. Je devine et j'obéis.
Les fenêtres sont fermées. Tu ne sors jamais. Nous restons ensemble. Je suis disposé à tout. Intact du monde et pur pour toi.
Michael Delisle
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Dame de mes pensées
Oh! toi ma belle amie, pleine de complaisance, que tu sois d'Italie, d'Angleterre ou de France. Il n'est de sculpteur grec, ou peintre de Florence. Qui avec tout son art, et son oeuvre, et sa science. Puisse offrir à mes yeux, exprimer à mon âme, ce que tu es pour moi, mon ange, ma mie, ma dame. Car tu n'existes pas, il me faut bien le dire. Je ne t'ai jamais vue, cela te fait sourire. Je te connais pourtant, et je t'ai fait la cour. Dans mes rêves la nuit, dans ma pensée le jour. Une femme parfaite, cela n'est pas possible. Car s'il en était une, elle servirait de cible. Aux Eros de tout lieu. Et ton coeur mille fois de flèches transpercé. Ne battrait plus pour moi, dame de mes pensées Je te cacherais donc, couverte d'un linceul. Tout en haut d'un donjon, comme une jouvencelle. Que son seigneur jaloux veut garder pour lui seul. De peur qu'à son retour, elle ne soit plus pucelle. Dès qu'il m'en prend l'envie, en moins d'une seconde. Je saute sur ma tour, ou tu m'attends, Joconde. Si je me sens patient, je baiserais ta main. Ou si ne le suis pas, je te prendrais de suite. Quelquefois, tu es vierge, et quelquefois *****. Ta chevelure est blonde, ou brune, ou bien châtain. Je ne veux pas de rousse, car il est bien connu. Qu'elles ont à l'ordinaire un fichu caractère. Je ne mettrais donc pas de rouge en ta crinière. Tes cheveux cette nuit, je les mettrais en tresse. Te faisant à l'image de quelque déesse. descendue de son ciel, pour aimer un humain. Chérie viens dans mes bras, il faut que je t'embrasse. Ta lèvre qui se gonfle, fait gonfler ma lèvre. Et autre chose aussi, laissons la phrase brève. De peur que quelque prude, en lisant s'embarrasse, et s'émeuve à savoir que chapon ne suit pas. Mais toi tu le sais bien, et ne t'en émeus pas. Ton sein n'est pas trop lourd, je ne veux pas te traire. Nor n'est-t-il trop petit, mi figue mi raisin. Il est juste à mon goût, fait exprès pour me plaire. Il est ferme et bien rond, a forme de ma main. La pointe en est aiguë, et comble de délice, elle laisse sur ma lèvre une saveur d'épice. Tu dois être princesse d'une île des tropiques. J'en respire sur ton ventre, les senteurs érotiques. Mais ta croupe est d'albâtre, regarde-moi coquine. Qui t'a donné permis de te teindre en rouquine. Portez-la sur la place. Liez-la au gibet. Je te ferais donner, non. JE te donnerais. Tant de coups de fouet, que lorsque ta chemise, tombera en lambeaux, comme une autre chemise. T'enlèverais la peau. Mais non, ne pleure pas, allons c'était pour rire. Chérie regarde moi, et fais-moi un sourire. Car tu n'es maintenant, qu'une petite enfant. Tu est bien fatiguée, a bien joué ton rôle. Ta tête s'alourdit au creux de mon épaule. Et je vais te border dans ton petit lit blanc.
Qui seras-tu, plus tard. Bergère ou bien catin ?. Si j'en rêve ce soir, je le dirai demain.
André Quain *** Poèmes choisis par Tinourson dans (L'anthologie de la poèsie québecoise)
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Epsilon 
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Date du message :
septembre 8, 2008 01:17
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LES FLEURS
Des avalanches d'or du vieil azur, au jour premier et de la neige éternelle des astres Jadis tu détachas les grands calices pour la terre jeune encore et vierge de désastres,
Le glaïeul fauve, avec les cygnes au col fin, et ce divin laurier des âmes exilées Vermeil comme le pur orteil du séraphin Que rougit la pudeur des aurores foulées,
L'hyacinthe, le myrte à l'adorable éclair et, pareille à la chair de la femme, la rose Cruelle, Hérodiade en fleur du jardin clair, Celle qu'un sang farouche et radieux arrose !
Et tu fis la blancheur sanglotante des lys Qui roulant sur des mers de soupirs qu'elle effleure A travers l'encens bleu des horizons pâlis Monte rêveusement vers la lune qui pleure !
Hosannah sur le cistre et dans les encensoirs, Notre Dame, hosannah du jardin de nos limbes ! Et finisse l'écho par les célestes soirs, Extase des regards, scintillement des nimbes !
Ô Mère qui créas en ton sein juste et fort, Calices balançant la future fiole, de grandes fleurs avec la balsamique Mort Pour le poète las que la vie étiole.
***
AU SEUL SOUCI DE VOYAGER.....
Au seul souci de voyager Outre une Inde splendide et trouble - Ce salut soit le messager Du temps, cap que ta poupe double
Comme sur quelque vergue bas Plongeante avec la caravelle Ecumait toujours en ébats Un oiseau d'annonce nouvelle Qui criait monotonement Sans que la barre ne varie Un inutile gisement Nuit, désespoir et pierrerie
Par son chant reflété jusqu'au Sourire du pâle Vasco.
Stéphane Mallarmé
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Epsilon 
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Date du message :
septembre 9, 2008 00:06
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LIANT DELIANT
Doutant du regard doutant de la voix doutant du passage réel de l'amour dans les bois enroués par l'hiver
Suivant le courant la voie des rivières relisant du coeur les points les accents la course légère de ses lignes bien espacées
Doutant redoutant l'arrêt du soleil des songes du temps des dons du sommeil ne redoutant plus l'air en mouvement l'écriture claire liant reliant déliant l'émoi de sa mécanique légère
....
IGNORANTE IGNORANT
Incertains du coeur Incertains de l'âme et des mouvements de l'esprit Ignorant des fruits de l'ombre Ignorante du soleil Insoucieuse insouciant dormant dans la confidence de la source de la feuille de la framboise étourdie d'une taille de fougère oublieuse oubliant le temps de songe écoutant et parfois n'écoutant plus Enfants de terre incertaine
......
OUBLIANT
Oubliant, c'est vrai, bondissant franchissant le réel de son genou léger épousant par limpidité son existence de rivière avec le signe du grand air et le soleil aventureux qui filtre clair et bienheureux dans l'abondance du feuillage.
Oubliant, c'est vrai, jaillissant de ses fontaines corporelles sautant dans l'eau courante à travers les prairies par ses délicieuses approches attirant sur un lit de roche le temps jeune, le temps naïf jusqu'au matin de l'oubli tendre.
......
LA DOGANA
Est-ce que je crois en Dieu, je ne sais je ne sais plus il faut que j'oublie et je t'invente le matin lorsque je vais le long des quais vers la Douane de la mer payer le prix qu'il faut à l'instable fortune la forme verte et noire et couturée des femmes pour voir mon vrai lion, son cours et son discours sa crinière de force à tes reins savoureux et l'aigle rouge du désir adoucie par le temps, adorée par le bleu où l'amour a son rang de plumes et de pensées.
Devant l'inépuisable beauté des eaux et la rose de la tour l'automne fait sonner la cloche des brouillards il est temps d'acquitter les droits de l'amour jeune tout le prix d'amour fier affrontant les années. Avec la grâce en son péril, il faut patience il faut le peuple de la main pour ouvrir cette ville ou cette vie profonde produire un vrai lion qui marche sur la mer et dans l'espace des amants mène la barque noire et rebroussée du temps.
HENRY BAUCHAU.LES POEMES Ces textes sont extraits du recueil: Poésie 1950-1984
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Epsilon 
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Date du message :
septembre 10, 2008 00:49
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J'aimerais lire
J'aimerais lire un des poèmes qui m'a amené à la poésie Je ne me souviens d'aucun vers ni où le chercher
La même chose s'est passée avec l'argent les filles et les longues soirées de parlote
Où sont les poèmes qui m'ont détourné de tout ce que j'aimais
pour rester ici nu en espérant te trouver
*** Les poèmes ne nous aiment plus
Les poèmes ne nous aiment plus ils ne veulent plus qu'on les aime ils ne veulent plus être des poèmes Ne nous appellent plus, ils disent Nous ne pouvons plus vous aider
On ne pêche plus dans la rivière Généreuse Laissez-nous Nous devenons quelque chose d'autre
Ils sont revenus dans le monde pour être ceux qui travaillent avec la totalité de leur corps qui n'ont aucun projet pour le monde Ils ne furent jamais comiques
Je vis près d'une rivière à Miami dans des conditions que je ne peux décrire Je les vois parfois à demi pourris à demi nés entourant un muscle comme une manche relevée allongés dans leur gelée pour faire l'amour avec une dent de scie
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J'ai deviné le profil de tes seins
J'ai deviné le profil de tes seins à travers ton costume d'Hallowe'en je savais que tu tombais amoureuse de moi parce qu'aucun autre homme ne pouvait deviner les progrès de ta poitrine en imagination Ce fut une rupture de ta modestie peu commune pour moi et moi seul par laquelle tu imposas à ma faim informe le profil incomparable et définitif de tes seins comme deux profonds coquillages fossiles qui restèrent toute la nuit et sans doute pour toujours
Léonard Cohen.L'énergie des esclaves (1966)
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Marie-elisabeth 
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Date du message :
septembre 10, 2008 09:46
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Automne.
Abritant son épaule nue D'une toison d'or fauve et clair. Effeuillant des roses dans l'air, L'arc au poing, l'Automne est venue, Abritant son épaule nue.
Chasseresse, à travers les bois, Elles abat les frondaisons vertes, Qui tombent les ailes ouvertes Le long des branches aux abois, Chasseresse à travers les bois.
Dans mon coeur, forêt solitaire, L'Automne, un à un, le perçant De ses traits que rougit mon sang, Jette mes rèves sur la terre, Dans mon coeur, forêt solitaire.
Armand Silvestre ( 7 septembre 1892 ) Rueil. (Les Aurores lointaines, 1892-1895 )
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Epsilon 
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Date du message :
septembre 11, 2008 01:11
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LES RYTHMES
Rythme des robes fascinantes, Qui vont traînantes, Balayant les parfums au vent, Ou qu'au-dessus des jupes blanches Un pas savant Balance et gonfle autour des hanches ! Arbres bercés d'un souffle frais Dans les forêts, Où, ruisselant des palmes lisses, Tombent des pleurs cristallisés Dans les calices Roses encor de longs baisers ! Soupir des mers impérissable, Qui sur le sable, Dans l'écume et dans les flots bleus Pousses l'amas des coquillages ; Flux onduleux Des lourdes lames vers les plages !
Air plaintif d'instruments en choeur Qui prends le coeur, Et, traversant la symphonie, Viens ou pars, sonore ou noyé Dans l'harmonie, Et renais sourd ou déployé ! Hivers, printemps, étés, automnes, Jours monotones, Souvenirs toujours rajeunis ; Mêmes rêves à tire d'ailes, Loin de leurs nids Tourmentés de douleurs fidèles ! Vous m'emplissez de désirs fous, Je bois en vous La soif ardente des mirages, Reflets d'un monde harmonieux ! Et vos images Se mêlent toutes en mes yeux : Rythme lent des robes flottantes, Forêts chantantes, Houles des mers, lointaines voix, Airs obsédants des symphonies, Jours d'autrefois, Ô vous, extases infinies !
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IMPERIA
À mon ami A. Maingard.
Sur le divan, pareille à la noire panthère Qui se caresse aux feux du soleil tropical, Dans un fauve rayon enveloppant le bal, Elle emplit de parfums le boudoir solitaire. Elle rêve affaissée au milieu des coussins ; Et sa narine s'enfle, et se gonflent ses seins Au rythme langoureux de la valse lointaine. Les rires étouffés, les longs chuchotements Qui voltigent là-bas à l'entour des amants, Rehaussent le dédain de sa lèvre hautaine. Paisible, dans la nuit où se plonge son cœur, Sphinx cruel, elle attend son Oedipe vainqueur. Elle hait les aveux et les fades paroles, Les serments, les soupirs connus, les soins d'amour. Reine muette, elle a pour ces flatteurs d'un jour Le mépris sans pitié des superbes idoles. Dardant ses larges cils sous un front olympien, Elle cherche un regard qui devine le sien.
Car elle saura lire au fond de ce silence Chargé des mêmes mots qui dorment dans ses yeux, Et confondra sa flamme aux feux mystérieux Qui sauront pénétrer sa sinistre indolence. Sans répondre, elle écoute aux aguets, sous son fard, Les vulgaires don juan au manège bavard. Dans les plis fastueux du velours elle ondule ; Et son soulier lascif agaçant le désir Mêle avec le refus ou l'offre du plaisir La pourpre de la honte au sourire crédule. Aux profondes senteurs qui baignent tout son corps, Elle enivre les sots asservis sans efforts ; Et de ses noirs cheveux, de sa gorge animée, De ses jupons parfois savamment découverts, Sortent les espoirs fous les mécomptes pervers De l'alcôve entrevue aussitôt refermée. Telle, exerçant sa force, au cœur des imprudents Elle aiguise à ces jeux ses ongles et ses dents. Mais quand elle verra d'une encoignure sombre Se prolonger l'éclair de l'ardeur qui lui plaît, Et, dès le premier choc, tressaillir le reflet D'une âme tout entière émergeant vers son ombre, Ses paupières longtemps se lèveront vers lui ; Et lorsqu'en l'autre jet l'épouvante aura lui, Sans rien dire, gardant le secret de sa joie, Se repaissant déjà de sa férocité, Souple, la fascinant de sa tranquillité, Calme, à pas lents, alors elle ira vers sa proie.
LEON DIERX
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Marie-elisabeth 
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Date du message :
septembre 11, 2008 04:38
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L'hymne à la tendresse..
Ce soir je t'aime trop pour te parler d'amour...
L'abat-jour.
Tu demandes pourquoi je reste sans rien dire ? C'est que voici le grand moment, l'heure des yeux et du sourire, le soir, et que ce soir je t'aime infiniment ! Serre-moi contre toi. J'ai besoin de caresses. Si tu savais tout ce qui monte en moi, ce soir, d'ambition, d'orgueil, de désir, de tendresse, et de bonté !... Mais non, tu ne peux pas savoir !... Baisse un peu l'abat-jour, veux-tu ? Nous serons mieux. C'est dans l'ombre que les coeurs causent, et l'on voit beaucoup mieux les yeux quand on voit un peu moins les choses. Ce soir je t'aime trop pour te parler d'amour. Serre-moi contre ta poitrine! Je voudrais que ce soit mon tour d'être celui que l'on câline... Baisse encore un peu l'abat-jour. Là. Ne parlons plus. Soyons sages. Et ne bougeons pas. C'est si bon tes mains tièdes sur mon visage!... Mais qu'est-ce encor ? Que nous veut-on ? Ah! c'est le café qu'on apporte ! Eh bien, posez ça là, voyons ! Faites vite!... Et fermez la porte ! Qu'est-ce que je te disais donc ? Nous prenons ce café... maintenant ? Tu préfères ? C'est vrai : toi, tu l'aimes très chaud. Veux-tu que je te serve? Attends! Laisse-moi faire. Il est fort, aujourd'hui. Du sucre? Un seul morceau? C'est assez? Veux-tu que je goûte? Là! Voici votre tasse, amour... Mais qu'il fait sombre. On n'y voit goutte. Lève donc un peu l'abat-jour.
Paul Geraldy ("Toi et Moi") 1885.
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Marie-elisabeth 
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Date du message :
septembre 11, 2008 04:46
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Toi et moi Chérie, explique-moi pourquoi tu dis : « mon piano, mes roses », et : « tes livres, ton chien » ... pourquoi je t'entends déclarer parfois: « c'est avec mon argent à moi que je veux acheter ces choses. »
Ce qui m'appartient t'appartient ! Pourquoi ces mots qui nous opposent: le tien, le mien, le mien, le tien? Si tu m'aimais tout à fait bien, tu dirais : « les livres, le chien » et : « nos roses ».
Paul Géraldy
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Marie-elisabeth 
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Date du message :
septembre 11, 2008 06:55
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Tendresse toujours....
Rêvé pour l'hiver. L'hiver, nous irons dans un petit wagon rose Avec des coussins bleus. Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose Dans chaque coin moelleux.
Tu fermeras l'oeil, pour ne point voir, par la glace, Grimacer les ombres des soirs, Ces monstruosités hargneuses, populace De démons noirs et de loups noirs.
Puis tu te sentiras la joue égratignée... Un petit baiser, comme une folle araignée, Te courra par le cou...
Et tu me diras : " Cherche ! " en inclinant la tête, - Et nous prendrons du temps à trouver cette bête - Qui voyage beaucoup...
Arthur Rimbaud.
Arthur Rimbaud
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Marie-elisabeth 
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Date du message :
septembre 11, 2008 07:02
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la tendresse de Paul Eluard...
La Courbe de tes yeux. La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur, Un rond de danse et de douceur, Auréole du temps, berceau nocturne et sûr, Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu. Feuilles de jour et mousse de rosée, Roseaux du vent, sourires parfumés, Ailes couvrant le monde de lumière, Bateaux chargés du ciel et de la mer, Chasseurs des bruits et sources des couleurs, Parfums éclos d'une couvée d'aurores Qui gît toujours sur la paille des astres, Comme le jour dépend de l'innocence Le monde entier dépend de tes yeux purs Et tout mon sang coule dans leurs regards
Paul Eluard.
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Epsilon 
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Date du message :
septembre 12, 2008 00:14
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Cuisine Lyrique
La Lune, la jaune omelette, Battue avec de grands oeufs d’or, Au fond de l’azur noir s’endort, Et dans les vitres se reflète.
Pierrot, dans sa blanche toilette, Guigne, sur le toit, près du bord, La lune, la jaune omelette, Battue avec de grands oeufs d’or.
Ridé comme une pomme blette, Le Pierrot agite très fort Un poêlon, et, d’un brusque effort, Croit lancer au ciel qui paillette La Lune, la jaune omelette.
***
Arlequinade
Arlequin porte un arc-en-ciel De rouges et vertes soieries, Et semble, dans l’or des féeries, Un serpent artificiel.
Ayant pour but essentiel Le mensonge et les fourberies, Arlequin porte un arc-en-ciel De rouges et vertes soieries.
A Cassandre jaune de fiel Il dénombre ses seigneuries En Espagne, et ses armoiries: Car sur fond d’azur et de miel, Arlequin porte un arc-en-ciel.
***
Pierrot Polaire
Un miroitant glaçon polaire, De froide lumière aiguisé, Arrête Pierrot épuisé Qui sent couler bas sa galère.
Il fixe d’un oeil qui s’éclaire Son sauveteur improvisé: Un miroitant glaçon polaire, De froide lumière aiguisé.
Et le mime patibulaire Croit voir un Pierrot déguisé, Et d’un blanc geste éternisé Interpelle dans la nuit claire Un miroitant glaçon polaire.
***
A Colombine
Les fleurs pâles du clair de Lune, Comme des roses de clarté, Fleurissent dans les nuits d’été: Si je pouvais en cueillir une!
Pour soulager mon infortune, Je cherche, le long du Léthé, Ies fleurs pâles du clair de Lune> Comme des roses de clarté.
Et j’apaiserai ma rancune, Si j’obtiens du ciel irrité La chimérique volupté D’effeuiller sur ta toison brune Les fleurs pâles du clair de Lune!
ALBERT GIRAUD. PIERROT LUNAIRE
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Epsilon 
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Date du message :
septembre 12, 2008 23:12
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Dans une rose Au cœur mouillé S’est éveillé Le matin rose,
Le vert matin Qui fait tapage, Effronté page, Tout en satin.
Quelle jonchée De roses d’or Sous l’aube encor Un peu fâchée.
Le bois riant Est dans la brume ; Tout le ciel fume A l’Orient,
Et l’alouette Vient de chanter ; J’entends monter Sa voix fluette.
Volez autour Des marguerites, O mes petites Chansons d’amour ;
Parmi la mousse, Au long des blés, Allez, allez Trouver ma douce,
Et murmurez A son oreille : « Mignonne, éveille Tes yeux dorés,
« Tes yeux, ta bouche, Brin de lilas, Ton cœur, hélas ! Toujours farouche.
« Oh ! montre-toi, La beauté même ! Celui qui t’aime Est en émoi.
« Lève-toi, reine Du monde heureux ; Ton amoureux Est dans la peine.
« Il ne veut rien Que ton sourire ; Il ne sait dire Qu’un nom, le tien.
« Que ta voix tendre S’élève au loin, Il n’a besoin Que de l’entendre.
« Il t’aime, et vois, Pleine de grâce, L’aurore passe Entre tes doigts. »
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C’est l’heure chantante. La terre a souri ; Un frisson d’attente Passe au bois fleuri.
Pervenche, anémone, Égayez les prés ; Voici la mignonne Aux sourcils dorés.
Joli vent, caresse La pointe des houx ; Voici la maîtresse Qu’on sert à genoux.
Buvez la rosée, Lys et liseron ; Voici l’épousée, La couronne au front.
GABRIEL VICAIRE.QUELQUES CHANSONS
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Epsilon 
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Date du message :
septembre 13, 2008 12:03
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L’Eterna Volutta
Nulle des choses les plus douces, Ni le parfum des fleurs décomposées, Ni de la musique en pleine mer, Ni de l’évanouissement bref De la chute des escarpolettes [Les yeux fermés, les jambes bien tendues), Ni une main tiède et caressante dans mes cheveux M’emplissant le crâne de mille petits démons Semblables à des pensées musicales ; Ni la caresse froides des orgues Dans le dos, à l’église ; Ni le chocolat même, Soit en tablettes fondantes, Fraîches d’abord puis brûlantes, Grasses commes des moines, Tendres comme le Nord ! Soit limpide et fumant (Hausse vers moi ton baiser lourd, colorada ! Laissant du feu parfumé après lui Et une moiteur délicate sur tout mon corps...) Ni le fumet d’amandes de certains fards ; Ni la vue des choses à travers des vitres rouges, Ou mauves ou vertes Comme chez Daniéli, à venise, au fumoir : Ni la sensation précieuse de la peur, Ni le parfum des laques, ni Les cris matinaux des coqs en pleine ville — Nul des plus beaux spectacles : Ni la Méditerranée Avec son odeur à elle, âcre et bleue, Avec son froissement et son battement Si caressants et courts Sur les flancs des navires. — (Oh ! nuits sur le pont, quand pas malade, avec l’officier de quart ! Et toi, vigie, ange gardien de l’équipage Combien ai-je passé de nuits, silencieux, À tes pieds, voyant les étoiles dans tes yeux, Tandis que Boréas nous soufflait au visage.) Avec ses îles, Innombrables, diverses, Les unes blanches avec le gris-vert des oliviers, Les autres dorées, où l’on aperçoit des villages ; D’autres : de longues choses bleues qui se cachent ; Avec ses détroits pleins de musique, Bonifacio semblable aux portes de la mort, Messine avec le Faro, Scylla étincelant Dans la nuit, Les Lipari avec de rares lumières (une, haute et rouge et coulante) ; Et tout le jour Toute cette mer Pareille à un grand jardin fleuri...
Non, aucune de ces choses, Aucun de ces spectacles, Ne saurait me distraire De la volupté éternelle de la douleur ! Vous voyez en moi un homme Que le sentiment de l’injustice sociale Et de la misère du monde A rendu complètement fou ! Ah ! je suis amoureux du mal ! Je voudrais l’étreindre et m’identifier à lui ; Je voudrais le porter dans mes bras comme le berger porte L’agneau nouveau-né encore gluant... Donnez-moi la vue de toutes les souffrances, Donnez-moi le spectacle de la beauté outragée, De toutes les actions honteuses et de toutes les pensées viles (Je veux moi-même créer plus de douleur encore ; Je veux souffler la haine comme un bûcher). Je veux baiser le mépris à pleines lèvres ; Allez dire à la Honte que je meurs d’amour pour elle ; Je veux me plonger dans l’infamie Comme dans un lit très doux ; Je veux faire tout ce qui est justement défendu ; Je veux être abreuvé de dérision et de ridicule ; Je veux être le plus ignoble des hommes. Que le vice m’appartienne, Que la dépravation soit mon domaine ! Il faut que je venge tous ceux qui souffrent (Et le bonheur n’est pas non plus dans l’innocence) ; Je veux aller plus loin que tous Dans l’ignominie et la réprobation, Je veux souffrir avec tout le monde, Plus que tout le monde ! Ne fermez pas la porte ! Il faut que j’aille me vendre à n’importe quel prix ; Il faut que je me prostitue corps et âme ; J’ai si faim de mépris ! J’ai si soif d’abjection ! Et tant d’autres en sont repus ; tant d’autres : Les Pauvres ! Hélas, je suis trop riche ; le Mal M’est à jamais interdit quoi que je fasse : Je suis un Riche, naturellement bon et vertueux ; Si j’étais plus riche encore, peut-être Je pourrais acheter la Honte, Et la douleur et la bassesse toute nue du monde ? Mais que du moins j’entende, Monter toujours Le cri de la douleur du Monde. Que mon cœur s’en remplisse ineffablement ; Que je l’entende encore de mon tombeau, Et que la grimace de mon visage mort Dise ma joie de l’entendre !
VALERY LARBAUD
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Epsilon 
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Date du message :
septembre 15, 2008 01:26
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… La place de l’homme en ce monde ? La platitude, qui se surpasse, se meurt et se survit. Distingue autour de cette charrue… Es-tu capable de discerner l’homme du bœuf ? Le coolie aussi est un homme et le rongé de vermine sous le porche de l’église (Quel blasphème au visage du sacré mutilé sur la croix) Et le braconnier, que les gardes-chasses traquent et le forçat qui crache sa rancune et qui se crève — en râlant cent mille jurons. Arpente la terre… Sectionne à la section dorée… Acromégalie luxuriante ! Crève de faim ! Des brasiers formidables — Marmites colossales aux feux ! Odeurs de résines — aromates délicieux — Rondes d’allégresse… Clameurs de la fastueuse paresse…
… Caprice clinquant ? Sophiste servile de nuances. Le luxe a servantes, serviteurs — qui servent ses caprices.
Ciel et terre, dieu, la bête et le porcher. ont un caveau à la cave du luxe — capsules et étiquettes.
… Sénilité ? Parthénogénèse ! Abstracteur de moisissures. Ton utilité est stylisation poignante, simplification à outrance, synthèse sertissante.
Les frontières abolies — la notion de race se rouille — (les porte-flambeaux, déjà, se sont éteints) — Les peuples s’entrepénètrent, se confondent. L’inutilité se consume — L’utilité flambe. Les apparences, roussies, tombent en poussière. Les réalités se cristallisent. Une est la vérité, qui, incarnée se fera homme.
… Nirvâna ? Mystère ? Le monde est simple, où l’homme s’enivre, à sa propre image. Mais l’humanité est plus servile que la pierre… Et, philosophe indolent, tes carrosses de promesses harmoniques… O ! le luxe imprévu de la fainéantise ! La grève générale sur une grève ensoleillée !
… La parole est à l’acte ? Raffiné rêtheur loquace. Que d’abord la parole soit à la parole. Il faut plus qu’une saison aux sensations à mûrir.
… Là-bas c’est la forêt — l’armée paisible écoutant la parole du vent.
… Oui, Ta renommée te défend de faire abandon de l’idéal du ventre. Sublime utilitaire — Et si je te promets la célébrité — fut-ce même dix décades après tes funérailles.
… Idéaliste utilitaire.
… Eunuques, automates ? Châtreur de sagesse. Grand maître ès arts de cuisine… tu assaisonnes parfaitement les bonnes choses au ventre.
......
Clément Pansaers.Extrait de L'éloge de la paresse.(Voir post plus bas)
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