|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
janvier 24, 2010 23:31
|
Dompteuse
Elle vint dans Ninive énorme, où sont les fous Qui veillent dans les lits et dorment sur les tables, Et le théâtre est cendre où, les soirs ineffables, Elle noyait sa tête aux crins des lions doux.
Fixant sur eux des yeux charmeurs comme en des fables, Elle allait, éteignant leurs cris dans ses genoux, Calme, et trouvant l'odeur des palmes et des sables Au souffle de leur gueule errant sur ses seins roux.
Ses cheveux fiers, sa main doucement suspendue, Ses robes dans leur fleur ne l'ont point défendue. Un jour la griffe immense et tranquille la prit.
La foule ayant fui blême, un parfum pour des âmes Sembla mêler, le long des promenoirs à femmes, Le sang de la Dompteuse aux roses de la Nuit.
Germain NOUVEAU (1851-1920) (Recueil : Autres vers )
***
En forêt
Dans la forêt étrange, c'est la nuit ; C'est comme un noir silence qui bruit ;
Dans la forêt, ici blanche et là brune, En pleurs de lait filtre le clair de lune.
Un vent d'été, qui souffle on ne sait d'où, Erre en rêvant comme une âme de fou ;
Et, sous des yeux d'étoile épanouie, La forêt chante avec un bruit de pluie.
Parfois il vient des gémissements doux Des lointains bleus pleins d'oiseaux et de loups ;
Il vient aussi des senteurs de repaires ; C'est l'heure froide où dorment les vipères,
L'heure où l'amour s'épeure au fond du nid, Où s'élabore en secret l'aconit ;
Où l'être qui garde une chère offense, Se sentant seul et loin des hommes, pense.
- Pourtant la lune est bonne dans le ciel, Qui verse, avec un sourire de miel,
Son âme calme et ses pâleurs amies Au troupeau roux des roches endormies.
Germain Nouveau Recueil, (Premiers poèmes ).
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
janvier 26, 2010 23:24
|
Un livreur de bière noyé fut hissé sur la table Quelqu'un lui avait coincé entre les dents un aster couleur de lilas chair et d'ombre. Lorsque parti de la poitrine et sous la peau j'excisai le palais et la langue avec un long couteau je dus l'avoir heurté car il glissa sur le cerveau posé à côté. Je l'enfouis dans la cage thoracique parmi la laine de bois quand on se mit à recoudre. Bois dans ton vase jusqu'à plus soif! Repose doucement petit aster!
Gottfried Benn ; Poèmes ; nrf (1912)
****
Synthèse (1917)
Silencieuse nuit. Maison silencieuse. Je suis des plus calmes étoiles, Je porte ma propre lumière Jusqu’au bout de ma propre nuit.
Des cavernes, des cieux, de la boue, Du bétail je suis rentré dans mon cerveau. Et ce qui s’accorde encore à la femme Est une sombre et douce onanie.
Je masse le monde. Je râle le rapt. Et la nuit je roule nu dans la joie: La force de la mort, la puanteur des cendres Ne me rejettent pas, Ich-Begriff, dans le monde.
Gottfried Benn
Gottfried Benn (Mansfeld, Prusse, 1886 - Berlin, 1956). L'un des plus grands poètes de l'expressionnisme allemand. Médecin pendant la Première Guerre mondiale, il ouvre un cabinet à Berlin en 1918, spécialisé dans les maladies vénériennes. Au moment où tant d’autres se dressèrent contre le régime nazi, il choisit « la manière aristocratique d’émigrer » en se faisant affecter au service armé, et cesse de publier. Après la Seconde Guerre, il exerce à nouveau comme médecin à Berlin et, à partir de 1948, il recommence la publication de ses poèmes.
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
janvier 28, 2010 22:16
|
La Feuille de peuplier
Il tremblait tant, le vent le poussait au large Il tremblait tant, comment pouvait-il ne pas céder au vent ? bien au-delà la mer bien au-delà une île au soleil et main saisissant les rames le dernier coup de pagaie en vue du port yeux fatigués se fermant comme anémones de mer ll tremblait tellement Je l'ai tellement cherché dans l'ombre des eucalyptus du printemps à l'automne nu dans les bois clos cherchant mon Dieu.
George Séféris.
Voir fleurir les amandiers.
Encore un peu Et nous verrons les amandiers fleurir Les marbres briller au soleil La mer, les vagues qui déferlent.
Encore un peu Elevons-nous un peu plus haut.
Georges Séféris "Mythologie"
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
janvier 31, 2010 02:39
|
LE RAMASSEUR D'OMBRES
Il avait surgi de la gorge et gravissait, encore ruisselant, les marches du soleil.
Le paysan, penché sur ses gorets, se sentit surpris et baissa la tête.
Ses pas creusaient des pores sur la peau de la neige.
Au loin, le village dominé par ses allées de mains se voila, s'obscurcit et se tut.
Les rayons se prenaient au filet de ses cheveux d'arbres et la croupe de la campagne portait la boule mourante.
C'est alors qu'il fit en crissant les derniers trous qui le séparaient du point le plus élevé.
Ensuite il estompa l'horizon qui lui faisait front et creusa témérairement un nouveau silence encore plus obscur,
dont les fermes se détachaient avec leurs versants fumants de neige molle.
Il attendait, avec les petits rongeurs dont il croisait les traces, que tout s'éteignït,
sauf les réverbères des routes.
D'ailleurs, la ville s'était déjà couchée au bord de sa ramasseuse de poussière scintillante.
Dans l'échancrure du couchant, un coin d'oeil rougissait, veiné des filaments d'un mélèze,
Il ferma une à une les fines paupières du soir et s'enfonça immobile dans la gorge rauque de la nuit.
Raymond Tschumi ("Lucarne illuminée, poésie complète 1950-2000", Editions L'Âge d'Homme)
|
|
-grimalkin- 
Modérateur
France 
|
Date du message :
février 8, 2010 05:13
|
message : février 6, 2010 09:23
Avec Lecoin
Voilà que les poissons grimpent aux arbres, à présent ? Voilà que les oiseaux se cachent sous la terre ? Voilà que la tortue se gourre et va crever loin de la mer ? Dites, ça ne vous fait pas chier, ce monde-à-chien ? Tout le monde fout le camp : Marilyn Monroe dans la mort, le puma dans les marais salants, le capitaine Nemo dans Vénus. Nous, on reste. Avec Lecoin. Crosse en l’air. Comme les fougères. Parce que, ce monde-là, c’est le seul, et qu’on y tient. Même si Marilyn pue de la bouche au réveil, Même si l’on peut manger des cailles en gémissant sur un pigeon blessé, Même s’il y a de la balle dum-dum dans le référendum. Ce sale vieux con de monde bien-aimé, on le sauvera malgré lui, vous verrez ! On remettra les poissons dans l’eau, les oiseaux dans les arbres, la tortue dans le bon sens… Enfin, j’y crois.
Jean Rousselot.
(édité par Marie-Elisabeth)
-grimalkin- Modérateur France
Date du message : février 8, 2010 09:39
Une nuit
Une étoile est entrée dans le ciel si brillante que la peau m'en brûla, qu'elle emporta le reste et quand je dus l'éteindre avant de disparaître à l'obscurité, seule demeurée là mon coeur battant criait derrière mes lèvres closes
je ne sais pas si mes mains sur mes yeux seront assez grandes pour retrouver un monde
je ne sais pas où casser les miroirs coupables d'abriter la horde de mes fantômes
je ne sais comment arrêter le flot des voix sans parole que ce silence renferme derrière mes lèvres closes
mon coeur battant criait et l'infini des heures la promptitude de siècles l'éclair d'un instant
derrière mes lèvres closes les étoiles mouraient
derrière mes lèvres closes derrière mes lèvres closes.
Sandrine Rotil-Tiefenbach née en 1971 (édité par doublesix)
|
|
-grimalkin- 
Modérateur
France 
|
Date du message :
février 10, 2010 03:35
|
un rêve dans un rêve
Reçois ce baiser sur le front! Et, puisque que c'est l'heure de te quitter Alors c'est bien haut que j'avoue Tu n'as pas tort, toi qui juges Que mes jours ont été un rêve; Et si l'Espoir s'est enfui Pendant la nuit ou pendant le jour Dans une vision ou dans aucune, Pour autant s'en est-il moins allé? TOUT ce que nous voyons ou paraissons N'est qu'un rêve dans un rêve.
Je me tiens au coeur rugissant D'une grève que les brisants tourmentent, Et je tiens dans la main Des grains du sable d'or Bien peu! et encore comme ils se défilent A travers mes doigts vers l'abîme Pendant que je pleure_pendant que je pleure! O Dieu! Que ne les puis-je étreindre D'une poigne plus ferme? O Dieu! Que n'en puis-je sauver UN de la houle sans pitié? TOUT ce que nous voyons ou paraissons n'est-il Qu'un rêve dans un rêve?
Edgar Allan Poe
Traduit par: Gilles de Sèze
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
février 13, 2010 01:11
|
d'après Chagall : "La création de l'homme"
Nadia Tuéni.
Je t'aime haut comme un sanctuaire et les portes se ferment vieil écrin pour mieux te découvrir ciboire en main à genoux tu n'es pas une terre marron tout simplement tu n'es pas un courrier des nuits que l'on invente un poinçon de soleil sur les fleurs très usées vieil écrin je sais t'appartenir...
Nadia Tuéni
-------------------------------------------------------------------------------------------------- ----------------- cette auteur à la double appartenance culturelle considérait la poésie, non seulement comme l'expression la plus haute du langage, mais surtout comme le seul lien spirituel où il fut possible d'exister.. Sa poésie sur les sentiments amoureux sont denses, et d'expression forte... -------------------------------------------------------------------------------------------------- ---------------
Je publierai tes yeux sur un matin d'automne.
je publierai tes yeux sur un matin d'automne jusqu'à ce que la folie s'ensuive et je dirai l'amour trahit la mort. Si la nuit me trompe au lieu de régner je vouerai la terre à l'invasion dees mots. Il est des chaos ordonnées de sang et de n'importe quoi tandis que la peur devient simple; et je ferai d'un geste un souvenir De savoir la monstrueuse naissance d'une fleur rend l'avenir prédit.
Je publierai tes yeux sur plusieurs vies.
Nadia Tuéni "Oeuvres poétiques complètes"
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
février 15, 2010 23:24
|
Abdellatif Laâbi, né à Fès au Maroc, en 1942.. un de ces poèmes que l'on savoure, tranquille..en ces temps où les sentiments amoureux, ne sont plus de saison.. 1 Variation amoureuses.
je t'écoute et recueille les mots sur tes lèvres Pourtant ce sont tes yeux qui parlent posément distribuant les rôles Aus paupières : les voyelles aux narines : les consonnes aux dents éclatantes : les liaisons Au fond la langue qui me sert à écrire c'est à ton école privée que je l'ai apprise. 2 Dans les fruits du corps tout est bon la peau le jus la chair Même les noyaux sont délicieux.
Abdellatif Laâbi "Les Fruits du corps" 
Restons dans l'amour et aussi au Maroc avec cet autre poète marocain moins connu!
DOUCEUR SAUVAGE
Le baiser a un seul sens c’est quand l’homme veut manger son amante la porter à sa bouche l’avaler morceau après morceau se pourlécher de ses délices les plus enfouies
la mâcher se délecter de sa fraîcheur se régaler de ses épices cuisantes de ses tendres fibres
C’est quand il se réjouit de sa faim et de la manne qui descend à l’instant de la voracité et de la férule de l’appétit Il veut la dévorer avec la violence d’un loup féroce devant la ténacité d’une impossible proie Il veut mordre à son souffle Comme à une pomme volée l’ingurgiter sans délicatesse comme l’assoiffé qui n’a cure de la douceur de l’eau la tuer la faire fondre jusqu’à la réduire à un fil d’argent qu’il enroulera autour de son cœur pour en écouter les sons ténus chaque fois qu’il veut en embrasser une autre
Le baiser a un seul sens c’est quand l’amante veut manger son compagnon veut et veut jusqu’à la fin du poème
Mohammed Achaari Abellatif Lâabi "La poésie marocaine depuis l'indépendance"
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
février 17, 2010 23:50
|
Dame première.
Son regard l'avait égaré L'ombre ne savait où le prendre C'est son pas qui l'a retrouvé.
La plus fidèle est pour l'attendre C'est loin de tout qu'on est le mieux.
La plus belle a voulu le voir Si pâle que le jour la cache Ce qu'on voit est l'oeuvre du noir.
La plus jolie est dans la cendre Où les pas enfoncent les pas
La plus aimée est pour le prendre Avec ce mot qu'il n'entend pas.
Joë Bousquet "Le Sème-chemins"
***
Paysage de mon amour
Paysage de mon amour Tout entier dans ce village Dont je défais journellement Les liens de chanvre et de fumée
Tuiles baignées de tourterelles Qui chantez sous la main du soir Ecailles des saisons nouvelles Plaques tournantes de l'espoir
Prairies des peintres du dimanche Passerelles des bois dormants Ô bêtes qui remuez les hanches Dans un long rêve de froment
Et toi rivière sous les saules Blanche fenêtre caressée Par une truite et mon épaule Et tous les jours qui sont passés
Je crois en vous en toutes choses Qui par souci de vérité Parlent pour moi trouvent réponse Dans la raison de mon silence.
René-Guy Cadou. "Hélène ou le Règne végétal". Merci Marie-Elisabeth!
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
février 20, 2010 23:48
|
Invisible
A Louis Leprince-Ringuet
Tant que je vois la peau je ne vois pas la chair , Encor moins le noyau qui me cache l' amande , Elle même soumise au germe où ne commande Qu' un maître rien , obéissant à qui le sert .
Ce mystère , il peut même annuler mon regard : Tant d' ultra sur les fleurs où l' abeille est à l' oeuvre , Tant d' infra pour aider les chasses de couleuvre , Tant d' onde modulant le vol d' un oreillard !
Que dire d' un voyant réduit aux environs , Aveugle aux transparants , colin-maillard aux denses ! Je bats des cils à la poussière des microns . Je me fais crever l' oeil aux flèches des distances .
C' est pourquoi je suis l' homme au jeu désespéré Qui de vingt sens nouveaux s' invente la prothèse Et , pour voir sans savoir , en langage chiffré Se repeint le réel que ses rétines taisent .
C' est pourquoi je pousuis de l' immense à l' infime Cette force sans forme et ce pouvoir sans lieu : L' Energie éperdue , en cent flux unanime , A qui j' avais donné le petit nom de Dieu .
"A la poursuite d'Iris" Poèmes de Jean Hervé BAZIN Recueil comprenant 17 lithographies originales réalisées par Giacomo de Pass , sur les presses "Voirin " de l' Imprimerie Nationale à Paris , accompagnant les poèmes d 'Hervé Bazin Voir absolument les magnifiques lithographies en tapant "A la poursuite d'Iris" Poèmes de Jean Hervé BAZIN sur google!
***
Pie
Il etait noir , Elle était blanche : L' amour chantait malgré la loi Sur la portée de leurs cinq doigts .
Mais une blanche Vaut deux noires Pour qui connaît bien la musique L' histoire et la métaphysique .
A mort le noir ! A mort la blanche ! Du goudron pour qu' on la tartine ! Lui , roulez-le dans la farine ...
Elle devint noire , Il devint blanc Et ils trouvèrent que c' était mieux Tandis qu' on les jetait au feu .
Il était noir , Elle était blanche ... Que voulez-vous que je vous dise ! Il n' en resta que cendre grise .
Il était noir , Elle était blanche ... Pourquoi voulaient-ils , elle et lui , Mélanger le jour et la nuit !
Hervé Bazin.Poème chanté par Mouloudji, sur une musique de Georges Van-Parys
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
février 22, 2010 23:23
|
"Espoir"
Après un jour de pluie, un jour de pluie. La séquence logique du temps se manifeste dans le gris du ciel ; toutefois, le soleil se laisse deviner derrière les nuages, et l'homme espère que le beau temps vienne après la pluie et que le soleil dissipe la grisaille des nuages.
Le temps, ainsi, nous donne l'image de ce que nous sommes en droit d’espérer, et nous aide à éprouver, en ces jours pluvieux, notre froid sentiment de l’hiver : comme si le soleil et la pluie ne faisaient pas partie de ce monde naturel, que nous regardons comme s'il était un miroir de l'âme.
Mais les nuages se moquent bien de tout cela ; ils recouvrent lentement, à mesure que la journée avance, tout espoir d'été. Seuls les oiseaux, battant leurs ailes contre le ciel, nous disent qu'après le temps, d'autres temps viendront, par-delà nous-mêmes.
Et la joie brève de leur vol est un rayon de soleil en ce jour de pluie.
Nuno Judice
Traduit du portugais par Michel Chandeigne Poème publié dans l'anthologie Une salve d'avenir. L'espoir, anthologie poétique, parue chez Gallimard en Mars 2004
****
INSOMNIE
Tard, très tard, je veille les yeux fermés je vais dans ma nuit, je vais, je rame entouré de formes invisibles douces ou terribles, que je tiens comme un enchanteur mille démons et parfois je fais surgir de l'ombre un visage, un feu ou une fleur nés pour un instant, nés pour mourir, car j'ai toujours mon fidèle abîme où replongeront toutes figures. La fleur tourne au vent, me dit adieu, un pâle rayon sur sa corolle,-- et le précipice l'engloutit.
Jean Tardieu .Margeries .Poésie/Gallimard
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
février 24, 2010 23:26
|
L'ODEUR DE TA PUDEUR
La pudeur du soir que traverse l'oiseau repu, l'enjeu sur l'eau délivrant la main scellée qui bat, coulent, saphirs.
Fulgurante et noire, nasse?
Bleu rauque, l'épaisseur du trait lancé dans le dos, le bas sauvage où souffrent les pudeurs.
Fausse biche, l'air gratte le front, fers ensablés.
Ton sang expira-t-il des sueurs mandchoues?
Chiens, strix, mordus de terre au pied des persicaires, fleurs du dégoût.
La folie courte froisse l'oeil, entre deux soies, fournaise des pudeurs.
Guy Cabanel, extrait du recueil "Odeurs d'amours", chez Eric Losfeld
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
février 27, 2010 00:01
|
La Tentation du Requiem
Seigneur ! guidez le souffle court Qui vous cherche dans la prairie… Vous, l’agneau frêle, et vous l’Amour Soyez ma force en ce séjour Où l’on tremble de non-retour Lourd d’une terreur infinie.
Les visages baignés de pleurs Seigneur ! les laissons-nous sur terre Pour que, vidés de leur douleur Ils soient les pommiers pleins de fleurs Gorgés de sève, de couleurs Qui célèbrent Votre Mystère ?
Les êtres, Seigneur Tout Puissant Sont le tourbillon de Vos côtes Ils s’affirment en franchissant La frontière de Votre flanc Où la lance a fouillé le sang Avant l’aube des Pentecôtes
Race des bourreaux suppliciés Nous voici rendus face aux flammes Dont, Seigneur ! vous nous garderez En nous prenant dans vos filets Comme s’y prend le doux gibier De notre mort et de nos âmes.
Pitié, Seigneur ! aussi pour Vous Qui nous cherchez dans la ténèbre Que la route, en son dernier bout Pure et droite, parmi les houx Dorée de lune en son décours Survolée de l’Ange aux trompettes Soit celle qui mène à la fête Eternelle de votre Amour.
le dernier poème (inédit) de Luc Bérimont (novembre 1983) Merci à ESPRITS NOMADES!
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
février 28, 2010 23:15
|
JUSSIEU
Cèdres...séjour hanté par ce qui fut l'enfance Une rose parfois traversait la maison Et des voix nous guidaient fortes vers ce dédale Où les cendres du ciel tournoyaient sous nos doigts
Labyrinthe nouant des rêves d'ammonite Entre des cris de paons et des bêlées de chèvres J'entends encor le pas du marguillier d'automne Et les grilles du soir qui tournent sur leurs gonds
Le même écho drainait d'inconcevables berges Quand s'amplifiait la nuit au feu de l'alambic Jardin clos, caducées de l'armoire aux poisons
Longs couloirs qu'aveuglait la blancheur ,des grands fonds Vais-je vous retrouver, terres, lointains présages Châteaux blancs, noirs châteaux, ô durable limon ?
Camille Bourniquel. Poèmes /Editions du Fallois.
******
HORIZON MARIN
Je te revois grande étendue de silence et de sable oulée de conques fraîches enfermant son message dans une ultime péroraison
Je te revois vaste étendue que la lumière aplanit, miroir où l'image se perd dans des soulèvements d'algues someilleuses pavanes
Je te revois comme la première fois où je t'ai vue d'un ponton échassier enfoncé dans la vase déçu comme si mon regard m'emportait vers quelque chose que je ne pourrais atteindre pouvait ne pas exister
Camille Bourniquel. Poèmes /Editions du Fallois.
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
mars 2, 2010 23:01
|
FALAISE
Sur le sentier de gorge, tu surplombes la mer En bas, dans le roulis, apparait ton jumeau de la nuit pointue. Lui-même aux dents de sel. Il te crie : viens !
Alors il faut le suivre, paumes offertes. Et comme le fauve dans son cercle sauter dans le miroir de toi.
Mordre la falaise te donnera-il des ailes ?
MANGEUSE FALAISE 2
le vent fredonne la marée et va tambourinant au cirque des odeurs.
La falaise se lape les pieds, les hauits querelleurs se purgent de saintes algues.
Obtuse et sourde aux rognures, on croirait que la falaise s'est éteinte, pullulant d'une même nuit.
Que ne va-t-elle ruser pour le suicide des oiseaux ? elle mangera son homme par les yeux !
RUMEUR FALAISE (3)
Elle n'a pas peur de tomber, elle dit à la falaise : sois sage !
Fille jusqu'au bout des ongles et toujours son blanc Jésus lui revient avec les mouettes, leurs becs comme des lames criaient la rumeur : tes seins se souviendront de la morsure de la craie
Jean-Pierre Cannet .Mordre la falaise /Edition la passe du vent
_________ _____________________________________________________________
|
|
Page 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16
Messages suivants >
Dernier message
|