Amicalien - Pour créer des liens et des amitiés

Présentement sur Amicalien
Les membres en ligne : 134
Les nouveaux membres : 10
Anniversaires aujourd'hui : 35

Connexion des membres

  Se souvenir de moi sur cet ordinateur


Cjrs Radio, la radio des boomers


Le forum des familles Amicaliennes



  Famille : Révèlations poètiques.


Ce sujet fait partie de la famille Révèlations poètiques.. Cette famille est semi-privée. Vous pouvez lire le contenu de cette famille mais vous devez vous y inscrire pour échanger.



Auteur

Sujet : Les poèmes de notre page d'accueil

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : janvier 24, 2010  23:31


Dompteuse

Elle vint dans Ninive énorme, où sont les fous
Qui veillent dans les lits et dorment sur les tables,
Et le théâtre est cendre où, les soirs ineffables,
Elle noyait sa tête aux crins des lions doux.

Fixant sur eux des yeux charmeurs comme en des fables,
Elle allait, éteignant leurs cris dans ses genoux,
Calme, et trouvant l'odeur des palmes et des sables
Au souffle de leur gueule errant sur ses seins roux.

Ses cheveux fiers, sa main doucement suspendue,
Ses robes dans leur fleur ne l'ont point défendue.
Un jour la griffe immense et tranquille la prit.

La foule ayant fui blême, un parfum pour des âmes
Sembla mêler, le long des promenoirs à femmes,
Le sang de la Dompteuse aux roses de la Nuit.

Germain NOUVEAU (1851-1920) (Recueil : Autres vers )

   ***

En forêt

Dans la forêt étrange, c'est la nuit ;
C'est comme un noir silence qui bruit ;

Dans la forêt, ici blanche et là brune,
En pleurs de lait filtre le clair de lune.

Un vent d'été, qui souffle on ne sait d'où,
Erre en rêvant comme une âme de fou ;

Et, sous des yeux d'étoile épanouie,
La forêt chante avec un bruit de pluie.

Parfois il vient des gémissements doux
Des lointains bleus pleins d'oiseaux et de loups ;

Il vient aussi des senteurs de repaires ;
C'est l'heure froide où dorment les vipères,

L'heure où l'amour s'épeure au fond du nid,
Où s'élabore en secret l'aconit ;

Où l'être qui garde une chère offense,
Se sentant seul et loin des hommes, pense.

- Pourtant la lune est bonne dans le ciel,
Qui verse, avec un sourire de miel,

Son âme calme et ses pâleurs amies
Au troupeau roux des roches endormies.

Germain Nouveau Recueil, (Premiers poèmes ).

            

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : janvier 26, 2010  23:24


Un livreur de bière noyé fut hissé sur la table
Quelqu'un lui avait coincé entre les dents
un aster couleur de lilas chair et d'ombre.
Lorsque parti de la poitrine
et sous la peau
j'excisai le palais et la langue
avec un long couteau
je dus l'avoir heurté car il glissa
sur le cerveau posé à côté.
Je l'enfouis dans la cage thoracique
parmi la laine de bois
quand on se mit à recoudre.
Bois dans ton vase jusqu'à plus soif!
Repose doucement
petit aster!

Gottfried Benn ; Poèmes ; nrf (1912)

    ****

Synthèse (1917)

Silencieuse nuit. Maison silencieuse.
Je suis des plus calmes étoiles,
Je porte ma propre lumière
Jusqu’au bout de ma propre nuit.

Des cavernes, des cieux, de la boue,
Du bétail je suis rentré dans mon cerveau.
Et ce qui s’accorde encore à la femme
Est une sombre et douce onanie.

Je masse le monde. Je râle le rapt.
Et la nuit je roule nu dans la joie:
La force de la mort, la puanteur des cendres
Ne me rejettent pas, Ich-Begriff, dans le monde.

Gottfried Benn


Gottfried Benn (Mansfeld, Prusse, 1886 - Berlin, 1956). L'un des plus grands poètes de
l'expressionnisme allemand. Médecin pendant la Première Guerre mondiale, il ouvre un cabinet à
Berlin en 1918, spécialisé dans les maladies vénériennes. Au moment où tant d’autres se
dressèrent contre le régime nazi, il choisit « la manière aristocratique d’émigrer » en se
faisant affecter au service armé, et cesse de publier. Après la Seconde Guerre, il exerce à
nouveau comme médecin à Berlin et, à partir de 1948, il recommence la publication de ses poèmes.

            

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : janvier 28, 2010  22:16


La Feuille de peuplier

Il tremblait tant, le vent le poussait au large
Il tremblait tant, comment pouvait-il ne pas céder au vent ?
bien au-delà
la mer
bien au-delà
une île au soleil
et main saisissant les rames
le dernier coup de pagaie en vue du port
yeux fatigués se fermant
comme anémones de mer
ll tremblait tellement
Je l'ai tellement cherché
dans l'ombre des eucalyptus
du printemps à l'automne
nu dans les bois clos
cherchant mon Dieu.

George Séféris.

Voir fleurir les amandiers.

Encore un peu
Et nous verrons les amandiers fleurir
Les marbres briller au soleil
La mer, les vagues qui déferlent.

Encore un peu
Elevons-nous un peu plus haut.

Georges Séféris "Mythologie"

            


Epsilon
Admin famille
France

Date du message : janvier 31, 2010  02:39


LE RAMASSEUR D'OMBRES

Il avait surgi de la gorge
et gravissait, encore ruisselant,
les marches du soleil.

Le paysan, penché sur ses gorets,
se sentit surpris
et baissa la tête.

Ses pas creusaient des pores
sur la peau de la neige.

Au loin, le village dominé
par ses allées de mains
se voila, s'obscurcit et se tut.

Les rayons se prenaient au filet
de ses cheveux d'arbres
et la croupe de la campagne
portait la boule mourante.

C'est alors qu'il fit en crissant
les derniers trous qui le séparaient
du point le plus élevé.

Ensuite il estompa l'horizon
qui lui faisait front
et creusa témérairement
un nouveau silence
encore plus obscur,

dont les fermes se détachaient
avec leurs versants fumants
de neige molle.

Il attendait, avec les petits rongeurs
dont il croisait les traces,
que tout s'éteignït,

sauf les réverbères des routes.

D'ailleurs, la ville s'était déjà couchée
au bord de sa ramasseuse
de poussière scintillante.

Dans l'échancrure du couchant,
un coin d'oeil rougissait,
veiné des filaments d'un mélèze,

Il ferma une à une les fines paupières
du soir et s'enfonça immobile
dans la gorge rauque de la nuit.

Raymond Tschumi ("Lucarne illuminée, poésie complète 1950-2000", Editions L'Âge d'Homme)

-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : février 8, 2010  05:13

message : février 6, 2010 09:23




Avec Lecoin

Voilà que les poissons grimpent aux arbres, à présent ?
Voilà que les oiseaux se cachent sous la terre ?
Voilà que la tortue se gourre et va crever loin de la mer ?
Dites, ça ne vous fait pas chier, ce monde-à-chien ?
Tout le monde fout le camp : Marilyn Monroe dans la mort, le puma dans les marais
salants, le capitaine Nemo dans Vénus.
Nous, on reste. Avec Lecoin. Crosse en l’air. Comme les fougères.
Parce que, ce monde-là, c’est le seul, et qu’on y tient.
Même si Marilyn pue de la bouche au réveil,
Même si l’on peut manger des cailles en gémissant sur un pigeon blessé,
Même s’il y a de la balle dum-dum dans le référendum.
Ce sale vieux con de monde bien-aimé, on le sauvera malgré lui, vous verrez !
On remettra les poissons dans l’eau, les oiseaux dans les arbres, la tortue dans le bon
sens…
Enfin, j’y crois.

Jean Rousselot.

(édité par Marie-Elisabeth)



-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : février 8, 2010 09:39





Une nuit

Une étoile est
entrée dans le ciel si
brillante que la peau m'en brûla, qu'elle
emporta le reste et
quand je dus l'éteindre avant de
disparaître
à l'obscurité,
seule demeurée là
mon coeur battant criait
derrière mes lèvres closes

je ne sais pas si
mes mains sur mes yeux
seront assez grandes pour
retrouver un monde

je ne sais pas où
casser les miroirs
coupables d'abriter
la horde de mes fantômes

je ne sais comment
arrêter le flot
des voix sans parole que
ce silence renferme
derrière mes lèvres closes

mon coeur battant criait
et l'infini des heures
la promptitude de siècles
l'éclair d'un instant

derrière mes lèvres closes
les étoiles mouraient

derrière mes lèvres closes
derrière mes lèvres closes.

Sandrine Rotil-Tiefenbach
née en 1971
(édité par doublesix)






-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : février 10, 2010  03:35


un rêve dans un rêve

Reçois ce baiser sur le front!
Et, puisque que c'est l'heure de te quitter
Alors c'est bien haut que j'avoue
Tu n'as pas tort, toi qui juges
Que mes jours ont été un rêve;
Et si l'Espoir s'est enfui
Pendant la nuit ou pendant le jour
Dans une vision ou dans aucune,
Pour autant s'en est-il moins allé?
TOUT ce que nous voyons ou paraissons
N'est qu'un rêve dans un rêve.


Je me tiens au coeur rugissant
D'une grève que les brisants tourmentent,
Et je tiens dans la main
Des grains du sable d'or
Bien peu! et encore comme ils se défilent
A travers mes doigts vers l'abîme
Pendant que je pleure_pendant que je pleure!
O Dieu! Que ne les puis-je étreindre
D'une poigne plus ferme?
O Dieu! Que n'en puis-je sauver
UN de la houle sans pitié?
TOUT ce que nous voyons ou paraissons n'est-il
Qu'un rêve dans un rêve?

Edgar Allan Poe

Traduit par: Gilles de Sèze

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : février 13, 2010  01:11

d'après Chagall : "La création de l'homme"



            

Nadia Tuéni.

Je t'aime haut comme un sanctuaire
et les portes se ferment vieil écrin
pour mieux te découvrir
ciboire en main
à genoux tu n'es pas une terre marron
tout simplement
tu n'es pas un courrier des nuits que l'on invente
un poinçon de soleil sur les fleurs très usées
vieil écrin
je sais t'appartenir...

Nadia Tuéni

--------------------------------------------------------------------------------------------------
-----------------
cette auteur à la double appartenance culturelle considérait la poésie, non seulement
comme l'expression la plus haute du langage, mais surtout comme le seul lien spirituel
où il fut possible d'exister..
Sa poésie sur les sentiments amoureux sont denses, et d'expression forte...
--------------------------------------------------------------------------------------------------
---------------

Je publierai tes yeux sur un matin d'automne.

je publierai tes yeux sur un matin d'automne
jusqu'à ce que la folie s'ensuive
et je dirai l'amour trahit la mort.
Si la nuit me trompe au lieu de régner
je vouerai la terre à l'invasion dees mots.
Il est des chaos ordonnées
de sang et de n'importe quoi
tandis que la peur devient simple;
et je ferai d'un geste un souvenir
De savoir la monstrueuse naissance d'une fleur
rend l'avenir prédit.

Je publierai tes yeux sur plusieurs vies.

Nadia Tuéni "Oeuvres poétiques complètes"

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : février 15, 2010  23:24

Abdellatif Laâbi, né à Fès au Maroc, en 1942..
un de ces poèmes que l'on savoure, tranquille..en ces temps où les sentiments
amoureux, ne sont plus de saison..
    1
Variation amoureuses.

je t'écoute
et recueille les mots
sur tes lèvres
Pourtant
ce sont tes yeux qui parlent
posément
distribuant les rôles
Aus paupières : les voyelles
aux narines : les consonnes
aux dents éclatantes : les liaisons
Au fond
la langue qui me sert à écrire
c'est à ton école
privée
que je l'ai apprise.
    2
Dans les fruits du corps
tout est bon
la peau
le jus
la chair
Même les noyaux
sont délicieux.

Abdellatif Laâbi "Les Fruits du corps"



Restons dans l'amour et aussi au Maroc avec cet autre poète marocain moins connu!

DOUCEUR SAUVAGE

Le baiser a un seul sens
c’est quand l’homme veut manger son amante
la porter à sa bouche
l’avaler morceau après morceau
se pourlécher de ses délices les plus enfouies

la mâcher
se délecter de sa fraîcheur
se régaler de ses épices cuisantes
de ses tendres fibres

C’est quand il se réjouit de sa faim
et de la manne qui descend
à l’instant de la voracité
et de la férule de l’appétit
Il veut la dévorer
avec la violence d’un loup féroce
devant la ténacité d’une impossible proie
Il veut mordre à son souffle
Comme à une pomme volée
l’ingurgiter sans délicatesse
comme l’assoiffé qui n’a cure
de la douceur de l’eau
la tuer
la faire fondre
jusqu’à la réduire à un fil d’argent
qu’il enroulera autour de son cœur
pour en écouter les sons ténus
chaque fois qu’il veut en embrasser une autre

Le baiser a un seul sens
c’est quand l’amante veut manger son compagnon
veut
et veut
jusqu’à la fin du poème

Mohammed Achaari
Abellatif Lâabi "La poésie marocaine depuis l'indépendance"

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : février 17, 2010  23:50


Dame première.

Son regard l'avait égaré
L'ombre ne savait où le prendre
C'est son pas qui l'a retrouvé.

La plus fidèle est pour l'attendre
C'est loin de tout qu'on est le mieux.

La plus belle a voulu le voir
Si pâle que le jour la cache
Ce qu'on voit est l'oeuvre du noir.

La plus jolie est dans la cendre
Où les pas enfoncent les pas

La plus aimée est pour le prendre
Avec ce mot qu'il n'entend pas.

Joë Bousquet "Le Sème-chemins"

             ***

Paysage de mon amour

Paysage de mon amour
Tout entier dans ce village
Dont je défais journellement
Les liens de chanvre et de fumée

Tuiles baignées de tourterelles
Qui chantez sous la main du soir
Ecailles des saisons nouvelles
Plaques tournantes de l'espoir

Prairies des peintres du dimanche
Passerelles des bois dormants
Ô bêtes qui remuez les hanches
Dans un long rêve de froment

Et toi rivière sous les saules
Blanche fenêtre caressée
Par une truite et mon épaule
Et tous les jours qui sont passés

Je crois en vous en toutes choses
Qui par souci de vérité
Parlent pour moi trouvent réponse
Dans la raison de mon silence.

René-Guy Cadou. "Hélène ou le Règne végétal". Merci Marie-Elisabeth!

         



Epsilon
Admin famille
France

Date du message : février 20, 2010  23:48


Invisible

A Louis Leprince-Ringuet

Tant que je vois la peau je ne vois pas la chair ,
Encor moins le noyau qui me cache l' amande ,
Elle même soumise au germe où ne commande
Qu' un maître rien , obéissant à qui le sert .

Ce mystère , il peut même annuler mon regard :
Tant d' ultra sur les fleurs où l' abeille est à l' oeuvre ,
Tant d' infra pour aider les chasses de couleuvre ,
Tant d' onde modulant le vol d' un oreillard !

Que dire d' un voyant réduit aux environs ,
Aveugle aux transparants , colin-maillard aux denses !
Je bats des cils à la poussière des microns .
Je me fais crever l' oeil aux flèches des distances .

C' est pourquoi je suis l' homme au jeu désespéré
Qui de vingt sens nouveaux s' invente la prothèse
Et , pour voir sans savoir , en langage chiffré
Se repeint le réel que ses rétines taisent .

C' est pourquoi je pousuis de l' immense à l' infime
Cette force sans forme et ce pouvoir sans lieu :
L' Energie éperdue , en cent flux unanime ,
A qui j' avais donné le petit nom de Dieu .

"A la poursuite d'Iris" Poèmes de Jean Hervé BAZIN
Recueil comprenant 17 lithographies originales réalisées par Giacomo de Pass , sur les
presses "Voirin " de l' Imprimerie Nationale à Paris , accompagnant les poèmes d 'Hervé Bazin
Voir absolument les magnifiques lithographies en tapant "A la poursuite d'Iris" Poèmes de Jean
Hervé BAZIN sur google!

    ***

Pie

Il etait noir ,
Elle était blanche :
L' amour chantait malgré la loi
Sur la portée de leurs cinq doigts .

Mais une blanche
Vaut deux noires
Pour qui connaît bien la musique
L' histoire et la métaphysique .

A mort le noir !
A mort la blanche !
Du goudron pour qu' on la tartine !
Lui , roulez-le dans la farine ...

Elle devint noire ,
Il devint blanc
Et ils trouvèrent que c' était mieux
Tandis qu' on les jetait au feu .

Il était noir ,
Elle était blanche ...
Que voulez-vous que je vous dise !
Il n' en resta que cendre grise .

Il était noir ,
Elle était blanche ...
Pourquoi voulaient-ils , elle et lui ,
Mélanger le jour et la nuit !

Hervé Bazin.Poème chanté par Mouloudji, sur une musique de Georges Van-Parys

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : février 22, 2010  23:23


"Espoir"

Après un jour de pluie, un jour
de pluie. La séquence logique du temps
se manifeste dans le gris du ciel ; toutefois,
le soleil se laisse deviner derrière
les nuages, et l'homme espère
que le beau temps vienne après la pluie et que
le soleil dissipe la grisaille des nuages.

Le temps, ainsi, nous donne l'image
de ce que nous sommes en droit d’espérer, et nous aide
à éprouver, en ces jours pluvieux, notre froid
sentiment de l’hiver : comme si le soleil
et la pluie ne faisaient pas partie
de ce monde naturel, que nous regardons
comme s'il était un miroir de l'âme.

Mais les nuages se moquent bien
de tout cela ; ils recouvrent lentement, à mesure
que la journée avance, tout espoir
d'été. Seuls les oiseaux, battant
leurs ailes contre le ciel, nous disent
qu'après le temps, d'autres temps
viendront, par-delà nous-mêmes.

Et la joie brève de leur vol
est un rayon de soleil en ce jour de pluie.

Nuno Judice

Traduit du portugais par Michel Chandeigne
Poème publié dans l'anthologie Une salve d'avenir. L'espoir, anthologie poétique, parue
chez Gallimard en Mars 2004

    ****

INSOMNIE

Tard, très tard, je veille les yeux fermés
je vais dans ma nuit, je vais, je rame
entouré de formes invisibles
douces ou terribles, que je tiens
comme un enchanteur mille démons
et parfois je fais surgir de l'ombre
un visage, un feu ou une fleur
nés pour un instant, nés pour mourir,
car j'ai toujours mon fidèle abîme
où replongeront toutes figures.
La fleur tourne au vent, me dit adieu,
un pâle rayon sur sa corolle,--
et le précipice l'engloutit.

Jean Tardieu .Margeries .Poésie/Gallimard

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : février 24, 2010  23:26




L'ODEUR DE TA PUDEUR

La pudeur du soir que traverse
l'oiseau repu,
l'enjeu sur l'eau
délivrant la main scellée qui bat,
coulent, saphirs.

Fulgurante et noire,
nasse?

Bleu rauque,
l'épaisseur du trait
lancé dans le dos,
le bas sauvage
où souffrent les pudeurs.

Fausse biche,
l'air gratte le front,
fers ensablés.

Ton sang expira-t-il
des sueurs mandchoues?

Chiens,
strix,
mordus de terre
au pied des persicaires,
fleurs du dégoût.

La folie courte
froisse l'oeil,
entre deux soies,
fournaise des pudeurs.

Guy Cabanel, extrait du recueil "Odeurs d'amours", chez Eric Losfeld

   


Epsilon
Admin famille
France

Date du message : février 27, 2010  00:01


La Tentation du Requiem

Seigneur ! guidez le souffle court
Qui vous cherche dans la prairie…
Vous, l’agneau frêle, et vous l’Amour
Soyez ma force en ce séjour
Où l’on tremble de non-retour
Lourd d’une terreur infinie.

Les visages baignés de pleurs
Seigneur ! les laissons-nous sur terre
Pour que, vidés de leur douleur
Ils soient les pommiers pleins de fleurs
Gorgés de sève, de couleurs
Qui célèbrent Votre Mystère ?

Les êtres, Seigneur Tout Puissant
Sont le tourbillon de Vos côtes
Ils s’affirment en franchissant
La frontière de Votre flanc
Où la lance a fouillé le sang
Avant l’aube des Pentecôtes

Race des bourreaux suppliciés
Nous voici rendus face aux flammes
Dont, Seigneur ! vous nous garderez
En nous prenant dans vos filets
Comme s’y prend le doux gibier
De notre mort et de nos âmes.

Pitié, Seigneur ! aussi pour Vous
Qui nous cherchez dans la ténèbre
Que la route, en son dernier bout
Pure et droite, parmi les houx
Dorée de lune en son décours
Survolée de l’Ange aux trompettes
Soit celle qui mène à la fête
Eternelle de votre Amour.

le dernier poème (inédit) de Luc Bérimont (novembre 1983)
Merci à ESPRITS NOMADES!

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : février 28, 2010  23:15


JUSSIEU

Cèdres...séjour hanté par ce qui fut l'enfance
Une rose parfois traversait la maison
Et des voix nous guidaient fortes vers ce dédale
Où les cendres du ciel tournoyaient sous nos doigts

Labyrinthe nouant des rêves d'ammonite
Entre des cris de paons et des bêlées de chèvres
J'entends encor le pas du marguillier d'automne
Et les grilles du soir qui tournent sur leurs gonds

Le même écho drainait d'inconcevables berges
Quand s'amplifiait la nuit au feu de l'alambic
Jardin clos, caducées de l'armoire aux poisons

Longs couloirs qu'aveuglait la blancheur ,des grands fonds
Vais-je vous retrouver, terres, lointains présages
Châteaux blancs, noirs châteaux, ô durable limon ?

Camille Bourniquel. Poèmes /Editions du Fallois.

    ******

HORIZON MARIN

Je te revois grande étendue
de silence et de sable
oulée de conques fraîches
enfermant son message
dans une ultime péroraison

Je te revois vaste étendue
que la lumière aplanit, miroir où l'image
se perd dans des soulèvements d'algues
someilleuses pavanes

Je te revois
comme la première fois où je t'ai vue
d'un ponton échassier enfoncé dans la vase
déçu
comme si mon regard m'emportait
vers quelque chose que je ne pourrais atteindre
pouvait ne pas exister

Camille Bourniquel. Poèmes /Editions du Fallois.

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : mars 2, 2010  23:01


FALAISE

Sur le sentier de gorge, tu surplombes la mer
En bas, dans le roulis, apparait ton jumeau de la nuit pointue.
Lui-même aux dents de sel.
Il te crie : viens !

Alors il faut le suivre, paumes offertes.
Et comme le fauve dans son cercle
sauter dans le miroir de toi.

Mordre la falaise te donnera-il des ailes ?



MANGEUSE
FALAISE 2

le vent fredonne la marée
et va tambourinant
au cirque des odeurs.

La falaise se lape les pieds,
les hauits querelleurs se purgent
de saintes algues.

Obtuse et sourde aux rognures,
on croirait que la falaise s'est éteinte,
pullulant d'une même nuit.

Que ne va-t-elle ruser pour le suicide des oiseaux ?
elle mangera son homme par les yeux !



RUMEUR
FALAISE (3)

Elle n'a pas peur de tomber,
elle dit à la falaise : sois sage !

Fille jusqu'au bout des ongles
et toujours son blanc Jésus
lui revient avec les mouettes,
leurs becs comme des lames
criaient la rumeur :
tes seins se souviendront
de la morsure de la craie

Jean-Pierre Cannet .Mordre la falaise /Edition la passe du vent

    _________
_____________________________________________________________


Page 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16

Messages suivants >  Dernier message


Ajouter cette page à :  Ajouter cette page à Facebook  Ajouter cette page sur MySpace  Ajouter cette page à del.ico.us  Ajouter cette page à Google  Ajouter cette page à Netscape.  Ajouter cette page à Windows Live  Ajouter cette page à Yahoo Ajouter cette page à Ask.com  Ajouter cette page à Stumble.  Ajouter cette page à Digg.  Ajouter cette page à reddit.com  Ajouter cette page à NewsVine  Ajouter cette page dans Simpy