|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
décembre 21, 2008 14:10
|
Aimer tous les ravissements possibles…
Aimer… partager l’exaltation de quelques oiseaux noirs et blancs qui dilapident joyeusement les notes flûtées de leur gaieté dans les hauteurs sacrées d’une cathédrale gothique. Sans se gêner, ils accompagnent les voix polyphoniques et les orgues monumentales à tuyaux, suspendues dans la nef du grand vaisseau.
Aimer… la voix pure d’une choriste qui glisse en notes lisses sur les flèches de lumière traversant la belle générosité chromatique d’un vitrail sublime, s’enroulant aussi autour de l’encensoir et de ses volutes de fumée. Ici poudre sacrée, l’encens est parfum profane quand, dispersé sur une bûche dans la cheminée, il se consume en imperceptibles crépitements enivrants, apparaissant en filigrane ombré dans les cinq sens de certains mélomanes à l’affût de l’inattendu.
Aimer… les pigments mordorés des couleurs délayées sur la peau douce des mots d’amour majuscules, écrits sans points ni virgules dans le scénario d’un long métrage filmé par deux voix et deux corps pas sages, improvisant le son et l’image… Approcher de très près ensuite, les yeux du cinéphile comblé dans lesquels repasse en différé, la douceur des jouissances perlées du soleil de fin d’été.
Aimer… ton petit sourire surpris, quand malicieusement, je laisse couler goutte à goutte sur ton ventre qui en redemande et frissonne en pointillé, le jus rafraîchissant, astringent d’une plante succulente pressée entre mes doigts refermés.
Aimer… le surprenant… en vaine attente souvent, mais si vite présent en beauté parfaite quand, comme à l’instant, je vois par ma fenêtre sur l’eau de l’étang frisant de froid, un cygne blanc fendant le silence de l’arrière-saison devenue mutique sans les oiseaux qui ont migré pour chanter dans des ailleurs meilleurs.
Aimer… une chose et son contraire…la solitude qui ne l’est pas, parce que envahie d’envies toujours renouvelées…Au fil du temps qui passe, l’envers et l’endroit de sa vie, en surface et en profondeur… Avec délice enfin, en se penchant avec spontanéité et sans raisonner, sur la géométrie variable ou imprécise de tous les ravissements possibles, profanes ou sacrés…
Summertime ( Voir post A vos poèmes) 10/12.08cj
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
décembre 23, 2008 01:30
|
L’ombre, comme un parfum...
L’ombre, comme un parfum, s’exhale des montagnes, et le silence est tel que l’on croirait mourir. On entendrait, ce soir, le rayon d’une étoile, remonter en tremblant le courant du zéphyr.
Contemple. Sous ton front que tes yeux soient la source qui charme de reflets ses rives dans sa course... Sur la terre étoilée surprends le ciel, écoute le chant bleu des étoiles en la rosée des mousses...
Sens ton âme monter sur sa tige éternelle : l’émotion divine, et parvenir aux cieux, suis des yeux ton étoile, ou ton âme éternelle, entr’ouvrant sa corolle et parfumant les cieux.
À l’espalier, des nuits aux branches invisibles, vois briller ces fleurs d’or, espoir de notre vie, vois scintiller sur nous, – scels d’or des vies futures, – nos étoiles visibles aux arbres de la nuit.
Écoute ton regard se mêler aux étoiles, leurs reflets se heurter doucement dans tes yeux, et mêlant ton regard aux fleurs de ton haleine, laisse éclore à tes yeux des étoiles nouvelles.
Contemple, sois ta chose, laisse penser tes sens, éprends-toi de toi-même épars dans cette vie. Laisse ordonner le ciel à tes yeux, sans comprendre, et crée de ton silence la musique des nuits.
Paul FORT.
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
décembre 24, 2008 00:53
|
L'AMANTE La chatte dormait sur le lit du jeune homme. Enfoncée dans le duvet près de sa hanche. Il allongea sa main vers elle et l'y laissa. La chatte posa la main. Elle le regardait. Lui fermait les yeux. Mais ne dormait pas. Il savourait la secrète chaleur, la tendresse animale, il sentait que la chatte l'aimait. Un calme profond dans la chambre. Il lui sembla que, posée sur sa main, ce n'était plus une patte mais une main humaine aux doigts très fins et veloutés. Et dans son demi-sommeil il imagina une belle amante. Et peut-être allait-il la voir lorsqu'il tressaillit. _______________
N O Ë L Les pieds ensablés, mon amour, tu t'enfonces dans la mer. Je sais que tu disparaîtras, je sais que plus jamais tu ne seras mon aurore. Il n'a duré qu'un temps le plain-chant de ta voix, l'or rouge de ton sourire, l'élan de tes bras de cire vers moi. L'arbre de Noël est dressé hors de l'eau. Sa brillance turquoise me blesse, ses boules sont les mondes et je m'y vois tout entière. Mais je briserai ces miroirs, c'est ton seul reflet que je désire. Tu rejoindras les fonds glauques, les abysses, homme-sirène, et je n'entendrai plus ta voix. Je resterai seule devant l'Arbre, treize flammes autour de mon coeur, et des fusées entre les doigts
CORINNA BILLE (Merci Summertime!)
|
|
Marie-elisabeth 
France
Messages : 14773 
|
Date du message :
décembre 24, 2008 14:35
|
LE BONHEUR
Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, cours-y vite. Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite. Il va filer.
Si tu veux le rattraper, cours-y vite, cours-y vite. Si tu veux le rattraper, cours-y vite. Il va filer.
Dans l’ache et le serpolet, cours-y vite, cours-y vite, dans l’ache et le serpolet, cours-y vite. Il va filer.
Sur les cornes du bélier, cours-y vite, cours-y vite, sur les cornes du bélier, cours-y vite. Il va filer.
Sur le flot du sourcelet, cours-y vite, cours-y vite, sur le flot du sourcelet, cours-y vite. Il va filer.
De pommier en cerisier, cours-y vite, cours-y vite, de pommier en cerisier, cours-y vite. Il va filer.
Saute par-dessus la haie, cours-y vite, cours-y vite. Saute par-dessus la haie, cours-y vite ! Il a filé !
Extrait de "Ballades du beau hasard"
Paul FORT
(1872 - 1963)
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
décembre 25, 2008 02:36
|
Le vent a pleuré cette nuit Comme mon cœur qui n’est pas sage Et se languit
Le vent a chanté cette nuit Tout doucement comme en un songe Pour mon amie
Le vent a semé cette nuit Des papillons de satin pâle Dans la prairie
La brume bleue s’envole Au fond de ses yeux pers Et le matin se lève Arrachant le soleil à la mer
Le vent qui pleurait cette nuit Ne savait pas qu’il n’est pas sage De tant aimer
Le vent qui chantait cette nuit Ne savait pas que fille honnête N’entend jamais
Comme les papillons qu’il sème Les baisers de celle que j’aime Au matin se sont envolés
Boris Vian (poètes d’aujourd’hui, chez Pierre Seghers)
**** Comme le fou est couronné d'enfants Jouant symphoniquement autour de lui Riant de sa tête bizarre qu'ils adorent Ainsi mon âme est une déité applaudie Par presque touts les étoiles de l'espace
Je hais la vie, je la tiens pour un mal Mais je suis amoureux de votre vie Je pouffe littéralement rien qu'à vous voir Enfants de moins de dix années
J'essaie de vous répondre de bonnes choses Claires, propres, éducatives Mais ne pouvant faire partie de votre ronde je demeure au milieu comme un arbre renversé.
Ca veut dire que je me demande Ces racines offertes aux astres, S'il ne faut pas que je me désiste Et que je m'en aille d'avance où meurent les étoiles.
Adrian Miatlev , Bleury, 22 septembre 1956 Poètes d'aujourd'hui chez Seghers
merci Adrian, d'avoir si bien décrit ce que j'éprouve (Merci Grimalkin pour ces deux poèmes différents mais formidables tous les deux!)
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
décembre 26, 2008 02:11
|
Soleil oblique sur Bagdad.
Dans le verger où sont les arbres de lumière, La pulpe des fruits lourds pleure ses larmes d'or, Et l'immense Bagdad s'alanguit et s'endort Sous le ciel étouffant qui bleuit la rivière.
Il est deux heures. le palais silencieux Ont des repas au fond des grandes salles froides Et Sindbad le marin, sous les tentures roides, Passe l'alcarazas d'un air sentencieux.
Mangeant l'agneau rôti, puis les pâtes d'amandes, Tous laissent fuir la vie en écoutant pleuvoir Les seaux d'eau qu'au seuil blanc jette un esclave noir. Les passants curieux lui posent des demandes.
C'est Sindbad le marin qui donne un grand repas ; C'est Sindbad, l'avisé marin dont l'opulence Est renommée et que l'on écoute en silence. La galère était belle et s'en allait là-bas !
Il sent bon le camphre et les rares aômes. Sa tête est parfumée et son nez aquilin Tombe railleusement sur sa barbe de lin : Il a la connaissance et le savoir des hommes.
Il parle, et le soleil oblique sur bagdad Jette une braise immense où s'endorment les palmes Et les convives, tous judicieux et calmes Ecoutent gravement ce que leur dit Sindbad.
Francis Jammes "de l'angélus de l'aube à l'angélus du soir " (Merci Marie-Elisabeth pour ce très beau poème et d'autres aussi sur ton post "ma poèsie du bonheur" par Marie-Elisabeth!)
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
décembre 27, 2008 01:23
|
Aube (Arthur Rimbaud)
J'ai embrassé l'aube d'été.
Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau était morte. Les camps d'ombre ne quittaient pas la route du bois. J'ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.
La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.
Je ris au wasserfall blond qui s'échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse.
Alors je levai un à un les voiles. Dans l'allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l'ai dénoncée au coq. A la grand'ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.
En haut de la route, près d'un bois de lauriers, je l'ai entourée avec ses voiles amassés, et j'ai senti un peu son immense corps. L'aube et l'enfant tombèrent au bas du bois.
Au réveil il était midi.
Arthur Rimbaud
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
décembre 28, 2008 01:02
|
DANSEUSE PERSANE (extraits)
Dame persane, en robe rose, Qui dansez dans le frais vallon, Tournez vers mon âme morose Votre oeil de biche, sombre et long.
Veuillez écouter ma complainte: J'étais faite aussi pour danser Sur la tulipe et la jacinthe Que vos pieds viennent caresser.
Un bas en or sur votre jambe Luit comme un réseau de soleil, Et tout votre jeune être flambe Auprès d'un branchage vermeil.
Ce bel arbuste solitaire, Où vous enroulez votre bras, Est en feu comme un lampadaire, Et parfume comme un cédrat.
Indiquez-moi la douce allée Qui mène à ce pays charmant; Quel est le nom de la vallée Où vous dansez éperdument?
Comme je vois à tous vos gestes, à vos secrets qu'on peut saisir, A toutes vos mines célestes, Que vous n'aimiez que le plaisir! ...
Anna de Noailles "les éblouissements"
******
Paysage persan.
Un jet d'eau, parmi le tulipes, Tremble come un arbuste frais ; Un derviche fume sa pipe Près d'un mur jaune et d'un cyprès.
Sous un dôme d'un blanc de camphre Une dame, que fond l'été, Avec un éventail de chanvre Rafraîchit son sein exalté.
Dans une douce frénésie, Une adolescente, en turban ; Sur une tour rose d'Asie Jette du blé vert à des paons.
Le monde est une vasque tiède, Bain de lait, bain de volupté ! Le poids brulant du lilas cède Aux caresses du vent d'été.
Sur l'indigo des nuits persanes Le croissant de lune apparaît. L'air a des parfums de tisanes Et des empressements secrets.
Un homme accorde une guitare Près du jet d'eau bas, argentin, Tandis qu'un femme prépare un lit charmant dans un jardin...
Anna de Noailles " les Eblouissements ". Merci Marie-elisabeth pour ces deux beaux poèmes!
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
décembre 29, 2008 00:59
|
Lorsque l’enfant était enfant, il marchait les bras ballants, voulait que le ruisseau soit rivière et la rivière fleuve, que cette flaque soit la mer … Lorsque l’enfant était enfant, il ne savait pas qu’il était enfant, tout pour lui avait une âme et toutes les âmes étaient une … Lorsque l’enfant était enfant, il n’avait d’opinion sur rien, il n’avait pas d’habitudes, il s’asseyait en tailleur, démarrait en courant, avait une mèche rebelle et ne faisait pas de mines quand on le photographiait … Lorsque l’enfant était enfant, ce fut le temps des questions suivantes : pourquoi suis-je moi, et pourquoi pas toi ? Pourquoi suis-je ici et pourquoi pas là ? Quand commence le temps et où finit l’espace ? La vie sous le soleil n’est-elle pas un rêve ? Ce que je vois, entend, sens, n’est-ce pas simplement l’apparence d’un monde devant le monde ? Le mal existe-t-il vraiment et des gens qui sont vraiment les mauvais ? Comment se fait-il que moi, qui suis moi, avant de devenir, je n’étais pas, et qu’un jour moi, qui suis moi, je ne serai plus ce moi que je suis ?
PETER HANDKE
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
décembre 30, 2008 00:20
|
Hier la transparence
Pour Sylvie
Paume contre paume Mais entre elles l’inaccessible transparence Il y a la mer certes il y a la mer Mais les navires du retour se sont ensablés Et les genêts battent l’étrave L’absence est à la proue Au-delà de ce soleil-lune la nuit que je cherche Et qui n’est pas la nuit Plus loin que cette voix qui tremble et qui se brise Mon itinéraire ne passe pas nécessairement par ces sommets que vous inventez chaque jour Je marche tout simplement Il fut ce temps Où chaque brin d’herbe me protégeait Je recomposais les visages dans l’argile des jours L’écume grise des mains battait en vain aux fenêtres J’étais J’avançais sur les berges et au soir je savais que mes dérives me porteraient jusqu’à l’estuaire du plein jour Aujourd’hui je ne sais plus le sens des fleuves Loin de la mer j’expédie les affaires courantes L’herbe Le scintillement d’étoile d’une seule fleur par-delà les années lumière Le vent qui se lève et couche les blés de la moisson proche Le paysage hier lisible avec des doigts d’aveugle Dans quelle closerie oubliée ai-je remisé tant de trésors Dis mon enfant de quatre ans au bord du même fleuve
JEAN FANCHETTE Vous viendrez… **** A la mémoire de Nadia Vebov
Vous viendrez, le temps défaisant le chant des coqs rouges, Vous viendrez. Dans l’ombre vieille ensemble nous épellerons Les dures syllabes de mourir. Le bruit de nos pas s’éteindra doucement Et la roue des saisons sur la lande mauvaise ; Loin sous le ciel un grand vol d’oiseaux blancs S’abîmera encore sur le malheur habituel Comme dans cette vie ancienne.
JEAN FANCHETTE
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
décembre 31, 2008 02:29
|
PRIERE D'UN ENFANT NEGRE ! Extrait de “Balles d’or” de Guy Tirolien
Seigneur je suis très fatigué je suis né fatigué et j’ai beaucoup marché depuis le chant du coq et le morne est bien haut qui mène à leur école Seigneur je ne veux plus aller à leur école , faites je vous en prie que je n’y aille plus Je veux suivre mon père dans les ravines fraîches quand la nuit flotte encore dans le mystère des bois où glissent les esprits que l’aube vient chasser Je veux aller pieds nus par les sentiers brûlés qui longent vers midi les mares assoiffées je veux dormir ma sieste au pied des lourds manguiers je veux me réveiller lorsque là bas mugit la sirène des blancs et que l’usine ancrée sur l’océan des cannes vomit dans la campagne son équipage nègre Seigneur je ne veux plus aller à leur école faites je vous en prie que je n’y aille plus Ils racontent qu ‘il faut qu’un petit nègre y aille pour qu’il devienne pareil aux messieurs de la ville aux messieurs comme il faut; Mais moi je ne veux pas devenir comme ils disent un monsieur de la ville un monsieur comme il faut Je préfère flâner le long des sucreries où sont les sacs repus que gonfle un sucre brun autant que ma peau brune Je préfère vers l’heure où la lune amoureuse parle bas à l’oreille des cocotiers penchés écouter ce que dit dans la nuit la voix cassée d’un vieux qui raconte en fumant les histoires de Zamba et de compère Lapin et bien d’autres choses encore qui ne sont pas dans leur livre . Les nègres vous le savez n’ont que trop travaillé pourquoi faut il de plus apprendre dans des livres qui nous parlent de choses qui ne sont point d’ici . Et puis elle est vraiment trop triste leur école triste comme ces messieurs de la ville ces messieurs comme il faut qui ne savent plus danser le soir au clair de lune qui ne savent plus marcher sur la chair de leurs pieds qui ne savent plus conter de contes aux veillées Seigneur je ne veux plus aller à leur école.
*Balles d’Or a été publié par Présence Africaine en 1961 rédition en 1982 ( Merci Pèma pour ce poème!)
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
janvier 1, 2009 00:44
|
EN FORET VERS LE NORD
Hors du temps sous les ramures d'ombre nous marchons dévorés de sangsues saturés de portages vers les confins de la fatigue.
Dans la clairière du désir et du sommeil cloué sur la carcasse d'une hutte, le portrait maculé de Rimbaud nu brûlé debout dans le soleil.
Frédéric Jacques TEMPLE.Un émoi sans frontières.Le Lézard amoureux.
****** LA CHASSE INFINIE
à Brigitte
C'est par les veines de la terre que vient Dieu, par les pieds qui sont racines dans l'humus et la pierre, vers les cuisses, l'aine humide et douce comme un herbage de varaigne, et non du ciel virginal où il ne trône pas. Sur un lit de faînes rousses je le contemple par les pores de l'inconscience et j'adore la senteur fauve qui transsude de sa présence abyssale. Érigé dans la folle avoine je le traque, l'aurochs éternel hérissé d'angons, dont l'œil béant m'invite à la chasse infinie.
La Chasse infinie, Granit, 1995.
Frédéric Jacques TEMPLE. (Merci à Doublesix et à Grimalkin pour ces deux poèmes!)
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
janvier 2, 2009 01:24
|
Le feu du feu
Vos péchés, bonnes-soeurs, j’en ferais bien ma neige, Alors le cri du Christ comment le mangerai-je ? Car vos soldats, Seigneur, le mangent votre cri Plutôt que de livrer sa preuve par écrit.
Ginifert aux yeux bleus porte longue tunique, L’ange n’est pas ainsi, jurant comme un bouvier ; Domrémy ta fontaine a son parler rustique Mais point Jeannette-George on ne doit envier. Le Diable lui criait : « Monte ! monte à l’échelle ! » Il ne faut la confondre, debout, décoiffée, Se jetant de la tour et se croyant des ailes Avec Jeanne écoutant rire les saintes fées.
Brûlez-moi tribunal, Dieu me parle souvent. Je ne le puis prouver par des expériences, Trop indocte je suis et de coeur peu savant ; Les anges pour paraître ont une autre science.
Jadis, jeune poète, à Rome, sur le Tibre, Naïf, très ridicule et bavard comme pie, Je regardais le pont Saint-Ange aux anges tigres, Anges zèbres, anges tachés du Pape Pie.
Que me fait maintenant la grâce Italienne ! Des anges, ces Romains sales et soucieux ? Entre la Vierge et moi les anges vont et viennent, Je ne leur fais pas peur et ne m’effraye d’eux. Vous me dites : Le diable en anges se déguise, Qu’il est anges menteurs, anges magiciens, Ces rameurs remuant l’eau pure de l’Église Pour qu’on ne puisse voir où le mal et le bien.
Dieu vous étonnera, princes de la Sorbonne, Et les anges surtout, mon extrême souci ; Car, sachez-le : chose qu’un ange trouve bonne N’est jamais celle-là qu’on trouve bonne ici.
Les vrais anges du ciel ont des amis au bagne Et pour sauver Jeannette ils la laissent tuer ; Ils survolent sans choix la France, l’Allemagne ; À leur langage dur je suis habitué.
Inculpez-moi de présomption, de malice ; Les anges que je sers sont ma seule police.
Jean COCTEAU.Paru en 1925 dans Le Roseau d’or.
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
janvier 3, 2009 13:42
|
DANSEURS DE PARADIS
jusqu'à la fin des temps et plus loin encore dans tout ce bleu qui n'est que toi jusqu'à la fin des mondes et plus loin encore bien plus loin sans jamais rien comprendre dans tout ce bleu qui n'est que toi je remonte vers la source des hommes-questions vers tous ceux qui interrogent la source sans source je remonte vers l'intérieur de tout mille astres noirs au fond de mes poches je me mets lentement au jour cette force de l'éden de coeur en coeur de lèvre en lèvre de vie en vie l'univers tout entier suspendu au visage d'une femme je mets du baume au monde je marche l'immensité je glisse et je reglisse le long des désolations je remonte vers les cendres fertiles au jour le jour a la nuit la nuit j'écoute sans relâche cette voix qui, parle en moi je l'écoute aimanté par l'impossible aimanté par le fond des mondes ou je dérive vers la nuit de la nuit je m'abandonne aux avant-postes de grands effondrements je remonte en fièvre pétrifiée en étincelante déploration mon âge se compte en milliers d'étoiles dans tout ce bleu qui n'est que toi j'accueille le jamais plus comme si l'inquiétude na pouvait plus neiger en moi dans tout ce bleu qui n'est que toi comme au premier jour et les villes basculent et les fleuves rebroussent chemin dans la profondeur des profondeurs la sève circule chez les danseurs de paradis;
ZENO BIANU dans "N4728 N°12 " (Merci Doublesix pour ce très beau poème)
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
janvier 4, 2009 13:15
|
Cantique des horizons (sur un ton faussement valéryen)
Ne vois-tu pas ma blonde quelque petit bateau courir les hautes eaux les légendes du monde
quelque petit bateau qui nargue les ondines dans le vent de matines sur la ligne des eaux
et que n'as-tu ô chère la vive déraison de créer ta vision d'en humer les chimères
la vive déraison de tendre ta chair nue aux lunes inconnues du seuil de ta vision
ô berceuse ma mie avec moi t'accordant dans l'haleine du temps et d'espace magie
que ne souffres-tu pas aux souffles des partances d'échapper loin là-bas le poids de ta naissance
Gaston Miron ( merci Tinourson pour ce beau poème) - ****
LE PAYSAGE
J'avais rêvé d'aimer. J'aime encor mais l'amour Ce n'est plus ce bouquet de lilas et de roses Chargeant de leurs parfums la forêt où repose Une flamme à l'issue de sentiers sans détour.
J'avais rêvé d'aimer. J'aime encor mais l'amour Ce n'est plus cet orage où l'éclair superpose Ses bûchers aux châteaux, déroute, décompose, Illumine en fuyant l'adieu au carrefour.
C'est le silex en feu sous mon pas dans la nuit, Le mot qu'aucun lexique au monde n'a traduit L'écume sur la mer, dans le ciel ce nuage.
A vieillir tout devient rigide et lumineux, Des boulevards sans noms et des cordes sans noeuds. Je me sens me roidir avec le paysage.
Robert Desnos, Contrée.
|
|
Page 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16
Messages suivants >
Dernier message
|