Amicalien - Pour créer des liens et des amitiés

Présentement sur Amicalien
Les membres en ligne : 130
Les nouveaux membres : 11
Anniversaires aujourd'hui : 35

Connexion des membres

  Se souvenir de moi sur cet ordinateur


Cjrs Radio, la radio des boomers


Le forum des familles Amicaliennes



  Famille : Révèlations poètiques.


Ce sujet fait partie de la famille Révèlations poètiques.. Cette famille est semi-privée. Vous pouvez lire le contenu de cette famille mais vous devez vous y inscrire pour échanger.



Auteur

Sujet : Les poèmes de notre page d'accueil

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : février 13, 2010  01:20

               

La chambre était haute et profonde
l 'horloge respirait entre les chandeliers
minuit par le miroir glissa comme une loutre
et du jardin venus les génies de la brise réveillèrent
dans la chaise la conscience du merisier


rappelle-toi
tu dansais pour moi
dans l 'agrément du gazouillis des rondes
une soeur à chaque main
le cornemuseux historiait nos enfances


tu marchais en sabots sur un ciel
constellé de marguerites naines
un chiffon de soie comme un fin nuage à ton cou


quelquefois
levant le bras tenant une rose de France
altesse toute droite au milieu de tes demoiselles
qui faisaient révérence
tu souriais à un arbre choisi sur l' horizon


souviens-toi
quand la porte s' ouvrit au plus jour de mai
une épée de lumière fendit ta robe
ô splendide pudeur l' instant d' une statue
poussée par le désir tu avanças légère
sous les ombres losangées de la treille
tu éclairas ton épaule au lilas blanc de la tonnelle
et tu passas dans les méandres de mon sang
tel un frisson reptile

souviens-toi

HENRI PICHETTE (La chambre)

*****

Le lit des choses est grand ouvert. Je me suis endormi, pensant que c'était trop beau et que la
terre s'échapperait. Je craignais tout des ventilations absurdes d'une nuit en colère. Les matins
me fustigeaient. Je vivais crédu­lement. Sourcier infatigable, je cherchais l'Orifice originel,
premier ouvrage par où passer la tête et crier au Soleil. J'ai trouvé! Je confectionne sur mesure
une amoureuse. (En vérité, elle m'est venue d'une ville rêvée posée sur de grands boutons-d'or.)

Les peu­pliers s'organisent. Les rossignols composent. Il me souvient que l'ivresse nous emporta
dans un vivant exercice : le mariage. Elle était si naturelle sous sa robe. Je fus sensible aux
courbes aux frémissements particuliers aux aspérités inattendues de sa chair, à la marée montante
ou descendante des muscles, à la dentelle des phrases ajourées de soupirs, à ses lianes ses
diadèmes ses chevelures ses crépuscules d'Eve naissante, à la sagesse et à la déchirure de ses
bords.

Elle me parla comme à un bouclier. J'avais autorité pour prendre sa défense. Pieds nus sur le fil
blanc du rêve, nous courions après nos vêtements en allés. Jamais funambules ne furent si heureux
de se rejoindre. Et je m'éveille, à l'unisson des terrasses où nos corps à bien menèrent leur
cure. Désormais l'invention demeure. Ma femme sera mon paysage sen­suel, le diorama de mon âme. Le
monde s'est embelli. J'aspire littéralement l'avenir. La clarté du jour m'assiste. Je grimpe à
l'échelle de corde de l'enthousiasme.

O c'est plus que jamais l'heure des diamants érectiles ! Les alentours se métamorphosent. De
coutume le coeur de la biche ne boule pas ainsi, l'eau a moins de charme, les oiseaux ne tombent
pas si verticalement sur le ciel, l'air n'offre pas sa charpente avec autant de pompe ou de
vigueur. Je vois enfin le plus beau frisson de l'arbre. Et le silence a trop vite plongé son
glaive dans la pierre pour que je ne devine rien : Tu es là.

HENRI PICHETTE.« Les Epiphanies »

****
            



Epsilon
Admin famille
France

Date du message : aout 5, 2008  01:08

ELLE ETAIT VENUE

Elle était venus sur les marches tièdes
Et s'était assise.

Sa tête gentille était inclinée
Un peu de coté;

Ses mains réunies étaient endormies
Au creux de sa jupe;

Et elle croisait ses jambes devant elle,
Un des pieds menus pointant vers le ciel

Il dut le frôler, ce pied, pour passer
Et il dut la voir.

Il vit son poignet qui donnait envie
D'être à coté d'elle dans les farandoles
Où l'on est tiré, où il faut qu'on tire
Plus qu'on n'oserait…

Et il vit la ligne de ses épaules
Qui donnait envie de l'envelopper
Dans un tendre châle

Mais le désir lui vint de regarder sa bouche
Et ce fut le départ de tout.
Mais le besoin lui vint de rencontrer ses yeux
Et ce fut la cause de tout.

Charles Vildrac. "Livre d'amour"

****
Vaine, vanité des vanités... Vaine.
Toute chose sur terre est éphémère.
Mille quatre cents vaisseaux
Et douze mille juments
Portent d'un temps à un autre
Mon nom enluminé d'or...
J'ai vécu comme nul poète n'a vécu,
Sage et roi...
J'ai vieilli, je suis las des honneurs.
Rien ne me manque.
Est-ce pourquoi
Mon souci grandit
Chaque fois que croît ma sagesse ?
Et qu'est Jérusalem, qu'est le trône ?
Rien ne demeure pareil.
Et il est un temps pour naître.
Un temps pour mourir.
Un temps pour le silence.
Un temps pour la parole.
Un temps pour la guerre.
Un temps pour la paix.
Et un temps pour le temps.
Rien ne demeure pareil.
Tout fleuve sera bu par la mer,
Et la mer n'est pas pleine.
Rien ne demeure pareil.
Tout vivant marche vers la mort,
Et la mort n'est pas pleine.
Seul restera mon nom enluminé d'or
"Salomon était..."
Que feront alors les morts de leurs noms ?
Qui de l'or
Ou du Chant des chants
Et de l'Ecclésiaste
Illuminera ma vaste obscurité ?

Mahmoud Darwich, Murale, Actes sud, 2003.

            

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : aout 6, 2008  01:41

            

Tu me manques mais maintenant
Pas plus que ceux que je ne connais pas
Je les invente criblant de tes faces
La terre qui fut riche en mondes
Quand chaque roi guidait une île)
A l’estime de ses biens (cendre d'
Oiseaux, manganèse et salamandre)
Et que des naufragés fédéraient les bords)

Maintenant tu me manques mais
Comme ceux que je ne connais pas
Dont j’imagine avec ton visage l’impatience
J’ai jeté tes dents aux rêveries
Je t’ai traité par-dessus l’épaule

(Il y a des vestales qui reconduisent au Pacifique
Son eau fume C’est après le départ des fidèles
L’océan bave comme un mongol aux oreillers du lit
Charogne en boule et poils au caniveau de sel
Un éléphant blasphème Poséidon)

Tu ne me manques pas plus que ceux
Que je ne connais pas maintenant
Orphique tu l’es devenu J’ai jeté
Ton absence démembrée en plusieurs vals
Tu m’as changé en hôte Je sais
Ou j’invente

Michel Deguy

****

extrait de Tombeau de du Bellay, 1973

QUI QUOI

II y a longtemps que tu n'existes pas
Visage quelquefois célèbre et suffisant
Comment je t'aime Je ne sais Depuis longtemps
Je t'aime avec indifférence Je t'aime à haine
Par omission par murmure par lâcheté
Avec obstination Contre toute vraisemblance
__________Je t'aime en te perdant pour perdre
Ce moi qui refuse d'être des nôtres entraîné
De poupe (ce balcon chantourné sur le sel)
Ex-qui de dos traîné entre deux eaux
__________Maintenant quoi
__________Bouche punie
Bouche punie cœur arpentant l'orbite
Une question à tout frayant en vain le tiers

Michel Deguy      

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : aout 7, 2008  03:41

CAGE D'OISEAU


Je suis une cage d'oiseau
Une cage d'os
Avec un oiseau

L'oiseau dans sa cage d'os
C'est la mort qui fait son nid

Lorsque rien n'arrive
On entend froisser ses ailes

Et quand on a ri beaucoup
Si l'on cesse tout à coup
On l'entend qui roucoule
Au fond
Comme un grelot

C'est un oiseau tenu captif
La mort dans ma cage d'os

Voudrait-il pas s'envoler
Est-ce vous qui le retiendrez
Est-ce moi
Qu'est-ce que c'est

Il ne pourra s'en aller
Qu'après avoir tout mangé
Mon coeur
La source du sang
Avec la vie dedans

Il aura mon âme au bec.

Regards et jeux dans l'espace (1937)
Hector de Saint-Denys Garneau
[Poète québécois : 1912-1943]

****

L'HOMME RAPAILLÉ


(...)
tu es mon amour
ma clameur mon bramement
tu es mon amour ma ceinture fléchée d'univers
ma danse carrée des quatre coins d'horizon
le rouet des échevaux de mon espoir
tu es ma réconciliation batailleuse
mon murmure de jours à mes cils d'abeille
mon eau bleue de fenêtre
dans les hauts vols de buildings
mon amour
de fontaines de haies de ronds-points de fleurs
tu es ma chance ouverte et mon encerclement
à cause de toi
mon courage est un sapin toujours vert
et j'ai du chiendent d'achigan plein l'âme
tu es belle de tout l'avenir épargné
d'une frêle beauté soleilleuse contre l'ombre
ouvre-moi tes bras que j'entre au port
et mon corps d'amoureux viendra rouler
sur les talus du mont Royal
orignal, quand tu brames orignal
coule-moidans ta palinte osseuse
fais-moi passer tout cabré tout empanaché
dans ton appel et ta détermination (...)

Gaston Miron

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : aout 8, 2008  01:30

            


Poème à mon père


Mon père tu dors en lit de semences sur l’eau de tes yeux
Les larmes, de ma mère descendent jusqu’à toi à travers le sol spongieux, aux bras des graminées –
sur ton ventre poussent la campanule et l’oseille.
On m’a écrit « il s’en est allé d’urémie au mois d’août, on lui avait amputé l’orteil
il est mort dix jours après t’appelant tant qu’il a pu parler »
Oh mon père ne sais-tu pas que ton front est la bouée de silence près de laquelle le fils
prodigue qui est comme un voilier revient
à l’heure où tes mains se joignent pour le dernier croisement des mains ?

Tu t’en es allé avec ta misère et ton veston brun troué aux coudes. La lettre de ma mère est
datée du 31 octobre quarante et un
« Nous l’avons enterré à Saint-Jean dans le terrain de nôtre petite Odile, aujourd’hui
nous lui portons une croix neuve que nous avons fait faire pour lui. »
Tu es étendu de ton long sous la terre de mon pays ; elle est lourde de tourterelles vers ton
cou – les poches sont pleines de pépins
Ta as les pieds nus comme les mendiants qui venaient chercher le pain
que ma mère leur gardait au fond d’un vieux buffet luisant
et qui psalmodiaient leur remerciement d’une voix douce et peureuse en se courbant.
Mes frères parfois s’arrêtent, mes soeurs font couler de leurs cheveux du soleil à l’endroit de
la terre où elles pensent qu’est ton visage terreux
La route devant serpente avec sa plainte d’essieux
L’église est proche, on entend grommeler le sacristain contre les pigeons qui fientent sur le
parvis.
Oh mon père, j’habite en contrée lointaine, je ne suis pas là lorsque fleurit l’aloès dont tu
aimais les fleurs et qu’ils te portent pour ta fête.

Nous allions dans les jardins, tu m’apprenais le secret des boutures et des greffes, et comment
la rose naît, et comment le fruit mûr du manguier pèse de son parfum sur les branches de la Croix
du Sud.
Tu savais tout des plantes et des hommes. Ton paletot de toile se gonflait, aux souffles rudes
qui jettent les foules aux barricades les soirs d’émeute – et les fouets
où qu’ils claquaient laissaient sur tes épaules ce fin liseré rouge où j’ai appris la Liberté.
Tu as coulé ta vie entre les humbles comme une rivière coule entre les roseaux
humble toi-même mon père avec tes souliers qui faisaient eau,
bafoué, bafoué et croyant à la justice
sous ton chapeau moisi et tes pauvres chemises.
– Tu es mort.

Je me trompe quand je dis que tu dors : tu as les yeux grands ouverts
Ma mère est une forme blanche qui va à tâtons sur la terre
Vous vivez avec nous. La nuit ta tombe arbore une voile carrée, très pâle sous la lune du
tropique, et roule entre les caveaux chaulés
La grille grince comme une écluse, tu as des feux de position verts et bleus à tes doigts
Jésus-Christ est ce phare tranquille sur les grands bois.
Tu croises à fleur de racines partout où le traqué lutte et prie
Tu dérades jusqu’à la maison à l’heure de la soupe et du pain gris qu’on partage avec toi en
pleurant.
Ta viens jusqu’à moi aux jours de grand vent, tu accroches une ancre aux maïs
Ta main frôle ma main lorsque je touche l’écorce fraternelle d’un bouleau
et je fais tressauter ta tête de lumière aux cahots des chars de liberté.

Loys MASSON, Délivrez-nous du mal, Seuil.
(Voir post nos plus beaux poèmes d'amour)      



Epsilon
Admin famille
France

Date du message : aout 9, 2008  01:34

            

JEUX MAIS MERVEILLES

Persiennes vous êtes côtes
De crucifié sur la mer.
Fenêtres on compte les côtes
Entre vos bras de terre ouverts.

Zèbres du soleil et des vagues
Zèbres bousculez au plafond
Les revenants d'angles et d'algues
En l'eau du plafond profond.

Faux marbre fou d'ambre d'ombre
Des vagues et du soleil
Tatouant toute la chambre
Ou débouche mon sommeil.

Jean Cocteau. Recueil.Opéra

*****

LES ALLIANCES

Ce sont les anges qui préparent
Les boules bleues de la lessive,
Aussi les blanchisseuses lavent
A genoux dans le lavoir.


Puis tordent les ailes de linge
Puis suspendent partout des anges.


Comme l'ange et comme Jacob,
Femmes et anges se battent,
Se tirent les cheveux, les robes,
A pleines mains, à quatre pattes.


Le lavoir est un lieu cruel ;
Parfois on se démet la hanche.
Mais toujours reviennent les anges
Apporter les boules de ciel.


Batteuses d'anges, de tapis,
Prenez garde à vos alliances !
Car les anges sans surveillance
Sont pis encore que des pies.

Jean COCTEAU, Opéra (1925-1927)

*****

Notre entrelacs d'amour à des lettres ressemble,
Sur un arbre se mélangeant ;
Et, sur ce lit, nos corps s'entortillent ensemble,
Comme à ton nom le nom de Jean.


Croiriez-vous point, ô mer, reconnaître votre oeuvre,
Et les monstres de vos haras,
Si vous sentiez bouger cette amoureuse pieuvre
Faite de jambes et de bras.


Mais le noeud dénoué ne laisse que du vide ;
Et tu prends le cheval aux crins,
Le cheval du sommeil, qui, d'un sabot rapide,
Te dépose aux bords que je crains.

Jean COCTEAU, Plain-chant (1923)

*****
            



Epsilon
Admin famille
France

Date du message : aout 10, 2008  01:54

            

Et moi qui m'étais cru poète,
je ne savais pas trouver les mots pour appeler le soleil. Je lui disais :
Soleil ! sors de ton trou,
casse le couvercle,
frappe les brouillards,
mange la nuit, dissous le noir, montre-toi,
montre-nous le monde,
montre-nous au monde,
parle, Soleil, sors de ton trou,
parle, montre que tu es, montre qui tu es !

C'était trop maladroit. Je jetais du bois au feu et j'essayais un autre ton.
Sors donc de là, si tu peux !
Montre-toi, si tu l'oses !
Mais tu as bien trop peur de l'ombre,
tu crèves de peur dans ton trou, petit trou toi-même, petite absence ronde!

Je n'avais pas plus de succès. Après avoir donné au feu quelques planches d'une vieille armoire,
je reprenais:
Viens, Soleil, la table est servie pour toi.
Tous les arbres, toutes les herbes,
toudes les bêtes et tous les hommes,
toutes les mers et tous les fleuves
attendent que tu viennes les saisir de tes bras brûlants,
les élever jusqu'à ta gueule, dévorante bouche du ciel ;
viens boire et manger,
la table est servie de l'Est à l'Ouest.



C'était aussi peu efficace. Bientôt, il n'y eut plus rien à brûler dans la salle. J'allai
chercher la literie qui était dans la soupente et la donnai peu à peu aux flammes.
Soleil,
toi le plus vieux, toi le plus jeune,
toi le plus sage et le plus fou,
toi qui n'es jamais diminué, jamais partagé,
toujours seul, et pourtant contenu tout entier dans chaque oeil vivant,
toi le plus grand qui peux emplir l'espace,
toi le plus petit, qui passes par le trou d'une aiguille,
toi le plus libre, que rien n'atteint, mais aussi le plus enchaîné à la loi,
toi
qui ne peux pas
ne pas te lever tout à l'heure

René Daumal      



Epsilon
Admin famille
France

Date du message : aout 11, 2008  01:42

            

SEINS

Seins riches seins printaniers
Rudes seins de femme
Portemanteaux à deux têtes
Qui allez toujours tout seuls devant
Les hommes ont eu la première idée du droit en vous regardant
Mais depuis longtemps les hommes d'Europe ont peur de vous


O seins
Précurseurs
Droituriers
Nous vous rendons la liberté
Nous les hommes d'aujourd'hui
O seins pleins d'honnêteté


Sains
Seins
O coussins
O mes saints


Pierre Albert-Birot (1879 - 1967)
Peintre, sculpteur, imprimeur, romancier, dramaturge, poète.

****

COUCHER AVEC ELLE

Coucher avec elle
Pour le sommeil côte à côte
Pour les rêves parallèles
Pour la double respiration

Coucher avec elle
Pour l'ombre unique et surprenante
Pour la même chaleur
Pour la même solitude

Coucher avec elle
Pour l'aurore partagée
Pour le minuit identique
Pour les mêmes fantômes

Coucher avec elle
Pour l'amour absolu
Pour le vice pour le vice
Pour les baisers de toute espèces

Coucher avec elle
Pour un naufrage ineffable
Pour se prostituer l'un à l'autre
Pour se confondre

Coucher avec elle
Pour se prouver et prouver vraiment
Que jamais n'a pesé sur l'âme et le corps des amants
Le mensonge d'une tache originelle.


1942
ROBERT DESNOS
(Voir post cent mille milliards de poèmes)
            



Epsilon
Admin famille
France

Date du message : aout 12, 2008  01:21

            
DÉPOSE ICI ET MAINTENANT


Dépose ici et maintenant la tombe que tu portes
et donne à ta vie une autre chance
de restaurer le récit.
Toutes les amours ne sont pas trépas,
ni la terre, migration chronique.
Une occasion pourrait se présenter, tu oublieras
la brûlure du miel ancien.
Tu pourrais, sans le savoir, être amoureux
d’une jeune fille qui t’aime
ou ne t’aime pas, sans savoir pourquoi
elle t’aime ou ne t’aime pas.
Adossé à un escalier, tu pourrais
te sentir un autre dans les dualités.
Sors donc de ton moi vers un autre toi,
de tes visions vers tes pas,
et élève ton pont
car le non-lieu est le piège
et les moustiques sur la haie irritent ton dos,
qui pourraient te rappeler la vie !
Vis, que la vie t’entraîne
à la vie,
pense un peu moins aux femmes
et dépose
ici
et maintenant
la tombe que tu portes !



- - - - - -

POUR NOTRE PATRIE

Pour notre patrie,
proche de la parole divine,
un toit de nuages.
Pour notre patrie,
distante des attributs du nom,
une carte de l’absence.
Pour notre patrie,
petite comme un grain de sésame,
un horizon céleste … et un abîme caché.
Pour notre patrie,
pauvre comme les ailes de la grouse,
des Livres saints … et une blessure à l’identité.
Pour notre patrie,
aux collines assiégées déchiquetées,
les embuscades du passé nouveau.
Pour notre patrie, butin de guerre,
le droit de mourir consumée d’amour.
Pierre précieuse dans sa nuit sanglante,
notre patrie resplendit au loin, au loin,
elle illumine alentour …
mais nous, en elle,
nous étouffons chaque jour davantage !

- - - - - -

À JÉRUSALEM

À Jérusalem, je veux dire à l’intérieur
des vieux remparts,
je marche d’un temps vers un autre
sans un souvenir
qui m’oriente. Les prophètes là-bas se partagent
l’histoire du sacré … Ils montent aux cieux
et reviennent moins abattus et moins tristes,
car l’amour
et la paix sont saints et ils viendront à la ville.
Je descends une pente, marmonnant :
Comment les conteurs en s’accordent-ils pas
sur les paroles de la lumière dans une pierre ?
Les guerres partent-elles d’une pierre enfouie ?
Je marche dans mon sommeil.
Yeux grands ouverts dans mon songe,
je ne vois personne derrière moi. Personne devant.
Toute cette lumière m’appartient. Je marche.
Je m’allège, vole
et me transfigure.
Les mots poussent comme l’herbe
dans la bouche prophétique
d’Isaïe : "Croyez pour être sauvés."
Je marche comme si j’étais un autre que moi.
Ma plaie est une rose
blanche, évangélique. Mes mains
sont pareilles à deux colombes
sur la croix qui tournoient dans le ciel
et portent la terre.
Je ne marche pas. Je vole et me transfigure.
Pas de lieu, pas de temps. Qui suis-je donc ?
Je ne suis pas moi en ce lieu de l’Ascension.
Mais je me dis :
Seul le prophète Muhammad
parlait l’arabe littéraire. "Et après ?"
Après ? Une soldate me crie soudain :
Encore toi ? Ne t’ai-je pas tué ?
Je dis : Tu m’as tué … mais, comme toi,
j'ai oublié de mourir.

MAHMOUD DARWICH.(Petit hommage au grand poète disparu, voir post plus bas)


            






Epsilon
Admin famille
France

Date du message : aout 13, 2008  00:52

            
Apothéose

Ô rêve éblouissant (où ma mort se pressent!)
J'ai vu la chapelle,
Toute d'ivoire et d'or, douloureuse d'essor,
Gigantesque et frêle!
Aux délicats festons brodant les clochetons,
Aux roses fleuries,
Aux arcades à jour, partout, brûlaient d'amour
Mille pierreries!
Et partout aux vitraux ruisselants, des joyaux :
Ors, saphirs, topazes,
Émeraudes, rubis, palpitaient éblouis
D'uniques extases !
Et parmi tous ces feux, jaunes, verts, rouges, bleus,
- Morne apothéose, -
J'ai reconnu, pareil à l'ostensoir vermeil
Que le prêtre impose,
Mon Cœur énorme et lourd qui ruisselait d'amour
Au fond d'une châsse,
Mon Cœur gonflé, sanglant, noir, meurtri, pantelant,
Mais toujours vivace!
Autour de ce Trésor, tout flambait en essor!
Et les mille ogives
Voulaient jaillir plus haut, vers mon cœur chaste et chaud,
Boire aux sources vives !
Et l'or, les feux, l'encens, les cierges pâlissant,
Les Cloches en fête,
L'orgue éperdu tremblant ses appels, ou roulant
Comme une tempête,
Tout délirait en chœur, vers mon si morne cœur,
Mon Cœur égoïste :
Alléluia! Noël ! - et c'était éternel!,
Solennel et triste!

Jules LAFORGUE

***

Liberté

Prenez du soleil
Dans le creux des mains,
Un peu de soleil
Et partez au loin!

Partez dans le vent,
Suivez votre rêve;
Partez à l'instant,
la jeunesse est brève !

Il est des chemins
Inconnus des hommes,
Il est des chemins
Si aériens !

Ne regrettez pas
Ce que vous quittez.
Regardez, là-bas,
L'horizon briller.

Loin, toujours plus loin,
Partez en chantant !
Le monde appartient
A ceux qui n'ont rien.

MAURICE CARÊME   



-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : aout 13, 2008  04:50

tu nous facilites la tâche, Epsilon...Plus besoin de chercher... chers lecteurs,faites
comme moi un dossier. Et vous aurez à portée de lecture, vos poèmes favoris.

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : aout 14, 2008  07:20

            


Le Galet tatoué


Ta présence
Eut anéanti le poème?
Le monde a-t-il tellement besoin de poèmes?
N'a-t-il pas besoin d'hommes heureux
D'un bonheur silencieux furibond sans axe?
De tes lèvres à mes lèvres
Le poème ne serait qu'un paraphe
Sans postérité sur l'espace fantastique
Le temps émerveillé
La mort vaincue
Toi et moi devenus vie
Serions création continue
Nul besoin de trace.
Corpoème, qu'en ferions-nous?

JEAN SENAC. Athènes et Jérusalem Conjuguées (Conjurées)

......

Et maintenant nous chanterons l’amour
Car il n’y a pas de Révolution sans Amour,
Il n’y a pas de matin sans sourire.
La beauté sur nos lèvres est un fruit continu.
Elle a ce goût précis des oursins que l’on cueille à l’aube
Et qu’on déguste alors que l’Oursin d’Or s’arrache aux
brumes et sur les vagues module son chant.
Car tout est chant- hormis la mort !
Je t’aime !
Il faut chanter, Révolution, le corps sans fin renouvelé de la Femme,
La main de l’Ami,
Le galbe comme une écriture sur l’espace
De toutes ces passantes et de tous ces passants
Qui donnent à notre marche sa vraie lumière,
A notre cœur son élan.
Ô vous tous qui constituez la beauté sereine ou violente,
Corps purs dans l’alchimie inlassable de la Révolution,
Regards incorruptibles, baisers, désirs dans les tâtonnements de notre lutte,
Points d’appui, points réels pour ponctuer notre espérance,
Ô vous, frères, citoyens de beauté, entrez dans le Poème

Jean SENAC .Citoyens de beauté
....;

Né le 29 novembre 1926 à Beni Saf (Oranie) dans une famille ouvrière d'origine espagnole. Dès sa
quinzième année, il publie des poèmes dans Oran-Républicain. II découvre les oeuvres de Camus,
Eluard, Char, qui le marqueront. Après 1954, il rejoint le F.L.N. Rupture publique avec Camus en
1956. A Alger, en 1962. En 1963, secrétaire de l'Union des écrivains algériens. Jean Sénac fait
énormément pour aider les jeunes poètes à faire entendre leur voix: émissions poétiques,
récitals, anthologie. Assassiné chez lui à la fin du mois d'août 1973, il est enterré près
d'Alger à Aïn Benian. Jamel-Eddine Bencheikh dira de lui qu'il était « l'homme-poète », non pas «
maître à penser » mais « maître à aimer " .


            



Epsilon
Admin famille
France

Date du message : aout 16, 2008  00:32

            
Deux très beaux poèmes de Jean Lahor (1840-1909)qui donnent vraiment envie de le découvrir ce
poète?

Vie divine

Aime, ainsi que la mer, la mer dressant ses vagues
Comme des seins tendus aux baisers du soleil,
Et de ses cris d’amour, de ses longs soupirs vagues,
Gémissante, emplissant tout l’espace vermeil ;

Comme ces larges nuits qui cachent sous leurs voiles
La palpitation d’un coeur illimité,
Aime, et fais de ton coeur un grand ciel plein d’étoiles.
D’où s’épanchent la paix sereine et la clarté !

Désire, aime sans fin, souffre, brûle, aime encore.
De rêves sans limite enivre-toi toujours ;
Avant le soir funèbre, abreuve-toi d’aurore,
Ouvre toute ton âme à d’immenses amours.

Alors verse tes chants aux sombres multitudes,
À tous ceux qu’ont rendus stériles les douleurs,
Comme ces vents qui font germer les solitudes
Et, tièdes et féconds, trembler l’âme des fleurs.

Aime et vis, comme un Dieu sur terre voudrait vivre,
Penche-toi vers tous ceux que tu verras souffrir,
Et de lumière et d’art, de rêves toujours ivre,
Incendié d’amour, ne crains plus de mourir !

Jean LAHOR, L'Illusion.

****

Le poème

Le soleil est ma chair, le soleil est mon coeur,
Le coeur du ciel, mon coeur saignant qui vous fait vivre,
Le soleil, vase d'or, où fume la liqueur
De mon sang, est la coupe où la terre s'enivre.

Les astres sont mes yeux, mes yeux toujours ouverts,
Toujours dardant sur vous leurs brûlantes prunelles,
Et mes grands yeux aimants versent sur l'univers,
Sur vos amours sans fin, leurs clartés éternelles.

Les vents sont mes soupirs, les vents sont mes baisers,
Je suis le souffle, l'air, et vous êtes la flamme,
Et vous êtes pareils aux charbons embrasés,
Quand, l'été, mes soupirs ont passé sur votre âme.

Les fleurs sont mes désirs, les fleurs de toutes parts
Tendent vers vous leurs longs regards pleins de délices,
Les fleurs sont mes désirs, les fleurs sont mes regards,
Et vous buvez mon rêve au fond de leurs calices.

Je suis l'amour, l'amour, qui soulève les flots,
Et trouble et fait vibrer les océans immenses,
Et la chaleur, par qui les germes sont éclos,
Et le printemps, qui fait fécondes les semences.

Je suis dans tout, je suis la fraîcheur de la nuit,
Et je suis dans l'éther la lune qui vous aime,
Et l'ouragan aussi, l'éclair brûlant qui luit,
Car la création entière est mon poème,

Est un poème étrange où se mêlent des pleurs,
Et dont vous, ô mortels, vous êtes les pensées,
Ô vous qui partagez ma joie et mes douleurs,
Et l'ennui des éternités déjà passées.

JEAN LAHOR      



Epsilon
Admin famille
France

Date du message : aout 17, 2008  02:33

TOUT DOIT ÊTRE RÉINVENTÉ

Si en exécutant cet acte simple :
humer la chevelure de l’aimée
on ne risque pas sa vie
on n’engage pas son destin
du dernier atome de son sang
et de l’astre le plus lointain

si dans ce fragment de seconde
où l’on exécute n’importe quoi
sur le corps de l’aimée
ne se résolvent pas dans leur totalité
nos interrogations, nos inquiétudes
et nos aspirations les plus contradictoires

alors l’amour est en effet
ainsi que le disent les porcs
une opération digestive
de propagation de l’espèce

Pour moi les yeux de l’aimée
sont tout aussi graves et voilés
que n’importe quel astre
et c’est en des années-lumière
qu’on devrait mesurer les radiations
de son regard

On dirait que la relation de causalité
entre les marées
et les phases de la lune
est moins étrange
que cet échange de regards (d’éclairs)
où se donnent rendez-vous
comme dans un bain cosmique
mon destin
et celui de l’univers tout entier

Si j’avance ma main
vers le sein de l’aimée
je ne suis pas étonné
de le voir soudain
couvert de fleurs

ou que tout à coup il fasse nuit
et qu’on m’apporte une lettre cachetée
sous mille enveloppes

Dans ces régions inexplorées
que nous offrent continuellement
l’aimée

l’aimée, le miroir, le rideau
la chaise

j’efface avec volupté
l’œil qui a déjà vu
les lèvres qui ont déjà embrassé
et le cerveau qui a déjà pensé
telles des allumettes
qui ne servent qu’une seule fois

Tout doit être réinventé

Ghérasim Luca, L’Inventeur de l’amour, José Corti, 1994,


*****

Toujours pas de post sur l'immense poète qu'était Saint-John Perse, peut être que je ne me sens
pas de taille à l'affronter ce bonhomme?

Saint-John Perse

« Mes dents sont pures sous ta langue. Tu pèses sur mon cœur et gouverne mes membres. Maître du
lit, ô mon amour, comme le Maître du Navire. Douce la barre à la pression du Maître, douce la
vague en sa puissance. Et c’est une autre, en moi, qui geint avec le gréement…Une même vague par
le monde, une même vague jusqu’à nous, au très lointain du monde et de son âge…Et tant de houle,
et de partout qui monte et fraye jusqu’à nous… [...]
« Tu es là, mon amour et je n’ai lieu qu’en toi. J’élèverai vers toi la source de mon être, et
j’ouvrirai ma nuit de femme, plus claire que ta nuit d’homme ; et la grandeur de moi t’enseignera
peut-être la grâce d’être aimé. Licence alors aux jeux du corps ! offrande, offrande, et faveur
d’être ! la nuit t’ouvre une femme : son corps, ses havres, son rivage ; et sa nuit antérieure où
gît toute mémoire. L’amour en fasse son repaire !


« … Etroite ma tête entre tes mains, étroit mon front cerclé de fer. Et mon visage à consommer
comme fruit d’outre-mer : la mangue ovale et jaune, rose feu, que les coureurs d’Asie sur les
dalles d’empire déposent un soir, avant minuit, au pied du Trône taciturne…


Ta langue est dans ma bouche comme sauvagerie de mer, le goût de cuivre est dans ma bouche. Et
notre nourriture dans la nuit n’est point nourriture de ténèbres, ni notre breuvage, dans la
nuit, n’est boisson de citerne.


« Tu resserreras l’étreinte de tes mains à mes poignets d’amante, et mes poignets seront, entre
tes mains, comme poignets d’athlète sous leur bande de cuir. Tu porteras mes bras noués au-delà
de mon front ; et nous joindrons aussi nos fronts, comme pour l’accomplissement ensemble de
grandes choses sur l’arène, de grandes choses en vue de mer, et je serai moi même ta foule sur
l’arène…. [...]

« Le faucon du désir tire sur ses liens de cuir. L’amour aux sourcils joints se courbe sur sa
proie.

« Submersion ! Soumission ! Que le plaisir sacré t’inonde, sa demeure ! Et la jubilation très
forte est dans la chair et de la chair dans l’âme est l’aiguillon.

"Amers"

(Voir post "Nos plus beaux poèmes d'amour")

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : aout 18, 2008  10:47

RAINETTE DU NOIR

Le soir descend, ne tends pas les bras. N'ouvre pas les mains si l'ombre qui sort des
pierres
remonte jusqu'à ta gorge. Laisse cette peur te
gagner : elle est venue de trop loin pour prendre
ta place.

Ton coeur né avant toi, tu as grandi sans lui
et il continue à t'attendre sur le seuil. Tu auras
fait le tour de la maison sans qu'il te voit.
Sa peine épouse la nuit et se mire dans les
jours, frappe les murs avec sa fleur close, écoutée
de la nuit qui ouvre et ferme le ciel au fond de
tes yeux.
Marche dans le vent étiré d'oliviers. La terre
n'entend que des pas, le cour n'entend que la
terre, il a grandi sans marcher, il a vieilli sans te
trouver, chacune de tes larmes aura coulé pour le
voir.
C'est un peu de ton espoir, ce que les années
en ont perdu. On dirait ton ombre et qu'elle
cherche à se mettre debout. N'appelle personne.
Ton coeur ce n'est pas toi, c'est un enfant qui se
tourmente avec la crainte de tomber.


Quand le jour t'aura chassé de tes yeux.

******

L'OISEAU SANS AILES

La lumière se réfléchit dans ses yeux, mais il n'est
pas encore jour. Tu t'es levé trop tôt ; et te voilà.
Ta rue, le matin, ta maison et toi ; mais ce n'était
pas ton regard si cette ville qu'il a tirée du brouillard ne t'a pas recouvert.

Douze cloches d'argent ont sonné sur les eaux
pour le cheval de feuilles et l'oiseau prie-misère
et l'aiguille de nier, douze cloches de fer sonneront aux écluses pour faire place au jour
plein de
feuilles cueillies, sonnent pour défleurir sa pâleur
de gisant aux paupières scellées

.Les convois aux péniches de jour, ont dormi sous
la neige. Il ne passerait que des heures, avec leurs
boutons d'or, leurs épines de mai et Rose-au-loin,
la fille rose qui t'effaçait pour t'apparaître.
Cueille la fleur qu'on ne voit pas, la plus fidèle
qu'une étoile. Emporte-la sans être vu.

L'oiseau-cerise est de retour, cheval volant, souliers de
terre.

*****

CLAIRIÈRE

Il bouge un miroir où s'ouvre des paupières
c'est l'absence sur l'eau de ton visage
la ballade de ton sourire où l'aube t'envoie
née du tremblement d'une étoile qui mourut de revoir le jour

Ton corps se voit dans le noir
moins d'ombre est dans la nuit
que dans mes yeux où tu te lèves

toi de mon nom où tu te caches
toi de ta voix tout ce qu'on a su de ton coeur
et plus vivante pour le soleil que pour les jours

Eclair ou se poursuit la route du matin
c'est l'hirondelle, elle est blanche
Noir passant qu'en sais-tu
Si son ombre l'attache à la rose des neiges
Où jamais l'amour ne se pose
depuis qu'il a vu naître et en mourir l'amour

Joë BOUSQUET
La connaissance du soir, Poésie/Gallimard (146), 1945

( Voir post Jöe Bousquet ou traduit du silence)


            

Page 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16

Messages suivants >  Dernier message


Ajouter cette page à :  Ajouter cette page à Facebook  Ajouter cette page sur MySpace  Ajouter cette page à del.ico.us  Ajouter cette page à Google  Ajouter cette page à Netscape.  Ajouter cette page à Windows Live  Ajouter cette page à Yahoo Ajouter cette page à Ask.com  Ajouter cette page à Stumble.  Ajouter cette page à Digg.  Ajouter cette page à reddit.com  Ajouter cette page à NewsVine  Ajouter cette page dans Simpy