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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : Terre d'amour ou le plus beau pays du monde

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : aout 2, 2011  15:20

C'est vrai qu'avec un post fourre-tout, on peut faire de beaux voyages..

Je partirai..

Je partirai vers un pays
Qui n'a de connu que le nom.
Les herbes y sont plus hautes que de coutume
Et les oiseaux s'arrêtent
Subitement.

On peut s'y reconnaître
Ou se perdre plutôt,
C'est une autre évidence.

Parfois un arbre s'ouvre
Et ce n'est que la mer

Le temps s'est arrêté
Et la douleur y dure
Inévitablement.

il faut s'y plaire encore
Ou tout recommencer


Michel Cahour. "Ce sera comme un chant".



Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : aout 3, 2011  04:58

Il y avait la mer à traverser..

Il y avait la mer à traverser et les grands pays lointains
   peuplés d'oiseaux,
Il y avait les villes bordées d'aqueducs et de précipices aux
   mangeoires d'animaux,
Il y avait les arbres sous les porches et les grands soleils
   blancs sur le bord des falaises,
Il y avait la pluie à l'odeur bleue du lever matinal et les
   chevaux doux aux lèvres dans l'étonnement des sites,
Il y avait les édifices et les grandes volières installées sur
   les montagnes, loin des parcages et des chants souter-
   rains,
Il y avait les navires aux portes végétales et les soldats
   plombés, énormes sous les fleuves,
Il y avait des endroits, l'ennui des forêts, étonnés des
   alcôves et du chant des silences,
Il y avait des femmes retirées dans les enceintes domes-
   tiques et des enfants couchés sur le limon des temples,
Il y avait des remparts en amont de la neige et des
   astres enclos sur le bruit des frontières,
Il y avait des chemins, nulle part en pays, fabricants de
   couleurs, retirés de la mer où le vent se repose à l'abri
   d'un séjour, isolé des lointains dans un lieu musical.

Michel Cahour. "Ce sera comme un chant".



Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : aout 16, 2011  11:05

Ode au pays qui ne veut pas mourir.

Argile, mon pays d'argile,
Mon pays de moisson et de tourments,
Mon pays tourné vers le dedans
Lové sur ses amours, sur ses noires racines,
Mon pays aux cathédrales en devenir
Mon pays au passé de semailles verdies,
Forgé d'aventure, de pardons et de brisures.

Mon pays de détresse et de révolte,
Mon pays de souffrance et de lueur,
Mon pays voué aux serments, aux paroles
   brûlantes,
Mon pays traversé du sang des éclairs,
Rouge d'impatience, blanc de courroux,
Mon pays de charges et de chaînes sonores,
Mon pays allongé sur l'ardoise des siècles.

Ils sont venus, les avides bergers,
Les jaunes marchands de paille et de privilèges,
Les songe-creux à la langue cousue de grelots,
Par-delà les vallées livrées au sommeil.
Ils sont venus par les années et par les sourires
Avec leurs taureaux traînant dans la poussière
Une queue de venin, une bourse sans semence.
Ils sont venus avec leurs chèvres

Branlant dans la boue une mamelle gelée.
Ils sont venus avec leur table de sagesse
Et leur potence et leurs lois comme des menaces
Sur nos toits, sur nos enfants, sur nos poèmes.
Il sont venus avec leur cadence et leur salive
Baver dans nos livres et dans nos siècles.

Mon pays, ô peuples qui patientes
Dans les jardins où les chansons survivent,
Mon pays qui t'impatientes aux creux des branches,
Au pied des sapins où flambe la sève incessante,
Tu te lèves et ton cri parcourt les champs de blé
Si brusquement que la nuit enfin recule
Et que les forêts tremblent comme un matin premier.
Ô pays, la hâche brille,
Les prières cheminent de veille en veille,
De chaumière blanche en auberge de gueule.

Mon pays de cerise et de russule,
Mon pays d'eau-de-vie et de légende,
La marée monte encore
Et les années comme un chapelet d'injures
Mordent tes lèvres, cheminent en tes yeux ouverts.
La page est blanche où tu saignes aujourd'hui.
Mais les faiseurs de raison, les bergers pesants,
Les montreurs de fortune sous la botte,
Les bourgmestres railleurs, les cuisiniers hirsutes
Déjà recrachent la lie de leur axiome
Tandis que d'une seule main
On a crevé l'oeil implacable de la grande ourse.

Mon pays d'argile, pays de moissons,
Mon pays forgé d'aventure et de brisures,
Traversé du sang des éclairs,
Voici jaillir du roc ancestral
Le miel nouveau, la saison limpide,
Le tumulte irrévocable des juments indomptées.
Mon pays de cerise et de légende,
Rouge d'impatience, blanc de courroux,
L'heure est venue de passer entre les flammes
Et de grandir à tout jamais
Ensemble sur nos collines réveillées.
Mon pays d'argile, ma liberté renaissante,
Ma liberté refluante, mon pays infroissable,
Mon pays ineffacé, ineffaçable,
Ivre du bond sans retour et farouche
De ta liberté nue.

Alexandre Voisard. "Liberté à l'aube" 1978,

Il milite en faveur du Jura libre et pour son indépendance en 1978, son poème sera
repris par la foule..Le Jura suisse deviendra le 25 ième canton suisse..

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : aout 21, 2011  02:05


les immigrants

lissant leur vie aux fenêtres des trains
ils voient blêmir ces paysages
où nul arbre ne brûle

terre affamée de caresses et du vent
pour eux déroule tes bandages

ils vont leur renommée voyage
ils n'amasseront pas
rivés
à la souffrance plane

de temps en temps toisonnent
par le gué d'un bocage
ces gibets de tendresse qui
ne les balancent guère

ils vont sachant fort peu plier genoux
parmi la courbe hospitalière

en habits de fatigue
et de paternité ils vont
méchamment dispersés

petite écume de leur vie
regarde-les passant qui soliloquent

sur leurs cahiers de doléances
rugit la rime à l'univers

Gérard Cléry

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : aout 29, 2011  04:26



Verse en mon coeur brûlant, ô ma savante femme,
Le malicieux nectar du flacon irradié,--
Jaspant tes mains qui traversent sa flamme
Plus douce que le ,thym, la myrrhe et le maté ;

Donne aux muscles meurtris la menthe qui apaise,
Les sirops qui trahissent, le suc à double essence,--
Mais ton lys toujours vrai à mon brutal silence
Et mes rires d'enfant, et mes remords de braise.

Le ciel incendiera les hauts vitraux du soir
Et près de ta tendresse, ô cher enchantement,
Brillera seulement, superbe et sans miroir,
Un premier rayon d'or dans mon coeur flamboyant !

Jean-Rémy Breton, Rires du poète
éditeur : Les paragraphes littéraires de Paris

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : aout 30, 2011  14:31

New - York.

New-York ville
AuX multiples visages
Enjôlante et ensorcelante
Brusquement décevante
Ville de lumières et de ténèbres
Dans ta peau endurcie et sale
Je joins la palpitation de mon coeur
Aux sons des transistors
J'exalte ta chaleur
Pour mieux fuir ton froid
De dimensions en dimensions
Je monte et descends
De l'ouest à l'est
Du nord au sud
Je découvre sans cesse un visage nouveau
La vapeur monte de la rue endormie
Aux éclats de rire des gens éveillés
Filent les voitures multicolores
De tes flics matraqués et revalorisés
J'aime ton bruit d'enfer
Je hais ton racisme
Les chansons fusent
De Washington Square
Rouges blancs noirs jaunes
Tous amis sur une même rime
Il faut encore poursuivre plus loin
L'amitié n'est pas une parade
Dans le ciel gratté
Passent les avions de l'amour international
Arrivent de toutes parts
Des camarades du monde entier
Dans une fraternisation humaine
U.S.A. oublie tes guerres et tes dollars
Ouvre ton coeur
   Et
Tu retrouveras
   L'homme
Sur le désert de la vie.

Alain de Castries. New-York 1969 dans "Nanterre 72"

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : aout 31, 2011  08:25

Blues

Oh dans les alcools d'un bar de la rive gauche
Attendre attendre encore la même voyageuse
Celle au baiser de feu et qui fera tourner
Sa robe de cyclone autour de mes naufrages

Du côté de Shanghaï ou alors dans les bruines
D'un soir de Copenhague au large de l'automne
Un violon de mirage emporte la mémoire
Et les chambres d'hôtel ruissellent sur la mer

Quelque part dans le soir la rumeur d'une écluse
Un air de blues et tournent tournent les méduses
Suinte sur les trottoirs le sang des anciens crimes
Et ma vie se rallume aux songes de la brume

Du côté de Shanghaï de Prague ou d'Amsterdam

Odeur de l'amour malade et de neige tzigane
Quelque part et suivant le hasard des nuages
Attendre attendre encore la même voyageuse
Le cri d'un autorail me barre la mémoire

Christian Bachelin.   "Neige exterminatrice"



Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : octobre 30, 2011  11:06

   Odeur du temps.
                                     (à la mémoire de René Guy-Cadou)


Quelque part, du côté de Saint-Aubin de Luigné,
Il y a des routes au corsage entr'ouvert comme des fiancées
Et la petite forge des grillons entre les herbes calcinées
En cet après-midi que je ne revivrai jamais
Dans la confrontation du souvenir, dans la jeunesse sans étais
De ce pays sans arbres, au pas ensoleilé.

La flamme des fuschias s'infléchit sur le carrelage
D'une auberge, qui va à la dérive et flotte ainsi depuis des ans
Ouverte à la mémoire, ouverte à tous les vents,
Mais vide, avec ce reflet d'ombre et de vin fumée.

Pourtant, tout est fraîcheur en cette halte singulière
Où les murs sont de marbre et les grappes de pierre,
Et l'on attend en vain dans un angle, que vienne
Une main d'autrefois repousser les persiennes.

Saint-Aubin de Luigné, il ne reste de toi
Que ce nom, que je n'apprendrai jamais à prononcer
Avec cette retombée de la voix
Qui plonge jusqu'au fond des odorants celliers.

Michel Manoll. extraits de "Louisfert-en-Poésie.



Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : octobre 30, 2011  11:25

Louisfert à travers l'espace.

Voici que le village entre par la fenêtre
Sans même me consulter moi qui ne demandais rien
Sinon d'appuyer contre mes genoux le visage fidèle du jour
Et de creuser le sable du silence pour m'y reposer un instant
Que ferais-je de ces jasmins de ces marches de granit
Et de cette eau de puits qui coule dans mes mains ?
Il y a trop d'oiseaux sur ma page couchés
Comme en un nid de neige
Et tous ces arbres qui se retiennent de bruire pour ne pas effaroucher
   le silence
Où les placerais-je avec leurs longues racines souillées d'ombre et de
   rocaillles ?
Vraiment votre présence est importune et j'ai ce qu'il me faut de murs
   et de plafonds
Je ne sais où poser ces sources qui tanguent hors de leurs gonds
Comprenez donc que c'est à moi de faire le premier pas vers vous

Mais cette vitre glauque comme un tesson de bouteille
N'est-ce pas plutôt la première grappe de la treille
Célestement tramée par René Guy Cadou ?
Alors c'en est fini du calme de cette journée
Et ce village voyageur vient des confins de l'éternité

Jetez vos licols ô bêtes aux prunelles de rosée
Vous trouverez une litière dans ma chambre et je vous garderai
Longtemps à mes côtés car la main qui a lustré votre pelage
Est celle que j'ai tenue dans la mienne depuis que nous avions choisi
   pour hivernage
Ce haut chalet du coeur ancré dans les alpages.

Où pour mon temps terrestre s'élève la fumée.

Michel Manoll.    extraits de "Louisfert-en -Poésie"



Verlaine
France
Messages : 345

Date du message : octobre 31, 2011  13:33

une terre où la tolérance , le respect et la solidarité ont un sens noble !!

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : novembre 2, 2011  15:16


   Myriam, du lieu où je suis..

Myriam, du lieu où je suis
Je t'envoie ce que veut ton regard gris
Des orchis, un vol de ramiers
Ou ces gentianes que l'on cueille au pâturage
         entre eau et nuage
L'air de la montagne y brûle encore
Avec le vent chaud et paisible des rochers

Je t'envoie aussi le reflet du temps pluvieux
       au chemin où vient la salamandre
La musique du givre dans les sapins loin de toute cendre
Les traces dans la terre noire derrière le chalet
Ou est-ce déjà ton image ô Printemps
Si la belette et le loir lustré crient
Au tendre fourré où la mort peine
À tenter de nous donner la paix

Au lieu où je suis, je ne sais plus très bien ces choses
Je ne peux que te les envoyer de l'autre rive
Comme si souvenir et métamorphose
Le monde renaissait à mon regret
Drôle de façon de communiquer avec autrui
De parler avec toi vivante, d'où je suis
Mais quel secret garder, que tu ne saches?
Tu vois que je ne veux plus rien, ni ne cache
Aucun de mes retours dans tes parages
Simplement je suis mort, et mes mots
Peut-être ne t'atteignent pas
Quel chemin prendre?
Comment ferai-je si longuement pour attendre
Que tu puisses répondre à ce message?

Myriam, si tu reçois ma lettre fais-moi signe
Les pauvres morts n'ont pas un sort très digne
Je t'envoyais des ailes, des rumeurs, le vent de l'Alpe
Je ne suis plus très sûr que ma voix porte
Hors de la cloison où je ne dors pas

Il paraît qu'il n'est pas question que j'en sorte
Ah pense à moi! Je suis moins mort
Tout le temps qui reste
Si tu ne te presses pas de me rejoindre
Rien ne sert de souffrir ou de plaindre
La mort est ma demeure en terre agreste

Jacques Chessex. extraits"Les Elégies de Yorick"

Poète vaudois, sa poésie est tour à tour lyrique, élégiaque ou intimiste..poésie
des profondeurs du terroir..



Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : novembre 6, 2011  09:52

   Automne.

Une vigne a saigné sur la côte
des feuilles de perdrix voltigent.
Après la nuit barattée d'averses
les bois naufragent dans les brouillards
les focs des grandes falaises perdent la foi des voyages.
Bientôt : les souvenirs qu'on empaille
les aiguilles dans le coeur
le bitume rongé d'eau

l'ombre froide dans les mains.
Serre la cruche de joie dans le repli du silence,
les sources demeurent et veillent
aux coraux profonds de l'hiver.

Albert Fleury.

Les routes.

Les routes ruissellent de frissons
les paupières sont gluantes sur la nuit des visages
les mots résorbés dans les plaies
après la dernière récolte de larmes.
Ca et là un coeur dans un cri du silence
un coeur chassé dehors pour qu'il gèle
Je n'entends plus la tourterelle
qui attendait le monde sur le toit
je ne vois plus le ciel
il dérive avec les épaves.
Demeure seule la fidèlité de l'herbe dans le froid.



Albert Fleury extraits "Osiers de tendresses"

il y a dans cet auteur un charme ineffable, qui me pince le coeur..
j'ai passé commande de plusieurs de ses recueils.. et si vous le voulez bien
je ferai un post..
il est assez méconnu, rien de grandiose, ni tragique juste une poésie naturelle et sa
traduction langagière..

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