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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
aout 2, 2011 03:25
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Oui en principe,on a tous des racines , on est né quelque part comme dit la chanson et au besoin si l'on en manque des racines , on se les invente dans la tête, mais les poètes ont très souvent chanté leur pays, leur île,leur terroir,ils ont chanté leurs origines, leurs parents, leur terre,et c'est bien naturel, oui,avant on se déplaçait beaucoup moins qu'aujourd'hui, et c'était toujours une joie de revenir chez soi ,même si en voyage on emporte toujours avec nous un morceau de quelque part et de Tennessee? Alors pourquoi ne pas faire un petit voyage avec eux , les poètes qui veulent bien nous parler de la terre qu'ils aiment à commencer par Philéas Lebesgue, un poète et écrivain, lui aussi assez injustement oublié mais qui a commis quelques belles poèsies et a magnifiquement chanté sa Picardie natale, c'était un personnage très interessant qui a paraît il traduit Tagore et aussi des textes bretons "Lebesgue est poète, mais il est aussi un linguiste extraordinaire, un érudit, un philosophe, un penseur de très haute classe. Et là est le miracle... ". (Émile Guillaumin 1923) Un avant -goût de sa poèsie mais j'y reviendrais sûrement sur ce personnage né en 1869 et mort en 1959, une sorte de Bachelard qui s'est interessé à plein de choses, et mes posts sont avant tout destinés à mettre en avant des poètes oubliés de ce genre ! . "
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Terre d’amour
O mon pays de Bray picard, peuplé de haies Quelle âme aromatique, irrésistible et douce Habite en toi, parmi les myrtils et la mousse Parmi les prés en fleurs et les hautes futaies !
Parce que nous goûtons la rouille de tes sources, Le pain de tes froments, le cidre de tes pommes, Ta glèbe a pénétré dans la chair que nous sommes, Et ton fils, loin de toi, perdent toutes ressources.
C’est que les morts couchés au flanc de tes collines, Ont haleté sur toi de toutes leurs poitrines Et t’ont, le long des jours, baigné de sueurs lentes;
C’est que le ciel, soir et matin, mouille et féconde, Du magique baiser de ses lèvres sanglantes, Ton sol amer, où le fer brun git sous la sonde.
Philéas Lebesgue
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Le plus beau pays du monde
Le plus beau pays du monde, C’est la terre où je naquis ; Au printemps, la rose abonde Aux abords de ses courtils, D’elle émane dans la brise Un arôme sans pareil, Au clocher de ses églises Le coq guette le soleil.
On y parle un doux langage, Le plus beau qu’on ait formé ; L’étranger devient plus sage, Quand il se met à l’aimer. Heureux qui reçut la chance De l’ouïr dès son berceau, Car la langue de la France Est un chant toujours nouveau.
Parfums de fleurs, chants de cloches, Bruits d’eaux vives, gais frissons Des tiges qui se rapprochent, Quand mûrissent les moissons, Etoiles dans un ciel tendre, Sourires d’aubes en éveil : Ah ! mon pays j’aime entendre Ta chanson dans le soleil !
Philéas Lebesgue
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
juillet 25, 2008 12:31
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oui, encore un poème classique...je reviens toujours à mes amours..
par Joachim du Bellay , recueil, "les regrets"
Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage, Ou comme cestuy-là qui conquit la toison, Et puis est retourné, plein d'usage et raison, Vivre entre ses parents le reste de son âge !
Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village Fumer la cheminée, et en quelle saison Reverrai-je le clos de ma pauvre maison, Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?
Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux, Que des palais Romains le front audacieux, Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :
Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin, Plus mon petit Liré, que le mont Palatin, Et plus que l'air marin la doulceur angevine.
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
juillet 25, 2008 12:49
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REVENIR DANS UNE VILLE....
Revenir dans une ville de velours et de porcelaine, les fenêtres seront des vases où les fleurs, qui auront quitté la terre, montreront la lumière telle qu'elle est.
Voir le silence, lui donner un baiser sur les lèvres et les toits de la ville seront de beaux oiseaux mélancoliques, aux ailes décharnées.
Ne plus aimer que la douceur et l'immobilité à l'oeil de plâtre, au front de nacre, à l'oeil absent, au front vivant, aux mains qui, sans se fermer, gardent tout sur leurs balances, les plus justes du monde, invariables, toujours exactes.
Le coeur de l'homme ne rougira plus, il ne se perdra plus, je reviens de moi-même, de toute l'éternité.
PAUL ELUARD.CAPITALE DE LA DOULEUR
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
juillet 25, 2008 14:37
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Longtemps j'eus pour centre du monde... Longtemps j'eus pour centre du monde Sinaï, Délos et Béthléem. Un jour je me suis exilé, j'ai quitté les sites ordonnancés, les sagesses aux apparences limitées, les dieux tombant seulement de la plus haute colline. Etranger muet, je partis ; sur des plateaux isolés mes pas ne firent pas de bruit, ne laissèrent pas de trace ; je m'enfonçais dans une grande argile.
Armand ROBIN
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Le rôle de sentinelle Est confié aux arbres.
Si c'est pour demander Pourquoi le silence,
Vous n'êtes pas d'ici.
Le dehors Doit exister.
Dans le domaine, Les buisssons Ne se plaignent pas.
L'eau Dans l'étang
Est occupée À garder le temps.
Des haies.
Que fait un regard Que rien n'arrête ?
Rien ne caracole Dans le domaine,
Sauf peut-être Au plus grenu des pierres.
La lune, Soit !
Qu'elle apparaisse Pour être éconduite.
Ah oui ! Le vent
Des roses qui ne pensent pas
À être des roses.
Autour du domaine, Le vent se cherche Des porte-parole.
On ne se couche Que pour s'avouer son corps.
Quand le vent se nie, Alors c'est le vent.
Il y a des feuilles auxquelles Il n'est pas question de parler.
Les massifs d'orties Servent de cicatrices.
Pitié pour les bêtes Qui n'ont pas de nuit.
Il y a des silences Gros de silence.
Ils s'écoutent.
Les horizons Surveillent les arbres.
Dans le domaine Que je régis,
J'enquête.
Dans le domaine On ne sait pas toujours Où est la surface.
Le domaine Est peut-être un rêve
Qui a trouvé Son territoire.
Descendre dans l'étang
N'apprendra rien de plus Probablement Sur le domaine.
La branche - Infatigable.
Les toits
Ne savent pas toujours Ce qu'ils ont à faire.
Le ciel N'est pas toujours chez lui.
On ne sait jamais Ce que fera la branche, la prochaine fois.
On t'accompagnera Si tu trouves ta route.
L'eau de l'étang
Jamais surprise En flagrant délit.
Du silence Qui s'en prend Il ne sait à quoi.
Il faut parfois Beaucoup de lointain
Pour aller de la chambre Jusqu'à l'étang.
Pendant tout ce temps, L'eau
Ne pense qu'à soi.
Ce n'est rien. C'est l'étang
Qui, cette fois, Dort pour de bon.
L'oeil Dans la tourterelle.
L'eau Dans l'étang
Qui de nous A pu
S'affranchir de l'absence ?
À force de croire À sa propre joie,
La voici Qui a le dessus.
La grande lumière aussi Fait tâtonner.
Et ces pigeons Qui revenaient Nous étaler
Leurs mouvements Trop réussis.
Vient un moment Où le chêne lui-même
Pense à la durée.
S'il n'y avaient pas les ramiers,
Les rochers Seraient plus fermés.
Pas pour toujours, Dit la pluie.
Il y a des feuilles Plus taciturnes.
Donnez vos preuves, dit l'étang.
La ronce N'est pas le pire
Tant de mains qui hors du travail Ne savent pas quoi.
Qui de nous Ne braconne pas ?
Aux confins du domaine,
tous les regards sans yeux.
L'eau Sur le point de dire Comme tout le monde :
Qu'est-ce qu'on me veut ?
La mousse, Etonnée,
Autant qu'un chevreuil.
"Loin, Loin, Loin"
Criaient Les corbeaux .
Dans le buisson,
Des yeux De chevreuils ou de papillon.
Ces moments Où rien n'est intercepté.
Toujours le vent Trouve à redire,
À lui-même Surtout.
Le froid -
À lui-même Incompréhensible.
Là-haut L'épervier dit :
C'est maintenant, L'éternité.
Si l'on entendait Le travail des radicelles,
Qui s'endormirait ?
On n'en finit pas De s'habituer.
C'est avec du noir
Que les lampes fabriquent Ces lumières qui grincent.
Quelque chose A palpé l'air dans le sous-bois.
Le lierre Est, comme toi, De la préhistoire.
Avoue toujours.
Plus tu en diras, Plus tu en garderas.
Dormir, dormir, Disaient les toits.
Mais quelque chose Les reclamait.
Chaque arbre A sa façon
D'appâter le soleil.
Il allait seul Dans les allées,
Abandonné Par son enfance.
Le noisetier A dû dormir.
Il te regarde et cherche À se rappeler.
La tourterelle N'aura pas pitié.
De tous ceux du domaine C'est encore toi Qui mendies le plus.
Comme les lichens Avoir soin du temps.
Le ver de terre aussi T'a donné quelque chose.
Nous n'espionnons pas Se murmurent les nuages.
Toutes ces ronces Privées d'ennemis.
L'horizon Ne cille jamais.
Nos veilles commencent Au petit matin.
L'eau Dans la terre Est indulgente.
À la surface Il lui en reste quelque chose.
La grenouille Se souvient Qu'elle doit chanter.
Ne comptez pas Les soleils couchants.
Il y en aura.
GUILLEVIC.Du domaine Gallimard, 1967
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
juillet 26, 2008 05:17
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Heidelberg
Depuis longtemps je t’aime et je voudrais, pour mon plaisir, T’appeler mère, et t’offrir un chant sans apprêt, Ô toi des villes de ma patrie Que j’ai pu voir, la plus champêtre et la plus belle.
Comme l’oiseau de la forêt vole au-dessus des cimes, S’arque au-dessus du fleuve, où il brille à tes pieds, Dans sa force légère, Le pont sonore de passants et de voitures.
Des dieux venu peut-être, un charme jadis m’arrêta Sur ce pont, lorsque je passai : Les lointains attirants Semblaient aller vers les montagnes
Et le jeune homme, le fleuve, fuyait vers la plaine Sombre et gai tel le cœur quand, sous le poids de sa beauté, Pour en aimant périr, Dans les flots du temps il s’abîme.
Tu lui avais donné des sources, au fugitif, Des fraîches ombres, et les rivages le suivaient Tous du regard, et dans les vagues Tremblait leur gracieuse image.
Mais pesamment sur la vallée se suspendait l’énorme fort, Augure du Destin, jusqu’en son fond Par les orages déchiré; Et pourtant, le soleil éternel répandait
Sa jouvence de lumière sur le colosse Vieillissant, et alentour le lierre verdoyait, Vivant; d’amicales forêts Descendaient murmurantes au-delà du fort
Et des buissons en fleurs, jusqu’où, dans la vallée sereine, Adossées aux collines ou ornant les rivages, Tes ruelles heureuses Dorment parmi les jardins odorants.
(Friedrich Hölderlin, traduction française de Philippe Jaccottet du poème « Heidelberg »)
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
juillet 28, 2008 12:52
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Le golfe du Lion
est piqué tout entier de balancelles roses
qui traînent des filets immenses ou qui posent
çà et là des nasses de fond.
C'est le printemps, la mer est tendre,
elle monte, elle va s'étendre
jusqu'aux îles du Rhône où vivent les taureaux,
puis sous les amandiers, les mûriers et les figues,
jusqu'à l'étang de Berre où le bleu de ses eaux
bat la colline des Martigues.
HENRI BOSCO
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
juillet 29, 2008 11:21
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La ville peut renfermer aussi bien des des dangers, avec la misère et son cortège, et peut sembler un gouffre sans fin pour certains poètes,ainsi dans ce parallèle entre deux visions assez négatives pour ces deux poètes de la même époque.
***
LE DIEU DE LA VILLE
Sur un bloc de maisons il siège à son aise. Les vents campent noirs autour de son front. Rempli de rage il regarde les dernières maisons au loin Se perdre par la campagne dans la solitude.
Le soir fait luire le ventre rouge de Baal, Les grandes villes l’entourent en s’agenouillant. Les cloches des églises en nombre immense Déferlent sur lui d’une mer de tours noires.
Comme une danse de corybantes retentit sonore La musique de ces millions de cloches par les rues. La fumée des cheminées, les nuages des usines Montent dans sa direction, bleuâtres comme de l’encens.
Le temps se consume en ses sourcils. Le soir obscur s’assoupit dans la nuit. Les ouragans voltigent, regardant comme des vautours Du haut de ses cheveux qui se hérissent de colère.
Il étend dans les ténèbres son poing de boucher. Il le serre. Une mer de feu court Par une rue. Et l’épaisse fumée du brasier gronde Et la dévore, jusqu’à la percée tardive du matin.
Georg Heym (1887-1912) poète expressionniste allemand disparu tragiquement à l’âge de 25 ans.
****
A CEUX QUI N'ONT PLUS DE VOIX
Oh! la démence de la vaste ville quand le soir Des arbres étiolés sont figés contre un mur noir, Et de son masque d’argent regarde l’esprit du mal; La lumière chasse de sont fouet magnétique la nuit de pierre. Oh! le son estompé des angélus.
Pu tain qui en des frissons glacés met au monde un enfant mort-né. Forcenée la colère de Dieu fouette les fronts des possédés. Pourpre épidémie, faim qui fracasse des yeux verts. Oh! l’horrible rire de l’or.
Mais immobile saigne dans un antre plus sombre une humanité plus muette, La tête salvatrice assemble de durs métaux.
Georges Trakl (1887-1914) *Ce message a été édité le Jul 29, 2008 11:27 AM par Epsilon*
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
juillet 29, 2008 13:09
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Il y a toujours des gens pour vous le faire savoir que vous n'êtes pas d'ici,que vous êtes différent, et oui ça doit les déranger quelque part et ça doit surtout les rassurer eux, de savoir qu'ils sont bien d'ici, qu'ils ont une histoire et tout ça ,c'est à voir , mais tout le monde à son histoire croyez-moi, même si elle est plus compliquée pour certains que pour d'autres !
*****
À tous les reconduits
Fils des murailles
Nous avons transporté les bosses du désert
Jusqu'aux portes du refus
La terre sous nos pieds déroulait ses frontières
Hissait des barbelés
Et refusait nos mains de pèlerins
Les passeurs cassaient nos âmes
Nos corps marqués au fer du soleil
Nos langues sèches de barbares errants
Et froidement tétaient l'argent de nos exils
C'est l'heure d'une folie douce
Nos genoux ont balisé l'enfer
Notre faim a mangé la poussière
Et nos silences ont grimpé la tour de Babel
C'est l'heure d'une folie douce
Là-bas
La ville amarre la misère
Le visage de l'épouse allume une feuille morte
L'enfant qui naît enjambe l'avenir
Là-bas la mort embarque les jours
Et les nuits dévorent la chair des étoiles
Nous sommes d'un long voyage
Un voyage d'ancêtres au coeur maigre
Un voyage de sauterelles affamées
Un voyage de pays sous parfusion
Un voyage d'ombres sans corps
Nous sommes de ce voyage
Où les nuits font contrebande de chair
Où les jours ont honte de leur soleil
Où les hommes quémandent le droit de respirer
Nous sommes de ce voyage
Nos yeux chavirent comme des pirogues blessées
Nos mains dénouent le nombril de nos rêves
Partir n'est pas partir
Quand les murs sont vivants
Partit n'est pas partir
Quand l'oiseau est sans nid
Partir n'est ps partir
Quand la terre se cloisonne
Dans la peur des peuples
Nos pas effrayaient la tour Eiffel
Les capitales repues du sel des colonies
Les usines à chômage
Les bourreaux d'arc-en-ciel
Les bourses mondialisées
Et les marchands de peau
Nos pas dérangent la marche du monde
Nos pas vont en fraude supplier l'horizon
Ils ne savent pas ouvrir les monnaies de l'accueil
Et ils s'en retournent humiliés
D'avoir à retourner
Au seuil de nous-mêmes
Est-ce la peau qui refoule
Est-ce l'homme qui dit non
Nous sommes les arpenteurs du refus
Les déserteurs sans papiers
Les capitales ont tissé nos douleurs
Et leurs lumières sont des flocons de sang
Des feux rouges sans paupières
Des enseignes interdites
Insectes saisonniers
Nous jouons
À recoudre l'espace
Derrière l'incendie
Nous jouons des jeux de prisonniers
Le monde entier est notre prison
Et nous jouons nos vies
Au casino des riches
Voici venue la saison des fleuves vides
Voici venue la saison des barbelés
Voici venue la saison des marées himaines
Voici venue la saison des esclaves volontaires
Même le village a mangé son midi
Et nos villes drapées dans la poussière
Sortent des seins maigres comme des aiguilles
Ô pays!
Nous avions rendez-vous avec les pays du rêve
Avec une autre géographie
Avec les grandes puissances de l'or et de l'euro
Leurs villes sont des vallées de miel
Des cornes d'abondance
Et leur pain quotidien récite sa prière
A l'ombre des cathédrales
Nous n'avons rien à déclarer sinon la faim
La faim n'a pas de passeport
Nous n'avons rien à déclarer sinon la vie
La vie vie n'est pas une marchandise
Nous n'avons rien à déclarer sinon l'humanité
L'humanité n'est pas une nationalité
La misère ne passe pas
Passager clandestin
Elle retourne au pays
Nos sandales ont usé les nuits
Nos pieds nus ont écorché les dunes
La rosée pleurait une terre inhumaine
Et nos mains mendiaient une autre main
Les drapeaux ont peur de leurs promesses
Ils se sont enroulés comme des scolopendres
Notre soif est retournée au feu de notre gorge
Et la vie nous a tourné son dos
Tout homme qui s'en va défie l'entour
Dessouche une nation
Et lézarde une étoile
Et dans ses yeux grésille une autre vie
Son feuillage est d'outre-mer
Quand tout au loin luit son désastre
Il fait troupeau vers les quatre saisons
Il fait tombeau aux bornages
Ô nègres marrons!
Ce sont forêts de béton et d'arbres chauves
Souviens-toi de l'enfant mort d'atterrir
En un seul bloc de froidure
Dessous le ventre de l'avion
Souviens-toi de sa mort d'oiseau gelé
Souviens-toi
Et toi reconduit
Econduit
Déviré
Jeté par-dessus bord
Taureau d'herbe sèche
Regarde-toi passer sur la terre
Les yeux baissés
Et sur la joue le crachat desnations
Ils ont faim du soleil
Mais le soleil a faim aussi
(Parole de poète)
Demande-toi où est ton lieu
Ton seul lieu d'accueil
Tu inventeras la terre
ERNEST PEPIN Lamentin le 29 octobre 2006
Ernest Pépin Né le 25 septembre 2005 à Castel Lamentin en Guadeloupe, Ernest Pépin , après des études supérieures à Bordeaux, est professeur de lettres en Martinique, où il participe activement à la vie culturelle. Producteurs d’émissions littéraires, conférencier et poète, critique littéraire, il écrit parallèlement des romans et des recueils de poésie Depuis 1985, il est directeur de la Culture et du Patrimoine au Conseil Général de la Guadeloupe.
TROUVE SUR LE SITE DE NANCY.ASPECTS.EDITIONS,MERCI A EUX ET S'Y REPORTER POUR EN SAVOIR PLUS!
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
aout 4, 2008 06:31
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En Arles.
Dans Arle, où sont les Aliscams, Quand l'ombre est rouge, sous les roses, Et clair le temps,
Prends garde à la douceur des choses. Lorsque tu sens battre sans cause Ton coeur trop lourd ;
Et que se taisent les colombes : Parle tout bas, si c'est d'amour, Au bord des tombes.
Paul-Jean Toulet, Chansons (Un poète bien trop méconnu, allez savoir pourquoi?)
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
aout 6, 2008 05:09
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Retour au pays de l'enfance.
Je pense souvent à la maison de mon enfance. Aux années faciles Quand je vivais en confiance.
Je suis retournée la voir, Je n’ai rien reconnu. Elle n’existe plus. A sa place une cité-dortoir.
Dans la cour de l’école Je n’ai pas retrouvé Les beaux néfliers À l’ombre desquels on dansait nos farandoles.
La boutique du chinois Ou nous allions parfois Acheter deux sous de bonbons A une nouvelle affectation.
Que sont-ils devenus Tous ceux qui vivaient dans ma rue ? Sur quelle terre étrangère Cachent-ils leur misère ?
Je suis repartie déçue. L’idée de ce temps révolu M’a pincé le cœur.
Poème anonyme. (2003)
Charles Trenet chantait aussi, "Je revois mon coin de rue, aujourd'hui disparu..."
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
aout 6, 2008 05:45
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Ce poème d'Henri de Regnier sur Venise qu'il a beaucoup aimé et chanté, pour toi Marie-Elisabeth, qui a peut être été aussi à Venise ?
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Quatre poèmes d’Italie
Promenade
Sur l’eau verte, bleue ou grise, Des canaux et du c*****, Nous avons couru Venise De Saint-Marc à l’Arsenal.
Au vent vif de la lagune Qui l’oriente à son gré J’ai vu tourner ta Fortune, O Dogana di Mare !
Souffle de l’Adriatique, Brise molle ou sirocco, Tant pis, si son doigt m’indique La Cà d’Or ou San Rocco !
La gondole nous balance Sous le felze, et, de sa main, Le fer coupe le silence Qui dormait dans l’air marin.
Le soleil chauffe les dalles Sur le quai des Esclavons ; Tes détours et tes dédales, Venise, nous les savons !
L’eau luit ; le marbre s’ébrèche ; Les rames se font écho Quand on passe à l’ombre fraîche Du Palais Rezzonico.
Henri de Régnier — La Cité des eaux
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
aout 6, 2008 06:10
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Poème, Loire
Peut-être cela, une lumière tendue douce un jour puis d’autres, non pas la même et cependant assez particulière pour déposer dans les mots les yeux. On va de la langue jusqu’au lieu aussi bien que de lui aux mots, maintenant.
__
Dessus, il y a l’accueil d’un ciel et au bout, venant vers nous, un fleuve : entre, la lumière distend, amollit le pays au point qu’il n’y a plus qu’espace sans angle, orbite, œil rond. C’est toujours voir, même de loin, une lumière qui tourne l’œil et ouvre.
__
Il y a du fleuve dissous dans cette lumière, et de l’air et des arbres, eau et pierres deviennent mal distincts : une matière mouvante, molle. En bordure de l’œil est rejeté ce qui résiste, et droit devant bouge ce qui se mêle, s’épaissit en douceur.
__
On voit jusqu’à ce que le pays verse dans le fleuve, dans un mouvement lent qui emporte malgré tout. Vivre coule en voir. On ne bouge pas : on ne fixe plus : on absorbe jusqu’à ne plus tenir à rien tout autour. Alors, on peut fermer l’œil et ne plus garder en tête qu’une lumière ronde.
Antoine Emaz.« Caisse claire », Editions Points, 2007
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
aout 8, 2008 05:04
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Barcarolle
Dites, la jeune belle ! Où voulez-vous aller ? La voile ouvre son aile, La brise va souffler !
L’aviron est d’ivoire, Le pavillon de moire, Le gouvernail d’or fin ; J’ai pour lest une orange, Pour voile une aile d’ange, Pour mousse un séraphin.
Dites, la jeune belle ! Où voulez-vous aller ? La voile ouvre son aile, La brise va souffler !
Est-ce dans la Baltique, Sur la mer Pacifique, Dans l’île de Java ? Ou bien dans la Norwége, Cueillir la fleur de neige, Ou la fleur d’Angsoka ?
Dites, la jeune belle ! Où voulez-vous aller ? La voile ouvre son aile, La brise va souffler !
— Menez-moi, dit la belle, À la rive fidèle Où l’on aime toujours. — Cette rive, ma chère, On ne la connaît guère Au pays des amours.
Théophile Gautier (La Comédie de la mort ).
Le pays des amours est aussi un joli pays, il y a tant de jolis pays.. Le pays du Soleil Levant, le pays du Matin Calme et d'autres encore, Tiens "Au pays du sourire".( Opérette romantique de Franz Léhar ).
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
aout 20, 2008 05:50
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Souvenir du pays de France Romance.
Combien j'ai douce souvenance Du joli lieu de ma naissance ! Ma soeur, qu'ils étaient beaux les jours De France ! O mon pays, sois mes amours Toujours !
Te souvient-il que notre mère, Au foyer de notre chaumière, Nous pressait sur son coeur joyeux, Ma chère ? Et nous baisions ses blancs cheveux Tous deux.
Ma soeur, te souvient-il encore Du château que baignait la Dore ; Et de cette tant vieille tour Du Maure, Où l'airain sonnait le retour Du jour ?
Te souvient-il du lac tranquille Qu'effleurait l'hirondelle agile, Du vent qui courbait le roseau Mobile, Et du soleil couchant sur l'eau, Si beau ?
Oh ! qui me rendra mon Hélène, Et ma montagne et le grand chêne ? Leur souvenir fait tous les jours Ma peine : Mon pays sera mes amours Toujours !
François-René de Chateaubriand. (Recueil : Poésies diverses ).
Ce poème m'incite, à chanter la chanson de Charles Trénet, "Douce France"
Douce France (1943 )
revient à ma mémoire Des souvenirs familiers Je revois ma blouse noire Lorsque j'étais écolier Sur le chemin de l'école Je chantais à pleine voix Des romances sans paroles Vieilles chansons d'autrefois
{Refrain:} Douce France Cher pays de mon enfance Bercée de tendre insouciance Je t'ai gardée dans mon cœur! Mon village au clocher aux maisons sages Où les enfants de mon âge Ont partagé mon bonheur Oui je t'aime Et je te donne ce poème Oui je t'aime Dans la joie ou la douleur Douce France Cher pays de mon enfance Bercée de tendre insouciance Je t'ai gardée dans mon cœur
J'ai connu des paysages Et des soleils merveilleux Au cours de lointains voyages Tout là-bas sous d'autres cieux Mais combien je leur préfère Mon ciel bleu mon horizon Ma grande route et ma rivière Ma prairie et ma maison.
{au Refrain} Pardonnez cette intrusion, de la chanson, au royaume de la poésie.. Mais elle collait si bien au poème de Chateaubriand!!!
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
aout 21, 2008 03:12
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Merci Marie-Elisabeth pour ces belles évocations de notre beau pays, mais moi je vais faire un parallèle plus osé et en chemin de fer, avec le poème de Théophile Gautier que tu as mis, avec celui d'une poètesse que tu aimes bien Anna de Noailles et qu'on attend pas en train de voyager ainsi ,lol!
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VOYAGES
Un train siffle et s'en va, bousculant l'air, les routes, L'espace, la nuit bleue et l'odeur des chemins ; Alors, ivre, hagard, il tombera demain Au cœur d'un beau pays en sifflant sous les voûtes.
Ah ! la claire arrivée au lever du matin ! Les gares, leur odeur de soleil et d'orange, Tout ce qui, sur les quais, s'emmêle et se dérange, Ce merveilleux effort d'instable et de lointain !
- Voir le bel univers, goûter l'Espagne ocreuse, Son tintement, sa rage et sa dévotion ; Voir, riche de lumière et d'adoration, Byzance consolée, inerte et bienheureuse.
Voir la Grèce debout au bleu de l'air salin, Le Japon en vernis et la Perse en faïence, L'Égypte au front bandé d'orgueil et de science, Tunis, ronde, et flambant d'un blanc de kaolin.
Voir la Chine buvant aux belles porcelaines. L'Inde jaune, accroupie et fumant ses poisons, La Suède d'argent avec ses deux saisons, Le Maroc, en arceaux, sa mosquée et ses laines…
Anna de NOAILLES (1876 - 1933)
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