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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : Poemes sur la mer et les marins

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : juillet 4, 2008  11:22

René Guy Cadou avait écrit un poème intitulé Dérive, tiré du recueil Retour de flammes (1938-1939)

DERIVE

Je n'ouvrirai pas la porte d'écume
Qui scelle les creux bariolés de la mer
Ni les dunes bourdonnantes
Le soleil navigue dans les ramures méduse perdue
Une main se tapit dans l'ombre de mon bras
Ma voix frôle des voix têtues
C'est l'écorce de l'eau qui m'emprisonne
Toutes ses clés rouillées qui ferment ma gorge
Tous ses goémons sur le coeur
Pour me sauver
Je retranche mon enfance de ma vie
Mes premiers pas brodés d'herbe
Mes jeux dociles
Je vis avec lenteur

****

Plus curieux à mon avis,l'hommage poètique qu'il a consacré au navigateur Alain Gerbault!
Faut dire que malgré le talent et le génie de Cadou parfois , ce n'est pas trop ma tasse de
thé,ce "De quel monde inconnu tiens-tu ces belles hanches"Bon chacun ses goûts aussi!


POEME A ALAIN GERBAULT

Tu n'es pas fait de la même glaise que nous
C'est un autre torrent qui brise tes genoux
De quel monde inconnu tiens-tu ces belles hanches
Ces colombes de sel qui nichent dans tes branches
Ton pas n'a pas franchi le seuil de nos prisons
Tu ignores le gel et le nom des saisons
Et tes bras sont peuplés de voyageurs étranges
O toi dont la peau sent le soleil et l'orange
Qui trace ton sillon dans le sable des mers

Connaîtras-tu jamais nos sourires amers
Nos épaules fanées, ces poitrines fragiles
Et les relents d'acier qui ternissent nos îles
Tu marches sans compter dans l'écume et le temps
Dans l'air ou tout est clos personne ne t'attend
La chambre ou tu es né glisse sur ses persiennes
Mais c'est une autre odeur qui flotte que la tienne

Ami féroce et blond sans étoile et sans port
Tu n'as pour passager que ton coeur à ton bord
Plus loin que l'horizon dans les steppes d'eau verte
Peut-être cherches tu quelque vague déserte
Ou quelque liane d'or pour y nouer ton sang
Tes cheveux sont poudrés du soufre des tempêtes

Le flot ronge à demi l'écorce de ta tête
La voile monte haut sous ton hâle puissant.

Que t'importe aujourd'hui nos plaies et nos frontières
Tout se donne ou se prend entre la terre et l'eau
Le jour qui s'est levé gicle dans la lunière
Et tu es plein d'éclaboussures, Alain Gerbault.

René- Guy Cadou

*Ce message a été édité le Jul 4, 2008 11:27 AM par Epsilon*

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : juillet 4, 2008  14:07

Baudelaire aimait beaucoup les poèmes de Théophile Gautier, doit on nous aussi alors, aimer les
poèmes de Théophile Gautier?Peut être, pourquoi pas s'ils sont tous de la qualité inventive de
celui qui suit!



Tristesse en mer

Les mouettes volent et jouent ;
Et les blancs coursiers de la mer,
Cabrés sur les vagues, secouent
Leurs crins échevelés dans l'air.

Le jour tombe ; une fine pluie
Eteint les fournaises du soir,
Et le steam-boat crachant la suie
Rabat son long panache noir.

Plus pâle que le ciel livide
Je vais au pays du charbon,
Du brouillard et du suicide ;
- Pour se tuer le temps est bon.

Mon désir avide se noie
Dans le gouffre amer qui blanchit ;
Le vaisseau danse, l'eau tournoie,
Le vent de plus en plus fraîchit.

Oh ! je me sens l'âme navrée ;
L'Océan gonfle, en soupirant,
Sa poitrine désespérée,
Comme un ami qui me comprend.

Allons, peines d'amour perdues,
Espoirs lassés, illusions
Du socle idéal descendues,
Un saut dans les moites sillons !

A la mer, souffrances passées,
Qui revenez toujours, pressant
Vos blessures cicatrisées
Pour leur faire pleurer du sang !

A la mer, spectre de mes rêves,
Regrets aux mortelles pâleurs
Dans un coeur rouge ayant sept glaives,
Comme la mère des douleurs.

Chaque fantôme plonge et lutte
Quelques instants avec le flot
Qui sur lui ferme sa volute
Et l'engloutit dans un sanglot.

Lest de l'âme, pesant bagage,
Trésors misérables et chers,
Sombrez, et dans votre naufrage
Je vais vous suivre au fond des mers.

Bleuâtre, enflé, méconnaissable,
Bercé par le flot qui bruit,
Sur l'humide oreiller du sable
Je dormirai bien cette nuit !

... Mais une femme dans sa mante
Sur le pont assise à l'écart,
Une femme jeune et charmante
Lève vers moi son regard,

Dans ce regard, à ma détresse
La Sympathie à bras ouverts
Parle et sourit, soeur ou maîtresse,
Salut, yeux bleus ! bonsoir, flots verts !

Les mouettes voient et jouent ;
Et les blancs coursiers de la mer,
Cabrés sur les vagues, secouent
Leurs crins échevelés dans l'air.

Recueil : Emaux et camées


*Ce message a été édité le Jul 4, 2008 2:48 PM par Epsilon*

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : juillet 8, 2008  15:44

Faute de capitaine, de marin, de moussaillon et de dauphin ce post va lamentablement s'échouer
sur un banc de sable, ah vaincre sans périls, on triomphe sans gloire, lol!

Dauphin42
France
Messages : 523

Date du message : juillet 8, 2008  16:31

Hélas les tâches basement matérielles ne nous laissent peu de temps.
Je gère la construction d'un mur de clôture, cela me prend du temps.
Merci pour votre dévouement pour l'art poétique,
Je ne vous quitte pas........
Jean Pierre

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : juillet 9, 2008  03:40

Je ne sais si Victor Hugo avait le pied marin,bon son exil à Jersey lui a sans doute profité,
mais peut on le considerer comme un grand poète de la mer et de la marine? j'en sais rien et
vous? En attendant voilà un de ses plus beaux poèmes, Océano nox!


Oh ! combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,
Dans ce morne horizon se sont évanouis !
Combien ont disparu, dure et triste fortune !
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Sous l'aveugle océan à jamais enfouis !

Combien de patrons morts avec leurs équipages !
L'ouragan de leur vie a pris toutes les pages
Et d'un souffle il a tout dispersé sur les flots !
Nul ne saura leur fin dans l'abîme plongée.
Chaque vague en passant d'un butin s'est chargée ;
L'une a saisi l'esquif, l'autre les matelots !

Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues !
Vous roulez à travers les sombres étendues,
Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus.
Oh ! que de vieux parents, qui n'avaient plus qu'un rêve,
Sont morts en attendant tous les jours sur la grève
Ceux qui ne sont pas revenus !

On s'entretient de vous parfois dans les veillées.
Maint joyeux cercle, assis sur des ancres rouillées,
Mêle encor quelque temps vos noms d'ombre couverts
Aux rires, aux refrains, aux récits d'aventures,
Aux baisers qu'on dérobe à vos belles futures,
Tandis que vous dormez dans les goémons verts !

On demande : - Où sont-ils ? sont-ils rois dans quelque île ?
Nous ont-ils délaissés pour un bord plus fertile ? -
Puis votre souvenir même est enseveli.
Le corps se perd dans l'eau, le nom dans la mémoire.
Le temps, qui sur toute ombre en verse une plus noire,
Sur le sombre océan jette le sombre oubli.

Bientôt des yeux de tous votre ombre est disparue.
L'un n'a-t-il pas sa barque et l'autre sa charrue ?
Seules, durant ces nuits où l'orage est vainqueur,
Vos veuves aux fronts blancs, lasses de vous attendre,
Parlent encor de vous en remuant la cendre
De leur foyer et de leur coeur !

Et quand la tombe enfin a fermé leur paupière,
Rien ne sait plus vos noms, pas même une humble pierre
Dans l'étroit cimetière où l'écho nous répond,
Pas même un saule vert qui s'effeuille à l'automne,
Pas même la chanson naïve et monotone
Que chante un mendiant à l'angle d'un vieux pont !

Où sont-ils, les marins sombrés dans les nuits noires ?
O flots, que vous savez de lugubres histoires !
Flots profonds redoutés des mères à genoux !
Vous vous les racontez en montant les marées,
Et c'est ce qui vous fait ces voix désespérées
Que vous avez le soir quand vous venez vers nous!

Victor Hugo.les rayons et les ombres.

Dauphin42
France
Messages : 523

Date du message : juillet 9, 2008  03:59

Bonjour à toi grand maitre des lieux enchantés,

J'avais pensé mettre ce poème sur le site, je le trouvais trop scolaire, nous l'avons temps
de fois récité à l'école.

Tu as eu raison, c'est très bien de le rappeler au notre souvenir.

Jean Pierre le Dauphin

MouetteRieuse
France
Messages : 3699

Date du message : juillet 9, 2008  04:34

SANG

Dans mes veines ce n'est pas du sang qui coule, c'est l'eau, l'eau amère des océans
houleux...

Des bonaces, des jours pleins gonflent ma poitrine, préludes aux blancs vertiges des
ouragans...

Des poulpes étirent la soie crissante de leurs doigts et leurs yeux illunés clignotent par
mes yeux...

Des galions pourris d'or, des mâts, des éperons de fer passent en tumulte dans des
marées énormes...

Tous les anneaux mystiques jetés aux lagunes adriatiques, je les ai pour les donner à
celles que j'aime...

J'ai des ressacs mugissants dans mes mains aux heures d'amour...
Et trop souvent j'étreins d'irréelles écumes blanches qui fuient sous mon désir de chair...

Jean Venturini (Outlines)

Jean Venturini (1921-1940). - Jeune poète marocain, corse d'origine, mort à 19 ans en
1940 dans un sous-marin au large de Casablanca. Révolté, rimbaldien, son unique
recueil "Outlines" parut en novembre 1939 à Casablanca. Il annonçait un grand poète.
Comment ne pas penser, le lisant, que le poète est un "voyant", qu'il est doué d'une
extraordinaire prescience ?

-------------------------------------

"Oh Barbara, quelle connerie la guerre"

J. Prévert

Dauphin42
France
Messages : 523

Date du message : juillet 9, 2008  05:05

Merci pour ce joli poème.
Il me vient droit au coeur, moi qui suis un ancien sous marinier, je totalise un an sous la
mer.

Summertime
Suisse
Messages : 4692

Date du message : juillet 9, 2008  05:41

Puis-je faire voler au dessus de la mer et de ses marins...

LE CORMORAN

De ciel, de mer et de tempête
mon royaume scintille, immobile et multiple ;
j'entends mes soeurs les mouettes
ressasser leurs anciens périples...

Souverain vagabond sur les chemins du vent
je glisse plus léger qu'un duvet de mésange
et j'attends le réveil des colères étranges
qui dorment parmi les brisants.

Lorsque sous mes appels s'entrouvrent les ventaux
devant les chiens de mort qui vont peupler la nuit,
les cris de l'ouragan ont l'ampleur du silence
et chaque hurlement est colonne d'un temple
où mon vol se confond avec le Libera
des siècles à venir.

La voûte des clameurs recule quand je passe,
l'univers se disperse autour de mon regard
et je ne suis qu'un point magique
au centre des éternités.

Puis je plonge en rêvant que je suis l'océan,
je tourbillonne anxieux de connaître l'histoire
des comètes noyées:
et mon ivresse me rejette
sur les grèves des continents oubliés.
Mais tandis que je vogue en nourrissant ma gloire
mille secrets anciens tourmentent ma mémoire:

Je connais les feux sacrilèges
des païens et des insoumis,
je retrouve les sortilèges
des archipels de la Celtie:
je sais le nom des tours qui surgissent la nuit
dans leur éclat de pourpre, de carmin et de sang
et je devine sur les poupes
le pays des cargos amis:
j'entends sonner parfois les carillons pervers
des cathédrales englouties
et je découvre sur la mer
le falot des bateaux maudits...

Mais l'humeur du noroît arrête mon voyage,
le coeur de l'univers cherche son ralenti
et j'entends à nouveau le chant des équipages
sur le matin bleui...

Ah ! mes frères les cormorans,
pourquoi faut-il ainsi que cessent nos périples ?

Voici notre royaume immobile et multiple,
de vent, de ciel et d'océan.

Louis Le Cunff, "Mémoires de mes quatre royaumes"

Dauphin42
France
Messages : 523

Date du message : juillet 9, 2008  06:21

Merci pour ce joli poème, surtout, lorsqu'il vient d'une aussi jolie femme,pleine de toutes
les saveur de l'air du large, Ah! les embruns me manquent.

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : juillet 9, 2008  08:03

Deux beaux poèmes à suivre sur la mer qui laissent rêveur et attention aux embruns et surtout
mettez vos gilets de sauvetage, on sait jamais!

****

La mer est belle....

La mer est belle et claire et pleine de voyages.
A quoi bon s'attarder près des phares du soir
Et regarder le jeu tournant de leurs miroirs
Réverbérer au loin des lumières trop sages ?

La mer est belle et claire et pleine de voyages.
Et les flammes des horizons, comme des dents,
Mordent le désir fou, dans chaque coeur ardent;
L'inconnu est seul roi des volontés sauvages.

Partez, partez, sans regarder qui vous regarde,
Sans nuls adieux tristes et doux,
Partez, avec le seul amour en vous
De l'étendue éclatante et hagarde.

Oh! voir ce que personne avec ses yeux humains,
Ayant vos yeux à vous, dardés et volontaires,
N'a vu ! voir et surprendre et dompter une mystère
Et le résoudre et tout à coup s'en revenir
Du bout des mers de la terre,
Vers l'avenir,
Avec les dépouilles de ce mystère,
Triomphales, entre les mains

Emile Verhareen

****

Je ne sais pourquoi

Je ne sais pourquoi
Mon esprit amer
D'une aile inquiète et folle vole sur la mer.
Tout ce qui m'est cher,
D'une aile d'effroi
Mon amour le couve au ras des flots. Pourquoi,
Pourquoi ?

Mouette à l'essor mélancolique,
Elle suit la vague, ma pensée,
A tous les vents du ciel balancée,
et biaisant quand la marée oblique,
Mouette à l'essor mélancolique

Ivre de soleil
et de liberté
un instinct la guide à travers cette immensité.
La brise d'été
Sur le flot vermeil
Doucement la porte en un tiède demi-sommeil.

Parfois si tristement elle crie
Qu'elle alarme au loin le pilote,
puis au gré du vent se livre et flotte
Et plonge, et l'aile toute meurtrie
Revole, et puis si tristement crie !

Je ne sais pourquoi
Mon esprit amer
D'une aile inquiète et folle vole sur la mer Tout ce qui m'est cher
D'une aile d'effroi
Mon amour le couve au ras des flots. Pourquoi,
Pourquoi ?

Paul Verlaine

****


   

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : juillet 9, 2008  16:31

Les Sabliers

Assis sur la plage solitaire du Toulinguet, où viennent s'agenouiller les haquenées de
l'Océan, je méditais, après la chute de l'empereur des Coupes de Thulé.
Devant, hérissée du dernier vol où se pêlemêlaient guilloux, mouettes, gaudes,
hirondelles de mer et perroquets japonais sans queue, l'Ile ; à ma droite, derrière le fort,
la Pointe Saint-Mathieu avec ses ruines ecclésiastiques ; à ma gauche, devinées, des
pierres et des pierres donnant un frisson d'Eternité à poil, la Tribune, le Lord-Maire, le
Dante, les Tas de Pois, le Château de Dinan, le Cap de la Chèvre, la Pointe du Raz, l'Ile
de Sein...
Je comparais douze cormorans alignés sur un écueil à une phrase de Poe traduite en
alexandrin par Baudelaire ou Mallarmé, lorsque des crissements singuliers venant de
Camaret m'intriguèrent la nuque et me firent tressaillir.
Plusieurs théories d'ëtres bizarres descendaient le versant : espèces de sauterelles aux
membres de bois et corps de verre.
Plus proches, je reconnus des Sabliers.
De toutes dimensions :
Sept, menus comme les fœtus de cinq mois, marquant l'heure ;
Sept, mignons comme les nourrissons, marquant le jour ;
Sept, petits comme les communiants, marquant la semaine ;
Sept, grands comme les adolescents, marquant le mois ;
Sept, hauts comme les titans, marquant l'année ;
Sept, colossaux comme les clochers de cathédrale, marquant le lustre ;
Un, enfin, le dernier, incommensurable comme le génie marquant le siècle.


- « Hélas ! glapirent les Sabliers. Disgraciés déjà par l'invasion des damoiselles de
chêne au nombril d'or, irrévocablement perdus depuis les décrets impies, nous
pourrissions dans les moustiers branlants de l'angélique Pays des Coiffes; inutiles
désormais loin des reclus qui nous vinrent ici remplir, nous revenons, accomplie notre
destinée, à cette plage si sabuleuse depuis le départ des sandales, et notre guide fut la
soif de reposer au lieu natal. »
Je compris que nul ne rendrait à ces oubliés le pieux service si le poëte ne daignait.
Aussi, commençant par les moindres, je me mis en devoir de vider sur la grève les
Sabliers l'un après l'autre.
A cet office nous restâmes des heures, des jours, des semaines, des mois, des
années, des lustres...
J'avais entrepris le dernier Sablier, le séculaire, lorsque l'invisible faulx du Temps me
détacha l'âme du corps.
Les pêcheurs de Kerbonn trouvèrent mon cadavre sur lequel flottait une longue barbe
blanche.
Et j'avais l'âge que j'aurai, ô mes Héritiers, le jour de mon décès.

Saint-Pol Roux.( Ce géant de la poèsie ST.Pol Roux, estce lui ? Oui sûrement et sans aucun
doute , un des plus grands !)


Epsilon
Modérateur
France

Date du message : juillet 10, 2008  01:31


LE MOUSSE

- Mousse : il est donc marin, ton père ?…
- Pêcheur. Perdu depuis longtemps.
En découchant d’avec ma mère,
Il a couché dans les brisants…

Maman lui garde au cimetière
Une tombe - et rien dedans. -
C’est moi son mari sur la terre,
Pour gagner du pain aux enfants.

Deux petits. - Alors, sur la plage,
Rien n’est revenu du naufrage ?…
- Son garde-pipe et son sabot…

La mère pleure, le dimanche,
Pour repos… Moi : j’ai ma revanche
Quand je serai grand - matelot ! -



Extrait de « Les Amours jaunes »

Tristan CORBIÈRE (1845 - 1875)

****
Né près de Morlaix, en Bretagne, de père marin, journaliste et romancier, il passe une enfance
heureuse puis il s’installe à Roscoff où il fréquente des marins et écrit. Il publie « Les Amours
jaunes » ; il aime écrire une poésie ironique, à partir de faits divers. Il sait aussi rire de
lui. Peu connu de son vivant, ce poète « maudit de son temps » et révélé par Verlaine, a surtout
écrit des poèmes dans un style original et contrasté.




   
   






-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : juillet 10, 2008  04:47

de Jules Supervielle, mon poète chéri du moment :


mer



C'est tout ce que nous aurions voulu faire et n'avons pas fait,

Ce qui a voulu prendre la parole et n'a pas trouvé les mots qu'il fallait,

Tout ce qui nous a quittés sans rien nous dire de son secret,

Ce que nous pouvons toucher et même creuser par le fer sans jamais l'atteindre,

Ce qui est devenu vagues et encore vagues parce qu'il se cherche sans se trouver,

Ce qui est devenu écume pour ne pas mourir tout à fait,

Ce qui est devenu sillage de quelques secondes par goût fondamental de l'éternel,

Ce qui avance dans les profondeurs et ne montera jamais à la surface,

Ce qui avance à la surface et redoute les profondeurs,

Tout cela et bien plus encore,

La mer.

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : juillet 10, 2008  11:29

Le don, oui ça existe ce mot et cette chose là , et Apollinaire , lui fait partie des élus, il a
vraiment le don de poèsie!

***

Océan de terre

À G. de Chirico.

J'ai bâti une maison au milieu de l'Océan
Ses fenêtres sont les fleuves qui s'écoulent de mes yeux
Des poulpes grouillent partout où se tiennent les murailles
Entendez battre leur triple cœur et leur bec cogner aux vitres
Maison humide
Maison ardente
Saison rapide
Saison qui chante
Les avions pondent des œufs
Attention on va jeter l'ancre
Attention à l'encre que l'on jette
Il serait bon que vous vinssiez du ciel
Le chèvrefeuille du ciel grimpe
Les poulpes terrestres palpitent
Et puis nous sommes tant et tant à être nos propres fossoyeurs
Pâles poulpes des vagues crayeuses ô poulpes aux becs pâles
Autour de la maison il y a cet océan que tu connais
Et qui ne se repose jamais

Guillaume Apollinaire (1880 - 1918)

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