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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : Poemes sur la mer et les marins

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : février 28, 2010  03:38


HORIZONS MARINS (2)


J'ai vu sa sève plus douce
couler au flanc des pays
les bateaux enchaîner à leur gréement
sur des mers toujours soulevées
les harmoniques continentales

Je me souviens de vous
frères de la côte
capitaines détrousseurs de banquises
dressés dans un portique d'oiseaux cruels
pointant un doigt vers le Pôle

Et de Jonas aussi je me souviens
que Dieu laisse flotter à la surface des eaux

Long ballant dans l'illimité

la prophétie rejoint l'abîme que j'explore
Soudain sortant des villes
l'âme profonde que j'avais


Camille Bourniquel
Poèmes
Editions du Fallois

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : mars 1, 2010  02:46



FALAISE


Sur le sentier de gorge, tu surplombes la mer

En bas, dans le roulis, apparait ton jumeau de la nuit pointue.
Lui-même aux dents de sel.
Il te crie : viens !

Alors il faut le suivre, paumes offertes.
Et comme le fauve dans son cercle
sauter dans le miroir de toi.

Mordre la falaise te donnera-il des ailes ?


***
MANGEUSE
FALAISE 2

le vent fredonne la marée
et va tambourinant
au cirque des odeurs.

La falaise se lape les pieds,
les hauts querelleurs se purgent
de saintes algues.

Obtuse et sourde aux rognures,
on croirait que la falaise s'est éteinte,
pullulant d'une même nuit.

Que ne va-t-elle ruser pour le suicide des oiseaux ?
elle mangera son homme par les yeux !

Jean-Pierre Cannet , "Mordre la falaise"
édition la passe du vent
______________________________________________________________________

"Violente et poétique, sa langue fouille les endroits les moins exposés de la condition
humaine. » Le Matricule des Anges
né en 1955 à Qimper, auteur de romans, nouvelles poésie, théatre.

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : mars 1, 2010  02:54

_

RUMEUR
FALAISE (3)

Elle n'a pas peur de tomber,
elle dit à la falaise : sois sage !

Fille jusqu'au bout des ongles
et toujours son blanc Jésus
lui revient avec les mouettes,
leurs becs comme des lames
criaient la rumeur :
tes seins se souviendront
de la morsure de la craie


***

LE VIN COUSU

Toi, chaude comme une crique
et moi, sentinelle nue,
te reniflant comme le chien des falaises.

Au simple mot d'oiseau ta robe s'envole,
alors je serai seul en guerre,
pour toi, pour me trouer les yeux.

L'odeur des pulpes est transparente
et l'air si pur de la nuit garotte ta gorge,
qu'attends-tu ?

Mon aimée, viens t'ennivrer à mon balcon,
toi dont les tétins d'or font rêver les soudeurs sur le toit,
toi, sans ceinture et sans gant, ma familière.

Mais si tu m'apparais,
muselée, me refusant,
c'est la grêle qui biffe ou c'est le vin cousu.

Jean-Pierre Cannet
Mordre la falaise
éditions "La passe du vent"

oui, Dauphin, une façon assez personnelle de parler de la mer et des émotions qu'elle
suggère au poète.

_____________________________________________________________________

à cause de nombreuses fautes de frappe, j'ai préféré réediter les poèmes de
J.PCannet ...en espérant que cette fois-ci...

opaline
France
Messages : 5523

Date du message : mars 1, 2010  09:53


"   A REGARDER LA MER "


Et je reste des heures à regarder la mer
Le coeur abasourdi les pensées de travers
Et je ne comprends rien à ce triste univers
Tout est couleur de pluie tout est couleur d'hiver

Je suis ce fier bateau qu'on vit un jour partir
Et qui n'en finit plus de ne plus revenir
La mer à ses amants qui s'enivrent du vent
La mer à ses amants qui se grisent à ses fêtes

Qui ne comprend pas ne comprend pas la mer
Je n'aurai donc été en ce grand univers
Qu'un de ces marins la qui vont en solitaire
Et l'inutile cri d'une inutile fête
Et je reste des heures à regarder la mer


Alain Barrière   1970.


Dauphin42
France
Messages : 523

Date du message : mars 1, 2010  16:27

Merci pour tous ces poèmes, je viens juste de récupérer ma ligne internet après cette tempête qui
a été très dévastatrice ici à Charron, pour moi tout va bien.

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : mars 2, 2010  04:04

on est heureux pour toi, Dauphin. J'espère que tu n'en voudras pas à la mer ...      
C'est le moment d'éditer ce poème ...



. Quand la Mer se déchaîne !...


Que la mer est belle avec ses blancs moutons !
Mais soudain, elle se change en mégère impromptue :
Fantastique et sublime, semblable à mille démons
Qui fondent sur les maisons et font trembler les nues !

Dans un ciel assombrit, déchiré par l'éclair,
Le vent et le tonnerre font plier les grands arbres,
Ballottant les oiseaux qui cherchent un repaire.
Neptune et Jupiter, ont réuni leurs armes !

L'homme seul, au milieu des éléments déchaînés
Doit lutter pour sa vie et sauver son bateau,
Face aux furies infernales si déterminées,
Qui veulent à tout prix : l'emmener au fond des eaux...

Pauvres marins luttant contre : vague et orages,
Il vous reste " un ami - un guide sur la terre "
Debout sur les rochers, tout au bord du rivage,
Un ange solitaire scintille dans les ténèbres.

Seul, Stoïque, le gardien de phare - coupé du monde,
Assume et reste là... pour que les autres vivent !
Harcelé de milliers de lames qui l'inondent,
L'encerclent, l'agrippent et meurent en vaines offensives !

Là où finit la terre, la mer a son royaume !
Belliqueuse : elle monte jusqu'au toit des maisons
Elle envahit les quais, et roule sur les chaumes,
Bousculant sur la digue les curieux de saison.

Le port avec ses rues sont recouverts d'écume,
Comme en pleine montagne, on marche dans la neige !
La mer est mécontente et montre sa rancune,
Mais les vieux loups de mer, connaissent bien son manège !

Déesse irascible, elle veut des sacrifices...
En sortant de son lit, comme une amante cruelle,
Elle emporte avec elle les meilleurs de nos fils !
Mais qui oserait dire : que la mer n'est pas belle ?...

(Jean-Claude Brinette)

                                                                                       

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : mars 5, 2010  03:29



Au terme des nuits houleuses
bougent clignotent
disparaissent
puis resurgissent de la vague
les feux déboussolés
des navires en maraude
sur le flot nourricier

Dans le vent soutenu
d’une aube enfarinée
le ciel bazarde
ses derniers grains
et norias noctambules

Suspendu dans les nues
comme flocon égaré
livré aux frénésies
des courants contrariants
l’espoir des hommes
a piètre allure
face aux hordes d’embruns
de l’océan qui bave
et regimbe du tréfonds

L’angoisse peut-être
la lassitude sûrement
étreignent les cœurs
dans l’univers chafouin

Sans savoir réellement
de quoi l’avenir sera fait
comme on va s’en sortir
avec l’ingrat noroît
qui pointe déjà son nez
sur l’onde toute chiffonnée
tourments ou accalmie
périls ou répit
il faut scruter l’iris
du soleil facétieux
pied de nez loupiot
croqué entre deux grains
humer le souffle fat
du talweg laborieux
viser la mine contrite
de l’horizon fuyant
écouter l’étrange frottement
que font les paumes du vent
sur la peau de l’océan
coller le front dans l’outre
des nuages cavaleurs
écarquiller les sens
toutes écoutilles hors champs
pour jauger comme va
évoluer la bordée
des éléments grisés
d’effluves efficientes
et rythmes syncopés

Blême sous ses guenilles
d’ondées en charpies
le jour vacille titube
cherche son équilibre
sur le fil frétillant
tandis que l’air erre
en tourbillons déments
ébauche une curieuse danse
sur les crêtes écumantes
ça tangue gigue gerce
dans la clarté blafarde
Des bouifs d’hallebardes
à l’aplomb des quinquets
l’onde saugrenue dévisse
de son tracé sacré

Have dans son havre
de solitude flagrante
l’homme rumine bougonne
cherche son aplomb
pour contrer la cadence
des pions exubérants
tandis que ses pensées galvaudent
au-dessous de la flottaison
à des brasses-lumière
du chambard déprimant
la traque prédominante
inhibe le sale temps
et bride les sentiments

Foutaise que la faiblesse
d’un ridicule instant
le mental harassé
par une nuit de tourments
avec le jour pointant
hors sa gangue de nausée
un nouveau souffle grégaire
entraîne la flottille
vers sa zone de pêcherie
et les esprits ravalent
leurs miasmes débectant
pour reprendre le cours
de leur taf obsédant

Vaincues snobées outrées
les fulminantes légions
affouillent rageusement
dans le bouillon glouton
pour contrarier le mouvement
des navires regonflés
dans un commun élan

Alain Jégou
Mars 2009

(cet homme là ! il connait la mer ! )

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : mars 6, 2010  05:59

Une aube de douceur s'éveille sur la lande.

Une aube de douceur s'éveille sur la lande :
Le printemps de Bretagne a fleuri les talus.
Les cloches de Ker-Is l'ont dit jusqu'en Islande
Aux pâles " En Allés " qui ne reviendront plus.

Noirs aussi qui vivons et qui mourons loin d'elle,
Loin de la douce fée aux cheveux de genêt,
Que notre cour au moins lui demeure fidèle,
Renaissons avec elle à l'heure où tout renaît.

Ô printemps de Bretagne, enchantement du monde !
Sourire virginal de la terre et des eaux !
C'est comme un miel épars dans la lumière blonde :
Viviane éveillée a repris ses fuseaux.

Charles Le Goffic.


Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : mars 9, 2010  09:26

Pour nous qui n'avons pas vu..

Pour nous qui n'avons pas vu,
Il y a sur la carte du monde
Des noms de villes qui flottent
Aux lèvres comme des senteurs
Exotiques de vérandas
Par la côte du Pacifique,
Ou comme des cris d'enfants
Sur les plages péruviennes.

Des noms de villes brûlants
Comme du carry sur la langue
Singapour, Bornéo et l'archipel malais.

D'autres soulevant des puissances,
Clair et dollars, comme un whisky
Bu dans un bar de Chicago,
De New York ou d'Oklahoma.

Noms de ports surgis dans les brumes
En passant par Liverpool
New-Zealand, Gothembourg jusqu'à
L'étonnante Terre Edouard-VII.

Et puis enfin des noms perdus
Dont peut-être plus rien n'existe,
Des noms de contrées impossibles
Comme la Terre de Feu
Ou bien les Iles Sous-le-Vent.

Louis Brauquier. extrait de "Et au-delà de Suez".


Epsilon
Modérateur
France

Date du message : mars 16, 2010  00:54


L'Océan sonore
Palpite sous l'œil
De la lune en deuil
Et palpite encore,

Tandis qu'un éclair
Brutal et sinistre
Fend le ciel de bistre
D'un long zigzag clair,

Et que chaque lame,
En bonds convulsifs,
Le long des récifs
Va, vient, luit et clame,

Et qu'au firmament,
Où l'ouragan erre,
Rugit le tonnerre
Formidablement.

"Marine", de Paul Verlaine.

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : mars 16, 2010  05:09



MEDITATION INDIGNEE

La tempête furieusement fait tourner les ailes du moulin
dans la nuit, et elle moud le néant. _ Telles sont les
    lois qui ôtent le sommeil.
Le ventre du requin gris est la pâle lanterne.

Les souvenirs diffus tombent jusqu'au fond de l'océan
pour s'y figer en statues singulières. - Les algues ont
       verdi ta béquille. Ceux qui partent
en mer reviennent pétrifiés.

Tomas Tranströmer, Baltiques
Poésie/Gallimard

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : mars 16, 2010  14:29

Qui parle?

Si je parle ?
Quel ancêtre
Respire en moi
Par la parole ?

Je redonne la vie
A celui qui soignait sa vigne
Avec des gestes
De pédiatre ou d’horloger

A cet autre
Que son violon fou
Emportait autour du village
Il me faut dire tout cela

Aujourd’hui
Avec des mots
Comme des chemins
Aujourd’hui

Il me faut trouver le langage
Qui soit la source
Et le delta
Car plus personne
Après moi
Pas un enfant
Féru de fables

Ne viendra continuer
Cette histoire
Qui va se perdre
Dans l’épaisseur
Infiniment muette
Des sables...

Hélène Cadou..

Hélène Cadou, née à Mesquer (Loire-Atlantique) en 1922, est surtout connue comme
épouse du poète René Guy Cadou à la mémoire de qui elle continue de consacrer une
grande part de sa vie ; elle a aussi écrit une oeuvre poétique personnel..

Dauphin42
France
Messages : 523

Date du message : mars 16, 2010  14:56

merci Marie-Elisabeth, Grimalkin, Epsilon et Opaline pour tous ces poèmes qui me réjouissent le
cœur, si parfois les mots sont amers, eux sont vrai et nous parlent et font vivre en nous de
profonde émotions.
Bonnes soirée à toutes et tous.
Bisous tendresse pour les dames et sincère amitiés pour ces messieurs

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : mars 17, 2010  05:44

cher Dauphin , nous sommes heureux que ces poèmes t'aient plu. Nous aimons tous la
mer...Nous venons tous de la mer dont nous sommes sortis un jour. Mais nous
espérons que tu as d'autres amours en poésie....et que tu nous en parleras....

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : mars 20, 2010  12:04

en regardant comme Marie-Elizsabeth dzans "Armor passion", j'ai trouvé ce poème
d'Anatole Le Braz ,qui convient bien à ce post :

Barque échouée

Anatole Le Braz

(Recueil Poèmes Votifs)



Barque échouée au bord des rivages bretons,
J'ai désappris l'essor de mes jeunes sillages
Et laissé, sur mes flancs, se nouer en festons
Vos scalps souillés d'écume, ô goémons des plages.

Il ne m'importe plus si d'autres les refont,
Mes croisières d'antan, mes belles odyssées ;
Promise au lent trépas des carènes blessées,
J'abandonne le large à celles qui s'en vont.

Ni l'aile des courlis que le matin soulève,
Ni l'émoi de la mer sous un vierge soleil
Ne peuvent, dans mon être à la tombe pareil,
Faire sourdre un regret ou tressaillir un rêve.

Je vois partir mes soeurs à la pointe du jour,
Je les vois revenir aux premières étoiles,
Sans envier le chant que gonflent dans leurs toiles
La fièvre du départ et l'orgueil du retour.


Anatole Le Braz

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