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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : Dans un monde au futur du temps où j'ai la vie:c. pozzi

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : novembre 7, 2011  03:38

Puique Catherine Pozzi lui dédie ce premier poème Nyx , il n'est pas inutile de faire un petit
parallèle assez interessant entre Louise Labé, formidable amoureuse ( si elle a vraiment existé,
en tant que femme et poètesse ?) et Catherine Pozzi à quelques siècles de distance,mais quelle
liberté dans une forme pourtant classique et quelle pureté dans le choix des mots pour chanter
l'amour, avec toujours ce mélange inévitable de références à la mythologie, enfin quelle beauté
se dégage de l'ensemble, bon je n'invente rien en disant cela , Summertime en avait déjà très
bien parlé avant moi dans un autre post et y revenir n'est pas inutile, le déclic pour un
auteur ne se fait pas toujours instantanément, il faut une certaine maturation pour accepter
certains poètes et surtout pour arriver à les aimer vraiment!

....



Nyx
Catherine Pozzi (1882-1934)

A Louise aussi de Lyon et d'Italie

Ô mes nuits, ô noires attendues
Ô pays fier, ô secrets obstinés
Ô longs regards, ô foudroyantes nues
Ô vol permis outre les cieux fermés.

Ô grand désir, ô surprise épandue
Ô beau parcours de l'esprit enchanté
Ô pire mal, ô grâce descendue
Ô porte ouverte où nul n'avait passé

Je ne sais pas pourquoi je meurs et noie
Avant d'entrer à l'éternel séjour.
Je ne sais pas de qui je suis la proie.
Je ne sais pas de qui je suis l'amour.

...


Maya
Catherine Pozzi (1882-1934)

Je descends les degrés de siècles et de sable
Qui retournent à vous l'instant désespéré
Terre des temples d'or, j'entre dans votre fable
Atlantique adoré.

D'un corps qui ne m'est plus que fuie enfin la flamme
L'Âme est un nom chéri détesté du destin —
Que s'arrête le temps, que s'affaisse la trame,
Je reviens sur mes pas vers l'abîme enfantin.

Les oiseaux sur le vent dans l'ouest marin s'engagent,
Il faut voler, bonheur, à l'ancien été
Tout endormi profond où cesse le rivage
Rochers, le chant, le roi, l'arbre longtemps bercé,
Astres longtemps liés à mon premier visage,

Singulier soleil de calme couronné.

....

Nova
Catherine Pozzi (1882-1934)

Dans un monde au futur du temps où j'ai la vie
Qui ne s'est pas formé dans le ciel d'aujourd'hui,
Au plus nouvel espace où le vouloir dévie
Au plus nouveau moment de l'astre que je fuis
Tu vivras, ma splendeur, mon malheur, ma survie
Mon plus extrême cœur fait du sang que je suis,
Mon souffle, mon toucher, mon regard, mon envie,
Mon plus terrestre bien perdu pour l'infini.

Évite l'avenir, Image poursuivie !
Je suis morte de vous, ô mes actes chéris
Ne sois pas défais toi dissipe toi délie
Dénonce le désir que je n'ai pas choisi.

N'accomplis pas mon jour, âme de ma folie, —
Délaisse le destin que je n'ai pas fini.


...

Escopolamine
Catherine Pozzi (1882-1934)

Le vin qui coule dans ma veine
A noyé mon cœur et l'entraîne
Et je naviguerai le ciel
À bord d'un cœur sans capitaine
Où l'oubli fond comme du miel.

Mon cœur est un astre apparu
Qui nage au divin nonpareil.
Dérive, étrange devenu !
Ô voyage vers le soleil —
Un son nouvel et continu
Est la trame de ton sommeil.

Mon cœur a quitté mon histoire
Adieu Forme je ne sens plus
Je suis sauvé je suis perdu
Je me cherche dans l'inconnu
Un nom libre de la mémoire.


....

Vale
Catherine Pozzi (1882-1934)

La grande amour que vous m'aviez donnée
Le vent des jours a rompu ses rayons —
Où fut la flamme, où fut la destinée
Où nous étions, où par la main serrée
Nous nous tenions

Notre soleil, dont l'ardeur fut pensée
L'orbe pour nous de l'être sans second
Le second ciel d'une âme divisée
Le double exil où le double se fond

Son lieu pour vous apparaît cendre et crainte,
Vos yeux vers lui ne l'ont pas reconnu
L'astre enchanté qui portait hors d'atteinte
L'extrême instant de notre seule étreinte
Vers l'inconnu.

Mais le futur dont vous attendez vivre
Est moins présent que le bien disparu.
Toute vendange à la fin qu'il vous livre
Vous la boirez sans pouvoir être qu'ivre
Du vin perdu.

J'ai retrouvé le céleste et sauvage
Le paradis où l'angoisse est désir.
Le haut passé qui grandi d'âge en âge
Il est mon corps et sera mon partage
Après mourir.

Quand dans un corps ma délice oubliée
Où fut ton nom, prendra forme de cœur
Je revivrai notre grande journée,
Et cette amour que je t'avais donnée
Pour la douleur.


.....

Ave
Catherine Pozzi (1882-1934)

Très haut amour, s'il se peut que je meure
Sans avoir su d'où je vous possédais,
En quel soleil était votre demeure
En quel passé votre temps, en quelle heure
Je vous aimais,

Très haut amour qui passez la mémoire,
Feu sans foyer dont j'ai fait tout mon jour,
En quel destin vous traciez mon histoire,
En quel sommeil se voyait votre gloire,
Ô mon séjour.

Quand je serai pour moi—même perdue
Et divisée à l'abîme infini,
Infiniment, quand je serai rompue,
Quand le présent dont je suis revêtue
Aura trahi,

Par l'univers en mille corps brisée,
De mille instants non rassemblés encor,
De cendre aux cieux jusqu'au néant vannée,
Vous referez pour une étrange année
Un seul trésor

Vous referez mon nom et mon image
De mille corps emportés par le jour,
Vive unité sans nom et sans visage,
Cœur de l'esprit, ô centre du mirage
Très haut amour.


....
*Ce message a été édité le Apr 19, 2008 11:19 PM par Epsilon*




-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : avril 21, 2008  04:54

j'aime bien "très haut amour" poème accompli.

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : avril 28, 2008  02:39

Un seul signe

Un seul signe de l’univers

Ne passe le seuil de la vie

Mais il n’existe pas de vie

Qui n’ait reçu mille univers

Catherine Pozzi               

....

Sonnet moral sur les rimes d’un poème de mon amant impossible

J’aime les roses qui se                                     meurent

Les caprices                                                    inachevés

Et le long regret qui                                        demeure

Au bout des refus                                             énervés.


J’aime aussi les promesses                               lentes

De paradis                                                       vertigineux

Qui (soulevant sa main                                     ardente)

Raidissent le monsieur                                     nerveux.


Mais ma belle âme                                           renversée

Sur l’alme sagesse                                           irisée

Que les dieux éternels m’ont                            fait [sic]


Goûte la chasteté                                              Fervente

Cher flirt, Bagdad, valse                                  Indolente

Et rit de vos sexes                                           défaits.

Catherine Pozzi

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : aout 29, 2008  01:26

*

Summertime
Suisse
Messages : 4692

Date du message : décembre 9, 2008  09:09

                           Si tu veux
Nous irons ensemble
                              Tous les deux
Vers le vieux figuier.
                              Il aura
Des fruits noirs qui tremblent
                              Sous le vent
Qui vient d'Orvillers.

                              Tu iras
L'âme renversée
                              Sur ta vie
Et je te suivrai.
                              Le ciel bas
Tiendra nos pensées
                              Par la lie
D'un malheur secret.

                              Tu prendras
L'un des fruits de l'arbre
                               Et soudain
Le feras saigner
                               Et ta main
Morte comme marbre
                               Jettera
Le don du figuier.

                               Le vent vert
Plein du bruit des hêtres
                               Ouvrira
La geôle du ciel
                               Je crierai
Comme un chien sans maître
                               Tu fuiras
Dans le grand soleil.
_______________

Le papier bleu, mais l'ongle rose,
La route en feu, la chambre close,
Béant le ciel, - caché le Chose,
                   Et le bijou, -

Chante l'éther, plus d'amorose,
Parti le coeur, dite la cause
                   Dort le verrou

Dans des palais, si l'ami joue
    avec les sexes à bajoue
Qui l'ont choisi pour Bourdaloue
             De la beauté -
Pour leur plaisir quand il s'ébroue
    et fait ce feu dont on le loue
      Ô qu'il préfère de Capoue
___________

IGNOTA IDIOTA

Je suis blonde au coeur de Paulhan;
Au coeur de Prévost je suis oie;
Je suis le rêve que tutoie
L'âme en marche vers Chanaan.

St Léger me trouve attristant
Bien qu'un astre pur me convoite;
Gide me jette au Vatican;
Mais pour Monnier, je suis de Troie.

                   Amour, vous m'êtes grand merci !
                   Le Réel n'est qu'un alibi,
                   Et le léger MOI qui me mène

                   N'est que l'image de l'esprit...
                   Je suis ombre, Paulhan, je suis
                   Pucelle, Enfant, Amant,       Hélène.
___________

Pour trouver l'Absolu, s'il faut savoir l'algèbre
Il n'est que de courir, ma soeur, à vos genoux
Et l'ignare qui prend le corps noir pour un nègre
Voit sa regrettable ténèbre
Céder à la clarté, en dînant près de vous.
____________

SONNET POUR LE DIPLOMATE
AFIN QU'IL CESSE DE LANGUIR
DANS LA CHAMBRE JAUNE

Blond à peu près que mon plaisir refuse,
Monsieur poli dont le regard surprend,
Monsieur correct au verbe caressant
Monsieur loyal à l'inutile ruse,

Pour partager ce soir la joie infuse
Des fruits du mal éclos sur vos divans
N'attendez point l'ironique serpent
Dont le caprice onduleux vous amuse.

Vous avez mis Descartes et Spinoza
Pour attirer cet animal étrange -
Hélas Monsieur, ces gens ne vous vont pas.

Et pour le bel instant qu'apprit le mauvais Ange
Psyché pâle et penchée aux mystères d'En Bas
C'est peu que votre coeur sur un coussin orange.

Catherine Pozzi
Poèmes tirés du recueil "Très Haut Amour" (NRF - Poésie Gallimard)


-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : décembre 9, 2008  12:02

Poète et humoriste ! tu as bien fait de remonter Catherine Pozzi, Summer ! on s'est
régalé !

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : aout 18, 2009  04:03



Vous prenez un vivant, non impressionné. Vous l'exposez à l'univers, et vous allez vous promener.
Quand vous revenez, le vivant est plein d'images, de couleurs, de musique, de formes d'odeurs et de
température. Plus vous l'exposerez, plus il en aura.

Est-ce qu'il y a des vivants qui ne s'impressionnent pas ? Non. Il y en a de vagues, mais pas
d'entièrement manqués ; les manqués ne peuvent pas vivre.

   

Le bon sens accepte la sensation comme si c'était du devoir de l'Objet de l'en fournir, d'ailleurs gratis, et,
quoique sur mesure, tout fait.



Catherine Pozzi, Peau d'âme


-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : mai 8, 2010  03:54

encore un très grand poète ! relisez et régalez-vous !

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : février 5, 2011  11:53


Catherine Pozzi - Sonnet moral sur les rimes d’un poème de mon amant impossible


J’aime les roses qui se                                     meurent

Les caprices                                                    inachevés

Et le long regret qui                                        demeure

Au bout des refus                                             énervés.


J’aime aussi les promesses                               lentes

De paradis                                                       vertigineux

Qui (soulevant sa main                                     ardente)

Raidissent le monsieur                                     nerveux.


Mais ma belle âme                                           renversée

Sur l’alme sagesse                                           irisée

Que les dieux éternels m’ont                            fait [sic]


Goûte la chasteté                                              Fervente

Cher flirt, Bagdad, valse                                  Indolente

Et rit de vos sexes                                           défaits.


Catherine Pozzi

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : novembre 3, 2011  04:47



J'ai écrit ce livre pour tous

sachant que nul ne le lirait.

______________________________________________________________
   

Qui écrit cela ? ce n'est personne. Celui qui tend à n'être personne ; de même vous y
tendez pourtant, maniaque d'un aspect souscrit d'un nom, car au bout de tout ce n'est pas
le surhomme que veut la vie, mais le je-ne-me veux pas.

______________________________________________________________________
____

Suscitez Personne qui ne soit pas quelqu'un ! sortez de vous tous ses discours !

_________________________________________________________________

Si vous êtes un garçon, Personne est un étudiant ; si vous êtes un adulte pourvu,
Personne est un mieux pourvu qui partage ; si vous êtes une jeune fille, Personne est
une danseuse qui met le secret du monde en ballet, cela se fait beaucoup. Si vous êtes
un dépourvu, Personne est un désespéré. Si vous êtes une femme, Personne, avec les
mains blanches de la physique et les mains noires de la chimie, vous a cherché l'amour.

____________________________________________________________________

Un scandale est à l'origine de la connaissance. Comment se fait-il qu'il existe autre
chose que moi ? comment existe l'autre, le reste, tout, si je ne l'ai pas fait ! Comment
existé-je, s'il ne m'a pas fait ! S'il m'a fait, comment suis-je son contraire !...

_____________________________________________________________________

« Il nous faut du réel, n'en fût-il plus au monde »...

Eh bien voilà. Que l'Univers existe ou non, cela n'intéresse pas les marchands
d'automobiles, parce qu'il y aura toujours assez d'univers pour rouler dessus ou faire
comme si. Mais c'est très important pour les peintres, mon fils.

Catherine Pozzi, extrait de "Peau d'âme"

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : novembre 5, 2011  14:20



Lotus



Sur le lac pâle inondé de lueurs,

Sur le lac triste où l'eau froide frissonne,

Bien loin des bords où le chant monotone

Des grillons noirs, égrène sa douceur,


Seul et divin, planant sur l'eau dormante,

Eblouissant, pur, et mystérieux,

Un lotus blanc, magique , radieux,

Etale au ciel brumeux sa splendeur languissante.


Tu t'ouvriras peut-être ainsi, une nuit sombre,

Ô Fleur de mon amour suprême et désolé !

Et tu endormiras mon coeur désespéré

Dans un rêve alangui de volupté et d'ombre.

   

Edmond Bahut ( alias Catherine Pozzi )