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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : La charlotte prie notredame durant la nuit du réveillon

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : novembre 13, 2011  11:49

La Charlotte prie Notre-Dame durant la nuit du Réveillon de Jéhan Rictus (1867-1933)


Seigneur Jésus, je pense à vous !
Ça m’ prend comm’ ça, gn’y a pas d’offense !
J’ suis mort’ de foid, j’ me quiens pus d’bout,
ce soir encor... j’ai pas eu d’ chance

Ce soir, pardi ! c’est Réveillon :
On n’ voit passer qu’ des rigoleurs ;
j’ gueul’rais « au feu » ou « au voleur »,
qu’ personne il y f’rait attention.

Et vous aussi, Vierge Marie,
Sainte-Vierge, Mère de Dieu,
qui pourriez croir’ que j’ vous oublie,
ayez pitié du haut des cieux.

J’ suis là, Saint’-Vierge, à mon coin d’ rue
où d’pis l’apéro, j’ bats la semelle ;
j’ suis qu’eune ordur’, qu’eun’ fill’ perdue,
c’est la Charlotte qu’on m’appelle.

Sûr qu’avant d’ vous causer preumière,
eun’ femm’ qu’ est pus bas que l’ ruisseau
devrait conobrer ses prières,
mais y m’en r’vient qu’ des p’tits morceaux.

Vierge Marie... pleine de grâce...
j’ suis fauchée à mort, vous savez ;
mes pognets, c’est pus qu’eun’ crevasse
et me v’là ce soir su’ l’ pavé.

Si j’entrais m’ chauffer à l’église,
on m’ foutrait dehors, c’est couru ;
ça s’ voit trop que j’ suis fill’ soumise...
(oh ! mand’ pardon, j’ viens d’ dir’ « foutu. »)

T’nez, z’yeutez, c’est la Saint-Poivrot ;
tout flamb’, tout chahut’, tout reluit...
les restaurants et les bistrots
y z’ont la permission d’ la nuit.

Tout chacun n’ pens’ qu’à croustiller.
Y a plein d’ mond’ dans les rôtiss’ries,
les épic’mards, les charcut’ries,
et ça sent bon l’ boudin grillé.

Ça m’ fait gazouiller les boïaux !
Brrr ! à présent Jésus est né.
Dans les temps, quand c’est arrivé,
s’ y g’lait comme y gèle e’c’te nuit,
su’ la paill’ de vot’ écurie
v’s z’avez rien dû avoir frio,
Jésus et vous, Vierge Marie.

Bing !... on m’ bouscule avec des litres,
des pains d’ quatr’ livr’s, des assiett’s d’huîtres,
Non, r’gardez-moi tous ces salauds !

(Oh ! esscusez, Vierge Marie,
j’ crois qu’ j’ai cor dit un vilain mot !)

N’est-c’ pas que vous êt’s pas fâchée
qu’eun’ fill’ d’amour plein’ de péchés
vous caus’ ce soir à sa magnère
pour vous esspliquer ses misères ?
Dit’s-moi que vous êt’s pas fâchée !

C’est vrai que j’ai quitté d’ chez nous,
mais c’était qu’ la dèche et les coups,
la doche à crans, l’ dâb toujours saoul,
les frangin’s déjà affranchies....

(C’était h’un vrai enfer, Saint’-Vierge ;
soit dit sans ête eune effrontée,
vous-même y seriez pas restée.)

C’est vrai que j’ai plaqué l’ turbin.
Mais l’ouvrièr’ gagn’ pas son pain ;
quoi qu’a fasse, elle est mal payée,
a n’ fait mêm’ pas pour son loyer ;

à la fin, quoi, ça décourage,
on n’a pus de cœur à l’ouvrage,
ni le caractère ouvrier.

J’ dois dire encor, Vierge Marie !
que j’ai aimé sans permission
mon p’tit... « mon béguin... » un voyou,
qu’ est en c’ moment en Algérie,
rapport à ses condamnations.

(Mais quand on a trinqué tout gosse,
on a toujours besoin d’ caresses,
on se meurt d’amour tout’ sa vie :
on s’arr’fait pas que voulez-vous !)

Pourtant j’y suis encore fidèle,
malgré les aut’s qui m’ cour’nt après.
Y a l’ grand Jul’s qui veut pas m’ laisser,
faudrait qu’avec lui j’ me marie,
histoir’ comme on dit, d’ l’engraisser.
Ben, jusqu’à présent, y a rien d’ fait ;
j’ai pas voulu, Vierge Marie !

Enfin, je suis déringolée,
souvent on m’a mise à l’hosto,
et j’ m’ai tant battue et soûlée,
que j’en suis plein’ de coups d’ couteau.

Bref, je suis pus qu’eun’ salop’rie,
un vrai fumier Vierge Marie !
(Seul’ment, quoi qu’on fasse ou qu’on dise
pour essayer d’ se bien conduire,
y a quèqu’ chos’ qu’ est pus fort que vous.)

Eh ! ben, c’est pas des boniments,
j’ vous l’ jure, c’est vrai, Vierge Marie !
Malgré comm’ ça qu’ j’aye fait la vie,
j’ai pensé à vous ben souvent.

Et ce soir encor ça m’ rappelle
un temps, qui jamais n’arr’viendra,
ousque j’allais à vot’ chapelle
les mois que c’était votre fête.

J’arr’vois vot’ bell’ rob’ bleue, vot’ voile,
(mêm’ qu’il était piqué d’étoiles),
vot’ bell’ couronn’ d’or su’ la tête
et votre trésor su’ les bras.

Pour sûr que vous étiez jolie
comme eun’ reine, comme un miroir,
et c’est vrai que j’ vous r’vois ce soir
avec mes z’yeux de gosseline ;
c’est comm’ si que j’y étais... parole.

Seul’ment, c’est pus comme à l’école ;
ces pauv’s callots, ce soir, Madame,
y sont rougis et pleins de larmes.

Aussi, si vous vouliez, Saint’-Vierge,
fair’ ce soir quelque chos’ pour moi,
en vous rapp’lant de ce temps-là,
ousque j’étais pas eune impie ;
vous n’avez qu’à l’ver un p’tit doigt
et n’ pas vous occuper du reste....

J’ vous d’mand’ pas des chos’s... pas honnêtes !
Fait’s seul’ment que j’ trouve et ramasse
un port’-monnaie avec galette
perdu par un d’ ces muf’s qui passent
(à moi putôt qu’au balayeur !)

Un port’-lazagn’, Vierge Marie !
gn’y aurait-y d’dans qu’un larantqué,
ça m’aid’rait pour m’aller planquer
ça m’ permettrait d’attendre à d’main
et d’ m’enfoncer dix ronds d’ boudin !

Ou alorss, si vous pouez pas
ou voulez pas, Vierge Marie...
vous allez m’ trouver ben hardie,
mais... fait’s-moi de suit’ sauter l’ pas !

Et pis... emm’nez-moi avec vous,
prenez-moi dans le Paradis
ousqu’y fait chaud, ousqu’y fait doux,
où pus jamais je f’rai la vie,

(sauf mon p’tit, dont j’ suis pas guérie,
vous pensez qu’ je n’arr’grett’rai rien
d’ Saint-Lago, d’ la Tour, des méd’cins,
des barbots et des argousins !)

Ah ! emm’nez-moi, dit’s, emm’nez-moi
avant que la nuit soye passée
et que j’ soye encor ramassée ;
Saint’-Vierge, emm’nez-moi, j’ vous en prie ?

Je n’en peux pus de grelotter...
t’nez... allumez mes mains gercées
et mes p’tits souliers découverts ;
j’ n’ai toujours qu’ mon costume d’été
qu’ j’ai fait teindre en noir pour l’hiver.

Voui, emm’nez-moi, dit’s, emm’nez-moi.
Et comme y doit gn’y avoir du ch’min
si des fois vous vous sentiez lasse
Vierge Marie, pleine de grâce,
de porter à bras not’ Seigneur,
(un enfant, c’est lourd à la fin),

Vous me l’ repass’rez un moment,
et moi, je l’ port’rai à mon tour,
(sans le laisser tomber par terre),
comm’ je faisais chez mes parents
La p’tit’ moman dans les faubourgs

quand j’ trimballais mes petits frères.


Jéhan Rictus (1867-1933)

MIETTE13
France
Messages : 9048

Date du message : février 9, 2008  10:23

Quel plaisir, cher Epsi de trouver ce beau texte ici !

J'ai eu l'occasion de le déclamer par coeur sur la scène du cinéma de Nevers en 1953,
alors que j'étais Secrétaire d'Etat Major dans cette ville...(donc PFAT : Personnel Féminin
de l'Armée de Terre).

Un appelé avait organisé, par le biais de l'Aumônerie Militaire, un spectacle de variétés
interprété par des miliaires fommes et femmes. J'y ai aussi chanté quelques chansons
de Piaf.

Souvenirs, souvenirs...

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : février 9, 2008  13:52

oh Miette ! que cela me fait plaisir de t'imaginer ainsi !

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : janvier 18, 2009  03:09

Jasante de la Vieille

                            Tu ne tueras point.

— « Bonjour, c’est moi,... moi, ta m’man
J’ suis là, d’vant toi au cèmetière.
(Aujord’hui y aura juste un an,
un an passé d’pis... ton affaire.)

Louis ?
Mon petit... m’entends-tu seul’ment ?
T’entends-t’y ta pauv’ moman d’ mère ?
Ta « Vieill’ », comm’ tu disais dans l’ temps.

Ta Vieill’, qu’alle est v’nue aujord’hui
malgré la bouillasse et la puïe,
et malgré qu’ ça soye loin, Ivry.

Alorss... on m’a pas trompée d’ lieu ?
C’est ben ici les « Con*****és » ?
C’est là qu’ t’es d’pis eun’ grande année ?
Mon dieu mon dieu ! Mon dieu mon dieu !

Et où donc ? Où c’est qu’on t’a mis ?
D’ quel côté... dis-moi mon ami ?
C’est plat et c’est nu comm’ la main....

Ya pas eun’ tomb’, pas un bout d’ croix !
Ya rien qui marqu’ ta fosse à toi,
pas un sign’, pas un nom d’ baptême,
et rien non pus pour t’abriter....

(J’ dis pas qu’ tu l’as point mérité
Mais pour eun’ mèr’, c’est dur tout d’ même !)

Louis, tu sais, faut que j’ te confesse ;
De d’pis un an,... d’pis... ton histoire
j’ suis pus tournée qu’aux idées noires
et j’ai l’ cœur rien qu’à la tristesse.

Aussi preusent j’ suis tout’ sangée,
j’ suis blanchie, courbée, ravagée
par la honte et par le tourment ;
si tu pourrais m’ voir à preusent
tu m’ donn’rais pus d’ quatre-vingts ans.

Et pis j’ai eu ben d’ la misère,
(ça m’a fait du tort tu comprends !)
Quand qu’on a su qu’ j’étais ta mère,
j’ai pus trouvé un sou d’ouvrage,
on m’a méprisée dans l’ quartier
et l’a fallu que j’ déménage.

Depis... dans mon nouveau log’ment
j’ vis seule... ej’ peux pas dir’ comment,
comme eun’ dormeuse, eun’ vraie machine ;
j’ cause à personn’ de not’ malheur.
j’ pense à toi et tout l’ jour je pleure,
mêm’ quand que j’ suis à ma cuisine.

L’ matin, ça m’ prend dès que j’ me lève ;
j’ te vois, j’ te caus’... tout haut... souvent,
comm’ si qu’ tu s’rais encor vivant !
J’ mang’ pus... j’ dors pus, tant ça m’ fait deuil
et si des fois j’ peux fermer l’œil,
ça manqu’ pas, tu viens dans mes rêves.

C’te nuit encor... j’ t’ai vu... plein d’ sang,
tu t’nais à deux mains ta pauv’ tête
et tu m’ faisais — « Moman ! Moman ! »
Mais moi... j’ pouais rien pour t’aider,
moi j’étais là à t’arr’garder
et j’ te tendais mon tabellier.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Pens’ Louis, dans l’ temps, quand t’étais p’tit,
qui qu’aurait cru,... qui m’aurait dit
qu’ tu finirais comm’ ça un jour
et qu’ moi... on m’ verrait v’nir ici !

quand t’étais p’tit t’étais si doux !

À c’t’ heur’ j’arr’vois tout not’ passé,
lorsque t’allais su’ tes trois ans
et qu’ ton Pepa m’avait quittée
en m’ laissant tout’ seule à t’él’ver !

Comme ej’ t’aimais, comme on s’aimait,
qu’on était heureux tous les deux,
malgré des fois des moments durs
où y avait rien à la maison.
Comme ej’ t’aimais, comme on s’aimait,
c’était toi ma seul’ distraction,
mon p’tit mari, mon amoureux.

C’est pas vrai, est-c’ pas ? C’est pas vrai
tout c’ qu’on a dit d’ toi au procès ;
su’ les jornaux c’ qu’y avait d’écrit,
ça n’était ben sûr qu’ des ment’ries...

Mon P’tit à moi n’as pas été
si mauvais qu’on l’a raconté !

(Sûr qu’étant môm’, comm’ tous les mômes,
t’étais des fois ben garnement,
mais pour crapule... on peut pas l’ dire !)

T’étais si doux et pis... si beau...
meugnon peut-êt’ mais point chétif,
à caus’ que moi j’ t’avais nourri ;
t’étais râblé, frais et rosé,
t’étais tout blond et tout frisé
comme un amour, comme un Agneau...

(J’ai cor de toi eun’ boucle ed’ tifs
et deux quenott’s comm’ deux grains d’ riz.)

Mon plaisir, c’était l’ soir venu,
avant que d’ te mette au dodo,
De t’ déshabiller tout « entière »,
tant c’était divin d’ te voir nu :

et j’ t’admirais, j’ te cajolais,
j’ te faisais « proutt » dans ton p’tit dos,
et j’ te bisais ton p’tit darrière...

(j’ t’aurais mangé si j’aurais pu)

Et toi... t’étais si caressant
et rusé... et intelligent...
Oh ! intelligent, fallait voir,
pour c’ qui regardait la mémoire
t’apprenais tout c’ que tu voulais...
tu promettais, tu promettais....

J’en ai-t-y passé d’ ces jornées
durant des années, des années,
à turbiner pir’ qu’un carcan
pour gagner not’ pain d’ tous les jours
et d’ quoi te garder à l’école,

et... j’en ai-t-y passé d’ ces nuits,
(toi, dans ton p’tit lit endormi)
à coude auprès de l’abat-jour
jusqu’à la fin de mon pétrole !

Des fois, ça s’ tirait en longueur ;
mes pauv’s z’yeux flanchaient à la peine,
alorss... en bâillant dans ma main
j’écoutais trotter ton p’tit cœur
et souffler ta petite haleine...

(et rien qu’ ça m’ donnait du courage
pour me r’mett’ dar’-dare à l’ouvrage
qu’y m’ fallait livrer le lend’main.)

Que d’ fois j’ai eu les sangs glacés
ces nuits-là... pour la moindre toux ;
j’avais toujours peur pour le croup,
grâce au mauvais air du faubourg
où nous aut’s on est h’entassés.

Ah ! dir’ qu’ t’es là-d’ssous à preusent
par tous les temps qu’y neige ou pleuve !
(Vrai ! Qué crèv’-cœur ! Qué coup d’ couteau !
on m’a ratissé mon château,
on m’a esquinté mon chef-d’œuvre.)

T’ rappell’s-tu, quand tu t’ réveillais,
le croissant chaud, l’ café au lait ?
T’ rappell’s-tu comme ej’ t’habillais ?

Eh ! ben, pis nos sorties l’ Dimanche,
tes beaux p’tits vernis... ta rob’ blanche...
T’étais si fin, si gracieux,
tu faisais tant plaisir aux yeux
qu’on voyait les genss s’arr’tourner
pour te regarder trottiner.

Ah ! en c’ temps-là,... dis mon Petit,
de qui c’est qu’ t’étais la fifille,
l’amour, le trésor, le Soleil !
De qui c’est que t’étais l’ Jésus ?

De ta Vieille est-c’ pas, de ta Vieille ?

Qui faisait tes quatr’ volontés,
qui t’a pourri, qui t’ a gâté,
qui c’est qui n’ t’a jamais battu ?
Et l’année d’ ta fluxion d’ poitrine,
qui t’as soigné, veillé,... guéri ;

c’est-y moi ou ben la voisine ?

Et à présent qu’ te v’là ici
comme un chien crevé, eune ordure,
comme un fumier, eun’ pourriture,
avec la crêm’ des criminels,

Qui c’est qui malgré tout vient t’ voir ?
Qui qui t’esscuse et qui t’ pardonne ?
Qui c’est qu’en est la pus punie ?
C’est ta Vieill’, tu sais, ta fidèle,
ta pauv’ vieill’ loqu’ de Vieill’ vois-tu !

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Mais j’ bavarde, moi, j’us’ ma salive ;
la puïe cess’ pas, la nuit arrive ;
faut que j’ m’en aill’ moi... il est l’heure,
maint’nant c’est si loin où j’ demeure.

Et pis quoi ! Qu’est-c’ que c’est qu’ ce bruit ?
On croirait de quéqu’un qui s’ plaint...
on jur’rait qu’y a quéqu’un qui pleure...

Oh ! Louis, réponds ? C’est p’t-êt’ ben toi
qui t’ fais du chagrin dans la terre !
Seigneur ! Si j’allais cor te voir
comme c’te nuit dans mon cauch’mar !

(Tu vourais point m’ fair’ cett’ frayeur !)

Oh ! Louis, si c’est toi, tiens-toi sage ;
sois mignon... j’arr’viendrai bentôt,
seul’ment, fais dodo, fais dodo,
comme aut’fois dans ton petit lit,
tu sais ben... ton petit lit-cage ?

Chut !... c’est rien qu’ ça... pleur’ pas j’te dis,
fais dodo va... sois sage, sage,
mon pauv’ tout nu... mon malheureux,

Mon petiot, mon petit petiot.


* Jasante : Prière (en argot). ** Vieille : Nom donné à la Mère (argot du peuple).

JEHAN RICTUS (Plein de sites faciles à trouver,consacrés à cet auteur assez oublié sur le net)

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : octobre 18, 2009  03:47



Quatrains à la gloire du Vin Mariani

C’est du nanan, d’ la confiture,
Mossieu Mariani, vot’ picton
On s’en envoierait des bitures,
On s’en f’rait pèter le bidon

Ça vous r’gonfle un mec démoli ;
Ça vous r’met su’ patt’s eun’ gonzesse.
Ça réveill’rait des refroidis ;
C’est pas un vin c’est d’ la jeunesse

Moi qu j’ai passé par des purées
Qui font d’un gas un carcan d’ nuit,
Ça m’a tout à fait recalé
Et à présent j’ai l’ poil qui r’luit.

Aussi, sans trop vous commander
J’ vourais cor en téter un verre
Pour me saouler à vot’ santé....

(Tout un chacun ess’ploit’ ses vers)


Jehan Rictus, poèmes de jeunesse

(à l'heure actuelle, il serait censuré....)

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : juillet 19, 2010  04:45


Les Petits Métiers

Nous, on est les Va-comm’-j’te-pousse,
Les « Pénars » et les J’m’en-bats-l’œil.
Bien qu’on s’ la coul’ pas toujours douce
On a ses idées, son orgueil...

On n’en fait qu’à sa fantaisie
Et on s’ fout du tiers comm’ du quart.
À quoi bon ruer dans les brancards ?
Quoi qu’on fasse, y faut vivr’ sa vie.

Aussi sans pour ça s’ fair’ de mousse,
Phizolofs du « moindre effort »,
On continue, on truque, on s’ traîne.
Tant va l’Amour, tant va la Haine
Qu’y faura ben qu’ la Mort nous prenne
Comm’ les pus gros, comm’ les pus forts...

Nous, on est les Va-comm’-j’te-pousse.


Convocation au 331e dîner du Bon Bock
(1908)


Le Pauvre

a parfois de bons moments, mais il lui manque toujours quelque chose


(poème dans la magnière à Catulle Mendès)

Y a des fois ousque j’ vas croûter
Chez les camaros du « Bon-Bock »
Et après que j’ai boulotté
J’ leur z’y gazouille un « Soliloque ».

Les Bon-Bockeurs c’est des fistons
Des affranchis, des marl’s, des potes
Et d’ l’apéro à la compote
On s’ fait pas de mousse à leurs gueul’tons.

Y sont des borgeois, des artisses
Des diplomat’s, des carabins
Des socialos, des anarchisses
Des pouâtes, des sculpteurs, des rapins.

Y’en a d’ barbus, y’en a d’ rasés
Y’en a qu’ ont nib su’ la capsule
Y’en a qu’ a des tronch’s de consuls
(Ça veut pas dir’ des chimpanzés !).

Après la croustille et l’ dessert
L’ fromgi la goutte et le cawa
On donn’ le signal du Concert
On gouâl’ de la grande Opéra.

Et pis on passe à la musique
La romance ou la poyésie
Le moral après le physique
Si qu’on rote, c’est en ambroisie.

Et tous, ténors ou barytons
Disent l’amour et ses caresses
Mais va t’ faire fout’ ça manqu’ de fesses
Au Bon-Bock y’a pas un téton.

Quand qu’ y zont piaulé des douceurs
Qui vous mett’nt d’humeur amoureuse
Ces vach’s-là prèt’raient pas leur sœur
Afin qu’on puiss’ la rendre heureuse.

Pis c’est barca de la soirée
Chacun rentiffe à sa carrée
Moi avant d’enterrer Minoche
Je suis des gas qui r’filent la cloche.

Et eun’ fois d’ plus me v’là ronchon
Car d’pis trente ans de République
Ya pas encor d’ chauffoirs publics
Et moi j’ trouv’ ça mufle et cochon.

Et j’ dis qu’ Jaurès pourrait vraiment
En fout’ eun’ secousse à la Chambre
Car enfin nous v’là en Décembre
Tout l’ monde gagne pas quinz’ mill’ par an.

En Décembre où est né Jésus
À poils aussi dans eun’ cabane
Mais Lui l’ avait le Bœuf et l’Âne
Et sa Moman qui soufflaient d’ssus.

Ohé ! Ohé ! les « Bons-Bockeurs »
Qu’ êtes des copains d’ la Gouvernance
J’ viens tirer la corde à vos cœurs
Pourriez pas avoir ça en France ?

Pour les mouisards, les ventres verts
Qu’ a pus d’ ribouis, d’ femme, ou d’ bivouac
J’ demande pas qu’on leur paie le claque
Mais un air de rif en Hiver.


Jehan Rictus

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : avril 18, 2011  11:52


Farandole des pauv's P'tits fanfans morts


Nous, on est les pauv’s tits fan-fans,
les p’tits flaupés, les p’tits foutus
à qui qu’on flanqu’ sur le tutu
les ceuss’ qu’on cuit, les ceuss’ qu’on bat,
les p’tits bibis, les p’tits bonshommes,
qu’a pas d’bécots ni d’suc’s de pomme,
mais qu’a l’jus d’triqu’ pour sirop d’gomme
et qui pass’nt de beigne à tabac.
Les p’tits vannés, les p’tits vaneaux
qui flageol’nt su’ leurs tit’s échâsses
et d’ qui on jambonn’ dur les châsses :
les p’tits salauds, les p’tit’s vermines,
les p’tits sans-cœur, les p’tits sans-Dieu,
les chie-d’-partout, les pisse-au-pieu
qu’il faut ben que l’on esstermine.
Nous, on n’est pas des p’tits fifis,
des p’tits choyés, des p’tits bouffis
qui n’ font pipi qu’ dans d’ la dentelle,
dans d’ la soye ou dans du velours
et sur qui veill’nt deux sentinelles :
Maam’ la Mort et M’sieu l’Amour.
(...)
Extraits des Soliloques du pauvre

Jehan-Rictus

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : novembre 10, 2011  03:43

pour notre nouvel ami....Je remonte Jehan Rictus