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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
novembre 21, 2011 04:39
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Jamais encore pareille fatigue
Jamais encore pareille fatigue Dans ce gel, dans cette brouillasse, J'ai vu en rêve le ciel de Riazan Et mon existence de propre-à-rien.
Pas mal de femmes m'ont aimé, Et moi-même, plus d'une aussi, N'est-ce pas pour ça qu'une force obscure M'a envoyé rouler dans le vin.
Nuits saoules à n'en plus finir, Et dans la débauche, le cafard, toujours, Si mes yeux s'irritent, n'est-ce pas pour cela, Feuilles bleues que le ver attaque ?
De trahison qui m'ait fait mal, aucune, Pas de victoire non plus qui m'emballe, Ces cheveux-ci, du foin tout doré, C'est devenu comme une fleur grise,
Toujours changée en cendres et pluies Au filtre des boues de l'automne, Je ne vous regrette pas, les années passées, J'ai perdu l'envie de rien retrouver.
...
J'en ai assez de m'échiner sans but, Et sur les lèvres un bizarre sourire, J'aime porter maintenant dans un corps léger La lumière muette et la paix d'un mort...
Et maintenant ça ne me gêne même pas De clopiner de bouge en bouiboui, Comme dans une camisole de force Nous enfermons la nature dans le béton.
Et voilà qu'en moi, par les mêmes lois, La force enragée commence à se calmer. Mais, comme avant, je vénère, adore, Ces champs là-bas qu'un jour j'ai aimés.
Au pays où sous l'érable j'ai grandi Où j'ai gambadé dans l'herbe jaune J'envoie mon salut aux moineaux, aux corbeaux, Et au hibou qui se plaint la nuit.
Et je leur crie, aux lointains du printemps, « Mes petits oiseaux, dans le bleu tremblant, Dites la nouvelle : “Fini les scandales ! Que seul le vent là-bas commence À cogner les seigles en passant !” »
Sergueï A. Essenine traduit par Henri Thomas
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L'argile se dessèche aux creux des ravins
L'argile se dessèche aux creux des ravins, Les champignons pourrissent sous les talus, Le vent chante au fil des plaines, Un petit âne roux s'en va tranquille,
Ça sent le saule et la résine, Le bleu du ciel rêve, puis soupire, Sur le lutrin des forêts Un moineau lit le psautier.
Une feuille de l'année dernière, dans le ravin, Fait une tâche enivrée dans les buissons, Quelqu'un en loque blanche de soleil S'en va sur l'ânon bien tranquille,
Cheveux en mèche, douce filasse, Mais son visage est tout obscur, Pins s'inclinent, sapins se penchent, Et lui crient, à lui, « hosanna ! »
Sergueï A. Esssenine traduit par Henri Thomas
*Ce message a été édité le Feb 2, 2008 2:30 AM par Epsilon*
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
février 2, 2008 03:13
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Encore un grand poète qui s'est donné la mort...
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
février 2, 2008 03:36
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Oui Grim, certains sont pressés de vivre soit à cause des évènements politiques, soit à cause des difficultés matérielles, soit à cause de l'amour ou de la difficulté de vivre? Petite présentation complémentaire par un bloguiste trouvée sur Poèzibao, site poètique formidable , avec la traduction des poèmes d'Armand Robin, merci à eux!
"Il aima les femmes, il aima les alcools, il aima la révolution, il aima les voyages et il eut autant de haine à l’égard des voyages, de la révolution, des alcools et des femmes.
Cinq mariages dans sa courte vie, sans parler de ses autres rencontres : en 1914, avec Anna Izriadnova, dont il aura un fils, Iouri ; en 1917, avec Zinaida Raikh, dont il aura une fille, Tatiana, et un fils, Constantin ; en 1922, avec Isadora Duncan ; en 1924, avec Galina Benislavskaya, celle qui publiera ses œuvres complètes ; en 1925, avec Sophie Tolstoï, la petite-fille de Léon Tolstoï.
Il aima sa langue, son pays natal, les bêtes, les arbres."
Je suis le dernier poète des villages, Nul pont de bois dans les chants ne dit mot. Seul je viens voir l'encensoir des feuillages A la messe d'adieu des bouleaux.
Il brûle et croule en flammes d'or, Le cierge dont mon corps est la cire. Et la lune sur le cadran des arbres Va me râler ma douzième heure.
Sur le sentier du champ bleu-ciel Bientôt surgira l'hôte de fer. L'avoine rouge où l'aube ruisselle, Sa main noire va la saisir.
Paumes étrangères, paumes sans vie, En votre ère mon chant ne peut naître! Ils restent seuls, les coursiers-épis, Pour regretter leur ancien maître.
Le vent sucera leur hennissement En déployant la danse funéraire. Bientôt, bientôt les bois sur leur cadran Me râleront ma douzième heure.
Nous saurons tout, et plus encore, des origines populaires de Éssénine, de l’influence qu’auront sur lui des poètes, comme Alexandre Blok, comme les hommes du mouvement populiste Koltzov, Gorodetzki, Kliouev, où se mêlent les influences symbolistes, paysannes, folkloriques, religieuses, dans un brassage mystique et révolutionnaire.
Terrible aboiement des cloches de la Russie — C’est que pleurent les murs du Kremlin. À présent sur les pics des étoiles, Je te soulève, terre!
Je n’aurai pas peur de la mort Ni des lances, ni de pluies de flèches, C’est ainsi que d’après la Bible Parle Serge Essénine le prophète.
Mon temps est venu Je ne crains pas le sifflement du fouet, Et le corps, le corps du Christ Je le recrache de ma bouche
Je ne veux pas devoir le salut À ses souffrances et à sa croix...
J’ai vu un nouvel avènement Où la mort ne danse pas au-dessus de la foi...
Je m’étendrai jusqu’à l’invisible cité, Je déchirerai le drap de la Voie Lactée, Même à Dieu j’arracherai la barbe Avec les dents de mon rictus.
J’empoignerai sa blanche crinière Et lui crierai d’une voix de tempête : Je ferai de toi un autre, Seigneur, Pour que mûrisse le champ de mon verbe!
Je maudis le souffle de Kitèje Et tous les vallons de ses routes. Et je veux que sur des gouffres Nous érigions un palais.
Je lècherai toutes les icônes, Les faces de martyrs et de saints, Je vous promets la cité d’Inone Où vit le dieu même des vivants.
Réjouis-toi, Sion Déverse ta lumière ! A mûri à l’horizon Un nouveau Nazareth. Un nouveau Sauveur Vient vers nous sur sa jument. Notre foi est dans la force, Notre vérité est en nous.
L’Inonie, fragments 1918
Il y sera beaucoup question, au hasard des pages, de son enfance paysanne , de la campagne.
J’aime immensément ma Russie. Bien qu’en elle la rouille de la tristesse se penche en saule Elles me sont douceur, la gueule sale des cochons Et dans la paix des nuits la voix sonore des crapauds. Je suis tendrement malade de souvenirs d’enfance. La torpeur, la moiteur des soirs d’avril hantent mes songes.
On dirait que notre érable pour se chauffer S’accroupit devant le brasier de l’aube. O quantes fois aux branches grimpé j’ai Pour dénicher ou la pie ou le geai ! Est-il toujours le même, le chef tout en verdure ? Et son écorce comme jadis est-elle dure ?
Et toi, mon ami, Mon fidèle chien tacheté ? La vieillesse t’a fait glapissant, aveugle, Et tu traînes par la cour, tirant ta queue pendante Et le flair oublieux des portes et de l’étable. Oh ! qu’ils me sont chers tous nos jeux de gamins : À ma mère je volais un quignon de pain Et nous y mordions tous les deux tour à tour Sans jamais nous dégoûter l’un de l’autre !
Je n’ai pas changé. Comme cœur je n’ai pas changé. En bleuets dans les blés mes yeux fleurissent dans mon visage Étalant, paille dorée, la natte de mes poèmes...
La Confession d’un voyou, Extraits 1920
Très vite, dès ses premiers textes, affleure le tragique à venir
Le retour à la maison du père, histoire de me consoler, par une verte soirée, à ma manche, sous la fenêtre je me pendrai.
Lors, attendris, les rameaux gris pencheront la tête à la haie. Tandis que sans eau lustrale on m’enterrera au cri d’un chien.
Son exil moscovite, parce que pour être célèbre - et il le désirait avec fureur - il faut bien vivre dans la capitale, ne fera qu’aggraver et sa nostalgie et le pressentiment d’une mort proche.
J'ai quitté mes steppes natales ; C'est fini, fini sans retour, Les feuilles des grands tilleuls pâles Ne tinteront plus sur mes jours.
Oui, la maison sans moi se tasse, Depuis longtemps, mon vieux chien dort ; Dans les rues de Moscou, la mort, Je le sais, me suit à la trace.
J'aime cette ville pourtant, Si décrépite, s'embourbant, Ville où l'antique Asie somnole Comme étalée sur ses coupoles.
Quand le croissant me paraît trop Lumineux, et qu'il m'ensorcelle, Mes pas s'en vont vers mon bistrot Toujours par la même ruelle.
Dans ce repaire, quel fracas ! Je bois, la nuit, dans les buées, Avec des bandits la vodka, Lis mes vers aux prostituées.
Mon cœur bat fort, mon mal s'aggrave... M'oubliant, je dis pour finir : "Comme vous, je suis une épave, Sur mes pas pourquoi revenir !"
Oui, la maison sans moi se tasse, Depuis longtemps mon vieux chien dort ; Dans les rues de Moscou, la mort, Je le sais, me suit à la trace...
Son périple à travers l’Europe et l’Amérique en compagnie d’Isidora Duncan l’enfonce dans l’alcoolisme, le désespoir.
À son retour, il pense être oublié,
La langue de mes concitoyens n’est plus la mienne, Dans mon pays, je suis un étranger
Il tente de reprend pied dans le mouvement révolutionnaire, il craint de ne plus être à la hauteur.
Fleurissez, jeunes hommes ! Devenez forts ! Vous avez une autre vie, vous avez d’autres refrains. Et moi j’irai tout seul vers des confins inconnus Ayant dompté pour toujours mon âme rebelle.
Mais alors même, Quand sur toute la planète La haine sera révolue, Disparus mensonges et tristesses, Je continuerai de chanter De toutes mes forces de poète Cette sixième partie du monde Qui porte le bref nom de Russ’.
La Russie des Soviets, fragments 1924
Il revient à sa terre, à sa mère
Tu vis encore, ma vieille mère ? Moi aussi. Salut, salut à toi ! Pourvu que coule sur ton isba Cette lueur du soir que nul n'a pu décrire !
On m'écrit que, cachant ton angoisse, Tu t'es grossi le cœur très fort à mon sujet, Que tu t'en vas sur la route bien des fois Dans ton vieux caraco démodé
Et que souvent dans les premières ténèbres bleues Tu vois une seule chose, toujours la même: C'est comme si quelqu'un me poignardait au cœur Au fond d'un cabaret dans une querelle.
Ce n'est rien, petite mère. Calme-toi. Ce n'est rien qu'un pénible délire. Je ne suis pas encore un pochard assez dur Pour me laisser mourir sans te revoir.
Je suis resté, comme autrefois, pas méchant Et ne rêve jamais qu'une seule chose: Au plus vite quitter cette révolte, ce tourment, Pour retourner dans notre maison basse.
Je reviendrai le jour où docile au printemps Notre jardin candide aura tendu ses branches. Seulement ne me réveille plus à l'aube blanche, Ne me réveille plus comme il y a huit ans.
N'éveille pas ce qu'un rêve m'a pris ! Ne touche pas ce qui n'a pas réussi ! Elles sont trop précoces la perte et la fatigue Qu'il m'est échu d'éprouver en ma vie.
Et ne m'apprends pas à prier. Pas la peine ! Il n'y a plus pour moi de retour au passé; Toi seule es pour moi aide et fête, Toi seule es la lueur dont nul n'a su parler.
Il te faut donc oublier ton angoisse; Ne grossis plus ton cœur si fort à mon sujet Et ne va plus sur la route tant de fois Dans ton vieux caraco démodé.
Lettre à sa mère, 1924
Mais il a tant flambé sa vie, la maladie le mine, il hallucine.
Mon ami, mon ami, Je suis malade à en crever. Mais cette douleur d’où me vient-elle ? Est-ce le vent qui siffle Sur les champs déserts, désolés, Ou bien, comme les bois en septembre, C’est l’alcool qui effeuille ma cervelle...
Ma tête agite ses oreilles, Tel un oiseau ses ailes, Elle n’a plus la force de se balancer Sur le coût trépied. Un homme noir, Un homme noir, tout noir, Au pied de mon lit Vient s’asseoir, Un homme noir M’empêche de dormir la nuit.
Et l’homme noir Glisse son doigt sur un livre infâme ; Nasillant au-dessus de moi, Comme sur un mort un moine, L’homme noir me lit la vie D’une fripouille et d’un pochard, En m’imbibant de peur et d’angoisse Jusqu’au fond de l’âme, Cet homme noir, tout noir !
La lune est morte, L’aube bleuit la fenêtre. O nuit, Nuit, que m’as-tu donc conté ? Je suis là, en haut-de-forme, Et à part moi, personne, je suis seul. Et mon miroir est brisé.
L’Homme noir, extrait novembre 1925
Derniers sursauts de doux lyrisme végétal :
Mon érable sans feuille, érable au dos de glace, Que fais-tu là, voûté, sous la blanche bourrasque ?
Que viens-tu donc de voir ? Que viens-tu d'écouter ? Tu m'as l'air d'être allé courir bien loin des haies.
Et, comme un gardien saoul, glissant hors de la route, Tu t'es pris dans un trou laissant geler ta patte.
Hélas ! moi-même aussi je ne vais plus très ferme. J'ai trop bu pour savoir retourner à ma ferme.
Vers moi s'avance un saule, je viens de voir un pin ; Sous la bourrasque blanche je leur chante juin.
Moi-même il m'a semblé que j'étais cet érable, Seulement jeune encore, avec tout mon feuillage ;
Et, perdant ma pudeur, devenu bois sauvage, Pour lui faire l'amour j'ai pressé ses branchages.
On raconte, que dans la chambre d’hôtel de Léningrad, où il s’était isolé, il écrivit son ultime texte avec son sang :
Au revoir, mon ami, au revoir, Mon cher ami, tu es là dans ma poitrine. Cette séparation prédestinée Nous promet de futures retrouvailles.
Au revoir, mon ami, sans poignées de main, ni paroles, ne t’attriste pas, ne fronce pas les sourcils, Dans cette vie, il n’est guère nouveau de mourir. mais vivre n’est certes pas plus nouveau !
le 27 décembre 1925
.......Mon Serge Essénine ce voyou qui s’assassina
René Guy Cadou
Livres disponibles : Journal d'un poète, édtion La Différence. ll semble qu'il n'y ait guère de livres disponibles actuellement en France. Traductions : Je n'ai pas hésité, la plupart des textes cités ont été traduits par Armand Robin. À écouter
Article trouvé sur Poèzibao que je remercie!
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
décembre 16, 2008 04:37
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Ne cirez pas (?) ! La belle affaire ! Je ne vends plus de mots, c'est dit ! Je sens, rejetée en arrière, Ma tête en or qui s'alourdit...
N'aimant plus village, ni ville, Comment la porter jusqu'au bout ? Que ma barbe pousse tranquille, Je me fais vagabond, c'est tout !
Adieu les livres, les poèmes ! Je vais partir, le sac au dos... Les vagabonds, le vent les aime, Et de ses chants leur fait cadeau.
Sergueï Essenine
(traduit du russe par Katia Granoff
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
décembre 16, 2008 07:26
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Cette nuit ! Cette nuit ! Trop, c’est trop ! Haute lune et haute clarté ! Jeunesse, elle, elle qui s’en va, je le sens, celle qui est perdue, au travers de l’âme.
Toi qui vins, que j’ai glacé là ne nomme pas amour, ce que nous avons tenté allez laisse – ce qui brille là-bas si blanc, doit demeurer auprès de moi nuit après nuit.
Lune, quand elle souffle au travers, et réveille les traits, qui s’enfuient - Toi, tu n’as rien appris, comment l’on va, et ce qui vient tu ne l’apprends jamais.
Un amour cela existe une fois, pas deux, et toi l’étrangère demeure l’étrangère : crie ici sur nous le tilleul, et mon pied reste enclos dans le gel de la neige.
Toi, tu le sais, comme je le sais aussi : reflet de la lune, ce qui est incandescence... Chaque tilleul, chaque branche ne brille que de givre, pas de fleur. Tu le sais, où le cœur m’entraîna -, et ce n’est pas seulement maintenant que cela est enfui. Et avec moi, celui qui t’entoure, tu le désignes comme faux-semblant : enserré...
Laisse les baisers devenir baisers, tes doigts, laisse-les s’égarer, que je puisse rêver, que Mai est encore là et que je me souvienne de tous les autres.
30 novembre 1925 Poème trouvé sur espritsnomades!
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
décembre 17, 2008 01:29
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Visage rêvé. Obscurités. Blanc - en cheval. Je vois qu’il galope. Et celle qui chevauche, elle sera bientôt ici, Et elle vient, elle vient vers moi. Vient, elle est belle, elle est comme la lumière et je l’aime, je ne l’aime pas.Oh toi bouleau, arbre des Russes, tu te tiens sur le chemin, sur l’orée des chemins, pourrais-tu m’exaucer un vœu : au nom de l’Unique, du Protecteur laisse tes mains de branches se déployer et quand elle viendra, ne la laisse pas s’en aller. Lune te clair de lune. Rêves, Bleus. Sabot et fer sont accordés aujourd’hui. O la lumière, si secrète - ainsi, lui rayonne, l’Unique ! Lui, qui illumine de cette lumière, lui, qui ne la donne pas sur le monde.Moi mauvais sujet du destin et canaille, fou de vers et ivre de vers. Maintenant, elle arrive, sortant du palefroi, Cœur, tu ne dois pas te refroidir - Bouleau de la terre russe, pour te célébrer pieusement que les flambeaux soient les bienvenus.
Sergueï Essénine, 1922
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L’Inonie traduit par Christian Mouze, Alidades 1998
Terrible aboiement des cloches de la Russie — C’est que pleurent les murs du Kremlin. À présent sur les pics des étoiles, Je te soulève, terre!
Je m’étendrai jusqu’à l’invisible cité, Je déchirerai le drap de la Voie Lactée, Même à Dieu j’arracherai la barbe Avec les dents de mon rictus.
J’empoignerai sa blanche crinière Et lui crierai d’une voix de tempête : Je ferai de toi un autre, Seigneur, Pour que mûrisse le champ de mon verbe!
Je maudis le souffle de Kitèje Et tous les vallons de ses routes. Et je veux que sur des gouffres Nous érigions un palais.
Je lècherai toutes les icônes, Les faces de martyrs et de saints, Je vous promets la cité d’Inone Où vit le dieu même des vivants.
(L’Inonie, 2, extrait)
**** Ce qui distingue Essénine, c’est une force de rupture spirituelle et sociale qui se traduit dans une parole écartelée entre l’imprécation et le blasphème et la nostalgie de la sérénité perdue liée aux origines rurales du poète. L’écriture est extrêmement tendue, la langue violentée parfois et si le souci de l’image demeure, c’est celui d’une image pervertie, retournée jusque contre elle-même. D’où une tonalité très dramatique et révélatrice d’un profond désespoir. L’ Inonie, précédée de Octoèque et suivie de L’homme noir, est ici donnée dans son intégralité. ExtraitL’Inonie bilingue, traduit du russe par Christian Mouze alidades 1998, collection ’Petite Bibliothèque Russe’,
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
septembre 4, 2009 04:17
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Réveille-moi tôt, demain
Réveille-moi tôt, demain, Ô mère si pleine de patience. J’irai sur la route, derrière la colline, À la rencontre de l’hôte bienvenu.
J’ai vu aujourd’hui les traces Des larges roues dans la clairière, Dans la forêt épaisse des nuages Le vent agite son harnais d’or.
Demain, à l’aube, il passera au galop, Baissant le chapeau-lune aux buissons, Et la cavale, dans la vallée, En jouant agitera sa queue rouge.
Réveille-moi tôt, demain. Allume la lampe dans notre chambre ; On dit que bientôt je serai Un célèbre poète russe.
Je te chanterai alors, et l’hôte Et le foyer, le coq et la maison, Et dans mes chansons se répandra Le lait de tes vaches rousses.
Sergueï Essenine
Traduit par Franz Helens et Marie Miloslawsky
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
juin 1, 2010 13:25
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Au petit matin..
Au petit matin, protégée Par les tas de nattes rangées, La chienne avait mis bas ses chiots, Sept chiens roux et tout petiots.
Jusqu'au soir, elle n'a cessé De les coiffer et caresser ; Et de son ventre chaud le lait En neige tiède ruisselait.
Mais lorsque les poules le soir A leur place vinrent s'asseoir, Maussade, le maître sortit Et mit dans un sac ses petits
Inquiète, allant à sa suite, La chienne avait couru bien vite ; Longtemps frissonna la surface Des eaux dont fut brisée la glace..
Elle revenait , se traînant, Et se lèchait encor les flancs Lorsque, derrière la"hata" Un croissant de lune monta.
Alors elle vit, glapissant L'un de ses chiots dans le croissant.
Elle geignait, fixant le ciel D'un bleu profond originel... Mais le croissant en serpe fine Glissait derrière les collines.
Comme poursuivant une pierre Qu'on lance pour jouer, alors Sur la neige ses yeux roulèrent, Semblables à des boules d'or.
Serge Essénine (1915).
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
juin 1, 2010 13:49
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Batoum
Des bateaux vont aux Dardanelles, Vers Moscou se hâtent les trains, Et chaque jour se renouvelle Une tristesse qui m'étreint.
En cette contrée éloignée, La lune s'incline vers moi; La mer Noire, à pleines poignées, Me jette ses liquides pois.
Chaque jour, au débarcadère J'accompagne, triste esseulé, N'importe qui, pourvu que j'erre En des lointains ensorcelés...
Est-ce du Havre ou de Marseille Que Jeannette ou Lise viendront ? Leur souvenir en moi s'éveille, Mais les ai-je connues ou non ?
Qui sait, peut-être, à New York même, Miss Mitchell pense à moi en lisant, Traduit, cet étrange poème... Ô Mer aux appels languissants !
Ainsi sur d'invisibles traces, Nous errons dans l'obscurité... Comme une lampe, dans l'eau passe La méduse aux reflets bleutés.
Qu'une étrangère me sourie, Que grincent les bateaux, les trains ! J'entends l'orgue de barbarie, Le cri des cigognes, lointain.
Est-ce que c'est elle, bien elle ? Comment pourrais-je le savoir ? Son compagnon déjà l'appelle, Vite elle échappe à mon regard..
Chaque jour, au débarcadère J'accompagne, triste, esseulé, N'importe qui, pourvu que j'erre En des lointains ensorcelés....
Serge Essénine (1925 ) extraits.
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
juin 1, 2010 13:59
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Les feuilles tombent ...
Les feuilles tombent, tombent, tombent... Le vent gémit, mais assourdi ; Ranimant mon coeur qui succombe, Qui donc va l'apaiser ? Oh ! dis !
Relevant mes lourdes paupières, Je regarde un pâle croissant ; Dans cette accalmie singulière, Déjà les coqs jettent leur chant.
Dans le bleu pur de l'aube proche Les étoiles filent tout près ; Faut-il donc que vite j'ébauche Un souhait, mais que désirer ?
Que désirer dans cette vie ? Je maudis la maison, le sort, Sous ma fenêtre ayant envie De voir une fillette alors...
Afin que ses yeux bleus me plaisent, Qu'elle pense à moi simplement, Que mon pauvre coeur elle apaise De mots neufs, de frais sentiments,
Et que, dans la blancheur lunaire Saisissant mon bonheur tout près, Avec sa gaie jeunesse claire De la mienne je n'aie de regret.
Serge Essénine . (1925)
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
juin 1, 2010 14:09
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Entends-tu le traineau..
Entends-tu le traîneau qui vole à perdre haleine, Il fait bon, tous les deux, courir la vaste plaine !
Ce vent gai, mais timide, est un peu hésitant; Et dans la steppe roule un clocheton d'argent.
Mon beau traineau, mon cheval isabelle ! En transe, Là-bas, dans la clairière, ivre, un érable danse.
Allons lui demander :"Qu'est-ce donc qui te prend ?" Et puis nous danserons tous les trois dans le champ.
Serge Essénine. octobre 1925 Anthologie de la poésie russe. édition Katia Granoff
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
mars 2, 2011 11:41
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Moi, je suis las de vivre..
Moi, je suis las de vivre en mon pays natal, Dans la tristesse du blé noir, à l'infini. Je quitterai bientôt cette chaumière Comme un voleur et comme un vagabond.
Revenu dans la maison paternelle, Je connaîtrai la joie d'autrui ; Par un soir vert, sous la fenêtre, Je me pendrai à ma chemise.
Les saules argentés, près de l'enclos, S'inclineront avec plus de douceur. Sans me laver et sans cérémonie, On ira m'enterrer sous les chiens qui aboient.
La lune poursuivra son long voyage, Perdant ses rames dans les eaux des lacs; Et la Russie sera toujours la même, A danser et pleurer autour des palissades.
Serge Essénine. Adaptation d'Alain Bosquet.
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